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Défenseurs des droits humains: pourquoi les natifs du Caucase partent pour l’Europe

La répétition des expulsions de natifs du Caucase du Nord vers la Russie contredit les principes du droit international. Les personnes qui demandent l’asile en Europe sont victimes de violences domestiques et de poursuites pénales illégales, aussi bien que celles qui sont harcelées dans leur pays d’origine pour leurs convictions religieuses. Cela est explicite dans le rapport préparé par la défenseuse des droits humains Svetlana Gannushkina, dont des extraits sont publiés par le « Nœud Caucasien ».

Le rapport « Pourquoi les citoyens russes demandent l’asile en Europe? » préparé par Svetlana Gannushkina, à la tête du « Comité d’assistance civique », est une démarche pour « attirer l’attention des autorités des pays de l’UE sur le fait que les politiques d’expulsion des citoyens russes demandeurs d’asile en Europe vers leur pays ne respecte pas les principes du droit international », précise le document, présenté aujourd’hui par les défenseurs des droits humains lors d’une conférence de presse à Moscou. Le rapport met un accent particulier sur le changement d’attitude des autorités européennes à l’égard des réfugiés en raison de la « politique migratoire restrictive et de la propagande des forces politiques d’extrême droite ». Ainsi, en Allemagne, qui est restée longtemps favorable aux réfugiés, il y a eu « une tendance à remplacer l’extradition par l’expulsion », notent les défenseurs des droits humains.

Le rapport de 40 pages se compose de cinq parties consacrées aux violations des droits humains commises par le régime de Ramzan Kadyrov en Tchétchénie, à la situation des femmes dans la république, aux victimes d’infractions criminelles fabriquées, à la persécution des Témoins de Jéhovah et à la nécessité pour les réfugiés de Russie de s’installer en Europe. En outre, le rapport présente des exemples de personnes victimes des politiques citées dans le rapport, en mentionnant les personnes responsables de ces tragédies.

Le problème l’expulsion vers la Russie concerne les Tchétchènes. Il est illustré par l’histoire de Tumso Abdurakhmanov, qui a demandé l’asile en Pologne, mais a dû faire face à une menace d’extradition vers la Russie.

« Avec beaucoup de difficultés, grâce à une campagne internationale très active, il a été possible d’empêcher l’extradition de la Pologne vers la Russie de Tumso Abdurakhmanov, un blogueur qui a vivement critiqué le régime de Ramzan Kadyrov. Magomed Daudov, président du parlement tchétchène a déclaré une «vendetta» contre Tumso Abdurakhmanov, ce qui constitue une preuve éclatante de ce qui se passe dans l’un des territoires de la Russie … Des relais de manifestation devant l’ambassade de Pologne à Moscou étaient tenus par des membres de deux ONG russes, «Mémorial» et l ‘«Aide civique». Ces deux ONG ont, par le passé, reçu du ministère polonais des Affaires étrangères (MAE) le prix Pro Dignitate Humana (pour la dignité humaine). Cependant, les responsables de l’ambassade de Pologne ont refusé non seulement de se présenter aux manifestants, mais même d’accepter de prendre une lettre destinée au MAE polonais de la part de deux lauréats du prix Pro Dignitate Humana. Devons-nous considérer qu’il s’agit désormais des relations habituelles entre les autorités de l’Union européenne et la société civile en Russie?  » s’est demandé Svetlana Gannushkina.

Le 27 décembre 2018, une série de manifestations en soutien à Tumso Abdurakhmanov, menacé d’expulsion vers la Russie, a eu lieu devant l’ambassade de Pologne à Moscou. Oleg Orlov, responsable du programme « Points chauds » du Centre des droits de l’homme « Memorial », Vladimir Malykhin, membre de « Memorial », et Svetlana Gannushkina ont assisté à l’action de protestation.

Des femmes tchétchènes tentent de fuir en Europe suite à la persécution de leurs proches

Un asile en Europe est également souvent recherché par les femmes de Tchétchénie, qui «fuient les mauvais traitements, les mariages forcés et, peut-être, tout d’abord, la tradition de retirer les enfants de leur mère en cas de divorce ou de décès. du mari « , indique le rapport. Les défenseurs des droits humains doivent mentionner la situation des femmes en Tchétchénie « dans presque tous les rapports » qui concernent des violations des droits humains en Russie « , déclare Svetlana Gannushkina.

