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Russie : Purge anti-gays en Tchétchénie

Utile mise en perspective des évènements en Tchétchénie. Nous pensons utile de vous transmettre ce communiqué de Human Right Watch car il permet de situer l’offensive actuelle contre les homosexuels en Russie comme un des éléments de répression sauvage qui malheureusement sévit sous diverses formes depuis des années. Cette constance dans la répression illégale qui traduit la faible confiance que l’on peut placer dans la justice russe nous amène à souligner fortement le risque que la France fait courir aux réfugiés tchétchènes en les renvoyant en Russie, ce qui est de moins en moins rare.

26 mai 2017

Les victimes de rafles punitives sont toujours en danger

(New York) – La police de Tchétchénie a appréhendé, passé à tabac et humilié des dizaines d’hommes gays ou bisexuels dans un effort visant apparemment à en purger la société tchétchène, a confirmé Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui. Les autorités fédérales russes devraient s’assurer que leur enquête sur ces violations flagrantes des droits humains soit effective et de nature à faire rendre des comptes aux autorités tchétchènes. Les gouvernements étrangers devraient fournir des refuges sûrs aux victimes, qui demeurent exposées à un danger immédiat de violences physiques tant qu’elles restent en Russie.

« Les hommes qui ont été visés par ces purges anti-gays ont subi une épreuve épouvantable en Tchétchénie », a déclaré Graeme Reid, directeur de la division Droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) à Human Rights Watch. « Il incombe au Kremlin de traduire en justice les responsables de ces violences et de protéger toutes les personnes vivant en Russie, quelle que soit leur orientation sexuelle. »

Ce rapport de 42 pages, intitulé « ‘They Have Long Arms and They Can Find Me’: Anti-Gay Purge by Local Authorities in Russia’s Chechen Republic » (« ‘Ils ont le bras long et ils peuvent me retrouver : Purge anti-gays dans la République russe de Tchétchénie »), est basé sur des entretiens directs avec des victimes de la campagne contre les homosexuels lancée au printemps 2017 par les autorités chargées de l’application des lois et les responsables de la sécurité de Tchétchénie.

À partir de la dernière semaine de février et au moins jusqu’à la première semaine d’avril, la police a appréhendé des hommes qu’elle soupçonnait d’être homosexuels, les a détenus dans des lieux tenus secrets pendant des jours, voire des semaines, les a torturés, humiliés et privés de nourriture, les forçant à donner des informations au sujet d’autres hommes susceptibles d’être gays. Elle a restitué la plupart de ces hommes à leurs familles, mais en révélant leur homosexualité et en encourageant indirectement les membres de leurs familles à commettre des « crimes d’honneur. » Ceux d’entre eux qui se sont enfuis de Tchétchénie demeurent en danger où qu’ils se trouvent en Russie, où persistent les menaces à leur encontre.

Les autorités fédérales russes ont tout d’abord rejeté les informations au sujet de ces violences. Mais à la suite de pressions internationales croissantes, plusieurs agences fédérales ont ouvert des enquêtes et le président Vladimir Poutine s’est engagé à évoquer ces informations avec le procureur général et le ministre de l’Intérieur. Les autorités de Tchétchénie se sont déclarées prêtes à coopérer aux enquêtes fédérales, mais elles ont également nié avec véhémence l’existence de l’homosexualité en Tchétchénie et ont à plusieurs reprises fustigé et menacé des journalistes et des défenseurs des droits humains pour avoir soulevé cette question.

L’éminent journal russe Novaya Gazeta a été le premier organe de presse à faire état des purges anti-gays, et le réseau Russian LGBT Network, une organisation indépendante russe qui soutient les personnes LGBT dans ce pays, a fourni aux victimes une assistance d’urgence.

Plusieurs hommes seraient décédés à la suite des épreuves subies. À la fin mai, aucun nouvel enlèvement n’avait été signalé mais certains des hommes appréhendés étaient apparemment toujours en détention.

