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Une histoire ordinaire de disparition suspecte en Tchétchénie

Traduit du site Rights In Russia.

On nous demande souvent quelle est la situation en Tchétchénie. Nous voyons arriver dans l’Union Européenne de nombreuses familles qui fuient leur pays encore aujourd’hui. Voici un rapport d’une ONG d’aide juridique russe, le Comité d’Assistance Civique qui éclaire un aspect de l’ambiance qui règne dans ce pays.

Le 28 mai, le Comité d’Assistance Civique (CAC) a reçu un rapport inquiétant venant de Tchétchénie. Tôt le matin du 22 mai 2013 dans le village de Yandi du district d’Achkhoi-Martan un habitant de Grozny, Beslan Baidulaev était porté disparu. La veille, le 21 mai Beslan avait rejoint sa maison de famille à Yandi pour aider aux tâches agricoles. Le soir il a soupé chez son cousin puis est retourné dormir dans la maison de famille. Au matin du 22 mai des habitants du village ont vu un grand nombre d’agents des forces de l’ordre près de la maison. Baidulaev n’est pas retourné à Grozny ce jour-là, ni plus tard.

Le 23 mai, on a ordonné aux proches de Baidulaev de venir au poste de police du district d’Achkhoi-Martan. Là on leur a dit que le 22 mai les forces de l’ordre avaient essayé d’arrêter Beslan mais qu’il avait pu s’échapper. Il leur a été ordonné de révéler où se trouvait Beslan Baidulaev, sous peine de voir brûler leur maison. Le 25 mai, les membres de la famille de Beslan ont été de nouveau convoqués au poste de police et d’après leurs dires, les mêmes exigences et menaces ont été réitérées. La famille de Beslan Baidulaev à déclaré au CAC qu’en 2009 Beslan Baidulaev avait été condamné pour aide et soutien à des groupes armés illégaux. En 2010, après avoir purgé sa peine, il est retourné à Grozny et a entamé une vie paisible. Il s’est marié et le couple a eu deux enfants. Chaque semaine il devait pointer au poste de police. Sa famille est certaine que Beslan Baidulaev n’a eu aucun contact avec la clandestinité, pas plus qu’il n’a pu s’enfuir alors qu’il était le seul soutien pour son vieux père malade et qu’il était totalement dévoué à prendre soin de lui. De plus, selon ses proches, la maison de Beslan Baidulaev au village de Yandi est dans un lieu découvert. Beslan Baidulaev n’avait pas d’arme, les voisins n’ont pas entendu de coup de feu et plusieurs douzaines de policiers étaient présents lors de l’arrestation. Dans de pareilles circonstances il est peu probable que Beslan Baidulaev ait pu s’échapper.Les proches de Beslan Baidulaev craignent qu’il n’ait été enlevé et pu être soumis à la torture pour le forcer à donner un faux témoignage ou avoir été détenu illégalement en un lieu inconnu le temps que sa barbe pousse pour pouvoir le tuer et qu’il soit identifié comme un membre d’un groupe armé illégal. La police a déclaré qu’il s’est échappé afin d’empêcher sa famille de le rechercher.

Selon le CAC beaucoup de cas identiques montrent que les inquiétudes de la famille de Beslan Baidulaev ne sont pas sans fondements.

De la Tchétchénie à Moscou, la jeunesse gâchée de Zara Mourtazalieva

Article de Marie Jégo dans le Monde du 13.09.2012

Agée de 29 ans, Zara Mourtazalieva a déjà passé huit années de sa vie derrière des barreaux. Elle vient juste d’être libérée de la colonie pénitentiaire IK-13 de Potma en Mordovie. Elle viendra à Paris le 17/10/12 avec Zoia Svetova, la journaliste d’opposition et auteur d’un livre dont elle est l’héroïne : « Les innocents seront coupables: Comment la justice est manipulée en Russie ».

Montée à Moscou de sa Tchétchénie natale en 2003, Zara voulait étudier. Elle s’inscrit alors à l’université en cours du soir, travaille dans une compagnie d’assurances la journée. Musulmane pratiquante, elle se rend souvent à la mosquée du quartier de Prospekt Mira, où elle se lie d’amitié avec deux jeunes Russes, Anna Koulikova et Daria Voronova, récemment converties. Ses amies lui présentent bientôt un policier influent, Saïd Akhmaev, membre de la brigade de lutte contre le crime organisé. Elle cherche un logement, Saïd a ce qu’il faut, une chambre gratuite dans un foyer du ministère de l’intérieur. La jeune femme saute sur l’occasion.

