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Attaque contre l’ONG « Comité contre la torture » à Grozny

Communiqué de presse de Russie Libertés (03/06/2015)

Ce matin des individus ont violemment attaqué les bureaux de l’ONG « Comité contre la torture » à Grozny en Tchétchénie. Ce n’est pas la première fois que l’ONG est attaquée. Des hommes armés et masqués sont entrés dans les locaux de l’ONG et ont procédé à la destruction systématique du matériel. Les permanents de l’ONG ont réussi à fuir. L’ONG « Comité contre la torture » est une des dernières ONG de défense des droits humains à agir encore en Tchétchénie. La société civile est constamment sous pression en Tchétchénie avec des intimidations, des violences, des enlèvements et même des assassinats comme le meurtre de Natalia Estemirova, en juillet 2009, dont les responsables sont toujours inconnus. Russie-Libertés dénonce l’odieuse attaque contre l’ONG « Comité contre la torture » à Grozny. Cette attaque témoigne d’un climat de terreur qui règne actuellement en Tchétchénie et d’un climat de haine général envers la société civile en Russie. Nous demandons l’arrête immédiat de ces attaques et des pressions sur les ONGs.

Nous avons reçu à Lyon le 9 avril de cette année, à la mairie du 1er arrondissement, un dirigeant de cette ONG « Comité contre la Torture » : Oleg Khabibrakhmanov. Nous nous souvenons avec émotion de son témoignage. Hélas nos appréhensions ont vite trouvé une validation. A la suite de cette attaque qui aurait pu mal tourner et qui vise clairement à empêcher  un travail de défense de citoyens tchétchènes en butte à l’arbitraire d’un pouvoir qui se veut total les dirigeants de l’association ont déclaré que d’une manière ou d’une autre ils continueraient leur tâche.  Qu’ils sachent, en tous cas, que nous sommes de tout cœur avec eux !

A propos de Ruslan Kutaev

ROUSLAN KUTAEV est enfermé pendant quatre ans par ceux qui l’ont condamné par un procès fabriqué. Nous ne l’oublions pas et le Comité contre la Torture (CaT) agit pour essayer de le faire sortir, réhabilité.

Le 28 avril, un appel à casser le verdict de Rouslan Kutaev, président de « l’Assemblée des Nations du Caucase », reconnu coupable de possession de drogue en Tchétchénie, a été adressé par le CaT à a Cour Suprême de Tchétchénie.

D’après le Nœud Caucasien, en juillet 2014 il a été condamné à 4 ans de prison pour possession de drogue. Il a fait appel de ce verdict. Le 31 octobre la Cour Suprême de Tchétchénie a réduit sa peine de deux mois alors que la défense demandait à ce que l’affaire soit rejugée. La date pour en décider n’a pas été fixée, en tout cas l’avocat Piot Zaikin continue à représenter les intérêts de Kutaev.

Amnesty International a déclaré Rouslan Kutaev  « prisonnier de conscience », alors l’organisation des droits de l’homme Memorial l’a placé sur sa liste de prisonniers politiques. Les défenseurs des droits de l’homme expliquent  la persécution de Kutaev : le 18 février 2014 au cours d’une conférence sur la déportation des Tchétchènes et des Ingouches il a critiqué Ramzan Kadyrov dirigeant de la Tchétchénie pour avoir supprimé les commémorations de l’anniversaire de la déportation du 23 février.

Nous avons reçu, le 9 avril dernier, Oleg Khabibrakhmanov, responsable du Comité contre la Torture et du Joint Mobile Group. Nous constatons qu’il continue leurs actions de respect des droits en Tchétchénie.

Les lyonnais et les droits de l’homme en Tchétchénie

Le 9 avril, Oleg KHABIBRAKHMANOV a tenu une conférence à la mairie de Lyon 1 pour rendre compte de l’action de son organisation en Tchétchénie, le « Joint mobile Group » : l’atmosphère était particulière, les auditeurs étaient très concentrés et le conférencier soucieux de faire passer son message malgré la distance. En effet on peut se demander ce qui réunit des Lyonnais  autour de problèmes de défense des droits de l’homme dans ce petit territoire lointain ; ce qui est manifeste en tout cas c’est que l’engagement de cet homme traduisait l’importance et l’universalité de la question. Sans doute le fait d’entendre évoquer les maltraitances envers des Tchétchènes de la part de quelqu’un qui se définit comme russe apporte une faculté d’identification. Du coup ce n’est pas à partir d’une idée nationaliste qu’est défendue la dignité qui devait être reconnue à tout citoyen tchétchène.