En Tchétchénie, la police a placé ces hommes dans plusieurs lieux de détention secrets où elle maintient d’autres personnes en Suite aux récentes révélations sur la “purge” visant des hommes homosexuels en Tchétchénie, république russe dirigée par Ramzan Kadyrov, HRW a publié un rapport apportant plus de précisions sur ces abus et appelle à la libération immédiate de tous les hommes encore illégalement détenus.détention illégale, notamment des individus soupçonnés de collaboration avec des insurgés ou d’usage de drogues. La police a violemment battu tous ces détenus et les a torturés à plusieurs reprises à l’électricité. Les gardiens ont également encouragé et parfois forcé les autres détenus à passer à tabac et à humilier les hommes présumés gays.

Des membres des autorités tchétchènes, dont deux responsables de haut niveau, ont visité ces lieux de détention secrets, ont fustigé les détenus soupçonnés d’homosexualité et se sont contentés d’observer lorsque les gardes les maltraitaient.

Au cours de la dernière décennie, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, avec l’appui tacite du Kremlin, a bâti son régime sur une répression brutale, a affirmé Human Rights Watch. Les agences chargées de l’application des lois et de la sécurité, sous le contrôle de facto de Ramzan Kadyrov, ont enlevé des personnes à leur domicile, sur leur lieu de travail et dans les rues, les ont retenues au secret dans des lieux inconnus et leur ont fait subir des disparitions forcées, des actes de torture, des exécutions extrajudiciaires et des punitions collectives. Pendant des années, leurs cibles étaient des insurgés armés présumés et leurs prétendus collaborateurs mais à la longue, la police et les forces de sécurité ont commencé à recourir également à ces méthodes contre des dissidents locaux, des journalistes indépendants, des musulmans salafistes, des utilisateurs de drogues et d’autres personnes, que les dirigeants tchétchènes considèrent comme « indésirables ».

« Nous n’avons jamais vu de responsables tchétchènes appréhender des hommes gays pour qu’ils soient maintenus en détention et torturés », a déclaré Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Mais les responsables locaux de la sécurité ont recours depuis des années, en toute impunité, à ces mêmes tactiques illégales et violentes pour nettoyer la Tchétchénie des prétendus ‘indésirables’. »

Beaucoup de ces hommes ont fui la Tchétchénie après avoir été remis en liberté mais, tant qu’ils demeurent en Russie, ils courent le double risque d’être pourchassés et maltraités par les forces de sécurité tchétchènes et par les membres de leurs propres familles.

La Tchétchénie est une société majoritairement musulmane très conservatrice et l’homosexualité y est généralement considérée comme une honte pour l’honneur de la famille – attitude encouragée par des responsables tchétchènes de haut niveau qui ont publiquement justifié comme crime d’honneur le meurtre d’hommes gays et bisexuels.

« Magomed », l’une des victimes de la purge, a déclaré à Human Rights Watch: « Ils ont le bras long et ils peuvent nous retrouver, moi et les autres, n’importe où en Russie, c’est juste une question de temps. »

Bien que les responsables fédéraux russes se soient engagés à enquêter sur les allégations de purge anti-gays, ils ont invoqué à plusieurs reprises l’absence de plaintes déposées par les victimes pour suggérer que ces allégations n’étaient que des rumeurs. Cependant, Human Rights Watch a souligné que les autorités tchétchènes ont la réputation d’exercer des représailles impitoyables à l’encontre des habitants qui osent protester contre leurs abus.

Ces dernières années, Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels les responsables tchétchènes ont exercé des représailles contre les membres des familles d’individus qui ont fui la région et tenté d’obtenir justice pour les abus dont ils ont souffert.