Quelques mois plus tard, le 4 mars 2004, elle est interpellée. Au début, elle croit à une simple vérification d’identité. A l’époque, la guerre fait encore rage en Tchétchénie. Les Tchétchènes n’ont pas bonne presse. La police effectue des contrôles au faciès, la population, méfiante, voit en chaque Caucasien un terroriste potentiel. Il est vrai que Moscou a essuyé plusieurs attentats meurtriers, les gens sont à bout. On vit dans la hantise des « veuves noires », ces Caucasiennes qui ont perdu leur frère ou leur mari dans la guerre et se font sauter au milieu d’une foule avec une ceinture d’explosifs.

Zara sait très bien tout cela. Elle a troqué son foulard traditionnel et sa jupe trop longue, révélateurs de son origine honnie, pour une tenue plus moderne. Sur le chemin du commissariat de l’avenue Vernardskovo, elle ne se fait pas trop de souci, elle n’a rien à se reprocher.

L’interrogatoire commence par une prise d’empreintes. Zara demande à aller aux toilettes pour se laver les mains. Lorsqu’elle revient, son sac à main a doublé de volume. A ce moment précis, la fouille commence. Les policiers sortent du sac 186 grammes de trotyle, un explosif.

Le piège se referme. Elle apprend bientôt que ses deux amies russes ont déposé contre elle, la décrivant comme l’agent recruteur d’un réseau terroriste. Elle espère que son ami policier la défendra mais il s’est volatilisé. Elle apprendra par la suite que l’homme a obtenu du galon après son arrestation et qu’il est le chef d’orchestre de son affaire. L’acte d’accusation évoque la préparation d’un attentat terroriste prévu « à un moment indéterminé avec des complices indéterminés ». Des photos anodines du centre commercial Okhotnyi Riad, que l’accusée avait soi-disant l’intention de faire exploser, sont exhibées comme pièces à conviction.

L’unique élément tangible du dossier, c’est l’explosif dont la provenance n’a jamais pu être établie… Et pour cause, il n’en reste plus une seule miette, envolé… Selon l’explication officielle, toute la matière aurait été dépensée en « tests » pendant l’enquête. Le jour du procès, coup de théâtre, ses deux amies russes reviennent sur leurs témoignages. La juge Marina Komarova balaie leurs arguments d’un revers de main. Pour finir, Zara Mourtazalieva est jugée coupable d’avoir eu l’intention de fomenter un attentat. Verdict : huit ans de réclusion.

L’affaire a ému les défenseurs russes des droits de l’homme qui ont placé Zara sur la liste des prisonniers politiques remise à l’ex-président Dmitri Medvedev en 2011. Zoïa Svetova, visiteuse de prison, sera une des rares à se rendre au parloir de l’IK-13 deux ou trois fois par an pour remonter le moral de la prisonnière. Elle en est sûre : « L’affaire a été fabriquée de toutes pièces. » […]

Zara va purger l’ensemble de sa peine à la prison des femmes de Potma, à 450 kilomètres à l’est de Moscou. […]

« Vivre et oublier », répète-t-elle mécaniquement quand on lui demande ce qu’elle compte faire. La question de sa réhabilitation la tourmente. « En Russie, vu l’état du système judiciaire, c’est peu probable », soupire-t-elle. Ses espoirs reposent désormais sur la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) où son dossier est en attente. Depuis l’entrée de la Russie au Conseil de l’Europe (en 1998), 40 000 plaintes en provenance de ce pays ont été instruites par les juges de Strasbourg.

Parcours de réfugiés « Dublin » – émission de radio Canut.

Ce documentaire est une création du comité Tchétchénie de Lyon. Il retrace la trajectoire et les difficultés des réfugiés tchétchènes en Europe et à Lyon.

Écouter l’émission

Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.

Blog du Comite Tchetchenie de Lyon

A la suite des guerres de Tchétchénie et face au manque de réaction des pays occidentaux devant la répression sanglante de l’État russe, le Comité Tchétchénie de Lyon a vu le jour en 2004. A partir de l’intérêt soutenu au Comité tant pour le sort des habitants de la région (Tchétchénie et autres républiques du Caucase du Nord) que pour les événements qui ont suivi et les conséquences politiques et sociales en Russie nous avons accueilli avec un grand intérêt la libération de la parole des citoyens russes à l’occasion des élections législatives puis présidentielles de 2011-2012. Il nous a paru intéressant de créer ce blog pour informer en France des événements de Russie et particulièrement du Caucase. Nous comptons publier en français et en russe afin que les russophones, qu’ils soient réfugiés ou non, lisent, vu de France, ce que nous percevons de ce conflit.

