Archive | juin 2017

Des nouvelles de Mourad Amriev et de Zhalaudi Geriev

Mourad Amriev, victime de torture, a été remis en liberté en Tchétchénie

Mourad Amriev a été remis à des agents russes des forces de sécurité le 9 juin, à 3 heures du matin, après avoir été renvoyé du Bélarus où il avait tenté en vain de demander l’asile. Il a été libéré sous caution, à condition de ne pas quitter la Tchétchénie. Le 9 juin à minuit, le ministère des Affaires intérieures de Tchétchénie a déclaré qu’à 3 heures du matin, Mourad Amriev a été remis à des agents du ministère tchétchène des Affaires intérieures. Le 10 juin, les médias ont relaté que Mourad Amriev avait été libéré sous caution, à condition qu’il ne quitte pas la Tchétchénie.

Mourad Amriev a été filmé alors qu’il retrouvait ses parents et a déclaré aux journalistes du site web d’information Meduza : « Aujourd’hui, je suis avec ma famille et tout va bien. Depuis le moment où j’ai été remis à la police, personne n’a usé de la force contre moi ni ne m’a insulté. Bien sûr, toute cette situation a été source d’un stress énorme. Mes projets personnels et sportifs ont été ruinés, mais aucune menace ne pèse à présent sur moi-même ou ma famille. Je le dis en toute honnêteté et sans aucune pression. » Mourad Amriev a déclaré qu’il ne souhaitait pas s’exprimer au sujet de la plainte qu’il avait déposée précédemment au sujet de tortures subies en Tchétchénie en 2013, pas plus qu’il ne souhaitait parler du fait qu’il avait reconnu parmi les policiers qui ont tenté de le ramener de Briansk (dans l’ouest de la Russie) en Tchétchénie, république russe dans le Caucase du Nord, l’un des agents qui l’avaient torturé en 2013. Il a déclaré qu’il en parlerait plus tard.

(Amnesty International le 13 juin 2017)

La plainte de Zhalaudi Geriev devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH).

L’avocat de Zhalaudi Geriev, un correspondant du Noeud Caucasien accusé de trafic de drogue, a porté plainte devant la CEDH. Zhalaudi Geriev soutient que l’accusation a été fabriquée. Auparavant des organisations des droits de l’homme l’ont reconnu comme prisonnier politique.

Le Noeud Caucasien a rapporté que le 5 avril 2017 le Président de la Cour suprême a confirmé le verdict de la condamnation par la Cour du district de Shali, le 5 septembre 2016, à trois ans d’emprisonnement pour possession de marijuana. Selon l’avocat de Zhalaudi Geriev, au cours de l’enquête, les organes officiels chargés de l’enquête préliminaire, les agences de contrôle ont violé les normes de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

« Nous supposons que les droits de ZHALAUDI Geriev garantis par les articles 3, 6, 10 de la Convention Européenne ont été violés : Ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, le droit à un procès équitable et des garanties minimum pour les droits de la défense au procès aussi bien que la violation du droit à la liberté d’expression. Nous avons porté plainte auprès de la CEDH. » a déclaré l’avocate Neodesha Yermolaeva à notre correspondant.

(Le Noeud Caucasien du 26 juin 2017)

 

En Tchétchénie : « Un mélange de puritanisme musulman et de patriotisme russe »

Le président Ramzan Kadyrov est porteur d’une idéologie que Moscou utilise dans le cadre de sa politique d’influence en direction du monde musulman.

(Article du Monde du 16/06/2017. Propos recueillis par Benoît Vitkine )

Professeure associée à la George Washington University, Marlène Laruelle travaille sur le thème des idéologies et du nationalisme dans l’espace postsoviétique. Elle a récemment publié, avec Jean Radvanyi, La Russie entre peurs et défis (Armand Colin, 238 pages). Marlène Laruelle distingue dans la politique de Ramzan Kadyrov, le président tchétchène, les éléments d’une véritable idéologie, le kadyrovisme.

Quelle vision de l’identité tchétchène Ramzan Kadyrov met-il en avant ?