« Les hommes qui ont survécu à l’épreuve de la purge anti-gays en Tchétchénie sont pris entre deux feux: leur peur très justifiée de représailles officielles, et la crainte de subir des violences de la part de leurs propres familles », a affirmé Graeme Reid. « Les responsables russes devraient répondre au problème posé par l’extrême vulnérabilité des victimes et par leurs réticences légitimes à porter plainte publiquement. »

L’enquête des autorités fédérales russes devrait être exhaustive et de nature à amener les responsables d’abus à rendre des comptes. Les autorités devraient n’épargner aucun effort pour protéger les victimes, les témoins et leurs proches familles, a déclaré Human Rights Watch. L’organisation a également appelé les gouvernements étrangers à maintenir la pression sur Moscou, y compris par des demandes régulières d’informations sur les progrès de l’enquête, et à offrir rapidement des refuges sûrs aux victimes de la purge qui cherchent à se mettre en sécurité dans des pays tiers.

https://www.hrw.org/fr/news/2017/05/26/russie-purge-anti-gays-en-tchetchenie

 

Human Rights Watch (HRW) reproche aux autorités polonaises d’ignorer les droits des réfugiés tchétchènes.

Les autorités polonaise refusent d’accorder l’asile aux Tchétchènes et donc leur font courir des risques d’après un rapport  de HWR.

Les défenseurs  des droits en Pologne et au Belarus remarquent qu’en 2016 le nombre de personnes qui ont dû repartir à cause des refus des autorités polonaises a crû significativement et cela continue en 2017, d’après le rapport publié sur le site de HRW ce 1er mars.

Le site web cite Lydia Gall, une chercheuse du HRW pour les Balkans et l’Europe de l’Est : « la Pologne met les gens en danger en leur refusant l’accès à la procédure de demande d’asile et en les renvoyant vers le Belarus où ils ne peuvent bénéficier d’une protection. »

HRW a interrogé plusieurs dizaines de Tchétchènes, qui ont demandé le statut de réfugié mais à qui on a refusé l’entrée en Pologne. Au moins une dizaine d’entre eux ont raconté que des gardes frontières les ont maltraités et les ont humiliés.  Ils ont aussi dit que les autorités compétentes ne respectaient pas la confidentialité alors que les entretiens en public peuvent menacer leur sécurité.

HRW a interrogé le Ministre de l’Intérieur polonais sur la situation des réfugiés tchétchènes et a reçu une réponse écrite qui précise, en se basant sur les gardes frontière, que la majorité des demandeurs d’asile sont des « migrants économiques ». Cependant, toutes les personnes interrogées par HRW ont soutenu avoir été harcelées par les autorités tchétchènes en Tchétchénie et torturées dans les postes de police.

Svetlana Gannushkina, présidente de l’organisation « assistance civile », déclare : « Nous, les militants et les journalistes des droits humains écrivons souvent et parlons de ce qui se passe en Tchétchénie, pourquoi les gens la quittent. Les Polonais ne peuvent pas ignorer ces histoires sans fin de détentions, de torture, de personnes qui sont accusées faussement de détention de drogue. Outre le terrorisme, il y a aussi un régime totalitaire qui écrase, soumet une personne dans toutes les sphères de la vie – y compris dans les relations familiales ».

Selon elle, parmi les habitants de la Tchétchénie qui cherchent à quitter la Russie, il est peu probable que ce soit pour des raisons économiques, parce que « les Tchétchènes  sont des gens attachés à la terre et qui ne la quitteraient pas pour de l’argent. »

(Le Nœud Caucasien, 03 mars 2017)

Rapport de Human Rights Watch :“Comme un champ de mines” : Répression féroce des opposants dans la république russe de Tchétchénie.

Avant les élections du 18 septembre Human Rights Watch publie un rapport sur les menaces portées à ceux qui s’expriment librement :

(Moscou) – Les autorités tchétchènes tentent de réduire au silence tous les opposants, même les plus modérés, à l’approche de l’élection du prochain gouverneur, prévue le 18 septembre 2016, a affirmé Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Le rapport de 56 pages, intitulé « ‘Like Walking a Minefield’: Vicious Crackdown on Critics in Russia’s Chechen Republic » (« “Comme un champ de mines” : Répression féroce des opposants dans la république russe de Tchétchénie »), décrit la façon dont les autorités locales sanctionnent et humilient les personnes qui expriment leur insatisfaction ou semblent réticentes à louer les dirigeants tchétchènes et leurs politiques. Le rapport détaille également la multiplication des menaces, des agressions et des placements en détention de journalistes et de défenseurs des droits humains.