Par l’arrivée continue sur l’agglomération lyonnaise de réfugiés fuyant les républiques du Caucase du Nord et la Russie, attentifs à leur parole, nous percevons l’importance des violences politiques subies et ses répercussions traumatiques sur les individus contraints à l’exil. Il nous semble alors essentiel de défendre cette parole face à l’évolution d’une politique de l’asile de plus en plus restrictive de la part du gouvernement français et de l’Union Européenne. Nous sommes convaincus que parler de torture, de violence et de répressions politiques qui ont lieu en Russie signifie aussi s’adresser aux représentants de l’État français qui selon la Convention de Genève se doivent de poser la question politique de la protection de ces individus en demande d’asile, mais qui, dans les actes, et les méandres des systèmes administratifs et juridiques portent bien souvent un discrédit lourd sur leur parole et sur la réalité des violences vécues.

Les histoires se croisent, une guerre fait écho à d’autres. L’histoire des guerres en Tchétchénie fait tout d’abord penser à celle des mouvements indépendantistes, mais elle nous rappelle aujourd’hui certaines pages de l’histoire de France. L’histoire des guerres de Tchétchénie et ladite politique de « normalisation » de cette république dépassent le cadre restreint du conflit armé, de même que la guerre d’Algérie questionne les politiques menées par le gouvernement de France à cette époque et sa conception de la citoyenneté. La mémoire des guerres de Tchétchénie et la « tchétchénisation » de l’espace public sont inséparables du contexte de la très contestable politique migratoire de Russie, d’un voile jeté sur la politique nationale et sur la place de ce qui est appelé « minorités nationales » dans la population de cette fédération. Chaque aspect de l’histoire de ces guerres pose, comme à travers de multiples miroirs, une myriade de questions auxquelles est confrontée la société de Russie. L’histoire a besoin du dialogue, d’une distance, d’un décalage et nous espérons que le point de vue « d’un ailleurs » servira à mettre en perspective les événements dans le Caucase et plus généralement en Russie.

L’idée de ce blog, son ouverture vers la Russie, est née d’une évolution du Comité. Il ne s’agit guère de donner des réponses mais de poser des questions, d’ouvrir des espaces de parole et ce sont vos réponses, vos contributions, lecteurs russophones et francophones, qui feront la richesse de cette édition.

 

Блог комитета Чечни города Лион

Комитет Чечни был создан в Лионе в 2004 году после двух чеченских войн, в ответ на отсуствие реакции западных стран на кровопролитные репрессии, которые проводило российское государство. Сопровождая беженцев из Чечни и других республик Северного Кавказа, члены комитета поддерживали интерес к социальным и политическим последствиям этих войн и поэтому встретили с особенным энтузиазмом рост протестных настроений в России в декабре 2011 года. Мы считаем важным создание блога, посвященного событиям в России и особенно на Кавказе, и будем публиковать на французском и на русском, чтобы русскоговорящие видели, как мы понимаем эти конфликты с точки зрения Франции.

Мы являемся свидетелями непрекращающегося потока беженцев из Северного Кавказа и России в Лион и близлежащие города. То, что они рассказывают, свидетельствует о постоянном присутствии политического насилия в их родной стрнае и о травмах, которые оно оставляет. Свидетельство об их опыте должно быть противовесом сжимающейся, как шагреневая кожа, миграционной политике Франции и Европейского Союза. Открыто говорить о пытках, о насилии, о политическом давлении на граждан России означает ставить представителей французского государства перед их обязательствами, закрепленными Женевской конвенцией, а именно обязательством защищать тех, кто покидает свою страну, пытаясь избежать давления. В настоящий момент официальные представители Франции, ставя на пути беженцев многочисленные административные и юридические препоны, подвергают сомнению свидетельства о пережитом и сам факт насилия.

Истории переплетаются, одна война заставляет вспомнить о другой. Изначально история чеченских войн напоминала борьбу за независимость, затем заставила задуматься об отдельных страницах в истории Франции. История чеченских войн и так называемой « нормализации » ситуации в Чечне выходит далеко за пределы этого конфликта, так же как и Алжирская война во Франции ставит под вопрос более широкий круг политических действий французского государства того периода и заставляет задуматься об основах концепции гражданства. Память о чеченских войнах и « чеченизация » общественного пространства в России не отделимы от контекста очень спорной миграционной политики России, недосказанности в отношении национальной политики и места так называемых « национальных меньшинств » в составе населения федерации. Каждый аспект истории этих войн, как во множестве зеркал, отражается в круге проблем, перед которыми стоит российское общество. Мы убеждены, что история требует диалога, дистанции, некоторого смещения точки зрения, и поэтому взгляд « извне » может быть другим ракурсом для прочтения событий на Кавказе и в России в целом.

Идея создания блога и его ориентация на русский язык исходят из изменений в Комитете. А целью нашей является не давать готовые ответы, но ставить вопросы, открыть пространство для коллективного размышления, и именно ваши ответы и ваше участие, русско- и франкоговорящие читатели, составят интеллектуальное и политическое богатство этого издания.