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Les lyonnais et les droits de l’homme en Tchétchénie

Le 9 avril, Oleg KHABIBRAKHMANOV a tenu une conférence à la mairie de Lyon 1 pour rendre compte de l’action de son organisation en Tchétchénie, le « Joint mobile Group » : l’atmosphère était particulière, les auditeurs étaient très concentrés et le conférencier soucieux de faire passer son message malgré la distance. En effet on peut se demander ce qui réunit des Lyonnais  autour de problèmes de défense des droits de l’homme dans ce petit territoire lointain ; ce qui est manifeste en tout cas c’est que l’engagement de cet homme traduisait l’importance et l’universalité de la question. Sans doute le fait d’entendre évoquer les maltraitances envers des Tchétchènes de la part de quelqu’un qui se définit comme russe apporte une faculté d’identification. Du coup ce n’est pas à partir d’une idée nationaliste qu’est défendue la dignité qui devait être reconnue à tout citoyen tchétchène.

Oleg a relaté comment l’organisation Comité contre la Torture a dû inventer en 2009 une stratégie pour résister à la répression féroce exercée à l’égard des défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie. L’idée de changer leur équipe de juristes tous les mois leur a permis de minimiser les risques. Grâce à eux ont pu être connues des affaires impliquant des forces de l’ordre et même des membres de l’administration qui ont provoqué des fausses accusations entraînant des tortures pour amener à avouer des crimes imaginaires. Cependant l’atmosphère est telle qu’il est presque impossible de faire rendre justice et de permettre que les vrais coupables soient jugés.

Après une telle conférence toute la question est de savoir comment cette émotion de chacun peut déboucher sur un soutien efficace, ce qui est recherché par l’orateur. A la question posée Oleg a répondu qu’il était très important qu’il puisse transmettre à ses amis que des Lyonnais, par exemple, prennent en considération leur action et le sort de ceux dont ils s’occupent. Face à la propagande en Russie sur le supposé dévoiement de nos pays occidentaux Oleg imagine qu’il est très important que ses concitoyens sachent de manière tangible comment nous vivons et donc de combler le fossé que créent les idéologies.

Tchétchénie : c’est quoi le problème?

Un rédacteur du mensuel « les Nouvelles de Tchétchénie » a pu poser à un défenseur des droits de l’homme tchétchène les questions que nous nous posons sur la situation en Tchétchénie.

Beaucoup de gens en Europe ne comprennent pas pourquoi les Tchétchènes continuent de fuir leur pays alors que la seconde guerre de Tchétchénie est terminée depuis plusieurs années.

Il est primordial que l’opinion publique européenne comprenne que la situation en Tchétchénie sur le plan des droits de l’homme ne s’est pourtant pas améliorée. Elle s’est même dégradée puisque les médias occidentaux ne parlent plus du tout de la région. L’oubli dans lequel est retombée la Tchétchénie permet aux autorités locales d’agir en toute impunité. Les enlèvements et les meurtres d’éventuels opposants politiques ont toujours cours mais cela touche également de simples civils qui ne se mêlent pas de politique.

Les demandeurs d’asile tchétchènes vivent dans des conditions très précaires en Europe, soit à la rue, soit dans des squats et pour les plus chanceux d’entre eux ils passent d’hôtels en hôtels sans savoir s’ils auront un toit le lendemain. Ils attendent pendant plusieurs années que leur dossier soit traité par la Cour Nationale du Droit d’Asile et pendant ce temps-là ils n’ont pas le droit de travailler. Croyez-moi, s’ils pouvaient vivre en sécurité dans leur pays, ils y retourneraient. Là-bas, ils ont un foyer et la possibilité de gagner dignement leur vie.

Si la vie en Tchétchénie est difficile voire dangereuse, ne peuvent-ils cependant pas trouver refuge ailleurs en Fédération de Russie ?