«Les organisations de défense des droits de l’homme sont souvent interpelées par des femmes qui craignent en permanence d’être expulsées des pays de l’Union européenne où elles demandent l’asile. Notre pratique montre également que les enfants emmenés par leur père dans de nouvelles familles ne bénéficient pas toujours d’un bon traitement. La nouvelle épouse du père des enfants peut s’en prendre aux enfants de son mari pour les mauvais traitements qu’elle a subis de la part de son mari et de sa mère. Il y a eu un cas où nous avons aidé une femme, dont le fils de quatre ans était battu par le père du mari. Le garçon a été intimidé; il est resté à l’écart de tous les hommes et est resté accroché à sa mère quand elle est venue nous voir avec sa fille à Moscou. La famille a obtenu l’asile dans l’un des pays de l’UE. Par conséquent, en cas de renvoi vers la Russie, non seulement la femme, mais aussi son enfant seraient en danger de violence physique, dit le rapport.

Pendant ce temps, un déplacement vers une autre région de la Russie « ne change rien à une telle situation ». « Une femme avec des enfants ne sera pas acceptée par ses proches. Elle ne pourra pas trouver de logement ou d’emploi, et elle ne pourra pas obtenir les documents pour inscrire ses enfants à l’école ou au jardin d’enfants. Si une femme tente une de ces démarches, elle devra être enregistrée auprès du ministère de l’Intérieur (MIA), les informations sur son enregistrement seront transférées en Tchétchénie et les personnes, de qui la femme a tenté de s’échapper et de protéger ses enfants, arriveront immédiatement en provenance de Tchétchénie », a rapporté Svetlana Gannushkina.

Les autorités des pays européens prennent leur distance avec les réfugiés soupçonnés de terrorisme

La défenseuse des droits humains déclare que la campagne contre le terrorisme en Russie « développe l’ingéniosité » des organes chargés de l’application des lois et conduit à la fabrication de cas criminels. « C’est le moyen le plus simple d’utiliser de telles campagnes pour vaincre des concurrents en les accusant de financer des terroristes, de comploter des actes terroristes et de participer à des hostilités en dehors de la Russie. Nous connaissons de nombreux cas d’accusations d’implication dans des hostilités en Syrie, tandis que les accusés ont des références irréfutables des preuves documentaires de leur présence dans un autre pays au moment indiqué par les enquêteurs, où les prévenus étudiaient ou faisaient des affaires « , a rapporté Svetlana Gannushkina.

Le 28 mai, les autorités belges ont extradé vers la Russie Immampasha Akhmadov, originaire du Daghestan. Il a été placé dans une SIZO (une prison provisoire) et, il y a quelques jours, le FSB a rapporté qu’Immampasha Akhmadov était accusé d’avoir participé aux hostilités en Syrie aux côtés des militants.

« Donnons un exemple qui montre la facilité avec laquelle de fausses accusations sont fabriquées. En 2012, sous la torture, un jeune originaire de Tchétchénie, appelons-le Ibragim, a avoué sa collaboration avec des formations armées illégales (FIA). Son oncle, un homme d’affaires, a payé beaucoup d’argent pour garantir que son neveu ne soit condamné qu’à un an d’emprisonnement. Ibragim a été mis en liberté, mais [un organisme chargé de l’application des lois] en Tchétchénie ne l’a pas laissé tranquille. Il a été plusieurs fois emmené dans un immeuble des forces de l’ordre et celles-ci ont extorqué de l’argent aux membres de sa famille et l’ont menacé de torture et d’un nouveau procès. Des proches ont envoyé Ibragim en Europe, mais il n’a pas pu prouver qu’il avait besoin d’asile. Les autorités du pays où il a fait sa demande se sont inquiétées de son passé. Il a été expulsé vers la Russie. Le rapport indique qu’une fois en Tchétchénie, les forces de l’ordre ont tout de suite commencé à fabriquer des accusations de participation aux hostilités en Syrie « .

