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La pétition pour la défense d’Oyub Titiev a réuni 50000 signatures

Ces protestations à l’encontre d’un montage judiciaire qui concerne un responsable de Memorial en Tchétchénie font chaud au cœur. Elles sont très importantes compte tenu de ce que cette attaque fait partie d’un ensemble qui s’en prend à la principale organisation de défense des droits de l’homme dans le Caucase du Nord et que nous ne pouvons que noter que la femme qui était responsable de Memorial avant Oyub Titiev s’appelait Natalya Estemirova et qu’elle a été assassinée le 15 juillet 2009 sans que personne n’ait été punie pour ce crime.

À l’heure actuelle, plus de 50 000 personnes ont signé une pétition adressée au président russe : « Libérons le défenseur des droits Oyub Titiev! »

Le « Caucasian Knot » a rapporté que le 15 mai, Lana Estemirova, une fille de la défenseuse des droits Natalia Estemirova, a posté un message vidéo en soutien à Oyub Titiev, exhortant le président à intervenir concernant les poursuites à l’encontre du responsable du Bureau du Centre des droits de l’homme (CDH) « Memorial » à Grozny. Elle a demandé à Vladimir Poutine de dessaisir la Tchétchénie au profit de la Russie dans cette affaire.

Oyub Titiev a été arrêté le 11 janvier pour possession de marijuana. Il continue d’insister sur le fait que la drogue a été glissée sur lui à son insu par un policier. Le 25 mai, le président français Emmanuel Macron a rencontré Alexander Cherkasov, le responsable du CDH «Mémorial», qui lui a parlé de l’affaire Titiev et des attaques contre «Mémorial» dans le nord Caucase.

Le 28 mai à 17h, la pétition postée il y a deux semaines, a été soutenue par 50.418 personnes. Dans leurs commentaires, les signataires demandent d’arrêter de réprimer les défenseurs des droits de l’homme et de libérer Titiev.

« L’affaire est grossièrement fabriquée et fait honte à la Russie dans sa situation géopolitique difficile », écrit Elina Rakhimova.

« Il est temps que le président cesse d’ignorer les violations des droits de l’homme en Tchétchénie », estime Anna Pokrovskaya.

Le texte intégral de l’article est disponible sur la page russe de l’agence Internet 24/7 « Caucasian Knot ».

Source: http://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/43304/
© Noeud caucasien

Ramzan Kadyrov, homme lige de Poutine ou franc-tireur incontrôlé ?

(Extrait d’un article d’Hélène Despic-Popovic — 20/01/2016)

Le président tchétchène prorusse menace les dissidents de procès pour «sabotage» ou d’internement psychiatrique. Joue-t-il sa propre partition ou prépare-t-il l’opinion à un nouveau tour de vis en cette année électorale ?

Ramzan Kadyrov, homme lige de Poutine ou franc-tireur incontrôlé ?

Jusqu’où ira Ramzan Kadyrov, le fidèle allié tchétchène de Vladimir Poutine ? Toute la Russie s’interroge depuis que l’ex-chef de milice a publiquement proposé la semaine dernière que les «ennemis du peuple», à savoir les opposants, qui chercheraient à tirer profit des difficultés économiques actuelles du pays, soient traînés devant des tribunaux pour «sabotage». Mardi, l’homme fort de Tchétchénie a récidivé dans les réminiscences soviétiques en promettant «des piqûres», donc pratiquement l’internement psychiatrique, aux directeurs des médias indépendants qui «diffusent avec plaisir des informations fausses et hypocrites alimentées par leur haine viscérale de la Russie».[…]

