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Comment faire taire un blogueur?

En Tchétchénie, comme ailleurs, les réseaux sociaux ont une grande audience. Après Tumso Abdurakhmanov qui a été obligé de fuir son pays, qui a vu sa famille menacée et qui réside en Pologne, le cas de Islam Nukhanov qui a osé filmé les riches résidences des puissants du régime a entrainé un procès : Elena Milashina de Novaya Gazeta et l’avocate Marina Dubrovina sont venues assister au procès dû à un montage habituel (on aurait trouvé des munitions chez lui). Comme ce qui doit être tu nécessite des moyens on les a battues.

Une attaque contre Elena Milashina et Marina Dubrovina était liée à leurs activités professionnelles, note le défenseur des droits humains Oleg Kozlovsky, dont l’enlèvement à Magas fait l’objet d’une enquête depuis plus d’un an. L’agression contre les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme fait partie d’une campagne visant à les expulser de Tchétchénie, estime Dmitry Piskunov, chef de la branche nord-caucasienne du « Comité contre la torture » (CaT).

Le « Nœud Caucasien » a rapporté que le 6 février, Elena Milashina, correspondante du journal « Novaya Gazeta », et l’avocat de Krasnodar, Marina Dubrovina, avaient été agressées par un groupe d’hommes et de femmes dans un hôtel de Grozny.

Elena Milashina pense qu’elle et Marina Dubrovina ont été battues en raison du fait qu’elles avaient assisté au procès dans une affaire contre Islam Nukhanov, qui a tourné une vidéo sur le style de vie luxueux des responsables tchétchènes. Une épouse d’Islam Nukhanov a réussi à faire ouvrir une enquête suite à sa plainte concernant la détention illégale de son mari.

Oleg Kozlovsky, militant de « Amnesty International » (AI), a noté que le nombre de délits résolus liés aux attaques contre les défenseurs des droits humains et les journalistes dans le Caucase est « proche de zéro ».

Pendant leur travail en Tchétchénie, Marina Dubrovina et Elena Milashina ont reçu à plusieurs reprises des menaces. L’attaque contre elles à Grozny a été organisée au su des autorités locales, croient les amis et les collègues des victimes.

Selon Oleg Kozlovsky, la pratique de l’intimidation des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme existe non seulement dans le nord du Caucase, « mais dans de nombreux endroits de la Russie ».

Dmitry Piskunov suggère que les attaques contre Elena Milashina et Marina Dubrovina sont au même niveau que les détentions et les attaques contre les militants de « Memorial », du Centre des droits de l’homme (CDH) et du « Comité contre la torture ».

Auteur: Alyona Sadovskaya

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/49962/

© Caucasian Knot

Dénonciation d’un montage par Novaya Gazeta

Des Tchétchènes responsables d’un attentat contre des policiers auraient été exécutés sans procès en janvier 2017. Une journaliste de Novaya Gazeta a découvert qu’une supercherie a permis de dédouaner les autorités tchétchènes :

Selon des documents trouvés par le journal Novaya Gazeta, deux résidents de Tchétchénie, qui ressemblaient à leurs frères figurant sur la « liste des exécutions », ont induit en erreur le médiateur russe.

Le Nœud Caucasien a rappelé que le 9 juillet 2017, le journal Novaya Gazeta a rendu compte qu’en Tchétchénie, des personnes arrêtées après une attaque contre des policiers à Grozny le 17 décembre 2016, ont été exécutées dans la nuit du 26 janvier 2017.

Le 17 mai 2017, le Département des enquêtes en chef du District fédéral du Nord-Caucase (NCFD) du Comité d’enquête de la Fédération de Russie (ICRF) a publié une résolution refusant d’engager des poursuites pénales concernant l’exécution massive de résidents tchétchènes. En particulier, les enquêteurs ont noté que deux personnes de la « liste des exécutions » étaient vivantes. Ces personnes, qui se sont présentées comme Shamkhan Yusupov et Makhma Muskiev, ont déclaré que personne ne les avait détenues ou torturées en hiver et au printemps 2017. Des copies de passeports étaient jointes à leurs notes explicatives, d’après l’article d’Elena Milashina « La contrefaçon »publié aujourd’hui par Novaya Gazeta.

En septembre 2017, en Tchétchénie, la médiatrice russe Tatiana Moskalkova a rencontré les auteurs des notes explicatives susmentionnées. Les journalistes de Novaya Gazeta ont comparé les séquences vidéo de la réunion avec la série de photos du ministère tchétchène de l’Intérieur (MIA), qui contenait les données de 67 personnes détenues en janvier 2017. Il s’est avéré que l’homme qui avait rencontré Tatiana Moskalkova en se présentant comme étant Makhma Muskiev ressemblait à un détenu, mais avait des yeux d’une couleur différente, une forme de nez différente, et une autre chevelure. Les documents d’enquête contenaient des informations sur Umar Turkoev, un frère de Makhma Muskiev, qui ressemblait à la personne qui avait rencontré Tatiana Moskalkova.