Le gouvernement tchétchène travaille main dans la main avec le gouvernement russe et si une personne est persécutée en Tchétchénie, elle ne trouvera pas la paix dans le reste de la Fédération de Russie. Par ailleurs, il existe des préjugés très forts dans la société russe envers les Tchétchènes et les peuples du Nord-Caucase. C’est lié aux relations historiques et militaires russo-tchétchènes qui ont toujours été très houleuses, mais ce trait s’est aggravé depuis la dernière guerre en Tchétchénie. Par exemple, les prisonniers tchétchènes sont bien plus brimés dans les prisons russes que les autres détenus. Dans d’autres secteurs de la vie, les Tchétchènes sont confrontés à ce racisme institutionnalisé. […]

Pendant les deux guerres de Tchétchénie, les Occidentaux ont fermé les yeux sur les actions de l’armée russe au caractère particulièrement répressif et aux allures parfois génocidaires. Aujourd’hui, l’Europe et les Etats-Unis se réveillent et voient avec le cas de l’Ukraine qu’il n’y a pas de limites à la politique d’expansion agressive de la Russie. Car pour Poutine, ce serait une mort politique si l’Ukraine quittait le giron russe pour rejoindre l’Europe. […]

Vous dites qu’avec le conflit armé en Ukraine, l’Europe et les États-unis ont enfin ouvert les yeux sur les véritables motivations de Poutine. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Les Occidentaux ont toujours su ce qui se passait réellement en Tchétchénie. Leur silence était dû au fait qu’il existait – et existent encore – de fortes relations commerciales entre l’Union européenne et la Russie. La Russie a toujours agité la menace d’interrompre ses livraisons de gaz ou de suspendre certains contrats commerciaux si l’Union européenne faisait preuve d’ingérence dans le conflit en Tchétchénie.

Il y avait trop à perdre sur le plan économique et c’est pourquoi les questions des droits de l’homme ont été reléguées à l’arrière-plan. D’ailleurs, jamais il n’y a eu autant de refus aux demandes d’asile des Tchétchènes que lorsque Gerhard Schröder était chancelier en Allemagne. Or, c’est sous Schröder que d’importants partenariats commerciaux avec la Russie se sont noués, notamment avec la société russe Gazprom. Ce qui illustre très bien le lien entre politiques d’émigration et intérêts économiques. Si aujourd’hui l’Union européenne et les États-unis ont décidé de prendre des sanctions économiques et politiques face aux agissements de la Russie en Ukraine, c’est parce qu’il y a bien trop d’enjeux. En effet, l’Ukraine n’est plus un pan du territoire de la Fédération de Russie mais un pays souverain. S’ils laissent faire la Russie en Ukraine, quel sera le prochain pays sur la liste : les pays baltes, la Pologne ?

L’immigration n’est pas un crime

Beaucoup de Tchétchènes que nous rencontrons sont passés par la Pologne et risquent d’y être renvoyés, c’est pourquoi ce rapport, publié en décembre 2012, nous intéresse particulièrement.

La Fondation Helsinki pour les Droits de l’Homme et l’Association pour une Intervention Juridique ont publié un rapport intitulé : « l’immigration n’est pas un crime ».

Le régime actuel des centres fermés pour étrangers, gérés sur le modèle militaire ou carcérale, intègrent des éléments d’architecture de ces milieux.  Les deux organisations considèrent qu’un tel régime favorise un comportement inacceptable de la part du personnel de des centres (y compris les gardes frontières), ce qui peut être vu comme une violation de la dignité des étrangers. On s’adresse à eux, par exemple, par leurs numéros d’identification, ou en les menaçant abusivement d’expulsion.

Le rapport publié est un résumé du travail de  surveillance exercée par la Fondation Helsinki pour les Droits de l’Homme et l’Association pour une Intervention Juridique à la demande du Ministre de l’Intérieur à la suite des manifestations en octobre des étrangers détenus dans les centres fermés à travers la Pologne. L’audit du ministère et les activités de surveillance des ONG ont été menées conjointement en novembre 2012.

Parmi les individus déferrés vers les centres de détention il y a des étrangers qui vivent en Pologne sans permis de séjour et des demandeurs d’asile. Karolina Rusiłowicz, avocate de la Fondation Helsinki précise que les étrangers sont détenus dans ces centres le sont pour des raisons administratives et qu’ils n’ont commis aucun crime.