Mise au pilori

Kadyrov, cheveux blond-roux en bataille, barbe rousse et survêtement de sport, est un habitué des déclarations incendiaires. On aurait tort de les croire bénignes. Placé à la tête de la Tchétchénie en 2007, où il a succédé à son père, l’imam Akhmad Kadyrov, tué dans un attentat à l’explosif, le jeune Ramzan a créé un para-Etat fondé sur un islamisme patriarcal et traditionnel – «Chez nous, la femme est à la maison […], a-t-il expliqué à Komsomolskaïa Pravda en 2008. La femme doit être un bien. Et l’homme le propriétaire. Chez nous, si une femme se comporte mal, le mari, le père et le frère en répondent. Selon nos coutumes, si elle a un comportement dissolu, les proches la tuent.») – et la soumission à l’autorité du chef : Kadyrov à Grozny et Poutine à Moscou. Le régime tchétchène prorusse pratique la mise au pilori comme nul au monde, avec séances d’humiliation sur les réseaux sociaux ou à la télé tandis que les familles (au sens large) de Tchétchènes exilés participant à des manifestations à l’étranger sont menacées de représailles.

Ceux qui ont eu le malheur de défier directement le jeune Kadyrov ont disparu. Comme la journaliste Anna Politkovskaïa, dont le meurtre, en 2006, imputé à une piste d’exécutants tchétchènes, n’a jamais été complètement élucidé. Comme la militante des droits de l’homme Natalia Estemirova, une des rares femmes à l’avoir provoqué en tête à tête sur le voile, notamment, enlevée et tuée à Grozny en 2009. Comme l’opposant Boris Nemtsov, assassiné à proximité des murs du Kremlin à Moscou en février 2015. Tandis que Poutine, embarrassé face aux Occidentaux, se voyait obligé de promettre une enquête approfondie, Kadyrov faisait l’éloge du principal suspect, le Tchétchène Zaour Dadaïev, ancien membre de ses milices qu’il qualifiait de «véritable patriote russe». Alors qu’une partie de l’opinion russe, y compris dans les cercles du pouvoir, condamnait ses propos, Poutine l’avait au contraire défendu.

Mécontentement social

Ce serait donc une erreur de ne pas prendre les menaces de Kadyrov au sérieux. Qu’il agisse pour son compte ou pour celui d’un tiers. Et les critiques ne s’y trompent pas, comme Alexeï Venediktov, le directeur d’Echo de Moscou, qui a demandé à son actionnaire principal, le holding Gazprom-Media, de renforcer la protection de la radio.

L’essentiel n’est pas de savoir si Kadyrov est un franc-tireur (l’an dernier, il a même menacé de faire feu sur des soldats russes) ou s’il est «le pitbull de Poutine». Il est plutôt de se demander si ces rodomontades ne sont pas un ballon d’essai alors que la situation économique dramatique risque d’éroder le soutien de l’opinion publique au régime de Poutine, un fait à ne pas négliger alors que des élections législatives sont prévues en septembre. La chute du rouble, la baisse constante des prix du pétrole, la perspective d’une nouvelle année de récession pourraient créer un mécontentement social. Des premiers mouvements apparaissent. On a vu à la fin de l’année 2015 des camionneurs marcher sur Moscou, et, début janvier, les babouchkas de Krasnodar et de Sotchi – pas exactement le public de l’opposition, plutôt formée de jeunes cadres urbains – remporter une victoire en forçant les autorités locales à rétablir les tarifs réduits pour retraités dans les transports. Si la situation venait à se tendre, un Kadyrov menaçant ne serait peut-être pas superflu. C’est sans doute dans ce sens qu’il faut comprendre le silence de Poutine face aux dérapages néostaliniens de son protégé.

Aucune contestation possible pour le régime de Kadyrov

Le 15 juillet 2009, Natalia Estemirova, représentante de Memorial à Grozny, était assassinée. On n’a jamais retrouvé ses meurtriers. Son rôle était capital car elle n’hésitait pas avec ses collaborateurs, à défendre ouvertement les Tchétchènes victimes de l’arbitraire des autorités. Ce crime a eu de graves conséquences puisque Memorial ne pouvait plus travailler en Tchétchénie en préservant la sécurité de ses membres. Cependant devant le besoin criant d’un recours fiable face  aux persécutions policières et judiciaires, une association, le Comité contre la Torture, s’est constitué en « Joint Mobile Group » pour intervenir dans la défense des citoyens en butte à des autorités qui ne respectent pas l’état de droit : pour limiter les risques des juristes ceux-ci changeaient régulièrement tous les deux mois. Un bureau de Memorial, d’autre part fonctionnait dans la seconde ville tchétchène (Goudermès).

