Archives de tags | Ruslan Kutaev

Comment Ramzan Kadyrov a transformé le jour de commémoration du 23 février en une fête.

Il y a une certaine ironie à célébrer la journée du 23 février comme la fête du soldat de l’armée rouge quand précisément la date avait été choisie en 1944 pour qu’un maximum de soldats tchétchènes soient en permission à l’occasion de cette fête qui s’est transformée en un piège pour eux.

Le 23 février marque le 75e anniversaire du début de la déportation des Tchétchènes et des Ingouches par Staline. Cependant, le jour du souvenir n’est pas officiellement célébré en Tchétchénie. Ruslan Kutaev, président de l’Assemblée des peuples du Caucase, qui s’était publiquement exprimé en 2014 contre l’interdiction des manifestations de deuil de février, a été condamné pour falsification et envoyé en prison pendant près de quatre ans.

« Depuis 2011, nous célébrons le 10 mai la Journée du souvenir et du chagrin des peuples de Tchétchénie. Tous les deuils et manifestations religieuses destinés à rendre hommage aux victimes d’expulsions et de guerres auront lieu ce jour-là. Le 23 février, notre république, comme tout le pays, célèbre la fête nationale, le jour du défenseur de la patrie,  » a déclaré un responsable de l’administration du chef et du gouvernement tchétchènes au correspondant du nœud caucasien.

L’opération dénommée « Chechevitsa » (lentilles), au cours de laquelle des Tchétchènes et des Ingouches ont été massivement expulsés de la République socialiste soviétique autonome tchétchène-ingouche en Asie centrale et au Kazakhstan, a été menée du 23 février au 9 mars 1944. En raison des chutes de neige, les habitants de Khaibakh n’ont pas pu descendre des montagnes, contrariant le calendrier de déportation. Le commissaire à la sécurité de l’État a ordonné de forcer les villageois – entre 200 et 700 personnes – à entrer dans une écurie et d’y mettre le feu. Ceux qui ont tenté de s’échapper ont été abattus à la mitrailleuse.

Auparavant, la Tchétchénie marquait le 23 février avec des cérémonies de deuil. En 2010, cette date a même obtenu le statut officiel de Journée du souvenir et du chagrin. Le décret correspondant a été signé par Ramzan Kadyrov, le chef de la république. Cependant, un an plus tard, en 2011, la journée du souvenir a été reportée au 10 mai.

« Il y a eu de nombreux jours tragiques dans l’histoire de notre peuple, y compris la déportation du peuple tchétchène par Staline le 23 février 1944, les martyrs du village de Khaibakh, des centaines de milliers de civils tués au cours des première et deuxième campagnes militaires sur le territoire de la république et la mort tragique de notre premier président Akhmat-Khadji Kadyrov le 9 mai 2004. Ce sont des dates tragiques dans l’histoire du peuple tchétchène, mais je ne voudrais pas que ces jours de chagrin coïncident avec les fêtes nationales russes, » a déclaré le chef de la Tchétchénie le 11 avril 2011, en expliquant les raisons du report de la date.

Selon les habitants de la région, le jour du souvenir et du chagrin avait été remplacé par le deuil d’Akhmat-Khadji Kadyrov, ancien président de la République tchétchène, enterré le 10 mai 2004.

Par la suite, le 18 février 2014, lors de la conférence scientifique « Déportation du peuple tchétchène. De quoi s’agit-il et pouvons-nous l’oublier? », Ruslan Kutaev, président de l’Assemblée des peuples du Caucase, a critiqué l’interdiction d’organiser des cérémonies de deuil en Tchétchénie, le 23 février. Il a été arrêté et condamné à quatre ans d’emprisonnement pour possession de drogue. Par ailleurs, l’organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a souligné le lien direct entre la procédure pénale engagée contre Ruslan Kutaev et son discours à l’occasion de l’anniversaire de la déportation.

En dehors de la Tchétchénie, des manifestations de deuil ont lieu le 23 février. En particulier, l’Ingouchie rend hommage aux victimes de la déportation du 23 février. En dehors de la Russie, la journée de la mémoire est également célébrée le 23 février au Royaume-Uni, en Finlande, en Norvège et dans d’autres pays par les diasporas tchétchènes et ingouches.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/46295/

© noeud caucasien

Ruslan Kutaev et d’autres prisonniers politiques ainsi que leurs familles sont les héros d’un film projeté à Moscou.