Selon Svetlana Gannushkina, les ONG sont également souvent sollicitées par des proches de jeunes résidents du Caucase du Nord, accusés d’être impliqués dans « l’État islamique » (EI), une organisation terroriste interdite en Russie par la justice.

« Ainsi, en 2015, nous avons reçu un appel d’Aslan Evloev, le père de Rashid Evloev, qui a été extradé d’Allemagne à la demande de la Russie pour implication présumée dans les hostilités en Syrie … Rashid avait décidé d’aller en Turquie pour intégrer  un institut islamique et apprendre l’arabe. Ses parents ne s’y sont pas opposés. Rashid est parti pour Istanbul et a commencé à étudier. De plus, il a travaillé dans une entreprise et a envoyé des marchandises à ses parents pour qu’ils les vendent dans leur boutique. Quelques temps après, un agent du FSB a rendu visite à la famille Evloev et a rapporté que, selon le FSB, Rashid combattait en Syrie pour l’EI  … Aslan a exprimé son indignation et a présenté les reçus des achats de marchandises que son fils avaient faits en Turquie, là où il se trouvait et a déclaré que les colis provenaient d’Istanbul. Mais cela n’a pas suffi … Le FSB a continué à convoquer les parents de Rashid et à leur assurer que les services spéciaux disposaient d’informations précises sur les combats de Rashid en Syrie « , indique le rapport.

Après cela, Rashid Evloev est parti pour l’Allemagne avec l’espoir d’y obtenir l’asile. « Il a été placé dans un camp de réfugiés à Hambourg, et il a commencé les démarches pour obtenir l’asile. L’Allemagne a ensuite reçu une demande d’extradition de la Russie qui accusait Rashid de participer à l’EI et a averti de la constitution d’un dossier pénal à son encontre. <…> Les documents, envoyés de Turquie, prouvant le fait qu’à la période indiquée, Rashid était en Turquie et non en Syrie, n’ont pas été pris en compte. Neuf mois après le premier refus d’extradition en raison de l’absence de preuves fournies par la Russie dans ce dossier et le nouveau procès, Rashid a été extradé vers la Russie « , a rapporté le défenseur des droits humains.

Le 31 août 2016, Rashid Evloev, originaire d’Ossétie du Nord, a été condamné à six ans de prison sous l’accusation d’avoir suivi une formation dans un centre d’entrainement pour militants en Syrie. Selon les enquêteurs, au cours de l’hiver 2013-2014, après avoir terminé sa formation, Rashid Evloev est parti en Turquie pour ensuite retourner en Russie dans le but de commettre des actes terroristes. Un avocat et des proches de Rashid Evloev ont déclaré qu’il n’était pas coupable.

Lors d’un des procès, le tribunal a auditionné un témoin qui a effectivement participé aux hostilités en Syrie et a été condamné pour cela à trois ans d’emprisonnement avec sursis. « Le témoin a confirmé avoir vu Rashid en Syrie dans un camp d’entrainement avec une arme à feu dans les bras. Nous connaissons au moins trois cas où le même témoin, omniprésent, a affirmé qu’il avait vu d’autres accusés dans des cas similaires. Rashid a été condamné à six ans de prison. Nous ne pouvons rien faire d’autre que de mentionner que l’Allemagne n’a pas accordé l’attention nécessaire au cas de Rashid, malgré nos demandes de contrôle des conditions de détention de Rashid Evloev et du réel fond de l’affaire « , indique le rapport.

Des défenseurs des droits humains préoccupés par la persécution des Témoins de Jéhovah

Après le 20 avril 2017, la Cour suprême (CS) de Russie a reconnu le Centre administratif des Témoins de Jéhovah en Russie en tant qu’organisation extrémiste.  Une « campagne de persécution des Témoins de Jéhovah a commencé, et s’est généralisée », indique Svetlana Gannushkina dans son rapport.

« Comme dans d’autres cas de reconnaissance d’organisations extrémistes et même terroristes, il n’y avait aucun membre du Centre administratif des témoins de Jéhovah au procès … Les décisions sont prises à la demande du ministère de la Justice (MoJ), sur la base d’extraits de textes par lesquels il est impossible de juger de l’activité de l’organisation ou de son idéologie … La campagne de persécution s’est fortement intensifiée en avril 2018, lorsque des perquisitions et des arrestations ont commencé dans diverses régions et touché des dizaines de croyants, dont nombre d’entre eux se sont retrouvés accusés dans des affaires criminelles et ont été placés en garde à vue. Au début du mois de mai 2019, au moins 154 croyants avaient été victimes de persécutions « , indique le rapport.

