Le pouvoir et la vengeance

La lutte est prisée de beaucoup de Tchétchènes à travers l’Europe et en particulier le MMA. C’est aujourd’hui un article du 6 juin d’une revue consacrée au MMA (Bloody Elbow) que nous vous offrons. Il relate en le mettant en perspective ce qui est arrivé à un sportif tchétchène et par ce biais la menace grandissante du pouvoir tchétchène actuel bien au-delà de ce petit pays.

Les forces spéciales tchétchènes sont à la recherche d’un pratiquant de MMA qui a fui près avoir été torturé.

Le matin du 6 juin, Murad Amriev a été escorté d’une cellule temporaire au bureau du procureur à Bryansk, en Russie. Arrêté pour possession d’un document prétendument falsifié. L’ancien champion amateur de MMA risquait plus qu’une simple condamnation à la prison. Amriev représentait un intérêt particulier pour les forces spéciales qui l’ont recherché depuis sa fuite de la Tchétchénie en 2013. Bien que détenu dans la région de Bryansk le sportif risque une extradition en Tchétchénie.

Tandis qu’Amriev était dans l’attente d’un sort malheureux dans le bâtiment sinistre, les commandos tchétchènes et les agents du Ministère de l’Intérieur en civil ont commencé à entourer le bâtiment. Certains se tenaient masqués et menaçants, armés d’armes automatiques et refusaient de répondre à toutes autorités locales. L’un d’eux a déclaré que les agents personnels de Kadyrov avaient le droit de détenir des suspects dans toute la Russie et Amriev ne faisait pas exception.

Un des membres du commando tchétchène s’est approché de l’avocat d’Amriev, Peter Zaikin, présent au bureau du procureur et a révélé d’une manière brutale que son client était sur une liste fédérale de personnes recherchées. Quand l’avocat a demandé sur quelle base les autorités tchétchènes l’avaient inscrit sur cette liste la réponse fut ferme et agressive. « Quelle importance ! » a craché le membre du commando.

La présence des agents tchétchènes prouve de manière certaine que si le procureur ne transférait pas Amriev à Grozny ils s’en occuperaient eux-mêmes.

Après quelques heures de tension le procureur a décidé qu’Amriev était libre de quitter le bâtiment et qu’il ne serait pas transféré à Grozny, s’assurant donc qu’il ne tomberait pas entre les mains d’un gouvernement qui pourrait agir illégalement à son égard. La décision du procureur coïncidait avec le mépris affiché du commando pour l’avocat d’Amriev donnant lieu à une altercation verbale entre les Tchétchènes et la défense. La confusion a duré quelques minutes laissant à Amriev assez de temps pour quitter le bâtiment en courant et sauter dans la voiture de ses proches qui ont démarré immédiatement.

Il s’en est fallu d’un cheveu. Amriev a tout juste échappé aux forces de Kadyrov. Et, cependant, une vendetta de long terme et son statut d’homme recherché en Tchétchénie font craindre que la menace sur sa vie demeure une possibilité tout à fait réaliste.

La vendetta réactivée

Les problèmes de Murad Amriev ont commencé deux jours plus tôt quand il a dû retourner en Russie pour prolonger le visa qui lui permettait de résider à l’étranger. Après avoir décidé de reprendre le train pour revenir dans son pays natal il a été arrêté à la gare de Suzemka, le premier arrêt après la frontière de l’Ukraine.

Après que les autorités locales de Bryansk ont déclaré que le nom du champion de MMA était sur une liste fédérale de personnes recherchées, Amriev a été placé en détention provisoire par la police russe qui le soupçonnait d’être en possession d’un document de voyage falsifié. Pendant que l’athlète tchétchène attendait qu’on décide de son sort il devint évident que la détention d’Amriev était intervenue à la requête des forces légales tchétchènes qui le recherchaient depuis 2013.

Selon Novaya Gazeta, le média indépendant qui a relaté l’épuration des hommes suspectés d’homosexualité en Tchétchénie ces derniers mois, les ennuis d’Amriev prennent racine dans un conflit personnel avec un officier de police tchétchène. Le reportage suggère que cet officier de police, Mogomed Dashaev, est pratiquement à la tête des forces de police de Grozny. En 2013, Dashaev a accusé le frère aîné d’Amriev d’avoir attenté à sa vie, cependant il ne pouvait agir contre lui car ce frère résidait en Allemagne, hors de sa juridiction. A la place le policier a lancé une vendetta et a transféré le poids de la punition sur Murad le frère plus jeune.

