Purge dans l’entourage direct de Kadyrov: hauts responsables et responsables de la sécurité envoyés dans les «prisons secrètes».

Depuis quelques mois, en République tchétchène, les répressions contre les membres du cercle proche de Ramzan Kadyrov se sont multipliées. Dans des lieux d’emprisonnement illégaux, dans des caves (des «prisons secrètes»), pendant plusieurs jours, voire plusieurs mois, non seulement sont maintenus des hauts responsables tchétchènes, mais aussi leurs proches, des gardes du corps et leurs familles.

Les détenus, sous la torture, communiquent des informations sur des entreprises illégales, répertorient et cèdent la quasi-totalité de leurs biens. Ceux qui sont libérés sont obligés de verser au Fonds Akhmad Kadyrov qui a reçu plusieurs millions de dons.

L’épuration du cercle restreint a commencé au début du mois d’août, quelques jours après le limogeage du maire d’Argun, Ibragim Temirbayev, un homme détesté de Kadyrov depuis de nombreuses années et qu’il avait néanmoins supporté tout ce temps.

Conspiration sans fin

Temirbayev est un responsable tchétchène peu connu des médias fédéraux, mais en Tchétchénie (et particulièrement à Argoun), il avait beaucoup de pouvoir et jouissait d’une mauvaise réputation. D’une part, il a exécuté sans le moindre scrupule tous les ordres de répression venant d’en haut, participant directement à l’enlèvement de ceux que les autorités locales soupçonnaient d’être impliqués dans les activités clandestines ou de leur manifester de la sympathie.

C’est sous Temirbayev qu’Argoun et sa « prison secrète », à l’emplacement du département de police de la ville, est devenue célèbre dans le monde entier en raison de l’enlèvement des représentants de la communauté LGBT tchétchène.

D’autre part, Ibragim Temirbayev a occupé pendant 15 ans le poste de maire d’Argoun et a prospéré avec une base de partisans et des liens assez large, y compris en dehors de la Tchétchénie. Il n’était pas obligé de suivre Ramzan Kadyrov pour sa carrière et sa position assurait d’importants revenus à sa famille. De fait, dans la mesure où cela reste possible, bien entendu, dans la Tchétchénie actuelle, il faisait partie des responsables relativement indépendants.

L’attitude hostile de Ramzan Kadyrov à l’égard de Temirbaïev est apparue en 2006, alors qu’une féroce lutte de pouvoir opposait le président sortant, Alu Alkhanov et Ramzan Kadyrov, le plus jeune fils d’Akhmat Kadyrov, tué en mai 2004.

Aux côtés d’Alu Alkhanov se trouvaient les frères Yamadayev, le clan le plus puissant de la Tchétchénie. De plus une réunion s’est tenue à Naltchik en 2006, au cours de laquelle des forces de sécurité tchétchènes alors influentes ont également offert leur soutien à Alkhanov.

Ont notamment participé à cette réunion: le maire d’Argoun, Ibragim Temirbayev, le commandant de la police anti-émeute tchétchène, Arthur Akhmadov et son adjoint Buvadi Dakhiev, le responsable de la sécurité d’Akhmad Kadyrov, Shamil Magomayev, connu pour sa cruauté, le militant amnistié Idris Gaibov (plus tard nommé préfet du district d’Oktyabrsky à Grozny, puis député du parlement de la république). Alu Alkhanov, déjà interdit d’entrée dans la république (bien qu’officiellement son président), a pris l’avion pour se rendre à la réunion depuis Moscou. Cependant, en raison de son indécision, il a hésité à rentrer en confrontation avec son jeune rival.

Des informations sur cette réunion sont parvenues à Kadyrov et, malgré le caractère apparemment ordinaire des événements, les échos de la «conspiration de Naltchik» qui n’ont pas encore été révélés continuent d’apparaître.

Ainsi, l’année dernière, deux députés du parlement de la république ont été arrêtés, torturés puis privés de leur mandat: Idris Gaibov et Shamil Magomayev. Au cours de la vague d’arrestations de juillet suscitée par la détention d’Ibragim Temirbayev, Chamil Magomayev a été de nouveau arrêté, mais Idris Gaibov a pu quitter rapidement la république. Des sources de Novaya Gazeta rapportent que Shamil Magomayev est un «personnage clé» et qu’il ne peut pas résister à la torture. Gaibov étant en fuite, ce sont ses proches parents qui ont été arrêtés, et qui se trouvent toujours à l’OMVD du district de Kurchaloevsky. Novaya Gazeta a réussi à entrer en contact avec l’épouse d’un détenu mais n’a pas réussi à la convaincre d’écrire une déclaration sur l’enlèvement de son mari. Cette femme est mortellement effrayée.

Aujourd’hui, la peur s’est emparée de toute l’élite tchétchène. Un par un, de hauts responsables tchétchènes sont conduits dans les caves de la police et torturés pour leur faire avouer leur déloyauté envers Ramzan Kadyrov.

La principale raison de leur détention, celle de leurs proches, ainsi que celle des témoins est le manque de respect envers la famille dirigeante que ces personnes ont manifesté lors de conversations ou de réunions privées.

Ibragim Temirbayev a lui-même été arrêté début août, trois jours après sa démission de maire d’Argoun et à la veille de sa nomination au poste de conseiller du chef de la Tchétchénie.

Au cours de ces trois jours, Ibragim Temirbaev, lors de conversations téléphoniques en langage clair avec différentes personnes, s’est exprimé de manière très politiquement incorrecte. Et il faut dire que ses interlocuteurs ont abondé dans son sens. En clair : le poste de maire d’Argoun, que Temirbayev occupe depuis plus de 15 ans, donne à ce dernier de grandes possibilités d’enrichissement personnel. Le poste de «conseiller de Kadyrov» n’en offre aucune.

L’indignation a atteint son comble lorsqu’a été nommé, à sa place de maire d’Argoun, un jeune homme de 28 ans, parent du dirigeant de la Tchétchénie, Khas-Magomed Kadyrov.

La nomination du jeune Khas-Magomed à la tête de la deuxième ville la plus peuplée de la république est en effet capable de susciter des conversations séditieuses chez les Tchétchènes.

Khas-Magomed Kadyrov était conseiller du maire de Grozny, puis chef de la police de Grozny. Sous ses ordres, il y avait beaucoup d’agents de sécurité beaucoup plus âgés, et maintenant, Khas-Magomed dirigeait la mairie d’Argun.

Quoi qu’il en soit, Khas-Magomed Kadyrov n’a eu qu’une seule fonction : boucher les «trous du personnel» créés à diverses occasions, et surtout en raison de la pénurie de personnel où l’on voit que le pouvoir presque absolu d’une famille ne fonctionne pas, que ce soit dans les ascenseurs sociaux ou professionnels.

