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Menaces pesant sur Abdurakhmanov: vulnérabilité des réfugiés tchétchènes en Europe

Cet article du Nœud Caucasien évoque le sort d’un réfugié dans notre Union Européenne. Il nous permet de percevoir comment des évolutions récentes de  politique d’immigration dans nos pays sont perçues vues de Russie. Il nous renvoie donc à notre responsabilité : la Pologne fait partie de l’espace Shengen pourtant le sort de Tumso Abdurakhmanov n’a pas été très évoqué dans nos journaux, en France même, des Tchétchènes ont été renvoyés en Russie au nom de l’ordre public, en Allemagne aussi et Oleg Orlov de Memorial analyse d’une manière pertinente ces renvois comme une conséquence des politiques générales d’immigration.

Menaces pesant sur Abdurakhmanov: vulnérabilité des réfugiés tchétchènes en Europe

Les autorités des pays européens sous-estiment fondamentalement le danger pour les opposants en Tchétchénie et continuent d’expulser les réfugiés du Nord-Caucase vers leur pays d’origine, ont déclaré les défenseurs des droits interrogés par « Le noeud Caucasien ». Tumso Abdurakhmanov a reçu de nouvelles menaces au nom de l’honneur par Magomed Daudov.

Le « Nœud Caucasien » a indiqué que le 9 mars, après une discussion sur les réseaux sociaux avec Abdurakhmanov, le président du parlement tchétchène, Magomed Daudov, avait promis au blogueur qu’il tirerait vengeance pour ses propos sur Akhmat Kadyrov. Le haut responsable a promis de ne pas tuer, mais de « surprendre » le blogueur. Le 21 mars, le blogueur Tumso Abdurakhmanov a annoncé avoir reçu de nouvelles menaces de la part d’un compatriote réfugié en Europe.

Tumso Abdurakhmanov, recherché en Russie, se trouve maintenant en Pologne. En septembre 2018, le pays a refusé de lui accorder l’asile.

Tumso Abdurakhmanov a reçu des messages de menaces d’utilisateurs de réseau anonymes au cours des dernières années, mais après la déclaration de vendetta de Magomed Daudov, les menaces sont devenues beaucoup plus importantes, a déclaré le blogueur au correspondant de « Caucasian Knot ».

Si les politiques anti-immigrés prennent de l’ampleur en Europe, les cas d’extradition de réfugiés de Tchétchénie seront encore plus nombreux, a déclaré Oleg Orlov, président du conseil d’administration du Centre des droits de l’homme « Mémorial ».

« Des personnes sont toujours expulsées malgré les informations selon lesquelles il y a risque de mort pour elles en cas de refus de l’asile, d’expulsion ou d’extradition « , a déclaré M. Orlov, considérant la décision des autorités polonaises d’extrader Tumso Abdurakhmanov comme un exemple de cette politique irresponsable. « Expulser Tumso en Russie, c’est l’envoyer à la mort, mais le ministère polonais de l’Intérieur (MIA) a pris une telle décision. C’est un exemple de politique irresponsable et anti-humaine », a conclu M. Orlov.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/46629/

© noeud caucasien du 26/03/19

Convoqués à Grozny par la justice tchétchène, les défenseurs des droits expriment, sur place, à nouveau leurs convictions.

Ce que semble redouter par dessus tout le pouvoir tchétchène c’est la publicité de ses exactions. Ce que relate les Nouvelles de Tchétchénie dans son dernier numéro c’est une rare occasion  de confrontation directe entre une institution tchétchène (un tribunal) et des défenseurs des droits et une journaliste. Ce choc est, à notre avis, extrêmement éclairant et nous signalons les propos de Svetlana Gannouchkina qui, en peu de mots, situe sa position devant l’histoire récente de la Tchétchénie.

La correspondante de Novaïa Gazeta Elena Milachina et ses collègues Svetlana Gannouchkina, Igor Kaliapine, Oleg Orlov et l’avocat Piotr Zaïkine se sont rendus à Grozny, répondant à la convocation de la justice tchétchène. Il y a quelques mois, le ministère de l’Intérieur tchétchène avait intenté une action en justice contre le journal « Novaïa Gazeta » et l’ONG de défense des droits de l’homme « Solidarité citoyenne » pour avoir publié des articles critiques sur l’affaire Djamalaldinov au nom de « la défense de l’honneur, de la dignité ». Ils étaient convoqués le 9 novembre à Grozny, en dépit du fait que les prévenus se trouvaient à Moscou et que cela contrevenait à la loi russe sur le principe de la territorialité juridictionnelle. Pour les « invités », la question de la sécurité s’est posée : Novaïa Gazeta et Svetlana Gannouchkina (pour l’ONG) critiquent régulièrement le régime de Kadyrov pour les violations des droits de l’homme.

