Archive | septembre 2017

Poutine et Kadyrov : la brouille impossible.

On a pu s’étonner que Ramzan Kadyrov ait pu manifester un désaccord avec la politique étrangère russe à propos des persécutions au Myanmar. Ces deux analystes que le Nœud Caucasien a interrogé nous donnent une explication intéressante. Il reste tout de même impressionnant de constater le rôle de ce petit dictateur d’une petite partie de l’immense Russie.

Le Kremlin cherche à renforcer la position de Ramzan Kadyrov en considération de sa loyauté. Cette opinion a été émise par les analystes politiques Dmitry Oreshkin et Alexei Malashenko.

Dmitry Oreshkin a déclaré au correspondant du Noeud Caucasien : « Ramzan Kadyrov est un personnage politique singulier en Russie. En Russie trop de choses dépendent du premier personnage de l’état et Ramzan Kadyrov est son projet personnel. C’est Vladimir Poutine qui renforce la position de Ramzan Kadyrov. A son tour le leader tchétchène comprend parfaitement bien que pour son avenir politique il est nécessaire de manifester une loyauté personnelle « sans borne », dans le sens négatif du mot. Le leader tchétchène ne peut pas se brouiller avec Vladimir Poutine. »

Selon ce même analyste « chaque année les ambitions de Ramzan Kadyrov ne font qu’augmenter. C’est le dirigeant de la Tchétchénie qui est derrière l’organisation des manifestations spontanées en soutien aux musulmans du Myanmar. »

« Ainsi Ramzan Kadyrov renforce sa position à Moscou et titille les forces de l’ordre. Dans le cas des manifestations à Moscou il a montré au maire de Moscou Serguey Sobyanin qui est vraiment le maitre dans la capitale russe. En outre, Ramzan Kadyrov veut devenir un leader mondial de l’Islam. Vladimir Poutine a tiré tout bénéfice de sa confiance en Ramzan Kadyrov. Peut être est-il obligé de lui faire confiance »

« Cependant, malgré ses ambitions croissantes, Ramzan Kadyrov n’aura pas la possibilité de devenir le successeur de Poutine dans un proche avenir. »

le professeur Alexei Malashenko, directeur de la recherche scientifique à l’Institut de Recherche du Dialogue entre les Civilisations remarque qu’auparavant, Vladimir Poutine et son porte-parole ont commenté les déclarations de Ramzan Kadyrov menaçant de s’opposer à la Russie si les autorités du pays prenaient le parti des auteurs des persécutions des musulmans du Myanmar.

Alexei Malashenko croit que « dans tous les cas la réaction aux déclarations du dirigeant tchétchène a été positive. Le Kremlin renforce la position de Ramzan Kadyrov parce que les autorités n’ont pas d’autre choix, comme Ramzan Kadyrov lui-même. Et on doit remarquer que Ramzan Kadyrov a alors presque donné une explication. Cela montre que le Kremlin et le dirigeant tchétchène ont tout négocié en coulisse : on peut dire qu’ils sont parvenus à se réconcilier. »

Il poursuit « la normalisation des relations est mise en évidence par la visite en Tchétchénie du vice-premier ministre libyen Ahmed Maitig. »

« Il restera environ trois heures à Grozny et seulement après il ira à Moscou. C’est un signe de confiance vis à vis de Ramzan Kadyrov. C’est comme si on voulait faire remarquer : ‘d’abord nous t’envoyons Ahmed Maitig. Tu participes à notre politique, en dépit de tout.’ Le consensus est trouvé… Il n’y a aucun désaccord entre le Kremlin et Ramzan Kadyrov. »

Le Nœud Caucasien (14/09/2017)

Homosexuels tchétchènes : différentes réactions par rapport à leur persécution

A la fin de l’été nous retrouvons malheureusement des préoccupations du début de l’année. Nous vous communiquons des informations sur les effets de la persécution des Tchétchènes qui a repris après une pause comme vous pourrez le lire dans le texte d’Amnesty. Nous verrons comment le Canada a aidé à l’exfiltration de certaines personnes en danger, et nous noterons avec étonnement qu’un bourreau peut être accueilli dans notre espace Shengen.