La carrière de Khas-Magomed Kadyrov a commencé au moment même où, en décembre 2016, l’un des officiers de sécurité tchétchènes les plus proches de Kadyrov s’est retrouvé dans les caves des forces spéciales (« Terek » SOBR) Khasan Asukhanov, un ami d’enfance originaire du village du clan Kadyrov, Tsentoroy. Asukhanov était alors responsable du département des stupéfiants au ministère de l’Intérieur de la République. Raison de sa détention: un ami d’enfance s’est rapproché d’une femme appartenant à la caste des «intouchables». À l’époque du sultan turc Souleiman le Grand, de telles dames étaient appelées «concubines du harem». En Tchétchénie, elles sont fièrement appelées «artistes folkloriques». Mais c’est du pareil au même.

En 2015, Ramzan Kadyrov, dans les réseaux sociaux, félicite Khasan Asukhanov à l’occasion de son anniversaire en ces termes: « Je le connais comme un guerrier courageux, une personne brave, un commandant compétent et attentionné. » Un an plus tard, en décembre, Asukhanov se retrouvait dans les caves.

Asukhanov a été détenue à Terek pendant plusieurs mois et a été terriblement torturé de manière quotidienne. Un des membres de Terek a régulièrement informé Novaya Gazeta de l’aggravation de l’état d’Asukhanov et a demandé que nous intervenions.

Bien que Asukhanov ait été directement lié au meurtre de notre collègue Natalya Estemirova, le comité de rédaction a adressé une requête concernant son sort au ministère de l’Intérieur de la République et aux autorités fédérales.

Dans la demande, nous avons souligné qu’Asukhanov était le témoin le plus important dans le cas du meurtre de Natalya Estemirova. Cependant, personne n’a jamais répondu à la question de savoir où le chef du département antidrogue avait disparu en Tchétchénie. À la fin, Asukhanov, mutilé, a été relâché et tous ses biens lui ont été enlevés, ainsi qu’à sa famille, à l’exception de la maison de sa mère. Après neuf mois, le très jeune Khas-Magomed Kadyrov, alors âgé de 25 ans, a été nommé à sa place, après avoir occupé un poste sans responsabilité en tant que conseiller auprès du maire de Grozny.

À propos de Khas-Magomed Kadyrov, ses camarades de la faculté de droit de l’Université d’État tchétchène ont déclaré ce qui suit: il ne venait pas souvent à l’école, mais alors dans des voitures de luxe, et était plutôt mauvais étudiant. Même en russe il avait de mauvais résultats (à l’oral et à l’écrit). Cela n’a pas empêché toutefois Khas-Magomed de diriger la police de Grozny trois mois après et de faire la une des médias fédéraux, du fait qu’un groupe d’officiers, beaucoup plus gradés, étaient sous les ordres d’un sous-lieutenant.

Écoutes téléphoniques.

L’écoute des conversations téléphoniques d’Ibragim Temirbayev, après sa démission, a provoqué son arrestation. Lors de ces conversations avec divers dirigeants, y compris des responsables de toutes les structures du pouvoir de la république, Temirbayev a vivement critiqué les autorités locales et de manière sincère, il a exprimé une position extrêmement dangereuse en Tchétchénie: « Je ne change pas de drapeau », « Je reste fidèle à la Russie, pas à ces hommes barbus », « Je sers et je servirai la Russie, pas ces abrutis », etc.

Il faut comprendre ici que, malgré les serments de fidélité éternelle à Moscou, en Tchétchénie, il y a toujours eu un fossé notable entre ceux qui n’ont jamais été clandestins et ceux qui l’ont été et qui sont passés ensuite du côté de la Russie après le premier conflit.

Depuis 2003, le pouvoir en Tchétchénie appartient précisément à ces derniers, c’est-à-dire aux transfuges. Et ces Tchétchènes qui n’ont jamais trahi les intérêts de la Russie ressentent comme une insulte de ne rien avoir rien reçu en récompense de leur loyauté.

En fait, et pour comprendre pourquoi Moscou s’appuie spécifiquement sur les anciens séparatistes et militants et pourquoi Akhmat Kadyrov devrait véritablement leur ériger un monument en Tchétchénie (ainsi qu’à Yamadayev, d’ailleurs) : en 1999, lorsque Goudermes et sa nombreuse population étaient en jeu, ceux-ci évitèrent un massacre comme à Grozny et rendirent la ville aux forces fédérales, sans que le sang coule, sauvant ainsi un nombre considérable de vies. À ce moment historique, aucun des Tchétchènes «pro-fédéraux» n’avait ce pouvoir pour décider du sort de la Tchétchénie. Les militants d’hier avaient ce pouvoir. Et la force aussi.

Au cours des années du règne de Ramzan Kadyrov, qui, en paroles, suit inlassablement la voie de son père, il est tout à fait compréhensible que des critiques s’expriment sur les événements historiques récents. Le système de pouvoir existant, qui sous le fils de Kadyrov est devenu absolu et irréversiblement destructeur pour les fondements fondamentaux de la société tchétchène, n’aurait pu être imaginé sous le père de Kadyrov.

Si Akhmat-Haji avait été en vie, il aurait été le premier critique de l’ordre instauré dans la république aujourd’hui.

Ramzan Kadyrov a littéralement marché sur les cadavres et pris le pouvoir. C’est pourquoi, aujourd’hui, en Tchétchénie, ils jurent allégeance à Ramzan, puis à Moscou.

Ibrahim Temirbayev a commis une erreur impardonnable, pour laquelle il a payé et beaucoup de monde à sa suite. Et justement pour cette raison, la tentative de l’envoyé du district fédéral du Nord-Caucase, Alexander Matovnikov, de défendre Temirbaev a non seulement échoué, mais a eu plutôt l’effet inverse. Matovnikov alla voir «frère Ramzan», mais Kadyrov, qui avait déjà accordé sa faveur au nouveau plénipotentiaire à chaque occasion, l’interrompit avec une telle force que celui-ci proposa immédiatement d’oublier la demande et Temirbaev.

On a informé Temirbaev de la tentative de Matovnikov de le défendre, et on l’a battu encore plus fort.

Immédiatement après avoir transmis l’écoute téléphonique à Kadyrov (il l’a fait écouter à un grand nombre de personnes), Temirbayev, et les gardes du corps de sa famille ont été arrêtés, ses protégés ont été renvoyés, des fouilles ont été effectuées, de nombreuses armes ont été trouvées. Ce qui est curieux. Bien que les perquisitions n’aient bien entendu pas été autorisées par le tribunal, des armes ont été saisies et décrites conformément à toutes les règles du Code de procédure pénale. Au cas où il serait impossible de traiter Temirbayev autrement que par le biais d’une procédure pénale à son encontre. Ceci, bien sûr, est un scénario mal fabriqué pour l’impliquer, mais Kadyrov n’a en réalité aucun autre moyen de réprimer radicalement son adversaire.