Arrivés tant bien que mal devant le tribunal (l’adresse du tribunal n’était pas très claire), ils se sont retrouvés devant une foule de deux cents manifestantes scandant « Dehors ! » et arborant des panneaux « Gannouchkina, mère de l’anarchie », « Milachina, honte de la Russie », « Trahison de la patrie, peine maximale », « Kaliapine, Milachina, Gannouchkina – défenseurs des terroristes », etc.. Tout autour, des jeunes hommes armés, un peu désorientés. Du coup, Elena Milachina interpelle les manifestantes : « Bonjour, enchantée de vous rencontrer »… Et de serrer les mains, saluer l’assistance de la main. Quelqu’un lui soufflera, une fois entrée dans le bâtiment : « Mais, ce rassemblement, c’est contre vous ! » A l’intérieur, bien au chaud, que des hommes. Dehors, les femmes, elles, sont restées sous la pluie !

Les péripéties de l’audience (résumé)

La juge, s’adressant à S. Gannouchkina : – Pourquoi publiez-vous des critiques sur Ramzan Kadyrov sur votre réseau ? Pourquoi avez-vous écrit que Djalaldinov avait été menacé ?

– Tout le monde pensait alors qu’il avait été tué par la police tchétchène.Milachina : – Kadyrov lui-même écrit sur son blog à propos du déplacement du corps de Lénine, ou bien publie une photo avec l’opposant russe Kassianov dans le viseur. Pourquoi, lui, peut le faire et les autres pas ?

La juge : – Je retire la question.

L’avocat P. Zaïkine : – R. Djalaldinov a été artificiellement joint à l’action judiciaire pour justifier une convocation en Tchétchénie. Pourquoi donc le ministère de l’Intérieur tchétchène ne s’est pas risqué à aller devant les juges de Moscou ?

Milachina : – Vous contestez les menaces d’Alaoudinov, mais nous pouvons convoquer à l’audience M. Karataev, T. Mourdalov, V. Aboubakarov , S.Ianouglbaev ; tous ces juges suprêmes tchétchènes peuvent témoigner de quoi est capable Apti Alaoudinov : passages à tabac, démissions sous la menace…

La juge, quelque peu paniquée : – Je ne vous autorise pas à vous écarter du sujet, cela n’a aucun rapport ! L’audience est close, le tribunal se retire pour rendre sa décision !

Gannouchkina : – Puis-je réagir ?

– Bon, allez-y, réagissez.

« Tous ici, nous ressentons notre culpabilité pour les deux guerres, pour ce qu’on a fait subir au peuple tchétchène. Le peu que nous avons pu faire pour l’aider et pour nous tenir à ses côtés durant ces années de guerre, cela a sauvé nos âmes, nous a donné le droit de vivre. J’ai le sentiment qu’à cette époque, pendant la guerre, les gens qui vivaient ici disposaient de plus de sens de la dignité et de capacité à combattre le mal. Je dois dire que ce que j’ai vu aujourd’hui à Grozny m’a profondément attristée. Des gens sont venus vers moi pendant la suspension de séance, (je ne peux donner leurs noms, ce serait un danger mortel pour eux), ils m’ont dit: « Ne pensez pas que nous avons oublié : nous nous souvenons de tout, nous comprenons tout. Et ces femmes qui sont devant le tribunal, elles aussi elles comprennent ».

Un silence complet avait accompagné la déclaration de Gannouchkina. La juge n’en rejeta pas moins l’appel des prévenus. La veille de leur départ pour Grozny, un informateur de Novaïa Gazeta avait averti S. Gannouchkina d’un projet d’« accueil » des visiteurs : une action de provocation était prévue contre les défenseurs des droits de l’homme moscovites : un groupe d’individus, des « militants patriotes » tchétchènes devaient leurs jeter des œufs, de la farine, etc.. Il a raconté que les femmes manifestantes avaient été transportées et raccompagnées chez elles par des autocars du ministère de l’Intérieur. L’action prévue par les lanceurs d’œufs avait été abandonnée au dernier moment, avec la version, pour la télé tchétchène, que les invités de Moscou avaient pris peur et ne s’étaient pas déplacés en Tchétchénie.