C’est dans ce contexte que les récents évènements ci-dessous prennent tout leur relief :

–          le 15 janvier, le ministère de la justice russe a enregistré le Comité contre la torture comme “agent de l’étranger”. Comme un vieux souvenir de l’époque stalinienne le gouvernement russe a décidé depuis quelque temps de disqualifier beaucoup d’associations de droits de l’homme en les accusant d’être des agents de l’étranger, ce que ces dernières refusent en général car se serait se désigner comme des sortes d’espions aux yeux de l’opinion publique. Pour le président du Comité contre la torture, Igor Kaliapine, si son appel à réformer cette désignation n’est pas entendu il est clair que l’association sera fermée.

–          D’autre part, Memorial a défendu le Comité contre la Torture, accusé de vouloir faire reconnaître les droits des familles qui ont vu leurs maisons brulées par les autorités au prétexte que certains de leurs membres s’étaient livrés à une attaque à Grozny. S’en est suivie une attaque contre les bureaux de Memorial à Goudermès : cinq individus masqués ont bombardé d’œufs les deux collaboratrices présentes en criant “Vous défendez Kaliapine !”.

“L’agression contre notre bureau est la poursuite de la tactique de pression contre les opposants”, “Il n’y aura pas d’enquête.”, a déclaré Oleg Orlov, président de Memorial. Selon Amnesty international, “le harcèlement contre les défenseurs des droits de l’homme augmente dans toute la Russie”. “En dépit des déclarations de Vladimir Poutine, la Tchétchénie sort de plus en plus du champ légal en Russie.”

Situation des droits humains en Russie

 (Dernier rapport d’Amnesty International)

Nous nous rappelons comment les ONG de droits de l’homme ont été obligées de quitter la Tchétchénie à la suite de l’assassinat de Natalia Estemirova, responsable de Memorial à Grozny. Ce que nous explique Amnesty International est une répétition à l’échelle de toute la Russie.

Sergueï Nikitine, directeur du bureau de Moscou, a évoqué « la détérioration de la situation en Russie l’année dernière ». Selon ce défenseur des droits humains, « on a adopté plusieurs lois qui restreignent les libertés d’expression, d’association et de réunion ». Ainsi, il a dénoncé la condamnation du groupe punk de Pussy Riot ou les discriminations subies par les personnes LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) dans le pays.

La nouvelle loi sur les ONG, qui oblige ces organismes à s’inscrire comme « agents étrangers » s’ils reçoivent de l’argent de l’étranger, a été l’un des thèmes phares. Nazarski a rappelé qu’Amnesty International (AI) avait signé un manifeste de solidarité avec les autres organisations et « continuerait à œuvrer pour le développement de la société civile russe ».Nikitine a expliqué comment fin février des agents du fisc ont perquisitionné le siège d’AI à Moscou. De nombreux documents ont été saisis après la fouille surprise de cinq heures, où étaient présentes les caméras chaîne de télévision NTV. Selon lui, « c’est une campagne nationale visant à resserrer l’étau autour des ONG ».

Egalement présente à la conférence de presse, Natalia Taoubina, directrice de l’ONG Verdict Public, consacrée à l’aide juridique aux citoyens en matière de communication avec les autorités, a été directe : « Nous ne travaillons pas pour renverser le gouvernement, mais pour défendre les droits humains. Ces principes sont universels et il est déplacé de dire que c’est seulement une affaire interne ».

Elle a expliqué les difficultés et les incertitudes auxquelles de nombreuses organisations étaient confrontées aujourd’hui : « Se déclarer « agent étranger », c’est comme dire que vous êtes un espion, alors que nous travaillons à l’intérieur et pour la société russe. Cette mesure nous marginalise, et c’est surtout un mensonge ». D’autre part, elle a expliqué à quel point il était compliqué d’obtenir un financement privé en Russie : « Il sera pratiquement impossible d’obtenir des subventions parce que nous sommes indépendants. Même si, en théorie, il peut y avoir un financement privé, il y a des signaux, comme l’affaire Khodorkovski, qui ne sont pas encourageants ».