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Ramzan Kadyrov est parvenu à associer l’anticolonialisme tchétchène traditionnel et un discours de soumission assumée à Moscou. Il s’agit là d’une composante essentielle du kadyrovisme, et là se trouve le principal succès du régime. Pour réussir cette synthèse improbable, Kadyrov utilise une vision très folklorique du nationalisme, inspirée de l’époque soviétique : les traditions, les danses, les chants… Il reprend aussi à son compte le discours faisant de la Tchétchénie une grande nation guerrière, mais en gommant les épisodes où les chefs de guerre se sont opposés à Moscou. Est également gommée toute référence à la déportation des Tchétchènes par Staline, en 1944, qui pendant toutes les années 1990 a cristallisé le sentiment national tchétchène. Cela permet à Kadyrov de développer un discours nationaliste tout en affichant sa soumission au centre, et même en la surjouant. Comme aux temps soviétiques, l’idée est que l’on peut célébrer la petite nation (tchétchène) dans le cadre de la grande nation (russe).

Il faut aussi rappeler deux éléments qui ont facilité cette stratégie. L’argent, d’abord, qui a coulé à flots depuis Moscou dans les années 2000, et permet de montrer au peuple que la loyauté paie. La répression, ensuite : en même temps qu’il a coopté certains anciens combattants des deux guerres (1994-1996 et 1999-2000), le président a éliminé ceux qui refusaient de lui prêter allégeance. Il a aussi étouffé toute voix discordante dans la société civile.

Qu’en est-il de la religion ?

L’islam est central dans le discours et l’idéologie kadyrovistes. Il s’agit là aussi d’une synthèse, qui mêle une pratique de l’islam traditionnel tchétchène, inspiré du soufisme, et une dose très importante de puritanisme antioccidental, jouant du rejet d’un Occident décadent, résumé à ses homosexuels et ses femmes aux mœurs légères. Le port du voile est devenu quasi obligatoire dans l’espace public, celui du hidjab l’est pour les fonctionnaires et les étudiantes. Le président affirme régulièrement que les femmes sont inférieures aux hommes, il justifie les crimes d’honneur. Les homosexuels sont victimes d’une sévère répression. Comme un symbole, l’épouse de Ramzan Kadyrov développe des lignes de vêtements inspirées de la mode des pays du Golfe. Vue de l’extérieur, cette vision de l’islam s’inspire du salafisme, mais Kadyrov lui-même refuse ce qualificatif. Son objectif principal est d’éviter que le djihadisme monopolise le discours rigoriste. Kadyrov capte une partie de ce discours et réprime aussi bien les mouvements proches de la sphère djihadiste que les mouvements rigoristes qui n’affichent pas leur loyauté au pouvoir.

Vous faites aussi du kadyrovisme, dans sa composante religieuse, un élément du « soft power » russe…

La politique d’influence russe est un mécanisme très souple : le Kremlin laisse une marge de manœuvre à certains acteurs, qui prennent leurs propres initiatives, leurs propres risques, et sont ensuite récompensés ou punis. Dans ce cadre, la niche qu’occupe Kadyrov, c’est la valorisation de la Russie auprès du monde musulman conservateur : les Etats du Golfe, le Maroc, l’Egypte, la Jordanie… Autant de pays qui sont traditionnellement proaméricains. Les actions prises en ce sens sont diverses. En 2011, Kadyrov a, par exemple, réussi à faire venir à Grozny [la capitale de la Tchétchénie] un calice ayant soi-disant appartenu au prophète Mahomet. En 2015, après l’attentat contre Charlie Hebdo, les autorités tchétchènes ont organisé la plus importante manifestation anti-Charlie dans le monde – 800 000 participants, sur une population de 1,2 million.

Ces initiatives dépassent parfois les souhaits de Moscou. Ce fut, par exemple, le cas de la conférence d’imams sunnites organisée à Grozny en septembre 2016, au cours de laquelle le wahhabisme a été dénoncé comme n’appartenant pas au sunnisme. Cet événement a entraîné des protestations de l’Arabie saoudite.

Cette stratégie a un double avantage : sur la scène intérieure russe, Grozny se pose en concurrent de l’Eglise orthodoxe dans la défense des « valeurs traditionnelles » et défie les autres visions de l’islam russe avancées par les Directions spirituelles [les institutions centralisées qui représentent l’islam de Russie, sorte de « clergé »] ; sur la scène extérieure, le kadyrovisme devient un produit d’exportation vers le Moyen-Orient, où certains Etats sont tentés par le mélange de rigorisme et de répression promu par Kadyrov. Quant à Ramzan Kadyrov, en parallèle du culte de la personnalité mis en place en Tchétchénie même, il rêve d’être reconnu comme un des leaders du monde islamique et multiplie les invitations à Grozny de chefs d’Etat étrangers. Il cherche aussi à s’imposer comme un politicien de niveau fédéral en Russie même.

