Archive | novembre 2019

La CEDH a rendu publique la plainte de Maxime Lapunov laissant espérer une enquête en Russie

Les autorités russes n’ont pas enquêté sur les actes de torture perpétrés contre Maxime Lapunov en Tchétchénie, mais la publicité qu’en a faite la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) devrait enclencher l’enquête en Russie, d’après l’avocat. Les défenseurs des droits humains continuent à aider les gays de Tchétchénie à s’enfuir, a annoncé le réseau LGBT russe.

Le « noeud caucasien » a indiqué que la Cour européenne des droits de l’homme avait fait état de la plainte de Maxime Lapunov pour avoir été torturé en Tchétchénie en raison de son orientation sexuelle. Les autorités russes doivent expliquer leur position à la Cour européenne des droits de l’homme au plus tard le 12 mars 2020. La plainte déposée en mai a été acceptée pour examen en un temps record.

Le cas de Lapunov est unique car il est le premier à faire cette démarche, a déclaré Veronica Lapina, une employée du réseau russe LGBT.

Avant lui, aucun des détenus en Tchétchénie n’avait rendu compte de torture motivée uniquement par son orientation sexuelle, bien que nous ayons déjà documenté plus de 150 cas de violation des droits des personnes LGBT en Tchétchénie. Maxime est un homme très courageux », a déclaré Mme Lapina, ajoutant qu’en 2017, Maxime Lapunov a été contraint de quitter la Russie à cause de menaces.

Elle a noté qu’entre avril 2017 et aujourd’hui, le réseau LGBT a aidé à s’enfuir 159 personnes de Tchétchénie.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/49209/

© noeud caucasien 26 Novembre 2019

En Tchétchénie, la violence du clan Kadyrov s’affiche ouvertement

Les révélations de tortures, exécutions et disparitions ne cessent de se multiplier dans la République d’où les derniers défenseurs des droits de l’homme ont été chassés.

A l’exception de leur chef, Ramzan Kadyrov, banni du réseau social après en avoir été un utilisateur compulsif, les officiels tchétchènes raffolent d’Instagram, où ils diffusent photos viriles et réflexions décomplexées. Vendredi 15 novembre, Alikhan Tsakaev, le chef de la police d’Argoun, cinquième ville de la République située dans l’agglomération de Grozny, se prêtait à l’exercice : « Il est prouvé scientifiquement que le clic du cran de sécurité remplace quarante minutes de discussion éducative, et qu’une balle dans la jambe modifie à près de 100 % le regard sur la vie d’une personne. »

Difficile de ne voir là qu’une blague douteuse d’un fonctionnaire de second rang. La sortie illustre bien un changement profond à la tête de la Tchétchénie, où l’usage de la violence, déjà ancien, s’affiche de manière de plus en plus désinhibée et ouverte sans susciter la réprobation de Moscou.

Début novembre, c’est une intervention publique de Ramzan Kadyrov qui avait suscité un émoi important en Russie. Le président y recommandait de défendre la « concorde » et « l’honneur » de la République « en tuant, en arrêtant, en effrayant ceux qui sèment la discorde », y compris les « utilisateurs d’Internet ».

Electrochocs

Interrogé sur ces déclarations, le porte-parole du Kremlin s’était contenté de remettre en cause la « fiabilité » de la BBC, laquelle s’était pourtant contentée de signaler ce discours… diffusé par la télévision tchétchène. M. Kadyrov lui-même, que de nombreux témoignages d’exilés décrivent comme ayant personnellement pris part à des tortures, s’est expliqué lundi 18 novembre, mettant ces paroles sur le compte de la « culture tchétchène, dans laquelle on dit aussi à ses enfants : Je vais te tuer ! ». Le mufti de Grozny a également soutenu le président.

Peu auparavant, en octobre, apparaissait sur les réseaux sociaux une vidéo montrant l’ancien maire de Grozny, neveu de Ramzan Kadyrov, frappant des hommes ou des femmes dans son bureau ou utilisant contre eux des électrochocs. Islam Kadyrov a reconnu un comportement « inadéquat », loin toutefois des grandes séances télévisées d’excuses de citoyens en pleurs, accusés d’avoir offensé les autorités.

Ces différentes déclarations bravaches résonnent évidemment avec les innombrables révélations de tortures, exécutions et disparitions dans la République, d’où les derniers défenseurs des droits humains ont été chassés. Ces dernières années, les purges successives visant les homosexuels se sont régulièrement retrouvées au cœur de l’actualité à l’étranger.

Récemment, le journal Novaïa Gazeta a documenté la disparition, en janvier 2017, de soixante-quatre Tchétchènes, dans la foulée d’une attaque terroriste à Grozny. Parmi ces jeunes hommes, dont le lien avec de quelconques djihadistes n’a pas été présenté, vingt-sept auraient été exécutés. Le pouvoir central a toujours refusé d’enquêter sur ces cas.

Benoît Vitkine (Moscou, correspondant) Le Monde le 18/11/2019

KADYROV, LES MENACES ET LA PRESSE

Dmitry Peskov évite de répondre aux questions sur Ramzan Kadyrov

Dmitry Peskov, attaché de presse du président de la Russie, a refusé de donner son appréciation sur les déclarations menaçantes de Ramzan Kadyrov lors d’une réunion du gouvernement tchétchène. Dimitri Peskov ne commente jamais les déclarations de Ramzan Kadyrov, ont noté les journalistes lors d’un point presse.