Le travail de surveillance n’a pas mis en lumière aucune violation substantielle de la loi commise par les grades frontières et plus important encore aucun cas de passage à tabac ou de maltraitance envers les étrangers. Néanmoins selon les deux ONG il est nécessaire de modifier les règlements internes des centres qui dans leurs états actuels sont excessivement contraignants et mènent à des atteintes à la liberté individuelle et à la vie privée des étrangers.

 Le Dr. Witold Klaus, président de l’Association pour une Intervention Juridique, précise « l’une de nos recommandations est de réduire la fréquence des fouilles au corps systématiques auxquelles les détenus sont soumis bien trop souvent. Pendant la fouille un étranger doit se tenir nu pendant qu’une fouille anale est menée. Pour cette raison, une fouille au corps est une mesure qui menace gravement l’intimité des individus visés. » Les deux ONG pensent que des objections similaires peuvent être élevées contre la fouille des chambres des détenus. De telles fouilles ne devraient pas être conduites comme une procédure standard mais réservées à des cas extrêmes.

Les deux organisations en appellent à de nombreux changements dans le fonctionnement des centres. « Ce qui est important est de changer la conception interne et externe des centres fermés. Ils devraient être gardés à l’extérieur mais à l’intérieur il devrait y avoir le moins possible d’éléments indiquant le statut fermé de ces centres. Si possible les barrreaux aux fenêtres ou à l’intérieur des bâtiments devraient être enlevés », propose Me Rusiłowicz. Pour les ONG les étrangers devraient avoir le droit de se déplacer dans le centre et avoir le droit de passer du temps à l’extérieur en plus des exercices programmés en extérieur.

Un problème signalé par beaucoup d’étrangers concerne l’ennui écrasant et le manque d’accès aux activités de loisir ce qui a un effet très négatif sur l’humeur et l’état général mental et physique. « De ce fait il est impératif de leur donner accès à des types variés d’activités pendant leur détention dans un centre fermé », d’après le rapport.

Les deux ONG une fois de plus attirent l’attention sur le fait que les centres fermés ne sont pas des endroits pour les enfants et que donc la détention de mineurs dans ce genre de centre devrait être définitivement interdite. Pour le Doc Klaus « Il ne sera jamais dans l’intérêt de l’enfant d’être détenu à cause de raisons liées à son statut d’immigrant. » Les enfants sont gardés dan les centres fermés entourés de fils barbelés où les salles de jeu ont des barreaux aux fenêtres et où l’accès à l’enseignement n’est pas suffisant. Il ajoute : « il est certain que ces facteurs ne sont pas propices au développement de l’enfant. »

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) hausse le ton contre la Russie sur la Tchétchénie

La CEDH est une émanation du Conseil de l’Europe, organisme qui s’est réuni sur des idées de démocratie et de respect des droits de l’homme qui comprend actuellement 47 pays dont la Russie depuis 1996. La Russie en entrant dans ce Conseil et dans la Cour s’est engagée à respecter les principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

STRASBOURG (Reuters) – La Cour européenne des droits de l’homme a sommé mardi la Russie de présenter un plan d’action pour remédier aux violations des droits de l’Homme constatées dans la république de Tchétchénie.

La juridiction du Conseil de l’Europe rappelle qu’elle a rendu, depuis 2005, « plus de 120 jugements » concernant des cas similaires d’assassinats ou de disparitions imputés à des forces militaires ou paramilitaires dans la république du Caucase du Nord.

« La Cour a conclu dans ces affaires que la situation des requérants, (les familles des victimes), résultait de l’absence d’enquête sur ces crimes, un problème systémique pour lequel il n’existe pas de remède effectif au niveau national », dit-elle dans un nouvel arrêt.

Les juges de Strasbourg estiment que Moscou doit en priorité mettre en place un organe chargé de faire la lumière sur les disparitions et de dédommager les familles des victimes.

Sur le plan judiciaire, ils estiment que la Russie doit définir un plan d’action permettant aux enquêtes d’aboutir, en garantissant notamment aux enquêteurs un accès inconditionnel aux informations en possession des forces armées.