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Ramazan Djalaldinov, habitant du village de Kenkhi, dans l’extrême sud montagneux de la république, s’était plaint en avril 2016 dans une lettre ouverte à Poutine, de la corruption gangrenant son village, lequel se trouvait dans un état lamentable suite à la guerre. La réaction de Kadyrov fut immédiate : maison incendiée, famille persécutée et chassée de Tchétchénie, villageois priés de condamner en public le lanceur d’alerte… Venu visiter le village, Kadyrov dut admettre que Djalaldinov avait raison : il limogea le chef de l’administration locale commanda des travaux pour restaurer le village, décrétant que 2016 serait l’« année du district de Charoï », dont dépend Kenkhi. On fit revenir Ramazan, on lui fit toutes sortes de promesses pour le dédommager… sans suite : au contraire, les villageois les plus rétifs furent poursuivis, Djalaldinov condamné pour calomnie, les compensations n’arrivèrent pas. Convoqué par Apti Alaoudinov, le ministre tchétchène de l’Intérieur, Ramazan, accompagné de son épouse, fut menacé de mort. Délesté de son passeport et de son portable, il décida de s’enfuir, passant par la frontière montagneuse du Daghestan et de se rendre à Moscou pour demander de l’aide aux militants des droits de l’homme. L’affaire de sa « disparition » remonta alors jusqu’à Peskov, le porte-parole de Poutine.

Noukhadjiev, Chargé des droits de l’homme (sic) de Kadyrov, propose à R. Djalaldinov de retourner chez lui : « Nous examinerons objectivement ses doléances. Personne ne le touchera. » « Les défenseurs des droits de l’homme l’utilisent. Quand ils n’en auront plus besoin, ils le laisseront tomber. » Il s’est plaint de ce que les défenseurs venus d’Europe le 28 novembre l’aient évité, allant directement voir les gens sans passer par lui ! « Cela prouve qu’ils n’ont pas l’intention de coopérer. »

Les Nouvelles de Tchétchénie n°112, décembre 2017

 

Les défenseurs des droits demandent le retour de la loi en Tchétchénie

Au Congrès panrusse des défenseurs des droits humains qui s’est tenu à Moscou le 26/11, les participants ont adopté une résolution sur les violations des droits de l’homme en Tchétchénie et la nécessité d’abolir la loi sur les agents étrangers et l’abolition du Département de lutte contre l’extrémisme du ministère de l’Intérieur.

Le Congrès s’est réuni à l’initiative du Conseil des droits de l’homme de la Russie. Le comité organisateur comprenait des membres du Groupe Helsinki de Moscou, du mouvement « Pour les droits de l’homme », du « Comité d’Assistance Civil », de « Memorial », de la « Fondation Verdict publique » et du mouvement « Golos ».

La résolution fait référence au « pouvoir personnel totalitaire » en Tchétchénie.

« Toute dissidence est réprimée, les critiques sont sévèrement punies. Un système de responsabilité collective a été mis en place et les familles des suspects sont expulsées des villages et des villes et même de la république », indique la résolution.

Ses auteurs ont également fait état d’appels à exécution sans procès, d’enlèvements, de tortures et de meurtres commis avec la participation de forces de l’ordre.

Le Congrès a demandé au Comité d’enquête de la Fédération de Russie (ICRF), au Bureau du Procureur et au Président « de prendre des mesures pour rétablir l’état de droit en Tchétchénie », rapporte le média « Kavkaz.Realii ».

Lev Ponomaryov, le leader du mouvement « Pour les droits de l’homme », a également déclaré que sous couvert de lutte contre le terrorisme, les droits de l’homme sont limités. Il a été approuvé par Oleg Orlov, président du conseil d’administration du Centre « Memorial ». Ce dernier a critiqué les forces de l’ordre pour la constitution de listes des extrémistes religieux et des terroristes potentiels dans le Caucase du Nord. Il ajoute, « Nous comprenons que la lutte contre le terrorisme exige de l’Etat d’utiliser la force, mais cette force ne doit être utilisée que dans le cadre de la loi. »

Source: http://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/41614/

© Noeud caucasien (27/11/2017)

En Russie des défenseurs des droits de l’homme continuent à défendre le caractère universel des libertés fondamentales.