« Les autorités tchétchènes tyrannisent les opposants et tous ceux dont elles doutent de la loyauté à l’égard des dirigeants locaux », a affirmé Tanya Lokshina, directrice du programme Russie chez Human Rights Watch. « Dans ces circonstances, il est difficile d’imaginer que les élections en Tchétchénie puissent être libres et équitables. »

Le Kremlin a nommé en 2007 le dirigeant actuel de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, après un long et sanglant conflit séparatiste armé suivi par des années de politiques contre-insurrectionnelles russes, émaillées d’abus. Lors du scrutin du 18 septembre, l’autorité de Ramzan Kadyrov sera soumise au vote populaire direct pour la première fois.

La vague de répression brutale et généralisée orchestrée par les autorités locales semble avoir pour objectif d’une part de rappeler à l’opinion tchétchène que Ramzan Kadyrov contrôle totalement la région, et d’autre part de bloquer tout flux d’informations négatives qui pourraient émaner de la Tchétchénie et nuire au soutien que le Kremlin apporte à Kadyrov, selon les conclusions de Human Rights Watch. Même les déclarations les plus modérées contredisant les politiques locales ou les idées du gouvernement sont susceptibles de déclencher des représailles brutales, qu’elles soient exprimées ouvertement, au sein de groupes restreints, sur les médias sociaux, ou à l’occasion de discussions spontanées en présence d’un journaliste ou dans l’espace public.

La République de Tchétchénie fait partie de la Russie, et les autorités y sont donc juridiquement contraintes d’appliquer la législation nationale russe et ses obligations internationales en matière de droits humains. Bien que conscients des multiples violations des droits humains commises par les autorités tchétchènes, les dirigeants russes ne réagissent que rarement, en n’exprimant que de tièdes réprimandes.

Le rapport s’appuie sur plus de 40 entretiens réalisés auprès de victimes, de personnes proches de ceux qui ont payé le prix fort pour avoir exprimé des critiques, de défenseurs des droits humains, de journalistes, d’avocats, et d’autres experts.

Le rapport expose les cas de détention punitive et illégale d’opposants, parfois suite à des enlèvements et disparitions forcées. Des détenus ont été soumis à des traitements cruels et dégradants et à des menaces de mort, qui ont également été proférées contre des membres de leurs familles, dont certains ont aussi été physiquement agressés.

Dans un cas sur lequel Human Rights Watch a enquêté, des agents des forces de l’ordre locales ont fait disparaître de force un homme en décembre 2015. Il avait apparemment fait une remarque désinvolte au sujet de Ramzan Kadyrov. Deux semaines plus tard, son corps meurtri a été retrouvé à près de quarante kilomètres de Grozny.

Dans une autre affaire, des fonctionnaires de police ont détenu illégalement, menacé et maltraité une femme et ses trois enfants, en représailles suite aux déclarations publiques de son mari, qui avait critiqué les autorités locales. Les policiers ont battu la femme et sa fille aînée, âgée de 17 ans, et les ont menacées de mort, afin de les forcer à persuader le père de retirer ses propos. Dans cinq autre cas étudiés par Human Rights Watch, des agents des forces de l’ordre ou des personnes agissant apparemment pour leur compte ont enlevé des gens et les ont soumis à des traitements cruels et dégradants. Quatre d’entre eux ont été victimes de disparitions forcées, d’une durée allant d’un jour à douze jours.

Dans cinq des cas exposés dans le rapport, les autorités ont humilié des personnes en public, en les forçant à présenter des excuses publiques aux dirigeants tchétchènes, ou à renoncer à leurs revendications, prétendument fausses.