Le président tchétchène est connu pour son narcissisme et ses sorties frisant le ridicule. Comment tout cela peut-il être constitutif d’une idéologie ?

Je parle d’une idéologie au sens large, pas d’une doctrine. Le kadyrovisme propose une vision du monde, il a ses codes propres, ses rituels, ses mécanismes de pouvoir, et une certaine logique interne. Dans ce sens, le kadyrovisme est même une idéologie plus cohérente que le poutinisme, qui est plus complexe, moins centré sur son auteur, et qui s’adresse à une Russie bien plus diverse culturellement et socialement que la petite Tchétchénie. Les ressorts du kadyrovisme sont plus simples. L’usage de la violence et de la répression y a plus cours que dans le reste de la Russie. Le président s’appuie sur un clan aux intérêts bien plus cohérents que les divers groupes gravitant autour de Vladimir Poutine. Il gouverne aussi en se reposant sur les structures traditionnelles de la société tchétchène, sur ses clans, les teips.

Les excès du personnage Kadyrov, son utilisation frénétique des réseaux sociaux – où il s’affiche aussi bien en train de prier, de pratiquer les arts martiaux que de dompter des serpents – constituent un autre versant de ce mode de gouvernance, qui répond à certains critères de machisme et de sultanisme. Pour ce dirigeant encore très jeune (40 ans), la démonstration des excès est une démonstration de pouvoir. Elle crée aussi une image pour lui et la République qui correspond aux canons de la communication moderne.

Ramzan Kadyrov ne se contente pas du « soft power ». Il n’hésite pas à utiliser la force, à se poser comme un potentiel acteur militaire…

Oui, et c’est cohérent avec son discours à la fois de puissance retrouvée et de soumission au Kremlin. Ramzan Kadyrov se présente comme le bras armé de Moscou à l’intérieur et à l’extérieur. Il multiplie ainsi les menaces contre les figures dissidentes russes, et l’enquête sur l’assassinat par un commando tchétchène de l’opposant Boris Nemtsov, en février 2015 à Moscou, semble mener tout droit à Grozny.

A l’appui de ce discours et de ces menaces, Kadyrov met aussi en scène sa puissance militaire. Le président tchétchène dispose d’une garde prétorienne forte de 20 000 à 30 000 hommes, très bien équipés et loyaux plus à sa personne qu’aux institutions fédérales. Au moins 300 combattants tchétchènes ont été envoyés dans le Donbass, au côté des séparatistes en guerre contre le pouvoir ukrainien. Dans le même temps, Kadyrov, claironnait : « Si on nous le demande, nous sommes prêts à aller jusqu’à Kiev. » Il a ensuite tenu le même discours à propos de la Syrie. Et Vladimir Poutine a choisi, très symboliquement, d’envoyer plusieurs centaines de membres d’unités tchétchènes pour assurer des missions de police militaire dans la ville d’Alep tout juste reconquise.

Cette armée quasi privée de Ramzan Kadyrov n’a-t-elle pas de quoi inquiéter le Kremlin ?

C’est une crainte ancienne. La Russie est un grand régime bureaucratique, elle se méfie des initiatives personnelles. Après le meurtre de Boris Nemtsov, cette inquiétude a été particulièrement forte. Dans certains cercles du pouvoir, à Moscou, on peut même parler d’une véritable colère. Cela n’a pas empêché Kadyrov d’en rajouter dans la provocation, quelques mois plus tard, en donnant l’ordre à ses hommes d’ouvrir le feu sur les forces de l’ordre russes qui opéreraient sans son autorisation sur le sol tchétchène.

