Archives de tags | Kadyrov

Kadyrov pousse à la réconciliation avec les Saoudiens

Plusieurs agences de presse arabes ont rapporté que le 21 novembre le président de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov, s’était excusé auprès des Saoudiens de sa condamnation du salafisme. Les agences de presse indiquaient que Kadyrov envisageait une visite en Arabie Saoudite pour des discussions avec les gouvernants. Pour clarifier ses remarques critiques précédentes le gouverneur tchétchène a expliqué qu’il n’était pas contre les « vrais salafistes » mais opposé aux « faux » dans le Caucase du Nord et en Russie, qui représentaient une menace terroriste. Pendant des jours, Kadyrov n’a ni confirmé ni réfuté ses efforts de réconciliation avec les Saoudiens. Et puis soudain le 27 novembre dans une série de posts sur Instagram le gouverneur de Tchétchénie a fait le récit de  sa récente visite en Arabie Saoudite à l’invitation des autorités. Kadyrov a indiqué que lui et son entourage avaient discuté avec les autorités saoudiennes d’investissements en Tchétchénie, d’échanges universitaires et d’autres formes de coopération.

La percée est significative étant donné que les relations entre Kadyrov et les Saoudiens s’étaient envenimées ces derniers mois. La brouille entre les Tchétchènes et les Saoudiens est intervenue après une conférence islamique à Grozny à la fin du mois d’août. Les autorités tchétchènes avec le soutien de Moscou ont réuni des érudits islamiques de Russie et d’ailleurs, en particulier le recteur de l’université égyptienne, Al-Azhar Ahmed Muhammad Ahmed el-Tayeb, pour émettre une fatwa condamnant le salafisme et proclamer que le mouvement islamiste était une forme d’apprentissage de l’extrémisme. L’Arabie Saoudite où le salafisme est l’idéologie officielle était très mécontente de l’initiative de Kadyrov, spécialement depuis que les autorités tchétchènes s’étaient arrangées pour attirer des érudits égyptiens. Un érudit saoudien aurait même autorisé le meurtre de Kadyrov car ce dernier serait devenu mécréant.

De nombreux commentateurs étaient enchantés que la Tchétchénie, sous les auspices de Moscou, ait contrarié les Saoudiens. Cependant, petit à petit le cours des choses s’est inversé pour Kadyrov et ses soutiens russes. Le plus important c’est que la Russie dépend d’une manière critique du gouvernement d’Arabie Saoudite pour essayer de faire monter le prix du pétrole. Les revenus du pétrole et du gaz naturel jouent un rôle vital pour maintenir le système financier russe à flot. En même temps la politique de la Russie en Syrie qui soutient le régime du président Bachar El Assad, entre en conflit avec les intérêts de l’Arabie Saoudite dans la région. Mais actuellement il apparait que Moscou fonde encore de grands espoirs dans la coopération avec les Saoudiens et c’est pourquoi les acteurs régionaux au Caucase du Nord tels que Kadyrov et d’autres ont la permission de maintenir des contacts avec le Moyen-Orient et y sont même encouragés.

A la suite de la brouille entre Kadyrov et les Saoudiens ces derniers ont saisi l’occasion d’inviter le voisin de Kadyrov et son ennemi de longue date le gouverneur ingouche Younous-Bek Yevkurov, pour une visite officielle dans le royaume. Les propos de Yevkurov étant plus modérés que ceux de Kadyrov vis-à-vis du salafisme ils ont plu aux Saoudiens. Début novembre une délégation officielle d’Ingouchie conduite par Yevkurov a rendu visite à l’Arabie Saoudite pour la première fois à un tel niveau. Le roi d’Arabie Saoudite, Salman bin Abdulaziz Al Saud, a reçu en personne le gouverneur d’Ingouchie. Des membres de la délégation ingouche ont pu se rendre aux lieux sacrés du royaume. Par-dessus tout les autorités saoudiennes ont tenté de démontrer qu’elles traitaient Yevkurov avec le même haut niveau de respect que Kadyrov dans le passé. Kadyrov avait été l’ami des Saoudiens et un médiateur entre eux et les Russes pendant des années ; alors que les autorités saoudiennes ignoraient pratiquement les voisins et les cousins de la Tchétchénie, les Ingouches.