Les gens de l’entourage de Kadyrov sont protégés parce qu’ils sont connus. Il est tout à fait impossible de cacher les représailles exercées contre un tel responsable par un responsable local, étant donné que les forces russes l’apprennent et tentent d’intervenir dans cette situation (Matovnikov lui-même).

Cependant, jusqu’à présent, Kadyrov n’a jamais utilisé la loi russe pour punir les anciens alliés devenu coupables. L’affaire se limitait à plusieurs jours (parfois plusieurs mois) d’emprisonnement dans un sous-sol, à des passages à tabac, à des brimades et à des humiliations, et à une récupération des sommes soutirées. Et dans la même veine, les liens familiaux n’ont jamais arrêté Ramzan Kadyrov.

Quand un autre de ses jeunes parents, Islam Kadyrov, a contacté (par l’intermédiaire de son cousin Valid Yakhikhanov) les ennemis les plus jurés de Ramzan – les frères Yamadayev – il a également été reconnu coupable de consommation de drogue et de corruption (plus d’une fois). L’oncle a impitoyablement abandonné son neveu selon les traditions tchétchènes.

Islam Kadyrov a été privé de protection, démis de ses fonctions, battu. Hier, vice-président du gouvernement tchétchène, il a été contraint de travailler comme concierge puis de monter la garde à l’entrée du village ancestral de Kadyrov Tsentoroy. Bien sûr, tout l’entourage a été emmené, même l’élevage de canards, que son neveu a reconstitué avec des fonds gagnés de manière illégale.

« La boîte de Pandore »

Avec Temirbayev, tout est beaucoup plus compliqué. Après avoir eu accès à l’écoute téléphonique, Ramzan Kadyrov a ouvert d’une certaine manière la «boîte de Pandore»: trop de proches étaient coupables d’hypocrisie quand ils lui juraient une fraternité éternelle.

À ce moment-là, de nombreuses personnes et de nombreuses sources ont été informées de la détention du Ministre des urgences de la République tchétchène, Ruslan Yakhiev, ancien ministre des Forêts, Dikmagomed Mulaev, de l’ancien vice-premier ministre du bloc social, villageois et ami de l’ancien Kadyrov, Khalid Vaykhanov.

Même le beau-frère de Ramzan Kadyrov, le chef de la police de la circulation du ministère des Affaires intérieures de la République tchétchène, Shamkhan Denilkhanov, s’est retrouvé dans les caves des forces spéciales de la SOBR de Terek. Et si Medni Musaevna, l’épouse de Ramzan, n’était pas intervenu en demandant, selon l’une des sources de Novaya Gazeta, de le préserver, le sort du chef de la police de la circulation régionale serait le même que celui d’Ibrahim Temirbayev.

Une situation curieuse s’est également produite avec Apti Alaudinov, premier vice-ministre du ministère des Affaires intérieures de la Tchétchénie. Les informations sur sa détention, sa torture et son renvoi se sont d’abord répandus sur les réseaux sociaux. (Alaudinov, lors de sa visite à Temirbaev, aurait donné, par plaisanterie, une gifle au portrait de Ramzan Kadyrov), et dès le lendemain, Apti Alaudinov a tourné une vidéo à propos de cette rumeur, qui pourtant était si étrange qu’il n’y avait pas de meilleur moyen de confirmer le fait.

Apti Alaudinov a même diffusé une vidéo expliquant qu’il ne trahissait pas Kadyrov.

Plus éloquent encore, l’absence de félicitations pour l’anniversaire d’Alaudinov (le 5 octobre) de la part de nombreux « chers frères ». Jusqu’à récemment, félicitant Alaudinov même pour des banalités telles que l’obtention d’un diplôme à la fin de certaines formations avancées, ils avaient tous ensemble oublié l’existence du «cher frère» Apti. Tous !

La liste des détenus est loin d’être complète mais elle est longue. Des détentions et des perquisitions ont lieu non seulement chez les «traîtres», mais aussi dans les villages de leurs clans.

Des centaines de personnes risquaient de perdre leur emploi. Et non seulement les hauts fonctionnaires eux-mêmes – mais aussi leurs parents et leurs protégés.

En principe, la Tchétchénie est habituée aux répressions en masse, mais pas contre autant de gens. En fait, nous assistons à une première, le nettoyage à grande échelle de l’élite dirigeante de la république. Cependant, étant donné la nature du pouvoir construit en Tchétchénie, cela devait arriver tôt ou tard.

Novaya Gazeta, Elena Milashina, 14/10/2019

Tumso Abdurakhmanov reproche à Kadyrov d’avoir violé les traditions tchétchènes

Tumso Abdurakhmanov vit en Pologne et c’est ce qui lui permet, avec son courage, cette liberté de ton. Sa famille a été contrainte de le renier publiquement mais ce que nous dit cet article c’est qu’une opinion publique critique peut par le biais d’un réseau social s’exprimer en Tchétchénie.

Avant de blâmer les participants aux fêtes de mariage pour avoir exprimé leurs sentiments, le chef de la Tchétchénie a lui-même parlé de ses relations avec sa femme sur la chaîne fédérale, a souligné le blogueur Tumso Abdurakhmanov. Les utilisateurs de YouTube s’accordent pour dire que Kadyrov n’a aucun droit moral de critiquer les auteurs de violations des traditions tchétchènes.

Le « noeud caucasien » a rapporté que le 2 octobre, un clip vidéo avait été posté sur Instagram dans lequel un habitant de la Tchétchénie s’était excusé auprès de Kadyrov pour ses larmes lors du mariage de sa sœur. Les excuses du jeune homme étaient le cinquième repentir public en neuf jours pour un comportement déplacé lors des cérémonies de mariage.

Tumso Abdurakhmanov a posté une vidéo dans laquelle il présentait des extraits de l’émission de la chaîne NTV consacrée à Ramzan Kadyrov. « C’est vous qui avez commencé à fanfaronner aux yeux du monde en exposant vos relations avec votre femme, vedette dans le programme, racontant à quel point vous aimiez votre femme et à quel point vous aviez été heureux de trouver votre âme soeur et votre femme a expliqué à quel point vous aimiez la choyer lui faisant des surprises et n’aimiez pas le maquillage trop marqué « , a déclaré le blogueur, s’adressant à la tête de la Tchétchénie.

Vers 16h15, le 7 octobre, à l’heure de Moscou, le clip vidéo posté par Tumso Abdurakhmanov et intitulé « Qui empiète sur les traditions tchétchènes? » a rassemblé plus de 40 700 pages vues et plus de 1 200 commentaires. La position du blogueur a été soutenue par certains commentateurs.