Russie. Les homosexuels sont de nouveau persécutés en Tchétchénie

(Amnesty International, 9/08/17)

D’après un rapport publié par l’organisation Russian LGBT Network en juillet, les homosexuels sont de nouveau persécutés en Tchétchénie. Les autorités tchétchènes continuent de nier l’existence même d’homosexuels en Tchétchénie.

Le 11 juillet, l’ONG Russian LGBT Network a indiqué que les homosexuels étaient de nouveau percutés en Tchétchénie, et le 31 juillet, l’organisation a publié les témoignages de 33 personnes LGBT qui ont été persécutées, détenues illégalement, torturées et soumises à d’autres mauvais traitements. Les témoignages de ces personnes révèlent l’ampleur de la violence qu’elles ont subie et l’implication directe des autorités tchétchènes dans ces agissements. D’après des sources fiables, les autorités ont également menacé les victimes et leur famille de les poursuivre en justice si elles portaient de « fausses accusations ».

Pendant ce temps, les autorités tchétchènes continuent de nier l’existence même d’homosexuels en Tchétchénie. Pendant un entretien avec le journaliste de HBO David Scott, pour l’émission télévisée Real Sports with Bryant Gumbel, le président tchétchène Ramzan Kadyrov a été interrogé sur les informations selon lesquelles des homosexuels sont victimes de persécutions. En réponse, Ramzan Kadyrov a ri et a déclaré : « Cela n’a pas de sens. Nous n’avons pas ce genre de personnes ici. Nous n’avons pas d’homosexuels. S’il y en a, envoyez-les au Canada… Emmenez-les loin de nous, pour qu’on n’en ait pas chez nous. Pour purifier notre sang, s’il y en a ici, emmenez-les. » Lorsque le journaliste a demandé à Ramzan Kadyrov si ces informations l’inquiétaient, il a répondu : « Ils [les homosexuels] sont le démon. Ils sont à vendre. Ce ne sont pas des humains. Que Dieu les maudisse pour ce dont ils nous accusent. »

Ce n’est pas la première fois que le président tchétchène ou d’autres représentants des autorités tchétchènes font de telles déclarations. Elles démontrent à quel point les personnes étant LGBTI, ou les personnes soupçonnées d’être LGBTI, sont menacées en Tchétchénie. Les autorités fédérales russes chargées des enquêtes ne s’expriment pas à ce sujet et leurs « enquêtes préliminaires » sur les informations selon lesquelles des homosexuels ont été enlevés ou tués en Tchétchénie semblent être au point mort et il est peu probable qu’elles mènent à des résultats sans un engagement politique au plus haut niveau.

Amnesty International continuera de surveiller la situation et de faire campagne en faveur d’une enquête exhaustive et efficace sur ces informations et pour que les victimes de violations des droits humains en Tchétchénie soient protégées et obtiennent justice.

Asile au Canada pour une trentaine d’homosexuels tchétchènes.

(Le Monde du 02/09/17)

Le programme avait été gardé secret pendant plusieurs mois. Cette initiative pourrait envenimer les relations déjà tendues entre la Russie et le Canada.

Une trentaine d’homosexuels tchétchènes, victimes de persécutions dans leur pays, ont pu trouver refuge au Canada grâce à un partenariat discret entre une ONG canadienne et le gouvernement d’Ottawa, a annoncé l’ONG Rainbow Railroad, un organisme fondé en 2006, qui s’est donné pour but d’aider les personnes LGBT à fuir les persécutions perpétrées par des Etats.

Kimahli Powell, directeur exécutif de l’ONG basée à Toronto, a indiqué dans un message, vendredi 1er septembre sur sa page Facebook, que son organisme avait pu aider 31 personnes LGBTQ à quitter la Russie et à bénéficier de l’asile au Canada. « Nous avons travaillé avec le gouvernement canadien à un programme qui a permis l’entrée de Tchétchènes LGBTQ dans le pays », a-t-il précisé à la chaîne publique CBC, en soulignant que le gouvernement canadien avait joué un « rôle majeur ».