« Une stratégie complète assortie d’un calendrier doit être élaborée par la Russie et soumise sans délai au Comité des ministres » du Conseil de l’Europe, qui est chargé de superviser l’exécution des arrêts de la Cour, déclare celle-ci.

Une centaine de dossiers similaires concernant la Tchétchénie sont encore pendants devant elle.

L’arrêt à l’occasion duquel la Cour a décidé de taper sur la table, concerne la disparition de huit hommes arrêtés entre mars 2002 et juillet 2004 près de Grozny, la capitale de la Tchétchénie, par des hommes armés utilisant des véhicules militaires.

La Cour condamne la Russie pour violation du droit à la vie, eu égard aux faits eux-mêmes et à l’absence d’enquête effective sur ces faits, pour traitements inhumains et dégradant envers les familles qui n’ont pas obtenu de réponse à leur souffrance, ainsi que pour détentions arbitraires et violation du droit à un recours efficace.

Les seize parents des victimes qui avaient porté plainte obtiennent un total de 431.500 euros au titre des dommages moraux et matériels subis.

La France renvoie un militant des droits de l’homme Tchétchène vers la Russie

Paris – le 9 novembre 2012 – Monsieur Aslan D., originaire de Tchétchénie et ancien militant d’une ONG de défense des droits de l’homme, a été renvoyé le 7 novembre par les autorités françaises sous escorte à Moscou.

D’après les dires de Monsieur D. il était impossible de résister à la détermination des membres des forces de l’Ordre chargés de l’accompagner jusqu’à Moscou.

Sur place, des proches dépêchés en catastrophe ont du insister et faire intervenir une connaissance d’une connaissance – un policier gradé- pour pouvoir le « récupérer ». Aslan D. est actuellement en lieu sûr, en attendant que les risques qu’il encourt puissent être déterminés. Des ONG russes de défense des droits de l’Homme ont été prévenues.

Monsieur D. a travaillé pour une association de défense des Droits de l’Homme, ce qui dans le contexte de la Tchétchénie constitue un risque que de nombreuses personnes ont payé de leur vie. C’est cet engagement qui a valu à Monsieur D. d’être arrêté et brutalisé, puis de partir pour chercher refuge en Europe

L’expulsion d’un militant des droits de l’homme Tchétchène vers la Fédération de Russie constitue un signe politique fort, nous amenant à nous interroger avec beaucoup d’inquiétudes sur l’importance que le gouvernement français accorde à la situation des Droits de l’Homme en Russie.

Il y a un mois, le Comité Tchétchénie s’était déjà mobilisé pour empêcher le renvoi d’un tchétchène débouté du droit d’asile vers la Fédération de Russie. Si ce renvoi a pu être évité, la situation administrative de cette personne reste au point mort.

Le renvoi de Monsieur D. ne semble donc plus appartenir à l’exception, comme c’était le cas sous l’ancien gouvernement. Est-ce là un effet de l’application des accords de réadmission entre l’Union Européenne et la Russie? La Fédération de Russie doit-elle désormais être considérée comme un «pays sûr» pour les demandeurs d’asile tchétchènes ?

Les chercheurs spécialistes de la région[1] continuent pourtant de qualifier le territoire tchétchène de zone de « non droit », où la violence, les disparitions, la torture, font partie du quotidien. Des rapports complets et détaillés continuent d’être publiés par les organismes de défense des droits de l’homme, faisant état de la pratique généralisée de la torture dans les lieux de détention.

En Russie, le Président Vladimir Poutine durcit les lois de la fédération relatives aux ONG[2], aux manifestations, à la liberté d’expression sur Internet[3], à « la haute trahison »[4]. Le pays fait actuellement l’objet d’un examen par le Comité contre la Torture de l’ONU à Genève[5]. Enfin, un communiqué du Quai d’Orsay rappelait récemment[6] le soutien apporté par la France aux défenseurs des droits de l’Homme en Russie… tout en soulignant les dangers qu’ils encourent.