Oleg a relaté comment l’organisation Comité contre la Torture a dû inventer en 2009 une stratégie pour résister à la répression féroce exercée à l’égard des défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie. L’idée de changer leur équipe de juristes tous les mois leur a permis de minimiser les risques. Grâce à eux ont pu être connues des affaires impliquant des forces de l’ordre et même des membres de l’administration qui ont provoqué des fausses accusations entraînant des tortures pour amener à avouer des crimes imaginaires. Cependant l’atmosphère est telle qu’il est presque impossible de faire rendre justice et de permettre que les vrais coupables soient jugés.

Après une telle conférence toute la question est de savoir comment cette émotion de chacun peut déboucher sur un soutien efficace, ce qui est recherché par l’orateur. A la question posée Oleg a répondu qu’il était très important qu’il puisse transmettre à ses amis que des Lyonnais, par exemple, prennent en considération leur action et le sort de ceux dont ils s’occupent. Face à la propagande en Russie sur le supposé dévoiement de nos pays occidentaux Oleg imagine qu’il est très important que ses concitoyens sachent de manière tangible comment nous vivons et donc de combler le fossé que créent les idéologies.

CONFERENCE-DEBAT : La Tchétchénie, laboratoire politique de la Russie ?

Durant la guerre de Tchétchénie un grand besoin était né d’intervenants des droits de l’homme par rapport aux actions de l’armée russe puis des forces du pouvoir installé par la Russie. C’est à ce moment qu’est née l’association Memorial de Grozny. Elle permettait aux familles ayant vu disparaître les leurs par des enlèvements anonymes d’avoir au moins une adresse où confier leur désarroi. D’autre part cette association essayait de faire rendre la justice lorsqu’elle pouvait prouver la culpabilité quelque soit le grade et la fonction du présumé coupable. C’est justement à cause de la grande efficacité de cette association qu’a été organisé l‘assassinat de sa responsable Natalya Estemirova le 15/07/2009.  Malheureusement ce coup porté a eu une certaine efficacité : Memorial ne pouvait plus rester à Grozny et a replié ces équipes. Ce départ laissait un grand vide et l’association Comité contre la Torture (CaT) qui intervenait à travers tout le territoire russe pour lutter contre l’arbitraire policier et judiciaire en utilisant le droit existant a décidé d’aider la population tchétchène en fonctionnant sur un mode particulier à cause des menaces : elle crée le Joint Mobile Group (JMG) formé de quelques intervenants ne restant que quelques temps sur place à Grozny avant d’être remplacés par d’autres. Cependant dès le départ Igor Kalyapin le fondateur du CaT et du Joint Mobile Group, a reconnu qu’il y avait un risque mais qu’il fallait le courir. Leur travail, bien qu’entravé par toutes sortes d’officiels tchétchènes, a permis au moins de faire connaître le sort de plusieurs victimes d’abus de droit. Ils ont cependant été l’objet de pressions claires avec des menaces. On peut penser qu’ils ont été un peu protégés par leur origine russe. Après l’attentat perpétré par des combattants islamistes à Grozny le 4 décembre dernier, le Comité contre la Torture s’est élevé contre l’ordre du président de la république, Ramzan Kadyrov, d’incendier les maisons des familles des insurgés et d’expulser du territoire tchétchène tous les membres de leurs familles. Cette protestation rejoignait celles d’Amnesty International et d’autres organisations. Cette défense des familles a provoqué la colère du pouvoir de Kadyrov qui a organisé une manifestation le 13 décembre traitant les membres du JMG de « complices des terroristes ». Leur local a été incendié ce jour-là et le lendemain la police a perquisitionné leur domicile en se saisissant des ordinateurs. A un autre niveau, ultérieurement le CaT a été placé sur la liste des associations agents de l’étranger par le gouvernement russe (l’appellation agent de l’étranger sous Staline désignait les traîtres).

Nous sommes particulièrement heureux d’accueillir Oleg KHABIBRAKHMANOV directeur des opérations du Comité contre la Torture et intervenant en Tchétchénie qui viendra à la Mairie du 1er arrondissement, place Sathonay,  jeudi 9 avril à 19h, en compagnie d’Anne LE HUEROU, sociologue, universitaire spécialiste de la Russie. Vous pourrez leur poser toutes les questions qui vous tiennent à cœur. En cette période riche d’actualité russe nous avons de la chance de rencontrer un acteur de terrain engagé et courageux.