Nous tenons à vous communiquer cet article du Nœud Caucasien du 28/01/17 car nous trouvons qu’il décrit une situation émouvante. D’abord il évoque le sort de personnes dont on ne parle pas souvent. Une fois qu’ils sont en prison on oublie les militants et c’est une occasion de les nommer. D’autre part nous songeons à cette projection engagée, à ces quelques spectateurs enthousiastes comme un motif d’espoir: ce n’est pas le nombre qui compte c’est la conviction.

Le documentaire « Il commence à faire sombre » raconte l’histoire de cinq familles de personnes reconnues comme prisonniers politiques par les défenseurs des droits. Parmi ces héros il y a la famille de Ruslan Kutaev, président de l’Assemblée des Peuples du Caucase, condamné à quatre ans de prison après avoir organisé une conférence sur la déportation du peuple tchétchène en désobéissant aux ordres du leader de la Tchétchénie.

Le correspondant local du Nœud Caucasien indique que le film a été projeté le 27 janvier au centre Sakharov avec l’aide d’un fonds d’aide aux prisonniers et à leurs familles appelé « la Russie emprisonnée ». A peu près 10 spectateurs ont assisté à la projection.

Olga Kravets, la réalisatrice et co-productrice du film est à l’origine du projet multimédia « Grozny. Neuf cités » qui a été lancé en 2009.

Un des scénarios raconte l’histoire des sept enfants de Svetlana Davydova qui attentent le retour de leur mère arrêtée pour trahison. Par la suite les poursuites ont été arrêtées.

Une autre histoire concerne la famille de Gennady Kravtsov condamné pour trahison à six ans de prison pour trahison après une recherche d’emploi où il a envoyé son CV en Suède.

Un autre épisode montre le mari et la fille d’un militant de « l’autre Russie », Taisia Osipova. Le film les montre s’apprêtant à aller lui rendre visite dans la colonie pénitentiaire.

Le film a été chaleureusement accueilli par le public et a applaudi les auteurs.

 

A propos de Ruslan Kutaev

ROUSLAN KUTAEV est enfermé pendant quatre ans par ceux qui l’ont condamné par un procès fabriqué. Nous ne l’oublions pas et le Comité contre la Torture (CaT) agit pour essayer de le faire sortir, réhabilité.

Le 28 avril, un appel à casser le verdict de Rouslan Kutaev, président de « l’Assemblée des Nations du Caucase », reconnu coupable de possession de drogue en Tchétchénie, a été adressé par le CaT à a Cour Suprême de Tchétchénie.

D’après le Nœud Caucasien, en juillet 2014 il a été condamné à 4 ans de prison pour possession de drogue. Il a fait appel de ce verdict. Le 31 octobre la Cour Suprême de Tchétchénie a réduit sa peine de deux mois alors que la défense demandait à ce que l’affaire soit rejugée. La date pour en décider n’a pas été fixée, en tout cas l’avocat Piot Zaikin continue à représenter les intérêts de Kutaev.

Amnesty International a déclaré Rouslan Kutaev  « prisonnier de conscience », alors l’organisation des droits de l’homme Memorial l’a placé sur sa liste de prisonniers politiques. Les défenseurs des droits de l’homme expliquent  la persécution de Kutaev : le 18 février 2014 au cours d’une conférence sur la déportation des Tchétchènes et des Ingouches il a critiqué Ramzan Kadyrov dirigeant de la Tchétchénie pour avoir supprimé les commémorations de l’anniversaire de la déportation du 23 février.

Nous avons reçu, le 9 avril dernier, Oleg Khabibrakhmanov, responsable du Comité contre la Torture et du Joint Mobile Group. Nous constatons qu’il continue leurs actions de respect des droits en Tchétchénie.

Le discours de Ruslan Kutaev au tribunal d’Urus-Martan en Tchétchénie.

Ruslan Kutaev, homme politique tchétchène, a été arrêté alors qu’il avait tenu une conférence sur la déportation des Tchétchènes le 23 février 1944, date que le pouvoir voudrait passer sous silence. Le motif inventé de l’arrestation était la possession de drogue. Le 19 juin le Centre des Droits de l’Homme Memorial reconnaissait quer Kutaev était un prisonnier politique. Le 7 juillet il est condamné à 4 ans de colonie pénitenciaire.

« Pendant les 4 mois que j’ai passé derrière les barreaux j’ai eu assez de temps pour réfléchir à ma existence. J’ai presque 60 ans mais j’aimerais parler simplement d’un épisode de ma vie et expliquer pourquoi je l’associe au procès de ce jour. C’était en 1982, j’étais étudiant à l’Institut de Chimie Ivanovo, où nous avons organisé une fête pour l’amitié des peuples. A cette fête les nations de l’URSS montraient leurs réalisations. Les Moldaves et les Georgiens présentaient leurs vins, les Arméniens leur Cognac, les Kabardes leurs chevaux, les Turkmènes leurs purs-sangs etc… Et tous avaient de grand stands.