Ramzan Kadyrov, bien sûr, n’a pas aimé être écarté de sa position de médiateur entre les Saoudiens et les Russes. De plus, Kadyrov peut avoir perdu quelques investissements nécessaires en provenance du Moyen-Orient. Pendant le boom pétrolier le gouverneur de Tchétchénie pouvait obtenir des fonds supplémentaires de Moscou. Cependant, comme un échange public entre Kadyrov, le ministre russe des finances et Vladimir Poutine, l’indiquait, étant donnés les problèmes budgétaires actuels, même la Tchétchénie rencontre des difficultés à obtenir des fonds de Moscou. Kadyrov a critiqué le ministre des finances pour avoir diminué l’aide financière à la Tchétchénie et Poutine a demandé au ministère de chercher des moyens de trouver des fonds supplémentaires pour la république l’année prochaine mais pas pour cette année.

Etant donné les conditions de la crise financière qui s’aggrave Kadyrov cherche probablement des fonds hors de Russie et demande à Moscou de lui permettre de se tourner vers le Moyen Orient pour regarnir ses coffres avec l’argent des pays du Golfe. Depuis que Moscou semble incapable de remplir ses obligations envers Kadyrov et ses hommes il est de plus en plus sous pression pour permettre l’arrivée d’acteurs étrangers.

Etant donné, à la fois l’importance croissante des investissements étrangers et des intérêts de Moscou au Moyen Orient il semble que Kadyrov essaie de remettre sur les rails sa relation avec l’Arabie Saoudite. Au lieu de condamner de manière ouverte les salafistes le gouverneur préfère revenir à une position plus discrète. L’incursion de Kadyrov dans le monde de la grande politique et des riches investisseur arabes a été stoppée net mais il semble avoir, dans une certaine mesure regagné son statut. La réconciliation soudaine entre Kadyrov et les Saoudiens constitue un rare revers pour la politique de Moscou visant à réprimer les formes dites « non-traditionnelles » de l’Islam en Russie. Même si les autorités russe probablement  continueront d’attaquer le salafisme parmi les autres enseignements de l’islam la rhétorique officielle sera moins sévère. En ce qui concerne les Saoudiens on peut s’attendre à ce qu’ils essaient de multiplier leurs canaux de communication avec Moscou plutôt que de dépendre du seul Ramzan Kadyrov.

 (Article de Valery Dzutsati, Jamestown Foundation 29-11-16)

Kadyrov, l’allié nécessaire mais encombrant

Un article qui précise la juste place de la Tchétchénie dans l’univers russe.

Réélu à la mi-septembre lors d’un scrutin – une première – avec 98% des voix, l’imprévisible homme fort de Grozny bénéficie encore du soutien inconditionnel de Vladimir Poutine et d’une totale impunité

Le président Ramzan Kadyrov a été réélu le 18 septembre à la tête de la République tchétchène avec plus de 98% des suffrages. Va-t-il desserrer l’étreinte de l’appareil répressif?

«On pourrait assister à une légère amélioration due au fait que Kadyrov est rassuré par l’ampleur de sa victoire, même si on peut évidemment soupçonner des irrégularités», affirme Olga Sadovskaïa, directrice adjointe du Comité russe contre la torture et proche du collectif d’avocats Joint Mobile Group (JMG) dont les locaux de Grozny ont été incendiés en 2014. Il ne faut toutefois pas s’attendre à une démocratisation des institutions. On peut au mieux espérer une situation comparable à celle d’avant 2009, année où la militante des droits de l’homme Natalia Estemirova a été assassinée. Il était alors possible de désapprouver certaines décisions officielles, à condition de ne pas critiquer directement Ramzan Kadyrov ou ses proches, lesquels occupent toutes les fonctions importantes au sein du gouvernement tchétchène.»