Du coup, Amriev a été kidnappé le 25 août 2013, et jeté dans un voiture noire, un T-shirt sur la tête. Il a été emmené dans un centre de détention secret et torturé de manière répétée pour le forcer à signer un déclaration accusant son frère de tentative d’assassinat. Bien que, menotté pendant deux jours dans une cellule, en étant battu brutalement et électrocuté pour le simple fait d’être le frère du suspect, Amriev a refusé de signer la déclaration.

Après 48 heures de ce traitement inhumain, Amriev a été reconduit à la maison familiale par des policiers tchétchènes. Ils ont informé les parents que si le frère aîné ne revenait pas affronter les conséquences de ses actes supposés tout le poids en serait transféré à Murad. En bref, le chef de la police a déclaré Amriev comme son ennemi naturel.

Craignant pour sa vie après que le policier a invoqué la vendetta, Amriev a rencontré le Comité pour la Prévention de la Torture et a dû fuir son pays. Il a déménagé en Ukraine et est passé professionnel en MMA, où il fait merveille. Cependant il a été placé sur la liste fédérale russe des personnes recherchées en 2014 après que les autorité tchétchènes ont déclaré ses documents falsifiés.

L’accusation de falsification s’origine dans une faute de frappe sur la copie de son certificat de naissance que sa mère avait demandé après la destruction par bombes de leur maison en 2000 durant la deuxième guerre de Tchétchénie. Son année de naissance est à présent précisée comme étant 1986 au lieu de 1985 et il n’a pu la changer depuis. Cette petite infraction a permis aux autorités tchétchènes de placer Amriev sur la liste et à s’assurer qu’il serait détenu en cas de retour en Russie.

Un cas d’école illustrant la sphère d’influence de Kadyrov

Tandis que le cas Amriev illustre le danger d’être recherché par les policiers tchétchènes motivés par une revanche personnelle, il met aussi en lumière l’extrême liberté avec laquelle le dirigeant de longue date de la République Tchétchène Ramzan Kadyrov agit sur tout le territoire de la Russie.

L’arrivée de forces spéciales tchétchènes en civil et de commandos masqués dans la région de Bryansk (à plus de 1800 km de leur juridiction en Tchétchénie) est un signal alarmant de l’autonomie de Kadyrov par rapport au Kremlin autant que de l’influence dont il jouit sur le Ministère de l’Intérieur Russe. C’est aussi un rappel que l’armée privée de Kadyrov, sinistrement nommée les Kadyrovtsy, reste une force de terreur dans les cercles russes.

Les Kadyrovsty sont apparus durant la première guerre tchétchène au cours des années 90 comme une milice armée tout à fait loyale au clan Kadyrov. Créée par le père de Ramzan, Akhmad Kadyrov, l’unité s’est étoffée des anciens rebelles et transformée en un service de sécurité présidentielle en 2003, ayant prêté serment de protéger le président de la république. Les Kadyrovsty ont même été formellement intégrés au Ministère de l’Intérieur Tchétchène (MVD) avant l’assassinat d’Akhmad Kadyrov en 2004.

Au cours de son accès au pouvoir, Ramzan Kadyrov a utilisé ces unités qui sont restés loyales à son clan. Elles ont même pris part au conflit armé contre les forces de l’ancien président Alou Alkhanov. Des reportages en 2005 d’Anna Politkovskaïa donnaient des exemples de mutilations de cadavres par les Kadyrovsty : ils tranchaient les têtes et les suspendaient au pipe-line pour prendre des photos avec leurs portables. Les choses n’ont fait qu’empirer avec l’arrivée à la présidence de Kadyrov en 2007, au moment où il a pris le contrôle du réseau informel des milices ainsi que du MVD.

En 2008, il a fini d’éliminer ses rivaux comme Movladi Baysarov, qui contrôlait des unités rivales comme la force Gorets et a réorganisé les Kadyrovsty sous un seul commandement loyal à son égard. Depuis l’armée privée redoutée a été accusée d’enlèvement, meurtres et viols. Ils ont conforté le régime répressif de Kadyrov et ont été le ciment de son despotisme, répandant peur et violence.

Et bien que l’effectif de l’armée privée reste non confirmé, les estimations varient entre 10 000 et 20 000 hommes.

Bien que le cas d’Amriev ne soit pas l’exemple le plus notable ou le plus médiatisé d’une opération des Kadyrovsty à l’extérieur de la République Tchétchène, c’est cependant un nouveau rappel que Kadyrov, l’homme que Poutine a personnellement désigné pour pacifier la Tchétchénie, est en train d’échapper au contrôle du Kremlin.

Nous avons appris par le Noeud Caucasian du 9 juin qu’après sa fuite Amriev a été extradé en Russie. Nous ne pouvons qu’être très inquiets.

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