Archive | mars 2018

Elections présidentielles russes : le Caucase toujours à part.

Même si c’est un pourcentage un peu moindre il est toujours surprenant de voir la Tchétchénie voter en masse pour Poutine, l’homme qui a mené les opérations contre Grozny en anéantissant la ville. Autant la participation que l’expression du vote paraissent surréalistes on peut se demander pourquoi les dirigeants de la Tchétchénie « fabriquent » ce type de score.

La Commission électorale centrale tchétchène (CEC) a annoncé les résultats préliminaires de l’élection présidentielle. Selon elle, Vladimir Poutine a obtenu 91,44% des voix. Pavel Grudinin est en deuxième position avec 4,62% ​​des voix, tandis que le troisième est Sergey Baburin avec 1,18%. Les cinq autres candidats à la présidence ont obtenu moins de 1% des voix. Lors de l’élection présidentielle du 18 mars les observateurs ont signalé de nombreuses violations. 649 600 électeurs tchétchènes se sont rendus aux urnes sur 709 635 personnes inscrites, soit 91,54% des électeurs, selon la CEC.

Cette année, la Tchétchénie a été devancée par la Kabardino-Balkarie en ce qui concerne les votes en faveur de Vladimir Poutine. En Kabardino-Balkarie, 93,38% des électeurs qui se sont présentés aux bureaux de vote ont voté pour le président sortant, d’après «Interfax-Yug» faisant référence à Vyacheslav Geshev, le président de la CEC de Kabardino-Balkarie.

Lors de la précédente élection présidentielle tenue en Russie en 2012, cinq candidats se sont présentés à la présidence. Et selon la CEC tchétchène, le taux de participation de la république avait atteint 99,61%, et une majorité absolue des votants (99,76%) avait donné leur voix à Vladimir Poutine.

Le Nœud Caucasien 19/03/2018

Malgré les protestations diverses et aux plus hauts niveaux les attaques contre Memorial continuent en Tchétchénie

Memorial tient le plus grand compte des réactions face au coup monté contre Oyub Titiev, son représentant en Tchétchénie. Le centre Memorial produit la liste de réactions en occident tant d’autorités que de médias et d’ONG : Human Rights Watch, l’OSCE, Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, La ministre allemand des Affaires étrangères, Front Line Defenders, Amnesty International, l’Union Européenne, le département d’Etat Américain, le New York Times, la FIDH, l’ Organisation mondiale contre la torture, le Comité international norvégien des droits de l’homme, Freedom House pour l’Europe et l’Eurasie, El Pais, Libération etc

Pourtant Oyub Titiev est toujours en prison et même récemment Memorial continue à être visé : la police prétend avoir trouvé des cigarettes contenant de la marijuana sur un balcon du local de Memorial. L’avocate s’étonne que ces cigarettes soit toutes fraiches alors même que le jour de la perquisition il pleuvait.

A titre d’exemple voici ce que dit Maria Shishchenkova, coordinatrice de défense pour l’Europe et l’Asie centrale de l’organisation internationale Front Line Defenders lors d’un entretien :

Le cas d’Oyub Titiev est une tentative de faire taire les défenseurs des droits humains en Tchétchénie ». Je pense que c’est pourquoi on s’en prend à lui. Mais toute personne qui a déjà rencontré Oyub dans sa vie ne pourra croire à son accusation. Oyub, est d’abord, un athlète, et d’autre part – un musulman pratiquant. Je n’ai jamais vu Oyub même s’asseoir à la table sur laquelle il y avait du vin, sans parler de fumer ou quoi que ce soit d’autre. Cela a l’air absolument absurde. La situation s’est améliorée depuis que des gens, comme Oyub, qui acceptent de faire leur travail de défenseur malgré le danger continuent à travailler. Je pense que depuis le meurtre de Natalia Estemirova en Tchétchénie, il est devenu clair pour tout le monde que les gens qui essayent de s’opposer à la défense des droits de l’homme sont des gens impitoyables qui n’ont pas de frontières, y compris morales.

La situation est certainement très difficile, les gens en Tchétchénie n’ont pas accès à la justice, et il y a un certain nombre de cas dans lesquels il est même difficile d’obtenir des informations. Les gens sont très intimidés et ont peur non pas pour eux-mêmes, mais pour leurs familles, à cause de la politique de responsabilité collective en Tchétchénie. La situation est compliquée, mais il y a toujours des gens pour qui la justice est la chose la plus importante, ils doivent comprendre ce qui est arrivé à leurs proches, ils espèrent que les coupables seront punis, et ils sont prêts à emprunter cette voie difficile même jusqu’à faire appel à la Cour Européenne des Droits de l’Homme ou d’autres instances. Et malgré le fait que ce travail est invisible pour un étranger, il y a des gens qui travaillent en Tchétchénie. Les victimes peuvent se tourner vers eux pour obtenir de l’aide.