« Nous attendons une vidéo où Ramzan Kadyrov présente ses excuses à tous les Tchétchènes pour avoir violé à plusieurs reprises les traditions tchétchènes … À moins, bien sûr, qu’il ne se considère pas comme un véritable Tchétchène! » l’internaute Askhat kz a commenté ainsi le clip vidéo.

« Enfin, quelqu’un l’a dit ! Je suis tout à fait d’accord avec toi, frère. Il ne devrait pas en parler du tout, car c’est lui qui a commencé à violer les traditions ancestrales de nos pères! » a écrit  Milan Bek.

Kadyrov n’aurait pas dû critiquer les fêtes de mariage en tant que musulman ou en tant que dirigeant, ont noté les utilisateurs de YouTube. « C’est évident pour chaque musulman qu’il est impossible d’exposer les péchés de ses frères et sœurs. Nous ne sommes pas tous parfaits », a écrit l’internaute Umar Kaibov.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/48700/
© noeud caucasien 7 octobre 2019

L’ICRF ignore les conclusions des experts sur la torture d’un résident de Grozny par les forces de l’ordre

Aujourd’hui nous vous relatons les suites d’un fait divers en Tchétchénie. L’absence de réactions de l’instance suprême d’enquêtes en Russie, le Comité d’enquête de la Fédération de Russie (ICRF), face à des accusations de torture n’est malheureusement pas inhabituelle. Est-ce que la torture ne fait pas scandale ou la Tchétchénie est-elle un pays trop lointain ?

Les enquêteurs ont refusé à quatre reprises d’ouvrir une procédure pénale à la demande de Timur Debishev, acteur du théâtre de Grozny, qui avait affirmé avoir été torturé après sa détention.

Le « noeud caucasien » a rapporté que Timour Debishev, acteur du théâtre dramatique russe Lermontov de Grozny, âgé de 27 ans, s’est adressé au Comité contre la torture  (CaT) après son arrestation par les forces de l’ordre en novembre 2018. Selon Debishev, Les forces de l’ordre l’ont torturé avec des décharges électriques et battu, exigeant de révéler ses amis toxicomanes.

Le 24 septembre, Timur Debishev, qui avait quitté la Tchétchénie après avoir été torturé, a reconnu deux pièces appartenant à une unité officielle du pouvoir à Grozny, où les forces de l’ordre l’avaient passé à tabac. Selon son récit, des agents l’ont amené dans ces pièces; et l’y ont torturé les 12 et 13 novembre 2018.

Selon le certificat médical daté du 14 novembre 2018, Debishev présentait plusieurs hématomes.

Plus tard, un autre examen médico-légal a été effectué au « Bureau européen des experts légistes » à Moscou – cette organisation possède une expérience dans l’identification de traumatismes causés par le courant électrique. Selon la conclusion de l’expert médico-légal du 4 décembre 2018, Debishev avait eu aux doigts des blessures pouvant avoir été causées par un courant électrique.

Cependant, malgré les conclusions des experts légistes, c’est la quatrième fois que les enquêteurs refusent d’instruire une procédure pénale pour torture à l’encontre de Debishev, a déclaré Dmitry Piskunov, responsable de la branche du Caucase du Nord du CaT.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/48611/

© noeud caucasien (28/09/2019)

De retour de Tchétchénie le rapporteur de l’APCE appelle à changer d’attitude à l’égard des réfugiés de Tchétchénie

Après sa visite d’un jour à Grozny, Frank Schwabe, rapporteur de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sur les droits de l’homme dans le Caucase du Nord, a admis que les faits rapportés par les autorités tchétchènes étaient en contradiction avec les informations communiquées par des défenseurs des droits de l’homme sur les violations des droits de l’homme dans la république, mais il s’est engagé à rédiger un rapport objectif pour le Conseil de l’Europe.

Les 18 et 20 septembre, M. Schwabe s’est rendu à Moscou et à Grozny pour discuter de la situation des droits de l’homme dans la région. Il est arrivé à Grozny le dernier jour de sa visite en Russie.

De retour de son voyage, Frank Schwabe a déclaré qu’il n’était pas prêt à tirer des conclusions uniquement de ce qu’il avait vu lors de sa visite d’une journée en Tchétchénie. « J’ai rencontré un certain nombre de défenseurs des droits de l’homme à Moscou, y compris Oyub Titiev car ils ne peuvent plus travailler à Grozny. Ils m’ont présenté un tableau complètement différent de ce qu’on m’a montré sur place en Tchétchénie. Ils ont décrit des faits singuliers comme des prisons secrètes en Tchétchénie, des meurtres de femmes pour des raisons d’honneur et des cas de violence contre des membres de la communauté LGBT – globalement, on peut difficilement trouver des accusations plus graves. Ma tâche est de brosser un tableau de ce qui se passe et de présenter mon rapport au Conseil de l’Europe « , a déclaré M. Schwabe, cité par la » Deutsche Welle « .

Selon son récit, tous ses interlocuteurs en Russie, lors de conversations avec lui en tant que député du Bundestag allemand, ont évoqué le meurtre de Zelimkhan Khangoshvili mais de manière non officielle. Le sujet est réservé aux relations russo-allemandes.

Zelimkhan Khangoshvili, un ancien combattant de la deuxième guerre de Tchétchénie, a été abattu à Berlin le 23 août 2019. Un citoyen russe âgé de 49 ans a été arrêté et soupçonné d’avoir commis le meurtre. Des membres de la diaspora tchétchène ont lié le meurtre aux activités des services spéciaux russes; les autorités russes le nient.

« Il est extrêmement préoccupant que les conflits autour de la Tchétchénie et impliquant des Tchétchènes soient résolus sur le territoire d’autres Etats et que les participants à ce conflit n’aient pas peur des conséquences », a déclaré Frank Schwabe.


Selon lui, le problème de l’asile pour les réfugiés de Tchétchénie est lié au fait que de telles décisions devraient être prises par des personnes « parfaitement informées, des experts du pays d’origine des réfugiés ». « Mais vous ne pouvez pas en dire autant des employés du service des migrations et des réfugiés, ni des juges des tribunaux administratifs … Néanmoins, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour rendre des décisions en matière de justice. La question tchétchène par rapport aux autres problèmes internationaux, est particulièrement  opaque: il est parfois difficile de déterminer qui a quels intérêts, qui est le criminel et qui est la victime», se plaint le député du Bundestag.

« Nous avons l’obligation humanitaire de ne pas expulser les personnes menacées de persécution ou de mort. Par conséquent, il devrait y avoir davantage de cas dans lesquels nous ne devrions pas expulser les réfugiés … Il est clair que la tendance générale est maintenant de limiter le nombre de demandes d’asile. Il a estimé que les responsables européens « devraient réévaluer la situation en Tchétchénie et mieux comprendre les règles selon lesquelles la société vit ». « Dans le cas de la Tchétchénie, il me semble qu’il est nécessaire de réévaluer les dangers auxquels les personnes sont confrontées et finalement, cela devrait amener à décider à leur fournir plus souvent qu’aujourd’hui une protection », a conclu le rapporteur, M. Schwabe.