« Il ne fait aucun doute que c’est Umar Turkoev qui a été filmé par des fonctionnaires du médiateur russe, tandis que son frère Makhma Muskiev est clairement apparu comme un détenu sur la série de photos du MIA tchétchène », a conclu Elena Milashina.

Shamkhan Yusupov avait également un frère qui, selon Elena Milashina, qui se faisait passer pour lui. « Le frère de Shamkhan Yusupov lui ressemblait parfaitement. Les frères Yusupov étaient des vrais jumeaux, d’après l’article publié par Novaya Gazeta.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/49824/

© Caucasian Knot

27/01/2020

A propos de cette histoire rocambolesque on se demande si la médiatrice était ou non complaisante, prête à suivre sans s’interroger un montage des autorités tchétchènes afin de ne pas avoir à les condamner.

La révélation de la persécution d’homosexuels en Tchétchénie a entraîné une vive réaction des autorités locales.

Des arrestations massives d’hommes soupçonnés d’homosexualité ont eu lieu dans plusieurs localités de Tchétchénie; certains ont été tués d’après Novaya Gazeta.

Elena Milashina, a écrit dans un article de Novaya Gazeta « Meurtre d’honneur » le 1er avril :  « Parmi les détenus figurent des muftis, y compris des figures connues et influentes, proches des dirigeants de la république aussi bien que deux professionnels bien connus de la télévision tchétchène. Bien sûr ces personnes ne manifestaient d’aucune manière leur orientation sexuelle (dans le Caucase cela équivaut à une sentence de mort), cependant dans la société tchétchène traditionnelle ses membres sont séparés par des distances sociales extrêmement courtes, ces choses sont vite sues, aussi bien cachées soient-elles.

Selon le journal, les détentions ont commencé suite aux déclarations de militants du mouvement « GayRussia » concernant leur intention d’organiser des Gay Prides dans plusieurs villes du Caucase. Lors des persécutions de masse d’hommes soupçonnés d’orientation sexuelle non traditionnelle plus de 100 personnes ont été incarcérées; au moins trois d’entre elles ont été tués d’après Elena Milashina, se référant à un nombre de sources sans précédent, incluant le Ministère de l’Intérieur, le FSB, le Bureau du Procureur et l’administration centrale tchétchène.

Cependant, Alvi Karimov, l’attaché de presse du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a qualifié la publication d’Elena Milashina de « mensonge absolue, de désinformation et de « tentative pour discréditer la république tchétchène ». « On ne peut emprisonner et opprimer ceux qui n’existent simplement pas dans la république » d’après Interfax citant Alvi Karimov. « S’il y avait de telles personnes en Tchétchénie, les forces de police n’auraient aucun problème avec elles puisque leurs proches eux-mêmes les enverraient aux endroits d’où on ne revient pas. »

(Article du Nœud Caucasien du 1er avril)

Après Anna Politkovskaïa une autre journaliste menacée de mort pour son travail critique sur la Tchétchénie

(La Croix, 17/6/15)

En Tchétchénie, le journaliste qui enquête de trop près sur les autorités sait qu’il peut le « payer de sa vie ». Tel est l’avertissement que vient de recevoir Elena Milashina, reporter de 37 ans à Novaïa Gazeta, le magazine indépendant où elle a pris la succession d’Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006. Son tort? Avoir révélé la troublante affaire des noces d’une adolescente tchétchène avec un chef de police déjà marié, proche de Ramzan Kadyrov, l’omnipotent président de la république semi-autonome du Caucase russe.

« Souvenez-vous d’Anna Politkovskaïa, qui courait aux côtés des défenseurs des droits de l’homme, calomniant la mère patrie (…). Elle a fini par être tuée. Le même scénario est en train de se répéter pour Milashina, prochaine victime sacrificielle », a ainsi prévenu dans un éditorial l’agence de presse publique tchétchène Grozny-Inform. De la part d’un média aux ordres de Ramzan Kadyrov, la tribune équivaut à une menace de mort à peine déguisée lancée par le despote tchétchène. Depuis, Elena Milashina, qui travaille pour ce magazine depuis dix-sept ans, prend toutes les précautions. Elle communique le moins possible par téléphone. En reportage dans le Caucase russe, elle a dû écourter sa visite. Repartie, elle ne précise pas aujourd’hui où elle se trouve. « Elena ne se cache pas. Elle n’a pas peur. Mais, moins on rend public d’informations sur elle, plus elle sera en sécurité », confie Olga Bobrova, sa collègue à Novaïa Gazeta.