Pour l’instant, Vladimir Poutine considère qu’il maîtrise la situation. Les actions de Kadyrov sont plus de l’ordre de la provocation que du passage à l’acte. Il en use comme pour réaffirmer sa dévotion au chef en même temps que son pouvoir territorial sur la Tchétchénie, dans une logique quasiment féodale. Et il joue aussi des divisions entre les services de sécurité fédéraux, notamment de la rivalité entre le ministère de l’intérieur et le FSB, les services spéciaux, chez qui se trouvent la plupart de ses soutiens. La création annoncée d’une Garde nationale sera un vrai test, puisqu’elle est censée récupérer sous son contrôle les troupes de Kadyrov. Théoriquement, cela reviendra à l’affaiblir, mais il est encore trop tôt pour préjuger du résultat : en découlera-t-il une normalisation de la Tchétchénie, ou va-t-on, à l’inverse, assister à une sorte de « kadyrovisation » de la Russie ?

Le kadyrovisme a-t-il un avenir au-delà de Ramzan Kadyrov ?

Si le régime russe considère que la Tchétchénie est suffisamment normalisée, il est possible qu’il décide de se passer de Kadyrov. Si Poutine tombe, les choses sont encore plus évidentes : Kadyrov ne fera pas long feu. Mais dans tous les cas, le Kremlin fera tout pour préserver cette idéologie, mélange de puritanisme musulman et de patriotisme russe. Grâce à elle, Moscou contredit l’idée qu’en développant son identité orthodoxe il s’aliène ses musulmans [environ 10 % de la population]. Il est en passe de réussir à conjuguer une certaine forme d’islamisme avec ses discours sur la grande puissance russe. Ce n’est pas un hasard si l’islam tchétchène gagne du terrain hors de ses bases, jusque dans l’Oural ou l’Asie centrale.

 

Le pouvoir et la vengeance

La lutte est prisée de beaucoup de Tchétchènes à travers l’Europe et en particulier le MMA. C’est aujourd’hui un article du 6 juin d’une revue consacrée au MMA (Bloody Elbow) que nous vous offrons. Il relate en le mettant en perspective ce qui est arrivé à un sportif tchétchène et par ce biais la menace grandissante du pouvoir tchétchène actuel bien au-delà de ce petit pays.

Les forces spéciales tchétchènes sont à la recherche d’un pratiquant de MMA qui a fui près avoir été torturé.

Le matin du 6 juin, Murad Amriev a été escorté d’une cellule temporaire au bureau du procureur à Bryansk, en Russie. Arrêté pour possession d’un document prétendument falsifié. L’ancien champion amateur de MMA risquait plus qu’une simple condamnation à la prison. Amriev représentait un intérêt particulier pour les forces spéciales qui l’ont recherché depuis sa fuite de la Tchétchénie en 2013. Bien que détenu dans la région de Bryansk le sportif risque une extradition en Tchétchénie.

Tandis qu’Amriev était dans l’attente d’un sort malheureux dans le bâtiment sinistre, les commandos tchétchènes et les agents du Ministère de l’Intérieur en civil ont commencé à entourer le bâtiment. Certains se tenaient masqués et menaçants, armés d’armes automatiques et refusaient de répondre à toutes autorités locales. L’un d’eux a déclaré que les agents personnels de Kadyrov avaient le droit de détenir des suspects dans toute la Russie et Amriev ne faisait pas exception.

Un des membres du commando tchétchène s’est approché de l’avocat d’Amriev, Peter Zaikin, présent au bureau du procureur et a révélé d’une manière brutale que son client était sur une liste fédérale de personnes recherchées. Quand l’avocat a demandé sur quelle base les autorités tchétchènes l’avaient inscrit sur cette liste la réponse fut ferme et agressive. « Quelle importance ! » a craché le membre du commando.

La présence des agents tchétchènes prouve de manière certaine que si le procureur ne transférait pas Amriev à Grozny ils s’en occuperaient eux-mêmes.

Après quelques heures de tension le procureur a décidé qu’Amriev était libre de quitter le bâtiment et qu’il ne serait pas transféré à Grozny, s’assurant donc qu’il ne tomberait pas entre les mains d’un gouvernement qui pourrait agir illégalement à son égard. La décision du procureur coïncidait avec le mépris affiché du commando pour l’avocat d’Amriev donnant lieu à une altercation verbale entre les Tchétchènes et la défense. La confusion a duré quelques minutes laissant à Amriev assez de temps pour quitter le bâtiment en courant et sauter dans la voiture de ses proches qui ont démarré immédiatement.