Svetlana Gannushkina a mentionné que le 6 février, dans la ville d’Orel, le tribunal a déclaré le citoyen danois Dennis Christensen coupable en vertu de l’alinéa 1 de l’article 282.2 du Code pénal de la Fédération de Russie (teneur des activités d’une organisation religieuse à l’égard de laquelle une décision de liquidation a été prise en raison de son caractère extrémiste) et l’a condamné à six ans de prison. « En 1994, par décret du président de la Fédération de Russie, les Témoins de Jéhovah ont été réhabilités et reconnus en tant victimes de la répression politique. Cependant, les temps sombres sont aujourd’hui de retour « , a rapporté Svetlana Gannushkina. La défenseuse des droits humains a expliqué qu’après la condamnation de Dennis Christensen le 6 février, la campagne de persécution des Témoins de Jéhovah s’était intensifiée.

« Lors de la conférence de presse, des membres de la communauté des Témoins de Jéhovah ont parlé de plus de 400 perquisitions effectuées dans les domiciles de leurs collègues. 160 personnes ont été traduites en justice, dont environ 40 femmes, et des poursuites pénales ont été engagées contre 70 personnes, « a déclaré l’auteur du rapport.

Le « Nœud Caucasien » a rapporté un de ces cas en Kabardino-Balkarie : Yuri Zalipaev, chef de la communauté des Témoins de Jéhovah de Maisky, a été accusé d’incitation à la haine religieuse et à l’appel à des activités extrémistes. Il a plaidé non coupable. Au tribunal, un avocat de l’accusé a déclaré que les témoins à charge étaient affiliés aux organes chargés de l’application des lois et un expert linguistique a noté la différence entre le style de discours de l’accusé et les déclarations qui lui étaient attribuées.

Les membres des Témoins de Jéhovah se trouvent dans une situation encore pire, note Svetlana Gannushkina lorsque leur famille considère leur foi comme un crime et une apostasie. À titre d’exemple, elle a évoqué l’histoire d’une femme d’Ossétie du Nord et de sa fille. La femme a dû déménager pour se cacher de son ancien mari. Celui-ci les a poursuivis et a battu leur fille pour qu’elles renoncent à leur foi.

« La mère et sa fille doivent changer constamment d’endroit, mais l’ancien mari finit toujours par les retrouver, surgit à leur domicile et leur parle pendant des heures pour dire qu’elles ont choisi la mauvaise voie et qu’elles doivent changer leur façon de penser. Toute parole de leur fille qui contredit son discours provoque sa colère et son traitement cruel envers elle. Toutes nos tentatives pour leur trouver un refuge en dehors de la Russie ont échoué. On leur a refusé des visas même quand elles ont voulu acheter des voyages organisés « , indique le rapport.

Caucasian Knot 16 Juillet 2019

Comment se réalisent les projets immobiliers en Tchétchénie.

« Memorial »,  le Centre des droits de l’homme a appris que dans le centre de Kurchaloy en République de Tchétchènie, les autorités démolissent 37 maisons (nous disposons de la liste).

On sait depuis longtemps que la construction d’un centre commercial est prévue à Kurchaloy. Cependant, les propriétaires de ces maisons n’ont appris que le 5 février que la construction de ce centre  est prévue exactement là où se trouve leur propriété. Ce jour-là, les employés de l’administration de Kurchaloevsky se sont rendus dans les maisons qui devaient être démolies et ont appelé leurs habitants à une réunion à la mosquée. Des représentants de l’administration de Kurchaloy et des membres d’une certaine commission mise en place par les autorités y ont pris la parole. Les gens ne comprenaient pas très bien de quel genre de commission il s’agissait et quels étaient ses pouvoirs, mais ils savaient parfaitement qu’il s’agissait de représentants des autorités, et qu’il est dangereux de ne pas s’y soumettre. Comme nos sources nous en ont informés, le président de cette commission Sultan Khumaïdovitch Tagaev, vice-président du gouvernement de la République tchétchène et le ministre des Finances de la République tchétchène, ont assisté à la réunion.