Dans le même temps, l’avocate a rappelé qu’elle attendait la réponse de la Cour européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg à la plainte déposée par onze ONG russes en février dernier. Elle a toutefois expliqué que la Russie « ignore les jugements, ce qui fait que le tribunal perd de son autorité ».

D’autre part, selon AI, « la réforme judiciaire en Russie a été reconnue, même par de hauts représentants. Tout au long de l’année, aucune mesure efficace n’a été prise pour garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire et il y a de nombreux rapports faisant état de procès inéquitables ».

La Commission des Nations Unies contre la Torture rappelle à la Russie ses devoirs.

Dans son rapport sur la situation des droits de l’homme en Russie Commission des Nations Unies contre la Torture critique les lois récemment adoptées concernant les associations et la trahison et pointe les échecs dans les enquêtes dans les cas bien connus de violence envers les citoyens, et appelle les autorités russes à enquêter et punir les personnes responsables des meurtres d’Anna Politkovskaïa, la journaliste de « Novaya Gazeta » et de la défenseure des droits de l’homme Natalia Estemirova.

Les experts de l’ONU demandent l’annulation des lois sur les ONG et sur la trahison.

Le rapport de la Commission de l’ONU était consacré à l’exécution des obligations internationales en ce qui concerne la torture et des formes dégradantes de peine. Il a été préparé par dix experts de la Commission à la fin de la session de novembre des Nations Unies à Genève qui a consacré deux réunions à la situation en Russie.

La Commission de l’ONU a demandé à la Russie de prendre des « mesures immédiates et effectives pour empêcher tout cas de torture et mauvais traitement dans tout le pays » et pour « en terminer avec l’impunité des coupables ». Le rapport pointe aussi l’augmentation des cas d’intimidation, de persécutions et d’agressions contre des défenseurs des droits de l’homme et contre les organisations qui surveillent l’application des obligations internationales de la Russie.

Entre autres, les auteurs du rapport critiquent la série de lois adoptées après les importantes manifestations et le retour au pouvoir de V. Poutine : mise en vigueur en novembre de l’obligation légale pour une association de s’enregistrer comme « agent étranger » si son financement dépend de fondations occidentales et amendements au code pénal qui élargit les définitions de la trahison, de l’espionnage et de la divulgation de secrets d’état.

Le journal  « Le Nœud Caucasien » a signalé qu’un certain nombre de défenseurs des droits de l’homme travaillant dans le Nord Caucase ont qualifié l’initiative des législateurs vis à vis des ONG de « mesure répressive », et les représentants des deux plus importantes organisations des droits de l’homme Memorial et « Pour les Droits de l’Homme » ont déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention d’abandonner les subventions de l’étranger et qu’ils contesteront la loi auprès de la Cour Européenne. Les amendements, concernant les sanctions pour trahison ont été aussi critiqués par les défenseurs des droits de l’homme, inquiets que la loi puisse être utilisée de manière détournée pour interdire leurs activités.

Entre autres points, la Commission contre la Torture de l’ONU appelle la Russie à enquêter sur le meurtre en 2006 d’Anna Politkovskaïa la journaliste de Novaya Gazeta, et le meurtre en 2009 de Natalya Estemirova, membre actif du Centre des Droits de l’Homme Memorial , qui travaillait dans le Nord Caucase. Les auteurs du rapport appellent aussi les autorités russes à ne pas oublier le passage à tabac de l’avocat Sapiyat Magomedova par des policiers en 2010.

Ils expriment également de sérieuses inquiétudes concernant l’indépendance des commissions publiques de contrôle qui surveillent les prisons, en rapportant les pressions exercées sur les membres de ces commissions. En outre, les auteurs du rapport mettent l’accent sur le manque de réaction des services de police vis-à-vis des nombreuses plaintes de torture mêmes les plus manifestes et notent que seules un petit nombre d’affaires, instruites à la suite de ces plaintes ont été jugées.