Les demandeurs d’asile tchétchènes continuent, nombreux, à fuir la Tchétchénie et les autres régions de Russie. Certains fuient les pays européens comme la Pologne où ils ne sont pas en sécurité. En Europe, leur demande d’asile ressemble à un véritable parcours du combattant – la demande d’Aslan D. aura duré 4 ans – avec à la clef un examen de moins en moins bienveillant. Ce temps d’attente est d’autant plus usant lorsqu’il se vit dans une précarité extrême.

Aujourd’hui, l’évocation du conflit russo-tchétchène dérange. Cette guerre a été d’une violence, d’une cruauté, d’une barbarie rares, mais n’est plus aujourd’hui appréhendée par les gouvernants français et européens qu’à travers le prisme trompeur d’une « opération antiterroriste« .

Dans ce contexte, l’expulsion d’Aslan D. est un échec et une honte.

Nous appelons les autorités françaises à réviser immédiatement cette politique et réexaminer de manière impartiale les dossiers de demandes d’asile des tchétchènes déboutés.

CONTACT PRESSE :

Pascale CHAUDOT, Présidente

Comité Tchétchénie

pascale.chaudot@orange.fr

06.33.36.02.74

Association Comité Tchétchénie

21, ter rue Voltaire

75011 Paris

06.14.02.74.52


[1] Anne LE HUEROU  (Chercheur associée au CERCEC, Sociologue spécialiste de la Fédération de Russie et de la Tchétchénie), Aude MERLIN (Maître de conférence en Science politique – spécialiste du Caucase du Nord), Amandine REGAMEY, (Maître de conférences à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne) pour ne citer qu’elles…
[2] Texte adopté par la Douma le 13 juillet 2012
[3] Texte adopté par la Douma le 1er novembre 2012
[4] Texte adopté par la Douma le 31 octobre 2012
[5] « Russian NGO Shadow Report on the Observance of the Convention against Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment by the Russian Federation for the period from 2006 to 2012 » Rapport examiné du 8 au 12 novembre 2012 (Disponible en anglais et en russe sur le site de Memorial
[6] 22 octobre 2012

Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.

Le rapport d’Amnesty International sur la Russie est présenté à Moscou

Tract du mardi 5 juin, d’après le Nœud Caucasien 23/05/2012. 

Le 23 mai 2012 des représentants d’Amnesty International sont venus présenter leur rapport 2011 en particulier en ce qui concerne la Russie. A cette occasion le Nœud Caucasien rapporte des réflexions qui nous paraissent intéressantes :

La situation au Nord Caucase est instable et inégale. 

Selon le rapport d’Amnesty International, la population civile subit les attaques de groupes armés et des opérations de sécurité qui sont souvent accompagnées de violations flagrantes des droits de l’homme. Les représentants d’Amnesty International en Russie ont reçu des rapports sur des intimidations de témoins et de journalistes et de meurtres de défenseurs des droits de l’homme et d’avocats. Le rapport met l’accent sur le fait que des opérations conduites par des agents chargés du maintien de l’ordre ont conduit à accroître le nombre de plaintes concernant des disparitions forcées, des exécutions extra-judiciaires et la torture.

Russie, droits de l’homme et politique internationale

John Dalhuisen, directeur du programme Amnesty International pour l’Europe et l’Asie Centrale a déclaré : en ce qui concerne la Russie, ce pays devrait revoir ses positions sur la scène internationale. « La Russie refuse invariablement de protéger les droits de l’homme dans d’autres pays et ne cache pas ses intérêts stratégiques en parlant des droits de l’homme. La Russie manque une occasion d’exercer son influence sur la situation dans le monde. »

Influence du Caucase sur le reste de la Russie

Friederike Behr , l’expert d’Amnesty International a donné de plus amples informations sur la Russie. Répondant à la question du correspondant du Nœud Caucasien sur la situation au Nord Caucase, il a insisté sur le fait que, comparé à d’autres régions de Russie la situation du Nord Caucase est très critique. « Instabilité et violence quotidienne conduisent à de nombreuses violations des droits humains. Plus souvent qu’ailleurs les républiques du Nord Caucase ne se conforment pas aux lois les plus élémentaires. Friederike Behr pense que « la manière dont va se développer la situation dans la région va influencer la situation dans d’autres régions de la Fédération de Russie. »