« Les abus sur lesquels nous avons enquêté témoignent clairement d’une politique d’intimidation de la population de Tchétchénie, et ne représentent sans doute que la partie émergée de l’iceberg », a affirmé Tanya Lokshina. « Certaines exactions ne sont jamais révélées, parce que le climat de peur en Tchétchénie est omniprésent, et que la plupart des habitants de la région ont été réduits au silence par des manœuvres d’intimidation. »

Les dirigeants tchétchènes ont également intensifié leur attaques contre les rares défenseurs des droits humains encore actifs dans la région, et qui apportent une assistance juridique et d’autres formes d’aide aux victimes d’abus, a constaté Human Rights Watch. Au cours des deux ans et demi passés, des agents des forces de l’ordre ou des personnes semblant agir pour leur compte ont pillé ou brûlé à trois reprises les bureaux du Joint Mobile Group of Human Rights Defenders in Chechnya (Groupe Mobile Conjoint des Défenseurs des Droits Humains en Tchétchénie -JMG). Des voyous agissant apparemment pour le compte des autorités tchétchènes ont agressé physiquement des membres de l’organisation, contre laquelle les médias contrôlés par le gouvernement tchétchène ont engagé une campagne de diffamation massive.

Au cours de ces six dernières années, JMG a été pratiquement la seule organisation présente sur le terrain pour apporter une aide juridique aux victimes d’abus commis par les forces de l’ordre et les agences de sécurité locales. L’organisation a dû finalement retirer ses équipes de la Tchétchénie début 2016, pour raisons de sécurité.

Les rares personnes qui osent parler aux journalistes, si ce n’est pour louer les dirigeants tchétchènes, risquent de brutales représailles. Les journalistes courent également de plus en plus de risques en témoignant de la situation en Tchétchénie. Le rapport expose le cas d’un journaliste qui a reçu des menaces de mort en 2015, et celui d’un journaliste emprisonné arbitrairement alors qu’il menait une enquête. Le document décrit également l’attaque menée en 2016 par un groupe d’hommes masqués contre un minibus à bord duquel voyageait un groupe de journalistes russes et étrangers en provenance de la région d’Ingouchie. Les agresseurs ont forcé les journalistes à sortir du bus, les ont battus, et ont mis le feu au véhicule.

Le gouvernement russe devrait mettre fin immédiatement à la répression exercée par les autorités tchétchènes. Plutôt que de fermer les yeux sur des actes de cruauté et d’humiliation dont l’illégalité est flagrante, il devrait apporter de réelles garanties de sécurité aux victimes et aux témoins d’abus, traduire les responsables en justice, et instaurer des conditions favorables à la libre expression et à l’action des défenseurs des droits humains en Tchétchénie.

« Il est grand temps que le Kremlin cesse de donner carte blanche aux autorités tchétchènes quand celles-ci violent les droits humains avec tant de brutalité », a conclu Tanya Lokshina.

Communiqué de presse de Human Rights Watch le 30/08/16

D’après le Nœud Caucasien des Tchétchènes ont été empêchés de franchir la frontière entre la Biélorussie et la Pologne le 31 août, pour demander l’asile. Le Ministre de l’Intérieur polonais indiquant que la guerre était finie. Dans le contexte de craintes généralisées à l’égard des réfugiés en Europe, la Pologne a changé sa politique à l‘égard des réfugiés tchétchènes. En effet, si des Tchétchènes fuient la Tchétchénie c’est du fait du climat de corruption et de violences policières jusqu’à des disparitions sans investigation judiciaire.

Nouvelle loi sur les « organisations indésirables » en Russie

Russie. Une nouvelle loi sur les « organisations indésirables » risque de laisser la société civile exsangue (Communiqué d’Amnesty International et Human Rights Watch du15/05/15)

La Russie prévoit de renforcer les mesures de répression draconiennes qui sapent actuellement l’énergie de la société civile, en adoptant une loi sur les « organisations indésirables », ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch.