Le 15 juillet, Svetlana Gannushkina, présidente du Comité d’assistance civique, a présenté son rapport lors d’une conférence de presse à Moscou «Pourquoi les résidents russes demandent-ils l’asile en Europe? La campagne pour l’expulsion des citoyens russes demandeurs d’asile, qui prend de l’ampleur en Europe, ne respecte pas les principes du droit international, a déclaré le défenseur des droits de l’homme. Les changements dans la politique migratoire de l’UE concernant les victimes de violations des droits de l’homme sont notamment liés à l’afflux de réfugiés syriens et au nationalisme européen, a déclaré la journaliste de Novaya Gazeta, Elena Milashina.

Rappelons qu’en octobre 2010, des membres du Parlement européen avaient appelé la Russie à respecter ses obligations internationales en matière de droits de l’homme et à mettre un terme à l’impunité dans le Caucase du Nord.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/48560/

© noeud caucasien

Russie. Dans un climat de plus en plus répressif, la défense des droits humains est un terrain miné

Depuis le retour de Vladimir Poutine à la présidence en 2012, les lois et politiques répressives et les représailles visant les défenseurs et les militants des droits humains ont un effet paralysant sur le travail vital en faveur de ces droits en Russie, écrit Amnesty International dans une nouvelle synthèse publiée le 17 septembre 2019 sous le titre Unfair Game: Persecution of Human Rights Defenders in Russia Intensifies.

« Défendre les droits humains en Russie aujourd’hui, c’est comme traverser un champ de mines. Un défenseur des droits humains doit faire face chaque jour à une nouvelle menace : qu’il s’agisse d’un passage à tabac par des assaillants  » inconnus  » qui ne sont jamais retrouvés, de poursuites pénales et d’une incarcération pour un crime qui n’a jamais été commis, de l’assèchement financier par le gel des comptes bancaires et les amendes exorbitantes, ou de l’attention intrusive des médias d’État qui braquent les projecteurs sur les familles », a déclaré Natalia Priloutskaïa, chercheuse sur la Russie à Amnesty International.

Un défenseur des droits humains doit faire face chaque jour à une nouvelle menace : qu’il s’agisse d’un passage à tabac par des assaillants  » inconnus  » qui ne sont jamais retrouvés, de poursuites pénales et d’une incarcération pour un crime qui n’a jamais été commis, de l’assèchement financier par le gel des comptes bancaires et les amendes exorbitantes, ou de l’attention intrusive des médias d’État qui braquent les projecteurs sur les familles.

Natalia Priloutskaïa, chercheuse sur la Russie à Amnesty International

La synthèse dévoile le large éventail d’instruments employés depuis sept ans pour restreindre, entraver ou stopper le travail en faveur des droits humains en Russie, les autorités se montrant enclines à adopter de nouvelles lois restrictives, persécuter les défenseurs des droits humains et cautionner les attaques et les menaces visant les militants.

D’après la synthèse, au regard des nombreuses attaques violentes recensées, les plus ciblés sont ceux qui protègent les droits humains en Tchétchénie et les militants LGBTI en Russie. Igor Kochetkov, de Saint-Pétersbourg, dont l’ONG Réseau LGBT russe a dénoncé les crimes contre les homosexuels en Tchétchénie, a reçu des menaces de mort en janvier 2019 via une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux. À ce jour, rien n’indique que la police enquête réellement sur cette affaire.

Depuis que le responsable du bureau du Centre de défense des droits humains Memorial en Tchétchénie, Oyoub Titiev, a été incarcéré pour des accusations à caractère politique de possession de stupéfiants, il est quasiment impossible de défendre les droits fondamentaux en Tchétchénie, où de nombreux militants ont cessé leurs activités et où les derniers travaillent généralement depuis des endroits reculés. Ces restrictions ont de fortes répercussions dans le reste du Caucase du Nord.

« Nous demandons aux autorités de mettre un terme aux représailles et aux campagnes de diffamation devenues leur modus operandi et d’enquêter avec impartialité et efficacité sur toutes les violations dont sont victimes les défenseurs et les militants des droits humains. Enfin, nous les invitons à abroger les lois indûment restrictives qui sapent le travail des ONG et à s’acquitter des obligations internationales qui incombent à la Russie s’agissant de protéger ceux qui protègent les droits d’autrui », a déclaré Natalia Priloutskaïa.

Nouvelles, Amnesty International, 17 septembre 2019

Paris Les Tchétchènes exigent d’accélérer l’enquête sur le meurtre de Zelimkhan Khangoshvili

On peut comprendre que les Tchétchènes réfugiés en Europe soient très soucieux de la possibilité pour la Russie de commanditer des meurtres de réfugiés. On a déjà vu l’assassinat d’un réfugié tchétchène à Vienne. L‘état d’esprit des pays européens a évolué à la suite des attentats islamistes : le partage d’une certaine vision avec les services russes peut amener un sentiment de fragilité de la protection accordée par l’Europe.

Samedi 7 septembre, à Paris, un rassemblement s’est tenu devant l’ambassade d’Allemagne pour demander aux autorités allemandes de mener une enquête objective sur le meurtre de Zelimkhan Khangoshvili, originaire de la vallée de Pankisi.

Le « noeud caucasien » a rapporté que le 23 août 2019, Zelimkhan Khangoshvili, ancien combattant de la Seconde guerre tchétchène, avait été abattu à Berlin. Un citoyen russe, âgé de 49 ans, est soupçonné d’avoir commis le meurtre. Des membres de la diaspora tchétchène ont lié le meurtre aux activités des services spéciaux russes; les autorités russes le nient.

Les services spéciaux de plusieurs pays de l’OTAN n’excluent pas l’implication d’agents russes dans ce crime, ont rapporté les médias allemands.

L’action à Paris a été organisée par l’association « Bart Marcho », qui regroupe les diasporas tchétchènes des pays européens, et a rassemblé plus d’une centaine de personnes, d’après « Kavkaz.Realii ». Certains manifestants se sont masqués le visage, car ils ne voulaient pas être identifiés, ni qu’on sache où ils se trouvaient.

Les participants au rassemblement ont également dénoncé les tentatives d’assassinat de réfugiés en Europe.