Répression

Ce scrutin, le premier organisé par Ramzan Kadyrov depuis sa nomination par le président russe Vladimir Poutine en 2007, a été précédé d’une intense vague de répression. Les arrestations et les enlèvements se sont multipliés. «La police a procédé à des confiscations de téléphones mobiles en pleine rue pour vérifier les propos tenus sur des applications difficiles à contrôler comme WhatsApp», affirme Olga Sadovskaïa, désormais basée à Nijni-Novgorod. La télévision tchétchène montrait régulièrement des citoyens contraints de s’excuser pour des propos considérés comme subversifs. «Kadyrov s’est senti nerveux avant les élections, explique Olga Sadovskaïa. Il n’était pas certain de bénéficier du soutien inconditionnel de Moscou.»

Bien qu’appartenant formellement à la Fédération de Russie, la république de Tchétchénie ne respecte ni la législation, ni la Constitution russe. Son système judiciaire, fortement politisé, est soumis de surcroît aux décrets informels du président Kadyrov. En 2014, un juge de la Cour suprême tchétchène a conclu qu’un jeune homme de 28 ans, Suleiman Edigov, avait été enlevé illégalement et retenu plus d’un mois par la police qui l’aurait torturé pour obtenir des aveux. Ramzan Kadyrov a alors organisé un rassemblement public où il a accusé le juge de corruption. Ce dernier a abandonné l’affaire. Le juge qui l’a remplacé a condamné Suleiman Edigov à 14 ans de prison. L’homme fort de Tchétchénie n’hésite pas non plus à déclarer «erroné» tel ou tel jugement en direct à la télévision.

Voile et polygamie

Depuis l’arrivée au pouvoir de Ramzan Kadyrov, la société tchétchène, traditionnellement clanique et patriarcale, a subi en outre une forte islamisation. Le président a imposé le port du voile dans l’administration, une prescription qui serait jugée inacceptable ailleurs dans la Fédération russe à population musulmane (Républiques du Nord Caucase, Tatarstan). Ramzan Kadyrov ne cesse en outre d’encourager la polygamie, une prescription coranique en désaccord total avec la loi russe.

Le partenariat Poutine-Kadyrov permet à Moscou de garder la main sur le gaz et le pétrole tchétchène, mais le Kremlin redoute l’imprévisibilité du président tchétchène. Si Ramzan Kadyrov encense volontiers son «idole» Vladimir Poutine, il peut aussi le même jour promettre à la télévision tchétchène d’enrichir sa république en pillant la Russie. «Moscou craint qu’en limitant les pouvoirs de Kadyrov ou qu’en lui substituant quelqu’un d’autre, les anciennes velléités indépendantistes tchétchènes ne ressurgissent, rappelle Margarita Schoenenberger, maître d’enseignement de russe à l’université de Lausanne. Une troisième guerre de Tchétchénie serait désastreuse pour le pays, déjà affaibli par le bas prix des hydrocarbures, les sanctions économiques et les opérations militaires engagées en Ukraine et en Syrie.»

La relation d’interdépendance avec Vladimir Poutine a permis à Ramzan Kadyrov d’étendre son influence au-delà de sa république. «Persona non grata hors de Russie, Ramzan Kadyrov ne peut dépenser son argent à l’étranger comme le font les oligarques. Les moyens dont il dispose sont réinvestis dans des réseaux qui lui assurent le contrôle du Nord Caucase et une forte emprise en Russie.» Ces moyens proviennent à la fois des montants élevés versés par l’Etat fédéral et d’un impôt prélevés illégalement sur les salaires des Tchétchènes. Kadyrov disposerait en outre d’une armée personnelle de 80 000 combattants ne répondant qu’à lui… et à Vladimir Poutine.