Et quand ce fut mon tour de représenter, à moi seul, ma république (Tchétchénie-Ingouchie) le public m’a regardé avec étonnement parce que mes compatriotes n’avaient pas de stand. Je fis exprès une pause et m’adressais au public : « Chers amis ! Aujourd’hui ici nous parlons de nos réalisations, nous aussi nous en avons mais puisqu’ici nous parlons de nos plus grandes réalisations, les plus intimes, les plus fortes, les plus respectées et les plus dignes que nous ayons, nous, Tchétchènes, je suis venu me présenter devant vous pour vous montrer la meilleure chose que possèdent les Tchétchènes. C’est moi, moi-même, un Tchétchène – la seule nation de l’URSS qui n’a jamais été conquise, la seule qui n’a jamais eu de prince, de Khan, de roi ou de sultan. Et me voici devant vous, représentant de la libre nation tchétchène-ingouche. »

Le public m’a applaudi debout parce qu’il me connaissait. Il savait que j’étais un ami, que je ne les trahirai jamais et que je serai toujours près d’eux. J’avais, votre honneur, à l’époque 23 ans. Beaucoup de temps s’est passé depuis, plus de 30 ans. J’ai toujours été fier de mes origines et même je me suis vanté d’être Tchétchène parce que pour moi c’est synonyme de liberté, un indice incroyablement clair d’une notion de justice et d’honneur. Maintenant que je suis un homme expérimenté, un personnage public, un homme politique et un philosophe, dans cette cage, je répète : je suis un Tchétchène libre. Je n’ai pas à me faire pardonner une quelconque trahison. J’ai beaucoup d’amis ici, (dans ce tribunal et dehors) à savoir, mes camarades d’école, ceux avec qui j’ai étudié à l’Institut et servi à l’armée : des amis de tous les pays de l’ancienne URSS. Ils me soutiennent tous parce que je ne les ai jamais trahis et que je n’ai jamais changé de point de vue.

Je comprends que toutes les nations dans leur histoire traversent des périodes troublées. A mon grand regret, c’est maintenant une période troublée pour ma république. Et dans les temps troublés, on doit payer pour ses prises de position et c’est pourquoi je suis ici.

Votre honneur, si vous me relâchez, je ne serai pas surpris du tout parce que je suis innocent, si vous me condamnez je ne serai pas surpris du tout parce qu’être un Tchétchène, être un homme d’honneur, être honnête et loyal se paye très cher aujourd’hui et c’est pourquoi je réagirai calmement à toute décision que vous prendrez. »

La déportation du peuple Tchétchène : un point d’Histoire à oublier?

 Une commémoration éclatante vient d’avoir lieu en France pour les 70 ans du débarquement allié. Ces cérémonies ont été l’occasion aussi de rectifier les perspectives historiques, rappelant le rôle essentiel de l’Armée Rouge dans la victoire sur le nazisme. Les nouvelles qui suivent permettent de réaliser que commémorer est un enjeu important pour la politique d’un pays au point qu’une puissance puisse chercher à empêcher l’expression de la mémoire d’un peuple martyrisé.

La Russie a interdit la diffusion d’un film sur la déportation de masse des Tchétchènes, ordonnée pendant la Seconde Guerre mondiale par Staline, l’accusant d’être une « falsification historique » et d’être antirusse. Tourné en Tchétchénie, le long-métrage raconte en détails comment les Soviétiques ont déporté au cours de l’hiver 1944 le peuple tchétchène dans sa totalité ainsi que les Ingouches, un peuple proche, quelques mois avant la déportation des Tatars de Crimée. Accusées de manquer de loyauté envers l’URSS et de collusion avec les forces du IIIe Reich allemand, plus d’un demi-million de personnes ont ainsi dû quitter de force le Caucase du nord pour les plaines d’Asie centrale. Intitulé « Ordre d’oublier », le film avait comme but de marquer le 70e anniversaire de la déportation.

En ce moment même un militant tchétchène des droits de l’homme Ruslan Kutaev est détenu par les autorités de Grozny et a été torturé après avoir organisé une conférence commémorant la déportation par Staline du peuple tchétchène en 1944. Le procès qui se tient actuellement démontre clairement que l’accusation alléguée de détention de drogue est un montage : les témoins sont en contradiction avec ce qu’on leur a fait déclarer. L’association  Memorial ainsi qu’Amnesty International tentent d’alerter l’opinion pour sa libération.