Rappelons-nous que le 4 septembre, des participants à un rassemblement à Berlin ont déclaré que les autorités allemandes étaient en partie responsables de la mort de Khangoshvili, car elles lui avaient refusé l’asile et l’avaient placé sur une liste d’extrémistes. Les manifestants ont exigé que les Tchétchènes ne soient pas extradés vers la Russie, à l’exception des partisans de Ramzan Kadyrov.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/48375/

© noeud caucasien

En Allemagne, les regards tournés vers la Russie après l’exécution d’un Géorgien

Des Tchétchènes ont émigré en Géorgie du fait d’anciennes guerres, ce qui explique que ce monsieur au nom géorgien ait pu combattre auprès des Tchétchènes. Si les Allemands se posent des questions il serait peut être utile que les Français s’en posent aussi : comment cet assassin a-t-il pu avoir un visa pour la France, avec quelles complicités ?

Paris Match | Publié le 31/08/2019, rédaction AFP

Après l’assassinat de Zelimkhan Khangochvili, un Géorgien vétéran de la guerre en Tchétchénie, à Berlin, élus et médias allemands pointent de plus en plus le doigt en direction de la Russie.

Elus et médias allemands pointent de plus en plus le doigt en direction de Moscou dans l’enquête sur le mystérieux assassinat à Berlin d’un Géorgien vétéran de la guerre en Tchétchénie, une affaire susceptible de déclencher une crise diplomatique.

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel paru samedi, et les sites d’investigations Bellingcat et The Insider ont publié une enquête fouillée évoquant la possible implication des services russes ou du régime du président tchétchène Ramzan Kadyrov dans cette exécution.

Et ce malgré les dénégations du Kremlin qui a nié cette semaine toute implication dans l’assassinat.

Le 23 août, en plein jour dans un parc berlinois, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays, âgé de 40 ans et identifié comme Zelimkhan Khangochvili, a été tué de trois balles de silencieux, des témoins évoquant une véritable « exécution ».

M. Khangochvili avait participé dans le camp tchétchène à la deuxième guerre de Tchétchénie contre la Russie, avant ensuite de passer dans une unité anti-terroriste du ministère de l’Intérieur géorgien, tout en gardant des liens avec les milieux islamistes dont il était proche.

Visé déjà par plusieurs tentatives d’assassinat, il avait émigré ces dernières années en Allemagne.

Un Russe inculpé pour « assassinat »

Un suspect est immédiatement interpellé. Il venait de jeter son vélo dans un fleuve ainsi qu’un sac lesté de pierres.

Les enquêteurs ont aussi retrouvé une perruque. Arrivé peu avant en Allemagne, le suspect était muni d’un billet d’avion de retour à Moscou daté du lendemain, selon le Spiegel, et les enquêteurs ont retrouvé une importante somme d’argent liquide dans son logement.

Il s’agit selon l’hebdomadaire allemand et Bellingcat de Vadim Andreevich Sokolov, un Russe de 49 ans né en Sibérie. Il a été inculpé pour « assassinat » et placé en détention à Berlin.

Selon les mêmes sources, il était entré en Allemagne après une brève escale en France où il avait fait sa demande de visa.

Dans le registre des passeports nationaux russes, personne n’est toutefois enregistré sous le nom qu’il a décliné. Et il n’y a aucune inscription dans la base de données des passeports russes ou dans le registre des permis de conduire qui corresponde aux informations fournies.

Autre élément troublant, relèvent les trois médias, le numéro de passeport du suspect conduit à une unité du ministère de l’Intérieur à Moscou qui a déjà délivré dans le passé des documents pour le GRU, le renseignement militaire.

Le GRU est cité dans l’enquête sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal, un ex-agent double russe, dans le sud-ouest de l’Angleterre en mars 2018, une attaque imputée par Londres à la Russie, ce qu’elle nie farouchement.

« Quelques indications que l’auteur du crime avait des liens avec les services russes »

Le Spiegel, Bellincat et The Insider en concluent que l’implication de la Russie est un « scenario possible ».

Ils évoquent aussi les pistes du président tchétchène Ramzan Kadyrov, un proche de Vladimir Poutine, voire des « islamistes tchétchènes », qui auraient « peut-être agi par vengeance dans le cadre de rivalités liées au crime organisé ».

Mais pour les proches de la victime, cités dans la presse allemande, l’implication russe ne fait guère de doute. Interviewée par le Spiegel, l’ex-épouse du défunt, qui vit toujours en Allemagne, assure ainsi que cet assassinat porte « des traces russes ».

Une source proche du renseignement a indiqué au Spiegel être « sûre à 100% » que la Russie est impliquée d’une manière ou d’une autre. Une autre source sécuritaire évoque une « deuxième affaire Skripal ».

Interrogé par l’AFP, le gouvernement allemand a seulement confirmé samedi que la victime était « connue des autorités de sécurité allemandes ».

Cette prudence agace de plus en plus d’élus allemands, y compris membres du parti conservateur d’Angela Merkel.

« Il y a quelques indications que l’auteur du crime avait des liens avec les services russes. Si cela s’avérait vrai, la question se pose de savoir qui tire les ficelles à Moscou », relève ainsi dans Bild le député CDU Patrick Sensburg, spécialiste des questions de sécurité. Des députés écologistes réclament que le gouvernement tienne informé le Bundestag. Un rassemblement de Tchétchènes est prévu mercredi devant la chancellerie à Berlin.

Le Conseil de l’Europe lève ses sanctions contre la Russie

Nous nous rappelons qu’en 2000 la Russie a été privée de droit de vote à l’Assemblée parlementaire à la suite du bombardement de Grozny avant d’être réintégrée quelques mois plus tard. Déjà cette réintégration apparaissait scandaleuse. Il semble cette fois-ci que même cette sanction symbolique deviendra impossible. Si, en France, nous n’entendons pas beaucoup parler du Conseil de l’Europe, cette organisation revêt beaucoup d’importance pour les citoyens des pays qui ont rejoint le Conseil récemment. En particulier la Cour Européenne des Droits de l’Homme représente une possibilité malgré les difficultés d’accéder à la reconnaissance de ses droits. D’autre part la Russie du fait de son appartenance devait accepter des inspections et du coup a pu documenter des faits graves de maltraitance institutionnelle et essayer de faire pression pour améliorer la situation.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est la première institution à lever les sanctions décidées après la guerre en Ukraine.

Par Benoît Vitkine (Le Monde du 26/06/19)

Deux cent vingt-deux amendements déposés, plus de neuf heures de débats, des groupes politiques divisés et des noms d’oiseaux échangés dans une Assemblée d’ordinaire habituée aux discussions feutrées menées dans un relatif anonymat. Certes attendu, le vote entérinant le retour de la Russie au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), lundi 24 juin, a ébranlé cette institution consacrée à la défense des droits humains et de l’Etat de droit, distincte de l’Union européenne, où se côtoient les parlementaires envoyés par 47 Parlements nationaux. La décision a provoqué une réaction quasi immédiate de l’Ukraine, qui a annoncé mardi matin suspendre sa participation aux travaux de l’APCE, en protestation.