Assassinats politiques

L’influence grandissante de Kadyrov en Russie se traduit par une augmentation des assassinats de figures médiatiques et politiques. C’est à Ramzan Kadyrov qu’on attribue l’assassinat du politicien Boris Nemtsov en 2015, ainsi que celui de la journaliste Anna Politkovskaïa neuf ans plus tôt. Un mot souvent cité sur les réseaux sociaux dit d’ailleurs qu’après la seconde guerre russo-tchétchène «ce n’est pas la Tchétchénie qui est entrée en Russie, mais la Russie qui est entrée en Tchétchénie». Malgré tout, l’évocation de la Tchétchénie dans les médias occidentaux se limite souvent aux extravagances de Ramzan Kadyrov. Une situation que regrette Olga Sadovskaïa. «Les décisions prises par le gouvernement russe en Ukraine ou en Syrie font que, pour l’opinion internationale, la Tchétchénie a été reléguée au second plan.»

Dates

  1. Eclatement de l’URSS.

1994-1996. Première guerre de Tchétchénie.

1999-2000. Seconde guerre de Tchétchénie.

  1. Le président de la république, Akhmad Kadyrov, est tué le 9 mai dans un attentat à Grozny pendant le défilé de la victoire de la Seconde Guerre mondiale.
  2. Nomination de Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie par Vladimir Poutine.

 (Article du 17/10/16 de Boris Bertoli dans le Temps)

Journalistes tchétchènes, journalistes internationaux – Kadyrov nous a tous réduit au silence.

Un journaliste anonyme explique que ne pas mettre le président en colère est le but principal des média locaux.

J’ai changé d’avis en ce qui concerne l’aide aux journalistes étrangers travaillant en Tchétchénie lorsque j’ai été témoin de l’enlèvement de reporters dans le centre de la capitale Grozny.

C’était au début de 2016, un groupe de journalistes avec des appareils photo visiblement non du cru, entraient dans un café au moment où je le quittais. Soudain plusieurs hommes en civil ont commencé à s’en prendre à eux.

Une femme criait qu’elle était une journaliste moscovite. Elle hurlait son nom mais pas une seule personne et moi non plus, n’ont osé approcher ces hommes, leurs armes étaient visibles sous leurs vêtements noirs.

Les journalistes ont été arrêtés, jetés dans une voiture banalisée qui les a emmenés.

Je me suis rendu compte que le simple fait d’aider des étrangers à raconter ce qui se passe en Tchétchénie a des conséquences graves. Les journalistes feront leur travail et partiront. Mais s’ils écrivent un article critiquant le jeune président Ramzan Kadyrov ou son gouvernement la première chose que la police fera sera de s’en prendre aux locaux qui les auront aidés.

En conséquence l’objet du journalisme a complètement changé. Je suis devenu journaliste il y a trois ans à une époque où on enseignait aux étudiants de l’Université l’Etat Tchétchène qu’ils devaient devenir les « soldats du front idéologique ».

Nous sommes entrés dans un monde où la poignée de médias autorisés produisent un contenu pratiquement identique, débitant à la chaine des « nouvelles » sur l’ouverture d’une école ou d’une laiterie, ou le président participant à un match de football, ou encore une délégation de VIP en provenance de Moscou ou d’un pays arabe visitant la capitale.

Les nouveaux rédacteurs en chef ne prendront même pas en considération un article critiquant à peine une organisation gouvernementale. Le simple fait de suggérer des problèmes quotidiens rencontrés par les Tchétchènes pourraient attirer les soupçons des « vrais patriotes ». La police pourrait commencer à surveiller vos appels téléphoniques et vos échanges sur Facebook et on pourrait ajouter votre nom sur une liste noire. Ceux qui expriment une opinion différente de celle des autorités s’exposent à l’humiliation publique.

Sur Instagram, dans des articles pour des journaux d’état, y compris Grozny-Inform et au cours d’une interview sur la chaine d’état Grozny TV, Kadyrov et son équipe ont fait des déclarations menaçantes à propos des journalistes critiques, déclarant qu’ils étaient des « traitres » et des « ennemis du peuple », aidant l’occident à « répandre le chaos en Russie ».

