Archive | octobre 2017

Le chanteur russe Zelimkhan Bakaev aurait été torturé à mort pour son homosexualité

Selon une source du site NewNowNext, le chanteur russe Zelimkhan Bakaev serait mort après avoir été torturé en Tchétchénie pour son homosexualité. Il était porté disparu depuis le 8 août dernier.

La persécution totale des homosexuels par les autorités tchétchènes continue à faire des victimes. Venu assister au mariage de sa soeur à Grozny, capitale de la Tchétchénie, le 8 août dernier, Zelimkhan Bakaev n’avait plus donné de signe de vie depuis. Aujourd’hui, le site NewNowNext annonce que le chanteur russe de 25 ans a été tué.

Selon les sources du média, l’homme a été arrêté moins de trois heures après son arrivée sur le territoire tchétchène. Il a été ensuite détenu et torturé dans un camp anti-gay en Tchétchénie, en raison de son homosexualité.

Lors d’une conférence de presse lundi, le fondateur du réseau LGBT russe Network, Igor Kochetkov, s’est exprimé sur la disparition de Bakayev : « Nous avons reçu confirmation de notre présomption que Bakayev avait été arrêté par les autorités tchétchènes en raison de soupçons d’homosexualité. Il est arrivé à Grozny et a été ramassé par la police dans les trois heures. Dans les dix heures, il a été assassiné. » 

En réponse à cette annonce terrible, les autorités tchétchènes ont réfuté toute implication dans la mort de Zelimkhan Bakaev. Ils affirment ne rien savoir de sa disparition, rappelant uniquement que le chanteur russe avait dû quitter le pays.

Le 24 septembre dernier, une vidéo a été mise en ligne sur YouTube par des médias tchétchènes où un homme se présentant comme Zelimkhan Bakaev assurait vivre désormais en Allemagne. Réfutée par des militants LGBT, cette vidéo a été désignée formellement comme un montage.

Depuis mars 2017, la Tchétchénie s’est lancée dans une répression à grande échelle des homosexuels. Des centaines de personnes ont été arrêtées, torturées, et tuées. Face à ces crimes condamnés par les ONG et plusieurs pays, de nombreux homosexuels ont dû fuir les autorités tchétchènes.

(NEON article de Benjamin Aleberteau 24 octobre 2017)

Persécutions des homosexuels en Tchétchénie : Malgré les accusations claires d’une victime la justice russe reste inerte

Nous tenons à signaler, pour la première fois, une déclaration publique d’une personne poursuivie pour son homosexualité en Tchétchénie. L’article du Noeud Caucasien apporte des précisions sur un point important malgré cette plainte claire l’enquête semble sabotée et toujours aucune mise en accusation judiciaire. Pour porter assistance à ce jeune homme dans l’immense Russie nous retrouvons comme toujours la représentante de HWR, le président du CPT, le journal Novaïa Gazeta et cette fois à cause de l’évocation de l’homosexualité le mouvement LGBT.

Russie: une victime témoigne des violences policières contre les homosexuels en Tchétchénie.

Maxime Lapounov, le 16 octobre 2017 à Moscou, lors d’une conférence de presse. – Alexander Nemenov – AFP

Maxime Lapounov, 30 ans, raconte avoir été retenu 12 jours dans une cellule en Tchétchénie, où il a été battu sans relâche pour qu’il révèle le nom d’autres homosexuels. Il révèle avoir porté plainte en août.

Pour la première fois ce lundi, une des victimes des persécutions subies par les homosexuels en Tchtéchénie s’est exprimée publiquement, à visage découvert, sur les violences perpétrées par la police.

« L’accusation principale contre moi était d’être homosexuel », a assuré Maxime Lapounov, 30 ans, lors d’une conférence de presse tenue à Moscou dans les locaux du journal Novaïa Gazeta, qui a révélé l’affaire.

Originaire d’Omsk, en Sibérie, Maxime Lapounov dit avoir travaillé en Tchétchénie depuis 2015, vendant notamment des ballons près d’un centre commercial à Grozny, la capitale tchétchène.

Il affirme avoir été arrêté le 16 mars dernier par des personnes en civil et emmené vers un poste de police où il a passé 12 jours dans une cellule.

« Toutes les 10 ou 15 minutes, ils (policiers, ndlr) venaient dans ma cellule en me disant que j’étais gay et qu’il fallait tuer des gens comme moi », a affirmé Maxime Lapounov, qui a ensuite dit avoir été « battu très longtemps avec des bâtons (…) sur les jambes, les cuisses, les fesses et le dos », par des hommes lui demandant de révéler l’identité d’autres homosexuels.

« Ils se comportaient de manière très agressive, cruelle, en m’humiliant et m’insultant », a-t-il assuré, en affirmant avoir entendu quotidiennement « les cris et les demandes de grâce » des autres homosexuels arrêtés et torturés selon lui par la police.

« La seule chose que je souhaite, c’est que justice soit faite »

Si Maxime Lapounov a indiqué ne pas avoir été soumis à des chocs électriques, il rapporte avoir vu un générateur électrique à manivelle correspondant à un appareil décrit par d’autres victimes, qui aurait servi à les torturer, rapporte le New York Times.

Le jeune homme a affirmé avoir été contraint de laisser ses empreintes sur une arme et admettre dans une vidéo qu’il était homosexuel, avant d’être libéré le 28 mars et de quitter la Tchétchénie.