 « Le Canada a secrètement donné l’asile à des Tchétchènes homosexuels », écrivait samedi le quotidien The Globe and Mail, en notant que cette initiative pourrait « envenimer les relations déjà tendues entre la Russie et le Canada ».

Trudeau assume son soutien

« Le Canada est fier de défendre les droits (de l’homme). Les droits des LGBTQ, ici et dans le monde, sont très importants pour nous », a déclaré samedi le premier ministre Justin Trudeau, en réponse à une question sur cette information au cours d’un point de presse dans le territoire du Yukon.

« Le Canada continuera à défendre les droits et à protéger les personnes vulnérables dans le monde. »

Le Globe and Mail indique que la ministre des affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui a été correspondante de presse en Russie, a joué un rôle important dans cette opération. Elle avait condamné en avril les persécutions en Tchétchénie, estimant dans un communiqué que les informations « récentes et continues concernant les persécutions envers les hommes homosexuels et bisexuels en Tchétchénie témoignent d’une situation répréhensible ». Le programme avait été gardé secret pendant plusieurs mois.

Powell a expliqué au Globe avoir décidé de rendre publique l’arrivée des réfugiés tchétchènes, car ceux qui souhaitaient venir au Canada y sont arrivés. Il faut maintenant s’occuper de leur installation et de leur intégration dans le pays, ce qui nécessite d’en parler, a-t-il fait valoir.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/09/02/asile-au-canada-pour-une-trentaine-d-homosexuels-tchetchenes_5180168_3222.html#VmIVjCdVjogHu7Jq.99

Visa Schengen pour bourreau.

(Pierre HAFFNER Blog de Mediapart : Chronique de Russie, 2 sept. 2017)

Dans la nuit du 26 janvier, des dizaines de personnes dont des homosexuels ont été exécutés en Tchétchénie. Le commandant du groupe armé d’intervention tchétchène, qui a participé à ces exactions, est arrivé aujourd’hui à Rotterdam avec un visa Schengen.

Aujourd’hui, à Rotterdam (Pays-Bas), se déroule un tournoi UFC, Ultimate fighting combat. Y participeront quatre athlètes russes, dont le tchétchène Abdulkerim Edilov patronné par Ramzan Kadyrov. Abdulkerim Edilov, est arrivé en Europe en compagnie de Abuzaid Vismuradov, alias « Patriot ». Ce dernier est le chef de la garde personnelle du président Kadyrov et son  ami le plus proche. Il commande le groupe armé d’intervention rapide « Terek ».

Selon le journal « Novaïa Gazeta », les militaires tchétchènes du groupe « Terek » ont été cités à maintes reprises par des habitants de Tchétchénie pour avoir participé à des violations répétées des droits de l’homme dans ce pays. Le journal Novaïa Gazeta a fait état de témoignages de sévices dont ont été victimes des homosexuels tchétchènes détenus illégalement sur le territoire de la base du groupe armé « Terek ».

Une des victimes qui a réussi à quitter la Russie a fait un récit précis de ces exactions aux services de migration du pays européen qui lui a fourni une protection internationale, ainsi qu’au Comité contre la torture du Conseil de l’Europe.

Abuzaid Vismuradov est arrivé en Allemagne. Il voyage en Europe pour assister au tournoi de l’UFC à Rotterdam. Il se présente comme « le représentant du président de Tchétchénie en Allemagne ».

Des représentants d’organisations internationales de défense des droits de l’homme ont interrogé les autorités allemandes et néerlandaises afin qu’elles s’expliquent sur la remise d’un visa Schegen  à Abuzaid Vismuradov, permettant ainsi au collaborateur le plus proche de Kadyrov d’effectuer ouvertement un voyage en Europe.

Source: Novaïa Gazeta.

https://www.novayagazeta.ru/news/2017/09/02/134944-komandir-chechenskogo-sobra