En conséquence, les médias locaux travaillent suivant le principe : « ne pas mettre kadyrov en colère ».

Dans ce climat de peur et de suspicion que des journalistes soient détenus et battus ne surprend plus les habitants. Au début de cette année, un bus transportant un groupe de reporters et de militants a été attaqué et incendié. Les responsables sont toujours recherchés.

Deux mois plus tard un journaliste du Nœud Caucasien est tombé dans une embuscade alors qu’il se rendait de son village en Tchétchénie. Zhalaudi Geriev, 23 ans, a été extrait du bus et emmené dans la forêt. Les assaillants lui ont mis un sac en plastique sur la tête et l’ont torturé. Ils l’ont obligé à confesser qu’il transportait de la drogue et il a été condamné à plus de trois ans de prison.

Le cas de Geriev a peu été évoqué à Grozny. La condamnation était un avertissement à tous ceux qui doutent ou  qui sont critiques et c’est efficace : aujourd’hui je ne connais pas un seul journaliste ici qui accepterait de travailler sur un sujet qui ne soit pas positif à propos de la vie en Tchétchénie après-guerre.

On donne aux journalistes un motif supplémentaire pour se soumettre : au cours de la fête annuelle de la Télévision, Kadyrov distribue de l’argent, des appartements, des voitures et d’autres cadeaux à des douzaines de journalistes. Pour des personnes dont les salaires se situent entre 10 000 et 25 000 roubles (140 à 350 euros), c’est un geste significatif et les journalistes essaient de se faire remarquer et d’impressionner les dirigeants en écrivant les meilleurs articles sur la politique gouvernementale.

C’est un système simple. Les journalistes qui n’ont aucun espoir de quitter la république et craignent d’être étiquetés « suppôts de l’Amérique »,  savent ce qu’ils ont à faire : écrire exactement ce que veut Kadyrov.

 Article du Guardian du 10/10/2016 par un journaliste qui ne peut pas signer de son nom.

Que cache la réunion entre Poutine et les leaders de la Tchétchénie et de l’Ingouchie ?

d’après  Mairbek Vatchagaev (historien tchétchène) le 25/09 – The Jamestown Fondation

La rencontre entre Poutine et les gouverneurs des républiques voisines de Tchétchénie et d’Ingouchie est passée presque inaperçue parmi les spécialistes du Nord Caucase. La plupart des experts ont confirmé l’explication officielle de cette réunion donnée par le service de presse présidentielle : discussions portant sur des projets de développement économique au Nord Caucase. Le porte-parole du président a rejeté les allégations indiquant que le but de la réunion était de faire la paix entre les gouverneurs des deux régions voisines. Les chefs de la Tchétchénie et de l’Ingouchie ont eu de nombreux échanges enflammés et la rivalité entre eux dure depuis des années. La Tchétchénie et l’Ingouchie sont voisines et leurs habitants sont cousins, tous deux issus des peuples Vainakhs.

Poutine a critiqué les politiques sociales de Yevkurov qui ont été tout à fait problématiques depuis plusieurs années. Quoi qu’il en soit, peu d’Ingouches doutent que quoi qu’il arrive à Yevkurov, un conflit prolongé entre l’Ingouchie et Ramzan Kadyrov est probablement inévitable. Même le moindre soupçon que l’Ingouchie pourrait être fusionnée à la Tchétchénie comme c’était le cas entre 1932 et 1991 est un sujet douloureux pour la société ingouche. Le peuple ingouche est prêt à voir Yevkurov remplacé mais est résolument opposé à la réunion de l’Ingouchie et de la Tchétchénie. Selon Yevkurov, les réfugiés d’Ossétie du Nord et de Tchétchénie représentent presque 10% de la population ingouche, ce qui a un impact négatif sur l’économie de la république. Des disputes avec Kadyrov et les tensions avec l’Ossétie entraînent une dégradation de la situation politique et économique en Ingouchie. Donc les dirigeants ingouches ont toutes les chances d’aider les efforts de médiation que Moscou pourrait offrir.