Ce projet de loi – adopté en deuxième lecture vendredi 15 mai par la chambre basse du Parlement russe (la troisième lecture étant une simple formalité) – permettra à l’État d’interdire les activités d’organisations non gouvernementales (ONG) étrangères ou internationales dont il estime qu’elles menacent la « sécurité de l’État », la « défense nationale » ou l’« ordre constitutionnel ». Seront également sanctionnés les militants ou groupes de la société civile russes qui entretiennent des liens avec ces organisations « indésirables ». […] Les organisations dont les activités sont considérées comme des « menaces » ne seront pas en mesure d’ouvrir de bureaux en Russie, et celles qui ont déjà une présence sur place pourraient être contraintes à fermer leurs portes. Le texte interdit par ailleurs la diffusion de matériel d’information, notamment par le biais des médias et d’Internet.

Si une organisation est considérée comme « indésirable », elle ne pourra plus mettre sur pied de projets ou d’activités ni participer à d’autres manifestations en Russie. Les organisations locales seront tenues de refuser tout financement de la part de groupes indésirables. Les banques et autres institutions financières devront s’abstenir de conclure des transactions avec elles, et informer de tout refus un organisme de contrôle des opérations de blanchiment d’argent. Les ressortissants russes qui poursuivent leur « implication » auprès d’organisations indésirables s’exposeront dans un premier temps à de lourdes amendes administratives puis, s’ils reçoivent deux sanctions administratives en un an, risqueront des poursuites pénales et encourront des amendes pouvant atteindre 500 000 roubles (soit près de 9 000 euros), ainsi qu’une restriction de leurs activités et mouvements, et même une condamnation à une peine pouvant aller jusqu’à six ans de prison.

Le projet de loi, qui semble avoir été conçu pour une mise en œuvre sélective, ne précise pas ce que recouvre l’« implication » auprès d’une organisation indésirable. Il est probable que la diffusion de rapports et de matériel d’information par des « organisations indésirables », notamment en ligne, les communications avec des représentants de ces organisations, la participation à des événements internationaux au côté de ces organisations soient considérées comme telles par les autorités, et que ces activités se soldent par des sanctions contre les militants et groupes russes. La procédure selon laquelle une organisation peut être déclarée « indésirable » n’est pas transparente, et il est possible qu’une organisation ne se découvre « indésirable » qu’après avoir été ajoutée à la liste. Il n’existe aucun recours permettant de contester la décision ou de faire exclure une organisation de la liste. La décision est prise avec effet immédiat et sans aucun avertissement.

« Ce dernier projet de loi en date fait suite à une loi sur les agents étrangers, adoptée en juillet 2012, qui a été invoquée afin de marginaliser et diaboliser près de 60 organisations, parmi lesquelles les principaux groupes de défense des droits humains du pays. Plusieurs de ces organisations ont choisi de mettre la clé sous la porte plutôt que de porter la marque infamante de l’agent étranger », a déclaré Hugh Williamson. Ces nouvelles restrictions sévères relèvent d’une récente vague de répression qui étouffe la liberté de parole, ne laisse aucune place au débat et suffoque la libre expression en Russie.

Pendant toute la période des guerres de Tchétchénie et de leurs suites, nous avons constaté l’importance vitale des ONG sur place, toujours menacées. Vers qui pourront se tourner les citoyens en butte à la brutalité d’un pouvoir absolu ?

Lettre à Poutine

Après des attaques menaçantes en Tchétchénie, 3 importantes organisations des défenses des droits de l’homme, Front Line Defenders, Amnesty International, Human Rights Watch écrivent à Poutine :

Monsieur le Président,

Au cours des derniers jours un groupe russe de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie et son personnel ont été la cible de ce qui apparaît être un incendie criminel, d’arrestation et de détention arbitraires, de menaces de mort et de harcèlement répété. Amnesty International, Front Line Defenders, and Human Rights Watch s’alarment des attaques sérieuses contre la sécurité des membres du groupe et vous exhorte à vous assurer qu’il y ait une enquête immédiate à propos de l’incendie volontaire et que des mesures effectives soient prises pour protéger les défenseurs des droits de l’homme.