Son avocat Vladimir Smirnov a précisé qu’il avait pris en photo les bleus de son client après sa libération, que celui-ci était en mesure de reconnaître le commissariat où il avait été retenu et qu’il connaissait les noms ou surnoms d’environ une douzaine de policiers impliqués.

« La seule chose que je souhaite maintenant, c’est que justice soit faite », a déclaré Maxime Lapounov, révélant qu’il avait porté plainte en août.

Vendredi, la déléguée russe pour les droits de l’Homme, Tatiana Moskalkova, a annoncé avoir reçu la première plainte – celle de Maxime Lapounov – et l’avoir remise au Comité d’enquête russe, chargé des principales investigations dans le pays.

D’après les défenseurs des droits de l’homme : les enquêteurs restent inactifs dans l’affaire Lapounov

(Le Noeud Caucasien du 16/10/17)

Pendant quatre semaines, il n’y a eu aucune activité d’enquête après la déposition de Maxime Lapounov, un homosexuel emprisonné en Tchétchénie, d’après Igor Kalyapine, dirigeant du Comité pour la Prévention de la Torture (CPT). Les informations concernant l’affaire Lapounov ont été publiées pour provoquer une enquête, d’après la représentante de Human Rights Watch (HRW), Tatiana Lokshina.

Le Noeud Caucasien a relaté aujourd’hui que Maxime Lapounov a fait sa première apparition publique. Sa conférence de presse était organisée par Novaïa Gazeta, le siège moscovite de HRW, le CPT et le réseau LGBT.

Lapounov a déclaré : « pendant 12 jours j’ai été en cellule sans commodités près d’une flaque de sang, menacé et insulté… Ils m’ont frappé sur les mains et les pieds… Chaque nuit ils amenaient un nouvel accusé et j’entendais les cris et les demandes de grâce. Ils m’ont forcé par des menaces à laisser mes empreintes sur des armes à feu et ont enregistré une vidéo expliquant que j’étais détenu parce que j’étais gay ».

Avant sa détention pendant deux ans, Lapounov s’occupait d’organiser des évènements et des spectacles en Tchétchénie.

D’après Lapounov « beaucoup de gens me connaissaient, et comme j’étais détenu dans un endroit plein de monde, les gens ont averti mes proches, qui ont porté plainte pour kidnapping. J’ai été relâché sans doute parce qu’ils me cherchaient bien que j’ai eu l’impression qu’ils allaient me tuer ».

Igor Kalyapine, à la tête du CPT, a noté qu’en août dernier, Lapounov en avait appelé personnellement à la déléguée russe pour les droits de l’Homme, Tatiana Moskalkova.

 

La Russie condamnée pour le manque d’enquête sur des morts civiles à Grozny en 2000.

En 2017 encore une quête impossible pour 31 morts civiles en Tchétchénie.

La Cour européenne des droits de l’homme a condamné mardi la Russie pour ne pas avoir assez enquêté sur la mort de 21 civils, le 5 février 2000, à Grozny, en Tchétchénie.

La CEDH a jugé que les autorités n’avaient pas « mené une enquête effective sur le décès des proches des requérants », et condamné la Russie à verser 15 000 euros à chacun.

« Selon les requérants, vingt et un de leurs proches furent tués le 5 février 2000 lors d’une opération menée notamment par des agents de l’État », précise la Cour. Une enquête fut ouverte un mois plus tard par le parquet de Grozny, mais la procédure, « suspendue et rouverte plusieurs fois », est actuellement toujours en cours.

Dans un rapport publié quelques semaines après les faits, Human Rights Watch avait affirmé que les forces russes avaient massacré 62 civils le 5 février 2000, et que l’armée s’était ensuite efforcée de cacher ces crimes.

En juillet, saisie par d’autres proches de victimes, la CEDH avait estimé que l’ouverture d’une enquête un mois après les faits était « un délai inacceptable dans le cas de la mort de dizaines de victimes ». « La cour a aussi été frappé par toute une série de retards importants et inexpliqués ainsi que de manquements une fois l’enquête ouverte », selon cet arrêt du 26 juillet.

(RFI avec AFP le 10-10-2017)

Aujourd’hui alors que la guerre est finie en Tchétchénie les enquêtes ne sont pas devenues plus faciles. Le journal Novaïa Gazeta a réussi à trouver une liste de 31 personnes disparues du fait de l’état tchétchène (un commando rebelle et des homosexuels désignés). La persécution des homosexuels a fait du bruit de par le monde et Angela Merkel, par exemple, a marqué sa préoccupation auprès de Vladimir Poutine lors d’un entretien le 2 mai de cette année. Du coup Poutine a promis une enquête et a désigné un spécialiste du Caucase Igor Sobol qui est très vite écarté (envoyé dans une autre région). Puis pendant cinq mois son remplaçant n’a pas avancé dans l’enquête. Cette fois c’est la chargée des droits de l’homme auprès de la présidence, Tatiana Moskalkova qui prend les choses en main. Sitôt arrivée on voit réapparaître des personnes déclarées décédées par le journal. Par la suite on comprend que l’enquêtrice accepte toutes les explications des autorités tchétchènes dans un climat où les familles sont menacées afin qu’elles se taisent. Par exemple alors qu’on présente comme vivantes deux personnes déclarées disparues, après que Novaïa Gazeta a envoyé deux photos de ces disparus on découvre alors que les personnes présentées sont les frères de chacun des disparus. C’est comme si on ne tenait pas compte des résultats de l’enquête du journal mais que l’on était en pleine confiance avec les autorités accusées d’enlèvement. Faudra-t-il 18 ans pour que cette enquête soit condamnée ?