La réunion entre Poutine, Kadyrov et Yevkurov peut aussi être motivée par la menace potentielle pour la sécurité de la Russie que posent les militants tchétchènes combattant au Moyen-Orient sous les bannières d’Al-Qaida et de l’Etat Islamique. Certains de ces militants pourraient frapper les intérêts russes à la fois en Syrie et au Caucase du Nord. En effet, certains ont déjà regagné le Caucase du Nord en provenance du Moyen-Orient pour combattre l’état russe. Même si seulement une poignée jusqu’à maintenant a regagné le Caucase, d’autres peuvent suivre et rejoindre l’insurrection du Caucase du Nord qui fait maintenant partie officiellement de l’Etat Islamique. Lors d’une réunion avec Kadyrov et Yevkurov Poutine a signalé qu’il fallait que les deux gouverneurs fassent taire leur différend. Le président russe a, probablement, conseillé vivement que les deux gouverneurs mettent au point des projets ensemble et trouvent des solutions communes pour les problèmes qu’ils rencontrent dans leur république respectives.

Grozny La guerre d’après

La prise de la capitale tchétchène par les Russes, en février 2000, a marqué la fin du conflit avec les séparatistes. Depuis, dans les rues de la ville reconstruite, et jusque dans les maisons, Kadyrov, le despote installé par Poutine, fait régner la terreur.

Par Willy Le Devin Envoyé spécial à Grozny (Russie) – Libération le 09/11/12

Voilà un an et demi que Lipchan ne sourit plus. Entre l’inhumanité de la police du président Ramzan Kadyrov, une vie en fracas et le décès de son seul fils pendant la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), elle n’en a guère l’occasion. Et même si elle le voulait, Lipchan ne peut plus sourire depuis ce matin où les «kadyrovtsy», miliciens du despote nommé par Vladimir Poutine en 2007, sont venus chez elle. Il est 5 heures, ce jour de février 2011, lorsque quatre hommes abattent la frêle porte d’entrée aux planches mitées. C’est après son mari, Malik, qu’ils en ont. Ils l’accusent d’avoir prêté son 4 × 4, une nuit, à des opposants qui voulaient transporter «du matériel de guerre». En fait d’arsenal, Lipchan assure qu’il s’agissait «d’une pelle, d’une fourche et d’un sécateur pour qu’un ancien voisin s’occupe d’un potager».

Mais ça, Malik n’a pas le temps de l’expliquer. Un des policiers lui écrase le visage sur le sol terreux avec sa chaussure de sécurité. Et lui ordonne d’avouer sinon, ils s’occuperont de sa «pute d’arabe». «Mon mari est fort, murmure Lipchan. Pendant la seconde guerre contre les Russes, des soldats l’avaient battu comme un chien. Il avait juré qu’il ne se laisserait plus faire.» Malik s’en tenant à sa résolution, un policier plaque Lipchan au sol. «Il puait l’alcool et me hurlait dessus pour que je finisse par dire que mon mari soutenait les maquisards. Comme lui, je n’ai pas dit un mot. Quelques secondes, je nous ai sentis très proches. On était complices dans notre façon de résister à ces brutes», chuchote-t-elle. Le policier perd patience. Il sort un couteau et entaille Lipchan de chaque côté de la bouche. Jusqu’aux molaires. «Je n’ai même pas crié, ça lui aurait fait trop plaisir. J’ai juste perdu connaissance quelques minutes. Lorsque je suis revenue à moi, mon mari m’aspergeait dans le lavabo, l’eau me piquait la chair et ma tunique me collait à la peau tellement il y avait de sang.»

Plusieurs mois ont passé et Lipchan pleure presque chaque fois qu’elle croise un miroir. Avant, le couple en possédait un, mais elle a préféré le donner. «Un monstre n’aime pas se regarder», dit-elle. Lipchan a redouté que Malik la quitte. Il est resté et elle a beaucoup pleuré. De joie et de tristesse.