Les personnes présentes ont été informées qu’il était prévu de démolir leur maison pour construire à leur place un centre commercial, de loisir et d’autres installations. Les membres de la commission ont promis aux familles vivant dans ces maisons de leur attribuer des logements (sans préciser la superficie, l’habitabilité et l’emplacement) dans le futur (sans préciser de dates précises). Aucun accord n’a été signé avec les propriétaires des maisons promises à la démolition. Et, plus important encore, les gens n’ont eu qu’une semaine pour trouver un abri.

Les maisons sont démolies sans accord préalable avec leurs propriétaires. Aucune vente officielle des maisons et des terrains. En tout cas, les propriétaires ne sont au courant d’aucune démarche officielle.

Personne n’a osé protester. Personne n’a osé poser de question sur l’aspect légal de telles actions de la part des autorités. Les gens ont commencé à chercher des endroits où ils pouvaient partir et emmener leurs biens – chez des parents, ou en louant des logements.

Les résidents doivent quitter leurs maisons le lundi 12 février. La construction du centre commercial et de divertissement est prévue pour le 1er mars.

La maison de la famille du responsable du bureau de Grozny du Centre « Mémorial » Oyub Titiev- 73,  rue Sheripov, était parmi les maisons démolies.

Les événements illustrent clairement l’absence totale de droits des résidents de la Tchétchénie de Kadyrov devant les actions arbitraires des fonctionnaires.

Svetlana Gannushkina (figure tutélaire de Memorial)

10 février 2018

Human Rights Watch (HRW) reproche aux autorités polonaises d’ignorer les droits des réfugiés tchétchènes.

Les autorités polonaise refusent d’accorder l’asile aux Tchétchènes et donc leur font courir des risques d’après un rapport  de HWR.

Les défenseurs  des droits en Pologne et au Belarus remarquent qu’en 2016 le nombre de personnes qui ont dû repartir à cause des refus des autorités polonaises a crû significativement et cela continue en 2017, d’après le rapport publié sur le site de HRW ce 1er mars.

Le site web cite Lydia Gall, une chercheuse du HRW pour les Balkans et l’Europe de l’Est : « la Pologne met les gens en danger en leur refusant l’accès à la procédure de demande d’asile et en les renvoyant vers le Belarus où ils ne peuvent bénéficier d’une protection. »

HRW a interrogé plusieurs dizaines de Tchétchènes, qui ont demandé le statut de réfugié mais à qui on a refusé l’entrée en Pologne. Au moins une dizaine d’entre eux ont raconté que des gardes frontières les ont maltraités et les ont humiliés.  Ils ont aussi dit que les autorités compétentes ne respectaient pas la confidentialité alors que les entretiens en public peuvent menacer leur sécurité.

HRW a interrogé le Ministre de l’Intérieur polonais sur la situation des réfugiés tchétchènes et a reçu une réponse écrite qui précise, en se basant sur les gardes frontière, que la majorité des demandeurs d’asile sont des « migrants économiques ». Cependant, toutes les personnes interrogées par HRW ont soutenu avoir été harcelées par les autorités tchétchènes en Tchétchénie et torturées dans les postes de police.

Svetlana Gannushkina, présidente de l’organisation « assistance civile », déclare : « Nous, les militants et les journalistes des droits humains écrivons souvent et parlons de ce qui se passe en Tchétchénie, pourquoi les gens la quittent. Les Polonais ne peuvent pas ignorer ces histoires sans fin de détentions, de torture, de personnes qui sont accusées faussement de détention de drogue. Outre le terrorisme, il y a aussi un régime totalitaire qui écrase, soumet une personne dans toutes les sphères de la vie – y compris dans les relations familiales ».