L’antenne en Tchétchénie du Groupe Mobile des Droits de l’Homme, ONG russe, est la cible de ces attaques de plus en plus graves. Avec à sa tête Igor Kalyapin, membre du Conseil Présidentiel pour la Société Civile et les Droits de l’Homme, le groupe enquête sur les violations de droits de l’homme en Tchétchénie et fait pression sur les autorités locales et fédérales pour que les responsables de ces violations rendent des comptes. Le 9/12 I. Kalyapin a demandé aux autorités d’enquête criminelle russes d’évaluer si les déclarations de Ramzan Kadyrov, prononcées le 5/12, promettant d’expulser les membres de la famille des insurgés de Tchétchénie et de détruire leurs maisons, constituaient un délit. Ramzan Kadyrov a fait cette déclaration et d’autres du même genre à la télévision et dans les media sociaux.

Ces déclarations ont été prononcées après une insurrection meurtrière à Grozny le 4/12 et durant laquelle 14 policiers et au moins un civil ainsi que 11 attaquants ont été tués. Au cours des jours qui ont suivi nos organisations ont été informées de différents cas dans lesquels des maisons de familles de présumés insurgés ont été brûlées apparemment par des agents de l’autorité tchétchène.

Dans une émission de télévision du 10/12 Ramzan Kadyrov a accusé “un certain Kalyapin” d’aider le terrorisme en Tchétchénie y compris en procurant de l’argent aux insurgés et a dit qu’il ne tolèrerait pas “ces Kalyapin” en Tchétchénie. De telles accusations d’un officiel de haut rang ne peuvent se comprendre que comme des menaces sérieuses et claires et peu après Kalyapin et son équipe ont été pris pour cible.

Lors d’une conférence de presse commune sur la punition collective en Tchétchénie tenue le 11 décembre à Moscou deux hommes ont bombardé d’œufs Kalyapin et un troisième l’a accusé de défendre les terroristes. Le 13/12 une manifestation contre le terrorisme s’est déroulée à Grozny. Elle était appelée par le gouvernement et a réuni 50000 personnes. Quelques banderoles mentionnaient des slogans tels que « Kalyapin go home ! » et « arrêtons les agitateurs qui mentent ! ». Plus tard dans la journée des inconnus dont l’un au moins était armé ont tenté de pénétrer de force dans l’appartement du Groupe Mobile. Dans la soirée leur bureau a été détruit par un feu criminel. […]

Igor Kalyapin, qui ne réside pas en Tchétchénie a reçu des appels téléphoniques et des SMS de menaces y compris de mort de la part d’inconnus. Les dirigeants russes ont promis de manière répétée de favoriser un climat de travail normal pour les défendeurs des droits de l’homme conformément aux engagements internationaux. Les menaces contre le Groupe Mobile en Tchétchénie sont extrêmement sérieuses et cherchent clairement à faire taire les militants qui travaillent dans la région depuis 5 ans pour que les victimes d’abus des droits de l’homme obtiennent justice légalement. Nous vous prions de garantir que le Groupe Mobile puisse continuer son travail dans la région sans interférences injustifiables de la part des autorités locales et qu’il y ait une enquête indépendante et effective contre toute action illégale et que leurs auteurs rendent des comptes.

Nous insistons aussi pour que vous envoyiez un signal clair aux dirigeants tchétchènes pour que les pratiques de punition collectives soient reconnues illégales et injustifiées quelles que soient les circonstances et prennent fin immédiatement.

Hugh Williamson Responsable pour l’Europe et l’Asie Centrale de Human Rights Watch

Anna Neistat Directeur Général pour la Recherche d’Amnesty International

Mary Lawlor Dirigeante de Front Line Defenders

Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.