Anna Politkovskaïa, une journaliste libre à en mourir

Extraits d’un article d’Amélie Garcia publié le 06/10/2012 sur JOL Press (article disponible ici)

Ce dimanche 7 octobre marquait le sixième anniversaire de l’assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa. Le 15 juillet 2009, c’était au tour de Natalia Estemirova de l’organisation Mémorial d’être retrouvée assassinée. Les enquêtes piétinent. Rien n’a changé en Tchétchénie selon les défenseurs des droits de l’homme qui travaillent sur le terrain et qui dénoncent des intimidations exercées par le président Ramzan Kadirov.

Difficile, voire impossible, d’être une journaliste « honnête » en Russie sous Vladimir Poutine. Pari relevé par Anna Politkovskaïa, engagée pour le respect des droits de l’homme, qui n’a jamais hésité à dénoncer les atrocités de son gouvernement, quitte à recevoir des menaces, et finalement à en perdre la vie.

Novaïa Gazeta, ou la lutte pour la vérité

En 1999, Anna Politkovskaïa décide d’écrire pour le journal en ligne Novaïa Gazeta. Créé en 1993, le tabloïd trihebdomadaire a pour vocation de dénoncer les problèmes de la société russe. Un objectif qui colle à la perfection à ceux de la journaliste, engagée dans une lutte acharnée pour le respect des droits de l’homme.

La Tchétchénie, son combat

Son principal combat : la Tchétchénie, où elle enchaîne les reportages pour montrer l’horreur de la situation. Consciente que c’est un sujet tabou sous Vladimir Poutine, elle n’hésite pourtant pas aller au fond du problème. Elle explique ainsi : « Plus d’un million de troupes russes ont été envoyées en Tchétchénie. Ils ont pris de très mauvaises habitudes : « Je vole si je veux. Je tue si je veux, je viole si je veux ». » Honteuse que de telles exactions soient commises avec le soutien des contribuables russes (dont elle fait partie), elle s’attache à filmer les horreurs sur le terrain pour rendre une forme de justice et de visibilité à ce peuple maltraité.

Anna Politkovskaïa a pleinement conscience de la gravité de la situation tchétchène. Elle tente, par sa voix journalistique, de montrer à ceux qui la lisent, que ces personnes, « qui vivent dans des conditions drastiquement différentes », qui « survivent à peine », sont en fait des Russes au même titre que les autres. Pourtant, elle dénonce un génocide et insiste sur le caractère xénophobe de la décision de Vladimir Poutine d’y faire la guerre et d’y décimer la population.

Elle sait que ses opinions la placent dans une situation très risquée. Mais si elle dit essayer de ne pas y penser, les menaces de mort qui lui sont adressées sont nombreuses, et elle sait que chacune de ses prises de parole attise un peu plus la colère du gouvernement à son égard. Elle s’estime même « miraculée » de ne pas avoir été tuée dès ses premiers reportages.

Cet état de grâce ne dure malheureusement pas, et Anna Politkovskaïa est assassinée dans la cage d’escalier de son immeuble le 7 octobre 2006. Partout, les témoignages de tristesse se font entendre, et tous regrettent la flamme de liberté qui s’éteint dans la nuit noire russe. La presse s’indigne, le meurtre de la journaliste a clairement été commandité par le Kremlin . Mais celui-ci dément toute implication dans l’affaire. Vladimir Poutine appellera même à trouver les coupables.

En matière de justice ou de journalisme, personne n’est libre de faire son travail en toute objectivité en Russie, comme l’explique Anna Politkovskaïa elle-même.

La mort d’Anna Politkovskaïa est le symbole d’une presse qu’on fait taire lorsqu’elle dérange. Reporters Sans Frontières dénonce encore aujourd’hui, en 2012, des assassinats de journalistes à travers le monde. A croire que les hommes n’accepteront jamais d’être placés face aux atrocités dont ils sont responsables.

A voir et à écouter également, l’émission Chronique des droits de l’homme sur RFI et l’article de TV5 Monde (cliquer sur les liens pour accéder aux articles en question).

Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.