Le « noeud caucasien » a indiqué que lors d’une réunion du gouvernement tchétchène tenue le 4 novembre, Ramzan Kadyrov avait exigé que soient révélés les auteurs d’informations critiques sur la république tchétchène et les utilisateurs des réseaux sociaux commentant leurs publications. Selon Ramzan Kadyrov, « quiconque enfreint l’honneur et la dignité subira le châtiment le plus sévère ».

Les journalistes de plusieurs publications ayant assisté au briefing de Dimitri Peskov, ont tenté de connaître son avis sur les déclarations de Ramzan Kadyrov. Les reporters ont cité à Dmitri Peskov l’appel lancé par le chef de la Tchétchénie pour punir sévèrement la diffusion de commérages, « tuer, emprisonner et intimider », tels que traduits par le service russe de la BBC et le média « Nastoyaschee Vremya » (Temps présent).

Un journaliste a demandé à Dmitry Peskov s’il avait rapporté le discours de Ramzan Kadyrov au Kremlin. « Que pense le Kremlin d’un président d’une région russe qui appelle au meurtre? » a demandé le correspondant de « Meduza ».

Dmitry Peskov a répondu qu’il n’avait pas lu le résumé de la réunion tenue avec la participation de Ramzan Kadyrov et n’avait pas examiné ses déclarations in-extenso. L’attaché de presse du président russe a refusé de commenter la déclaration de Ramzan Kadyrov, citée par le service russe de la BBC.

Un journaliste de « l’Echo Moscou » a indiqué que ce n’est pas la première fois depuis quelques semaines que Dmitry Peskov refuse de commenter des questions relatives à la Tchétchénie.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/49028/

 noeud caucasien (07/11/2019)

La BBC exclut toute distorsion dans la traduction du discours de Kadyrov

L’attaché de presse de Ramzan Kadyrov a accusé les employés de la BBC d’avoir traduit de manière erronée la déclaration du chef de la Tchétchénie, qui avait demandé que les auteurs de critiques sur Internet soient sévèrement punis. Les mots de Kadyrov ont été traduits correctement, a assuré le service de presse de la BBC.

Le « noeud caucasien » a indiqué que le 4 novembre, lors d’une séance du gouvernement tchétchène, Ramzan Kadyrov avait demandé à ce qu’on révèle les auteurs de documents négatifs sur la république et les utilisateurs des réseaux sociaux qui les commentaient. Dans son discours, Kadyrov a attaqué ceux qui « portaient atteinte au consensus populaire, propageaient des commérages et des discordes ». Il a suggéré de neutraliser de telles personnes « par le meurtre, l’emprisonnement et l’intimidation », le 7 novembre, le site Web du service russe de la BBC a cité les propos de Kadyrov.

Après la publication de la traduction de la BBC, Alvi Karimov, attaché de presse du chef de la Tchétchénie, a déclaré que l’employé de la BBC qui avait effectué la traduction ne connaissait pas bien la langue tchétchène et qu’il avait donc mal interprété les propos de Kadyrov, a rapporté « l’Echo de Moscou « . le 7 novembre.

Karimov a également reproché aux médias occidentaux de faire preuve de partialité dans la couverture d’événements en Tchétchénie.

À son tour, la BBC a déclaré être confiante dans sa traduction de la langue tchétchène. « Interfax », le 8 novembre, a cité ce message du service presse de la BBC : « L’exactitude fait partie intégrante du journalisme de la BBC ».

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/49046/

© noeud caucasien (09/11/2019)

Un conflit avec le petit-fils de l’ancien grand mufti d’Arabie Saoudite, Abd al-Aziz ibn Baz, oblige les autorités tchétchènes à se justifier

Depuis son arrivée au pouvoir, Ramzan Kadyrov, a utilisé la religion musulmane comme un instrument pour asseoir son autorité. Par contre sa lutte contre les islamistes l’a amené à critiquer la doctrine dont ils se réclament : le wahhabisme. Cet épisode relaté ci-dessous permet de se demander comment Kadyrov pourra continuer à jouer un rôle d’intermédiaire en Arabie Saoudite tout en critiquant le wahhabisme consubstantiel au royaume.

Le « Nœud Caucasien » a annoncé que le 17 octobre, Salikh Ibn Baz, petit-fils de l’ancien grand mufti d’Arabie saoudite, avait accusé Kadyrov de réprimer les wahhabites, le chef de la Tchétchénie ayant déclaré le wahhabisme contraire au Coran et à la Sunna. Adam Shakhidov, le conseiller religieux de Kadyrov, s’est impliqué, mais n’a pas réussi à contester efficacement les arguments du petit-fils et a invité Ibn Baz à se rendre en Tchétchénie, mais ce dernier a refusé et a exprimé son mépris pour Kadyrov.

Après le conflit, la chaîne de télévision tchétchène diffusant en langue arabe a lancé un projet visant à prouver le bien-fondé de la politique religieuse menée en Tchétchénie, a rapporté  « Kavkaz.Realii ».

« Nous avons brandi la bannière de l’islam et appelé à la modération par le biais de manifestations de miséricorde et d’amour. Et ensuite, les gens ont commencé à choisir la Tchétchénie comme lieu d’adoption de l’islam », indique un commentaire sur la vidéo publiée sur la page Facebook de la chaîne de télévision.

Adam Shakhidov a déclaré dans un de ses derniers appels vidéo que Kadyrov avait « construit une nouvelle histoire musulmane pour le peuple tchétchène » et qu’il « n’avait jamais connu un tel renouveau islamique en Tchétchénie ». « Les gens se réjouissent; ils prient dans les mosquées, étudient les sciences de la charia et font acte de charité », a déclaré M. Shakhidov.

Source: https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/48978/

© noeud caucasien 05/11/2019