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Un Tchétchène de Grozny, enlevé et torturé raconte

(Article de WayNakh.com du 28/09/2013)

Ce témoignage est rare et pourtant il représente de nombreux cas similaires. Dans notre activité nous recevons des récits de ce genre très caractéristiques. Quelqu’un est saisi, torturé à la place d’un parent inatteignable. Seulement nous ne pouvons en rendre compte car les auteurs de ces récits sont tenus au silence pour préserver les familles restées là-bas. Grâce au courage de Mourad Amriev vous connaîtrez les raisons de l’impossibilité pour beaucoup de vivre en Tchétchénie.

Mourad Amriev se plaint d’avoir été torturé par Magomed Dachaev, un officier de police de haut rang; et il a demandé aux défenseurs des droits de l’homme de prendre en charge sa défense. Selon Mourad Amriev, en fin de soirée du 25 Août, il avait conduit son père au centre de Grozny. Quelques minutes après leur séparation, sa voiture a été bloquée par une “Lada Priora” noire. Trois hommes sont sortis de la voiture, ils ont poussé Mourad dans leur voiture avec le t-shirt tiré sur le visage. Un résident d’une maison voisine a été témoin et il confirme l’incident, mais il préfère rester dans l’anonymat. Mourad a dit qu’il a été emmené à la Direction de l’Intérieur (UMVD), située dans la rue Prospekt Isaeva à Grozny. Dans ce bâtiment, il a été maintenu en détention avec des menottes pendant deux jours où il a été sévèrement battu, humilié, suspendu au plafond, et torturé à l’électricité. Mourad Amriev a déclaré que l’un de ses ravisseurs était Magomed Dachaev, un haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur du régime tchétchène de Kadyrov. Dans son appel, Mourad a mentionné qu’il avait déjà été détenu sur l’ordre de Magomed Dachaev en 2010, parce que la police croyait que son frère aîné avait  tenté de tuer Magomed Dachaev en 2008. Cependant, l’aîné Amriev était parti en Allemagne depuis longtemps, et hors de portée de la police de Kadyrov. Cette fois, l’officier a interrogé Mourad sur le même sujet mais d’une manière beaucoup plus brutale. Mourad, ne pouvait dire où se trouvait son frère mais il a été contraint de signer plusieurs documents sous la torture.

Deux jours plus tard, dans la soirée du 27 Août, Magomed Dachaev et ses hommes armés ont amené Mourad chez ses parents. Environ 15 hommes sont entrés dans l’appartement des Amriev. Les négociations ont commencé. La demande principale de Magomed Dachaev était d’obtenir le retour de frère du Mourad. La famille ne pouvait pas garantir son retour. Mécontent, Dachaev, s’est immédiatement levé et il est parti. Avant leur départ, les policiers ont dit que si le frère aîné ne revenait pas, Mourad porterait toute la responsabilité de la tentative d’assassiner Magomed Dachaev en 2008. Le jour suivant, Mourad Amriev a été invité à comparaître au commissariat de police, une fois de plus. Le jeune homme ayant des motifs sérieux de craindre pour sa vie, a donc décidé de ne pas y aller.

Actuellement, il reçoit un traitement médical hors de Tchétchénie.

Tentative d’enlèvement à Moscou d’une militante tchétchène des droits de l’homme.

 Le 8 juin, à Moscou, des personnes non identifiées ont essayé d’enlever Madina Magomadova, la présidente de l’ONG « Mères de Tchétchénie », d’après ses déclarations. En conséquence de quoi elle a été hospitalisée avec un traumatisme crânien. Elle a, depuis, quitté  l’hôpital pour des raisons de sécurité.

L’organisation suédoise Paix et Médiation (SPAS) et Défenseurs des Droits Civils ont exprimé leur inquiétude à propos de cette tentative d’enlèvement. Ils considèrent que cet incident témoigne de l’aggravation régulière de la situation des défenseurs des droits humains en Russie. En conséquence de cet évènement à Moscou, Madina Magomedova garde un certain nombre de séquelles en particulier au crâne. Elle est sortie de l’hôpital avec une décharge.

« Une nouvelle tentative d’enlèvement de Madina Magomedova est probable » a déclaré un militant tchétchène des droits de l’homme au correspondant du Nœud Caucasien. D’après ce même militant : « Puisqu’il y a eu une tentative d’enlèvement c’était la volonté de quelqu’un. Personne ne peut assurer qu’il n’y en aura pas d’autre et de manière générale cela peut se produire pour toute personne faisant le même genre de travail que Madina Magomedova en Tchétchénie. »

Madina Magomedova est venue à Lyon à notre invitation en 2007. Nous nous souvenons qu’elle avait parlé de son travail constant : permettre aux parents de connaître le sort de leurs enfants disparus par des enquêtes sur le terrain, en particulier, elle explorait des charniers. Il nous paraît symptomatique que c’est d’un enlèvement qu’elle est menacée aujourd’hui.