La motion préparant le retour au sein de l’Assemblée de la délégation russe – délestée des sanctions adoptées contre elle en 2014, à la suite de l’annexion de la Crimée et de la guerre dans le Donbass – a finalement été adoptée dans la nuit par 118 voix contre 62 (10 abstentions). Ces sanctions sans composante économique (comme la privation des droits de vote des représentants russes) avaient conduit la Russie à suspendre sa participation à l’Assemblée ainsi qu’à cesser de verser sa cotisation. Moscou menaçait aussi régulièrement de quitter définitivement l’institution strasbourgeoise.

Guérilla institutionnelle

C’est principalement ce risque, avec comme conséquence celui de priver les citoyens russes d’accès à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), organe lié au Conseil de l’Europe, qui a été mis en avant par les orateurs favorables au retour russe. De même que le vide financier créé par son éventuel départ ou le besoin de maintenir l’unité d’une organisation qui fête ses 70 ans d’existence.

« Ici, nous ne traitons pas de géopolitique, les valeurs que nous défendons sont les valeurs des droits de l’homme », a fait valoir la secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Amélie de Montchalin, en ouverture de séance, alors que Paris occupe la présidence tournante du Conseil. « Il ne s’agit pas d’un débat pour ou contre la Russie. (…) Les sanctions n’ont pas été efficaces », l’a appuyée la rapporteuse du texte, la sénatrice belge Petra De Sutter.

En face, la guérilla institutionnelle des opposants à cette levée des sanctions (pour l’essentiel ukrainiens, britanniques et représentants de l’est du continent) n’a fait que retarder l’échéance. Le dépit des représentants ukrainiens n’a pas plus pesé. Leur chef de file, Volodymyr Ariev, a dénoncé un « festival d’hypocrisie » et rappelé que Moscou n’applique que rarement les jugements de la CEDH ; un autre prévenait que l’APCE perdait sa crédibilité, après avoir elle-même fixé par le passé les conditions pouvant conduire à un assouplissement des sanctions – conditions non remplies en Crimée comme dans le Donbass.

La délégation russe déjà en route pour Strasbourg

Sans attendre le résultat des votes, la délégation russe a décollé de Moscou dans la soirée. « Nous allons à Strasbourg pour aider nos partenaires à surmonter la crise qui mine l’institution, qui semble s’ennuyer de nous, sans pays à accuser de tous les maux… Aucune question en Europe ne peut être résolue sans le pays le plus grand », commentait, sur le chemin de l’aéroport, Piotr Tolstoï, vice-président de la Douma (la Chambre basse du Parlement russe) et membre de la délégation. Celle-ci devrait être en mesure de participer dès mercredi à l’élection du nouveau secrétaire général.

Parmi les dix-huit membres de cette délégation, quatre font l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne et sont donc théoriquement interdits d’entrée sur le sol européen. Non encore dévoilée, la liste des suppléants pourrait contenir des élus représentant la Crimée annexée, confirme au Monde M. Tolstoï : « Comment examiner les droits humains en Crimée sans ses représentants ? L’empêcher reviendrait à interdire les élus venant des territoires de l’ex-RDA. »

Le texte adopté lundi rend aussi plus difficile, à l’avenir, l’imposition d’éventuelles futures sanctions contre des pays membres. La responsabilité d’une telle mesure serait à l’avenir partagée par différents organes du Conseil de l’Europe, et non plus par la seule Assemblée parlementaire. Selon Konstantin Kosatchev, chef du comité aux affaires internationales du Conseil de la Fédération, l’APCE « reconnaît ainsi ses erreurs passées vis-à-vis de la Russie ».

Dans la même tonalité, les médias russes évoquaient eux aussi une « victoire » symbolique, qui pourrait en préfigurer d’autres. Moins triomphaliste, Piotr Tolstoï assurait lundi soir : « Quand le dialogue est renoué, il n’y a pas de perdant. » Ce qui n’empêchait pas le député de répondre à ceux qui demandent désormais un geste à la partie russe, comme une libération de prisonniers ukrainiens : « Notre retour est déjà un geste. »

Tchétchénie : le responsable de l’ONG Memorial relâché en liberté conditionnelle

OyubTitiev a fait l’objet d’une grande mobilisation car c’était clairement un contrepouvoir déjà tellement attaqué qu’on a voulu faire disparaître. Au nom de toutes les familles de disparus sans nouvelles nous nous réjouissons du résultat de cette mobilisation.

Au cours des mois qui ont précédé son arrestation, Oïoub Titiev enquêtait sur les disparitions forcées et les prisons secrètes gérées par les milices au service du pouvoir.

La justice russe a décidé, lundi 10 juin, de relâcher en liberté conditionnelle Oïoub Titiev, responsable en Tchétchénie de l’ONG russe de défense des droits humains Memorial, condamné en mars à quatre ans de camp au terme d’un procès controversé, a annoncé, lundi son organisation.

M. Titiev, condamné pour détention de stupéfiants dans une affaire dénoncée par ses partisans comme montée de toutes pièces, doit désormais être remis en liberté dans les dix prochains jours, a annoncé un responsable de Memorial, Oleg Orlov. Selon M. Orlov, cette décision de la justice russe fait suite à une demande en ce sens de M. Titiev, 61 ans, et était « attendue de longue date ».

Le responsable en Tchétchénie de Memorial avait été arrêté en janvier 2018 après la découverte, selon la police, de drogue dans sa voiture. Une affaire fabriquée de toutes pièces, selon ses nombreux soutiens russes et internationaux. En octobre 2018, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe lui avait décerné le prix Vaclav Havel des droits de l’homme pour son « courageux combat ».

Retrouvez l’entretien : Nicolas Werth : « En Russie aujourd’hui, on en est à dire que le goulag a contribué à la mise en valeur des richesses de la Sibérie »

Dix-sept ans d’engagement

Pendant dix-sept ans, ce père de quatre enfants a enquêté, souvent au péril de sa vie, sur les nombreuses violations, tortures et disparitions forcées dans cette région du Caucase russe à majorité musulmane dirigée par l’implacable Ramzan Kadyrov. Son interpellation au volant de son véhicule, le 9 janvier 2018, à Kourtchaloï, une ville située à 42 kilomètres à l’est de Grozny, la capitale tchétchène, fut digne d’un scénario de série B. Les policiers n’avaient pas hésité à rejouer la scène, faute de témoins.