Selon elle, parmi les habitants de la Tchétchénie qui cherchent à quitter la Russie, il est peu probable que ce soit pour des raisons économiques, parce que « les Tchétchènes  sont des gens attachés à la terre et qui ne la quitteraient pas pour de l’argent. »

(Le Nœud Caucasien, 03 mars 2017)

Radicalisation de l’islam en Tchétchénie : Kadyrov bafoue les droits des femmes

(Laura Bruneau le 01/06/2015 pour Francetvinfo)

En Tchétchénie, le président Ramzan Kadyrov impose des lois influencées par l’islam radical au mépris des lois russes dont cette République autonome dépend. Les droits des femmes y sont progressivement réduits comme peau de chagrin. Les ONG et défenseurs des droits de l’Homme s’inquiètent depuis plusieurs années de la situation. L’influence de l’islam radical dans la politique tchétchène ne fait que croître. En 2005, alors qu’il était encore Premier ministre, Ramzan Kadyrov a commencé par bannir les jeux de hasard de son territoire et, en 2006, il a interdit l’entrée des citoyens danois sur le sol tchétchène suite à la publication des caricatures de Mahomet dans le quotidien Jyllands-Posten.

En janvier 2015, il était en tête d’une manifestation anti-Charlie à Grozny réunissant 800.000 personnes alors que le pays compte un peu plus d’1,2 million d’habitants dont 90% de musulmans. Rassemblement à propos duquel il a déclaré : «Ceci est une manifestation contre ceux qui insultent la religion musulmane.» Interrogé par Libération en janvier, Alexei Malachenko, spécialiste de l’Orient et de l’islam au centre Carnegie de Moscou, affirmait que cela «s’inscrit dans les ambitions personnelles de Kadyrov qui souhaite devenir le leader des musulmans en Russie et même au-delà.»

Moscou ferme les yeux.

Sur le terrain, les premières touchées par l’islamisation du régime sont les femmes. Depuis 2007, un décret signé de la main de Ramzan Kadyrov, fils de l’ancien président et mufti suprême de Tchétchénie Akhmad Kadyrov, oblige ces dernières à porter le foulard lorsqu’elles entrent dans des institutions publiques. En 2009 et 2010, les autorités ont élargi le champ d’application de cette loi sur le voile imposé aux cinémas, lieux de divertissement et même aux espaces extérieurs. Les femmes non-voilées n’ont pas le droit de travailler dans le secteur public et les responsables éducatifs exigent des écolières et étudiantes qu’elles soient couvertes dans les établissements scolaires.

Des mesures qui vont à l’encontre de la Constitution russe, dont le préambule dit: «Nous, peuple multinational de la Fédération de Russie, uni par un destin commun sur notre terre, affirmant les droits et libertés de l’homme», mesures qui ne sont toutefois pas contestées par Moscou qui ferme les yeux. Ramzan Kadyrov a été nommé président de la Tchétchénie par Vladimir Poutine en 2007. Lequel a choisi ce pro-russe qui lui est fidèle et dont il finance la politique pour tenir la population tchétchène loin de ses velléités indépendantistes. Ramzan Kadyrov a toujours affirmé que les lois russes seraient respectées en Tchétchénie, ajoutant cependant qu’en tant que musulman, «il n’y a rien qui prévaut sur la religion». […]

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) a repris sur son site un texte écrit par Svetlana Gannushkina, une militante russe, qui  rappelle qu’en novembre 2008, Kadyrov critiquait les jeunes femmes qui portaient des vêtements de type européen dans une interview sur le site Grozny Inform en ces termes : «On les voit dans la rue en mini-jupe, avec les cheveux détachés. La mentalité de notre peuple ne le permet pas. Je souhaiterais vraiment que la jeune fille Tchétchène ait l’air d’une vraie musulmane, respectant les coutumes et les traditions de son peuple.»

Allant plus loin, Kadyrov déclarait au journal Komsomolskaïa Pravda, toujours en 2008 : «J’ai le droit de critiquer ma femme. Mais ma femme n’a pas le droit. Chez nous, la femme est à la maison (…). La femme doit être un bien. Et l’homme, le propriétaire. Chez nous, si une femme se comporte mal, le mari, le père et le frère en répondent. Selon nos coutumes, si elle a un comportement dissolu, les proches la tuent. Cela arrive : qu’un frère tue sa sœur, un mari sa femme. Il y a des hommes en prison pour ça chez nous… Comme Président, je ne peux pas accepter que l’on tue. Mais aussi elles n’ont qu’à pas porter de shorts !»