En 2013, Elena Milashina avait confié à La Croix avoir pris la décision ne pas avoir d’enfants. « J’ai fait ce choix depuis qu’en 2004, j’ai couvert la prise d’otages de l’école de Beslan. J’ai vu comment les forces de l’ordre ont tué des enfants », avait-elle alors expliqué, reconnaissant: « Mon travail a aussi des effets sur ma vie privée. »

La journaliste a appris à vivre avec les menaces et la violence. En 2012, alors qu’elle devait s’envoler pour la Tchétchénie, elle avait été attaquée et blessée, notamment à la tête, par des inconnus, à son domicile. Un scénario rappelant l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, tuée dans l’ascenseur de son immeuble. « Malgré tout cela, Elena n’a jamais songé à quitter la Russie comme d’autres journalistes ou figures d’opposition. Sa vie est en Russie et sa profession, c’est le journalisme », insiste Olga Bobrova. Elena Milashina reconnaît elle-même que « le journalisme apporte du sens à ma vie. Je ne sais rien et ne veux rien faire d’autre! J’en connais les risques. C’est mon destin: en tant que journaliste, j’essaie d’aider et d’apporter un changement pour le mieux dans mon pays. »

La journaliste d’investigation russe Elena Milashina : la menace totalitaire

(Interview de Sandra Titi-Fontaine pour Infosud 05/03/2013)

Elena Milashina est journaliste d’investigation au quotidien indépendant Novaya Gazeta, où elle a pris la suite de sa mentor et ancienne collègue Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006.

Tribune des droits humains : En quoi la récente loi encadrant les ONG russes restreint le travail des défenseurs des droits humains ?

Elena Milashina : Il s’agit plutôt d’un faisceau de plusieurs lois votées depuis l’été dernier par la Douma (le parlement russe) qui s’attaque clairement à nos libertés. Et ce, suite aux manifestations populaires de 2011 qui ont été humiliantes pour le régime.

Le texte le plus litigieux oblige toutes les ONG qui reçoivent des financements d’un autre pays et ont des activités politiques à se déclarer comme « agent de l’étranger ». De nombreuses ONG voient ainsi leur budget limité. Ce texte nous muselle aussi, médias indépendants, car il sanctionne la diffamation. Bien sûr, les contours de cette loi sont très flous. Nous n’avons pas encore d’exemple concret sur la manière dont elle sera appliquée. Même le Ministère de la justice, chargé de sa mise en œuvre, ne sait pas comment l’utiliser.

Vous enquêtez surtout sur la Tchétchénie. Quelles sont les difficultés rencontrées par la société civile sur place ?

Nous avons maintenant affaire à un régime complètement totalitaire à Grozny. Sous les ordres du président pro-russe Ramzan Kadyrov, le gouvernement tchétchène contrôle la vie des citoyens dans les moindres détails. Kidnappings, tortures, meurtres… Depuis l’assassinat en 2009 de mon amie Natasha Estemirova et d’autres défenseurs des libertés ou de journalistes, la société civile a été complètement détruite : impossible de travailler là-bas. Plus personne n’ose enquêter de peur d’être tué. La limite la plus importante que je me fixe dans mes articles est de toujours préserver la sécurité de mes sources.

Vous avez été sauvagement agressée en 2012 à Moscou. Ne craignez-vous pas pour votre vie ?

Du moment que vous essayez de faire éclore la vérité, personne dans ce pays n’est en sécurité. Et je suis consciente de cela. Cependant, je n’ai pas changé grand-chose à mon quotidien : je rentre toujours chez moi par mon chemin habituel, sans garde du corps ni rottweiller. Le seul moyen de protéger des activistes ou des journalistes comme moi, serait que le gouvernement enquête sur ces agressions et punisse les coupables. Mais d’ordinaire, les ennemis des journalistes sont tous des amis de Poutine. Dans le cas de l’assassinat de Natacha, les enquêteurs et moi-même savons très bien qui sont les vrais commanditaires. Les preuves accusant des terroristes tchétchènes ont été falsifiées, je l’ai prouvé dans plusieurs articles. Mais tant que Kadyrov sera président de la Tchétchénie et Poutine celui de la Russie, je doute que les vrais responsables soient inquiétés.

Vous dites souvent que la Tché­tchénie n’est qu’un avant-goût de ce que sera la Russie de demain.

Ce qui se passe là-bas arrive ensuite irrémédiablement chez nous. A commencer par les violations massives des droits humains qui ont débuté en Tchétchénie avec la guerre, puis se sont répandues dans toute la Russie. Surtout la torture pratiquée à grande échelle, qui est maintenant devenue banale dans tous les commissariats russes, pratique « ordinaire » ramenée du front tchétchène par nos soldats et policiers.

Existe-t-il un mouvement de journalistes indépendants en Russie ?

Non, je ne crois pas, du moment que notre organisation professionnelle – qui fédère pourtant des milliers de journalistes – n’est pas très active quand le gouvernement essaie de nous censurer. Pour moi, l’espoir vient plutôt des réseaux sociaux comme Twitter. Un nombre grandissant de Russes n’ont plus aucune confiance dans les médias officiels et cherchent les informations sur Internet ou dans certains médias indépendants. Je me rends compte que les gens me croient, parce que je travaille à la Novaya Gazeta.