« Ce matin-là, ils m’attendaient à toutes les sorties de la ville », a raconté Oïoub Titiev lors de son procès, en accusant les forces de l’ordre d’avoir elles-mêmes placé un sachet de haschisch dans son véhicule. Puis un autre témoin douteux, un toxicomane « manipulé » selon la défense, est apparu, à charge. Memorial a recensé dix faits prouvant des irrégularités dans la procédure. Le tribunal de Chali, non loin de Grozny, a pourtant suivi les réquisitions du procureur, ne laissant aucune chance au responsable de Memorial, qui a déjà passé quatorze mois en détention préventive. Un homme pieux qui ne fume ni ne boit, selon le témoignage de ses proches.

Enquête sur les prisons secrètes

Pour beaucoup, ce procès ne visait qu’à punir le dernier représentant de Memorial et à neutraliser cette organisation bien connue en Russie dans le domaine des droits humains. Les déclarations de Ramzan Kadyrov leur donnent raison : « De tels défenseurs des droits de l’homme ne marcheront plus sur mon territoire », avait-il déclaré le 22 août 2018, lors d’une réunion avec les forces de sécurité, ajoutant : « Pour eux, la Tchétchénie est un territoire interdit comme il l’est pour les terroristes et les extrémistes. »

Retrouvez notre récit : En Tchétchénie, le responsable de l’ONG Mémorial condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire

Au cours des mois qui ont précédé son arrestation, Oïoub Titiev rassemblait discrètement des informations sur les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires et les prisons secrètes gérées par les « Kadyrovtsy », les milices au service du pouvoir.

Sa condamnation avait notamment été dénoncée par les députés européens, l’organisation Amnesty International ou encore la Fédération internationale des droits de l’homme, qui a évoqué une affaire « injuste et absurde ». Les observateurs affirment que les fausses affaires de possession de drogue ne sont pas rares en Russie, et notamment en Tchétchénie pour faire taire des voix critiques. Samedi, la justice russe a assigné à résidence le journaliste russe Ivan Golounov, accusé de « trafic de drogue » dans une affaire que ses soutiens dénoncent comme, là aussi, montée de toutes pièces.

Retrouvez l’entretien : En Tchétchénie : « Un mélange de puritanisme musulman et de patriotisme russe »

Le Monde avec AFP le 10/06/19

Zhalaudi Geriev: de l’enlèvement à la libération.

Nous sommes heureux de savoir que Zhalaudi Geriev est libre. Ce journaliste a été condamné comme Oyub Titiev après fabrication de preuves par les mêmes organes du pouvoir de Tchétchénie. Il est donc clair que dans les deux cas étaient visées des personnes qui pouvaient porter un regard critique sur les actions du régime. Dans les deux cas également la forte mobilisation de différentes associations et de l’opinion publique n’a malheureusement pas écourté leurs peines.

Le 5 septembre 2016, le journaliste tchétchène Zhalaudi Geriev, qui travaillait pour le «Caucasian Knot», a été condamné à trois ans d’emprisonnement dans une colonie pénitentiaire pour possession de drogue.

Avant son arrestation, le 16 avril 2016, Geriev avait été kidnappé par des hommes armés alors qu’il se rendait à l’aéroport après avoir déjà acheté un billet d’avion et s’être enregistré en ligne. Après l’enlèvement, les forces de l’ordre ont confisqué ses téléphones et son sac à dos, qui auraient contenu de la drogue. Les hommes armés ont ensuite emmené le journaliste dans la forêt et l’ont interrogé, lui ont attaché les mains et lui ont mis un sac en plastique sur la tête. Geriev a été accusé de mener des activités contre les autorités tchétchènes; il a été interrogé sur son travail journalistique et contraint d’avouer sa possession de marijuana.

Lors du procès, Zhalaudi Geriev est revenu sur ses aveux lors de l’enquête préliminaire, affirmant qu’ils avaient été faits sous la contrainte. L’avocat de Geriev, Alaudi Musaev, a affirmé que la preuve clé de l’affaire – un paquet contenant prétendument de la drogue – avait été fabriquée. Il a été révélé que le colis envoyé pour examen médico-légal n’était pas le même que celui qui avait été confisqué au départ. Le 23 novembre, la Cour suprême de Tchétchénie a décidé de transmettre aux autorités chargées de l’enquête la plainte de Geriev concernant son enlèvement.

Le 28 décembre 2016, la Cour suprême de Tchétchénie a confirmé le verdict rendu contre Zhalaudi Geriev. Le Présidium de la Cour suprême de Tchétchénie a exclu la condamnation du journaliste pour acquisition illégale de drogue à grande échelle, mais a néanmoins maintenu le verdict de culpabilité.

En juin 2017, la défense de Zhalaudi Geriev a déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. En juillet, la Cour suprême de Russie a refusé d’examiner les recours en cassation contre le verdict. Le 10 octobre, la défense a contesté ce refus.

Le 1er décembre 2017, la Cour suprême de Russie a refusé de renvoyer en cassation la plainte de Zhalaudi Geriev contre le verdict qui l’impliquait dans un trafic de drogue.

Le Centre des droits de l’homme « Mémorial » a reconnu Geriev comme prisonnier politique. Plus d’une douzaine d’organisations internationales de défense des droits de l’homme ont fait des déclarations de soutien. La pétition en ligne en faveur du journaliste a recueilli plus de 24 000 signatures.

Le « Nœud Caucasien » pense que l’affaire pénale contre Zhalaudi Geriev est fabriquée, alors que les accusations de consommation de drogue sont totalement dénuées de fondement. L’absence de preuve directe de la faute de Geriev et les pressions qui ont été exercées au cours de l’enquête donnent à penser que les poursuites pénales contre le correspondant du «Caucasian Knot» sont motivées par ses activités professionnelles.

Le 18 septembre 2018, le tribunal du district de Naursky a décidé de relâcher Zhalaudi Geriev en liberté conditionnelle. Cependant, le 28 septembre, le procureur adjoint de la République, Maxim Dushin, a fait appel de cette décision. Le 8 novembre, la Cour suprême de Tchétchénie a annulé la décision concernant Geriev. Selon l’avocat Alaudi Musaev, l’annulation de la décision n’était pas motivée par les arguments de Dushin, mais par une erreur de procédure.

Le 22 mars 2019, peu de temps avant sa libération, Zhelaudi Geriev a été placé pendant 15 jours en cellule disciplinaire. L’administration de la colonie de Chernokozovo, où le journaliste a purgé sa peine, a estimé qu’il avait violé le régime en refusant de quitter la cellule pour des raisons de santé lorsque les officiers de la FSIN (Service Fédéral des Peines) s’y sont rendus.

Le 30 avril 2019, Zhalaudi Geriev a été libéré après avoir purgé une peine de trois ans d’emprisonnement.

L’analyse du cas de Zhalaudi Geriev a servi de fondement au chapitre sur les violations des droits des journalistes dans le rapport « Restrictions sévères de la liberté de parole et d’expression en 2012-2018 », présenté par l’Association PEN Moscou – Free Word.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/37713/© noeud caucasien 16/05/2019