(D’après un article du Nœud Caucasien)

Selon des défenseurs des droits de l’homme; des habitants de Tchétchénie, arrêtés pour porter la barbe, n’ont pas font appel à leur aide. Selon Olg Orlov, membre du bureau du Centre des Droits de l’Homme Memorial et Tatania Lokshina, dirigeante de Human Rights Watch à Moscou, de telles rafles sont hors la loi en tant qu’elles violent le droit des hommes à la liberté de religion. D’après une source du Ministère de l’Intérieur tchétchène toutes les personnes arrêtées à titre préventif ont été relâchées.

Le Nœud Caucasien a relaté que le 2 novembre et pendant la semaine passée des habitants de Grozny et d’autres gros villages de Tchétchénie ont signalé la détention de jeunes gens portant la barbe et sans moustache. Selon des témoins, les forces de l’ordre ont arrêté des jeunes gens dans les rues, ou en ont sorti des bus et des taxis.

D’après Oleg Orlov, ce n’est pas la première fois que de tels actions appelées mesures préventives en Tchétchénie ont été mises en œuvre ; quoi qu’il en soit les personnes arrêtées n’ont pas appelé à l’aide les défenseurs des droits de l’homme.

Oleg Orlov note qu’en Tchétchénie il est impossible de faire ouvertement profession d’un « concept non traditionnel de l’Islam », depuis que les autorités tchétchènes ont répété sans cesse que les Wahhabites devraient être éliminés sans jugement.

Tatiana Lakshina assimile cette situation à « une chasse aux Wahhabites menée en Tchétchénie ».

A l’heure actuelle Oleg Orlov comme Tatiana Lokshina sont l’objet de tentatives d’obstruction de la part du pouvoir russe. Leur organisations considérées comme traitres potentiels (« agents de l’étranger ») ont de plus en plus de mal à fonctionner. Le cas de la Tchétchénie est particulier en ce sens que le pouvoir de Kadyrov émet des prescriptions de type religieux de manière illégale en regard de la constitution russe, utilise la religion pour asseoir son pouvoir tout en combattant un courant de l’islam de manière sauvage.

Russie à la Une

En cette période de nouvel an la Russie est très présente de manière variée dans les média : les prisonniers emblématiques du pouvoir russe ont été amnistiés et libérés, en particulier Mikhail Khodorkovski et deux membres des Pussy Riots sans doute pour s’épargner les reproches de l’occident avant Sotchi.

A Volgograd deux attentats contre des civils ont été commis par des kamikazes que l’on suppose terroristes islamistes du Caucase (informations non confirmées).

–          D’une part Mikhail Khodorkovski semble avoir passé un accord avec les autorités qui l’amène à renoncer à toute ambition politique et d’autre part à déclarer : En cas de séparation du Nord Caucase, c’est la guerre. Un bain de sang avec des millions de victimes. S’il faut y aller, j’irai combattre. Le Caucase du Nord, c’est notre terre. Nous l’avons gagnée par les armes. Il n’y a pas une seule terre dans le monde qui n’a pas été conquise ainsi“

–          D’autre part Nadejda Tolokonnikova, une des Pussy Riots a déclaré après sa libération : « La Russie est construite sur le modèle d’une colonie pénitentiaire. C’est la raison pour laquelle il est important de changer les colonies pour changer la Russie. Je voudrais que l’Europe arrête de se vendre à la Russie pour du gaz et du pétrole ».

Si certains peu nombreux sont libérés d’autres ne sont pas concernés. D’après Oleg Orlov, responsable de l’ONG russe Memorial : « l’amnistie en raison du 20è anniversaire de la Constitution russe ne concernera pas les détenus du Nord Caucase. Ils sont 2000 au plus (0,25% des 7 ou 800 000 prisonniers en Russie. La plupart des détenus du Caucase sont accusés de collaboration avec les rebelles alors qu’ils n’ont rien fait concrètement et que leurs procès sont fabriqués. Le pouvoir, en exhibant son “humanité ”accroît sa force.»

En cette période préolympique où la sécurité est mise en avant l’horreur de l’attentat empêche de considérer l’importance de ce que note Oleg Orlov pour une population désignée toute entière comme composée de terroristes ce qui renforce un préjugé et oublie l’effet que peuvent avoir pour cette population l’injustice et la stigmatisation.