«Pouvoir absolu»

Des histoires comme celle de ce couple sont courantes en Tchétchénie où sévit désormais la guerre de l’après. Celle qui tombe sur la nuque. Insidieuse et muette. Qui s’invite dans les maisons. Qui sabote toute idée de reconstruction apaisée d’une société. Oui, la Tchétchénie est toujours en état de siège. Même si sa capitale, Grozny, n’en laisse plus rien paraître. Hier en lambeaux, rasée bloc par bloc par l’artillerie russe, elle étale aujourd’hui d’impudiques gratte-ciel, derniers joujoux sortis de l’imaginaire détraqué du despote Kadyrov. Le soir, lorsque le soleil se range derrière les montagnes pelées, les tours de verre s’illuminent sous des projecteurs aux couleurs de l’arc-en-ciel. Ce quartier d’affaires, baptisé Grozny City, vaisseau mégalo tout de cyrillique vêtu, a un goût d’outrage pour une population civile à genoux.

Fondateur du Comité contre la torture, une ONG luttant contre les violences policières en Russie, Igor Kaliapine participait, fin octobre à Paris, à un grand colloque sur la question des droits de l’homme en Tchétchénie. Avec son équipe de juristes professionnels, il a fait condamner 90 policiers en Russie depuis 2000. Toutefois, en Tchétchénie, la marge de manœuvre est bien plus étroite : «On espérait pourtant pouvoir y faire le même travail mais, jusqu’ici, on n’a obtenu la condamnation d’aucun policier. Nous menons une quinzaine d’enquêtes [sur des disparitions, ndlr] depuis 2009, aucune ne pourra aboutir. En Tchétchénie, la seule institution de droit qui marche, c’est la police de Kadyrov qui n’obéit qu’à lui. Le reste ne fonctionne pas. Ni les tribunaux ni la procurature [le ministère public], rien. Le pouvoir de Kadyrov est absolu. Il demeurera stable tant qu’il recevra l’argent des mains d’Allah, c’est-à-dire de Poutine», confiait-il à notre confrère de Rue89, Jean-Pierre Thibaudat.

Supermarché du kidnapping

Au royaume de Kadyrov, on raconte que la coutume veut que l’on fasse payer aux familles les corps de leurs proches décédés en prison. On dit aussi que le tyran étouffe des pans entiers de la société en les asséchant financièrement. «Il a mis en place un système de contrôle pyramidal extrêmement sophistiqué, explique Aude Merlin, membre du département de sciences politiques de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et auteur d’Ordres et désordres au Caucase (1). Une des clés de son pouvoir se trouve dans la constitution du « fonds Kadyrov ». Cette réserve d’argent quasi illimitée, créée par son père, lui permet à la fois de tout noyauter et de se racheter une virginité aux yeux de la communauté internationale, via de grandes opérations de communication.» Selon une source diplomatique bien informée mais désirant garder l’anonymat, ce fonds «extrêmement opaque» serait en partie alimenté par «un savant mécanisme de racket des Tchétchènes vivant à l’étranger. Une grosse communauté est par exemple présente à Londres et des transferts de sommes importantes en livres sterling et en dollars sont constatés assez régulièrement».

Aujourd’hui, ce chaos fait prospérer une flopée de petits groupes criminels dans la province. Ils se disent que leurs méfaits seront de toute façon imputés à Kadyrov tant celui-ci suscite un rejet épidermique auprès des civils. Résultat : dans l’espoir d’une rançon, des Tchétchènes enlèvent des Tchétchènes. Des Ingouches, une autre minorité caucasienne, enlèvent des Ingouches. Et la Tchétchénie devient un vaste supermarché du kidnapping. «On assiste à une complexification des règles établies à l’échelon local, atteste Amnesty International. La situation dans certains villages pris en tenailles entre les zones rebelles [contrôlées par des maquisards supposés proches d’Al-Qaeda, ndlr] et celles quadrillées par le régime est très inquiétante. Les familles sont en permanence sous pression et l’économie est exsangue.»

«L’inhumanité ordinaire»

Au nord de Grozny, dans un «khrouchtchevi» décrépi (barre de cinq étages construite sous Khrouchtchev) auquel conduit une route au goudron facétieux, Mavka reçoit autour d’un thé au chou-fleur. L’odeur est aussi âcre que son intérieur est vétuste. Les fils électriques dévalent les murs. Sur le rebord de la fenêtre, un chat maigrelet toise le visiteur d’un regard sournois. Mavka n’a jamais eu de problèmes particuliers avec ce qu’il appelle encore la militsia (la police de l’époque soviétique). Mais, il reconnaît que «tout est mis en œuvre par Kadyrov pour que la population ne se sente pas en paix. Par des incivilités quotidiennes, la police fait en sorte que l’on éprouve sans arrêt son souffle chaud derrière nous. La nuit, de façon tout à fait inutile, ils patrouillent parfois dans les cages d’escaliers. Ils foutent des coups de pied dans les portes et crient : « Vous dormez bien les minables ! » Ça dure une demi-heure, puis ils repartent. C’est de l’inhumanité ordinaire.»

Mavka a ouvert, il y a deux ans, une petite enseigne de restauration rapide. Il prépare les très prisées chepelgash, des galettes fourrées au fromage local, ou le khingalush, un chausson au potiron. En quelques minutes, leurs effluves adoucissent l’ambiance. Les hommes attablés dégagent un mélange de transpiration et de patchouli. Du dehors proviennent les inflexions de l’appel à la prière, donnant à la scène la quiétude d’un tableau caucasien. Mais la souffrance n’est jamais loin.

Azat, grande tige au faciès buriné, doute «de pouvoir vivre un jour totalement libéré». Il l’espère surtout pour ses enfants, car lui «n’a plus beaucoup de temps avant la fin». Il dit être malade. On ne saura jamais de quoi. Entre deux crêpes, Mavka abonde : «Pour les autorités, cette vie semble pouvoir durer éternellement. C’est normal, eux ont un intérêt à ce que ça se passe comme ça. Ils s’enrichissent, assoient leur domination. Mais nous, on meurt de malheur et de peur. Un peuple, ce n’est pas fait pour faire la guerre.»

(1) Aux éditions de l’université de Bruxelles, avec Silvia Serrano.

Tout va bien en Tchétchénie?

Deux actualités très différentes nous frappent en ce moment à propos de la Tchétchénie. Gérard Depardieu va souhaiter un bon anniversaire à Razman Kadyrov en toute conscience de son acte ; plusieurs Tchétchènes sont actuellement en voie d’être expulsés de France vers la Russie, l’un d’entre eux s’étant opposé à son embarquement purge une peine d’un mois de prison tout en étant toujours sous le coup d’une mesure d’expulsion.

Ces évènements d’apparence si disparates vont pourtant dans le même sens, celui de l’acceptation de la propagande visant à nous faire croire que la situation en Tchétchénie est normalisée. Pourtant c’est le même dictateur qui dirige avec un  pouvoir absolu ce pays. Des pressions sont exercées sur certains Tchétchènes en Europe de l’Ouest pour les pousser à revenir eu pays (cf l’assassinat d’Israelov à Vienne). La justice est toujours impuissante à retrouver les auteurs de milliers d’assassinats et de centaines de disparitions, la corruption est généralisée, des lois étrangères mêmes à celles de la Russie sont appliquées (obligation du port du foulard pour les femmes fonctionnaires, incitation à la polygamie…). Continuent de fuir ceux dont la vie est en danger. C’est une grande lâcheté que de continuer à refuser de voir la situation réelle de cette région (nous sommes certains que les services diplomatiques du gouvernement rendent compte de la situation locale). Comment peut-on renvoyer des demandeurs d’asile dans un contexte pareil ?

Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.