Il s’en est fallu d’un cheveu. Amriev a tout juste échappé aux forces de Kadyrov. Et, cependant, une vendetta de long terme et son statut d’homme recherché en Tchétchénie font craindre que la menace sur sa vie demeure une possibilité tout à fait réaliste.

La vendetta réactivée

Les problèmes de Murad Amriev ont commencé deux jours plus tôt quand il a dû retourner en Russie pour prolonger le visa qui lui permettait de résider à l’étranger. Après avoir décidé de reprendre le train pour revenir dans son pays natal il a été arrêté à la gare de Suzemka, le premier arrêt après la frontière de l’Ukraine.

Après que les autorités locales de Bryansk ont déclaré que le nom du champion de MMA était sur une liste fédérale de personnes recherchées, Amriev a été placé en détention provisoire par la police russe qui le soupçonnait d’être en possession d’un document de voyage falsifié. Pendant que l’athlète tchétchène attendait qu’on décide de son sort il devint évident que la détention d’Amriev était intervenue à la requête des forces légales tchétchènes qui le recherchaient depuis 2013.

Selon Novaya Gazeta, le média indépendant qui a relaté l’épuration des hommes suspectés d’homosexualité en Tchétchénie ces derniers mois, les ennuis d’Amriev prennent racine dans un conflit personnel avec un officier de police tchétchène. Le reportage suggère que cet officier de police, Mogomed Dashaev, est pratiquement à la tête des forces de police de Grozny. En 2013, Dashaev a accusé le frère aîné d’Amriev d’avoir attenté à sa vie, cependant il ne pouvait agir contre lui car ce frère résidait en Allemagne, hors de sa juridiction. A la place le policier a lancé une vendetta et a transféré le poids de la punition sur Murad le frère plus jeune.

Du coup, Amriev a été kidnappé le 25 août 2013, et jeté dans un voiture noire, un T-shirt sur la tête. Il a été emmené dans un centre de détention secret et torturé de manière répétée pour le forcer à signer un déclaration accusant son frère de tentative d’assassinat. Bien que, menotté pendant deux jours dans une cellule, en étant battu brutalement et électrocuté pour le simple fait d’être le frère du suspect, Amriev a refusé de signer la déclaration.

Après 48 heures de ce traitement inhumain, Amriev a été reconduit à la maison familiale par des policiers tchétchènes. Ils ont informé les parents que si le frère aîné ne revenait pas affronter les conséquences de ses actes supposés tout le poids en serait transféré à Murad. En bref, le chef de la police a déclaré Amriev comme son ennemi naturel.

Craignant pour sa vie après que le policier a invoqué la vendetta, Amriev a rencontré le Comité pour la Prévention de la Torture et a dû fuir son pays. Il a déménagé en Ukraine et est passé professionnel en MMA, où il fait merveille. Cependant il a été placé sur la liste fédérale russe des personnes recherchées en 2014 après que les autorité tchétchènes ont déclaré ses documents falsifiés.

L’accusation de falsification s’origine dans une faute de frappe sur la copie de son certificat de naissance que sa mère avait demandé après la destruction par bombes de leur maison en 2000 durant la deuxième guerre de Tchétchénie. Son année de naissance est à présent précisée comme étant 1986 au lieu de 1985 et il n’a pu la changer depuis. Cette petite infraction a permis aux autorités tchétchènes de placer Amriev sur la liste et à s’assurer qu’il serait détenu en cas de retour en Russie.

Un cas d’école illustrant la sphère d’influence de Kadyrov

Tandis que le cas Amriev illustre le danger d’être recherché par les policiers tchétchènes motivés par une revanche personnelle, il met aussi en lumière l’extrême liberté avec laquelle le dirigeant de longue date de la République Tchétchène Ramzan Kadyrov agit sur tout le territoire de la Russie.

L’arrivée de forces spéciales tchétchènes en civil et de commandos masqués dans la région de Bryansk (à plus de 1800 km de leur juridiction en Tchétchénie) est un signal alarmant de l’autonomie de Kadyrov par rapport au Kremlin autant que de l’influence dont il jouit sur le Ministère de l’Intérieur Russe. C’est aussi un rappel que l’armée privée de Kadyrov, sinistrement nommée les Kadyrovtsy, reste une force de terreur dans les cercles russes.

Les Kadyrovsty sont apparus durant la première guerre tchétchène au cours des années 90 comme une milice armée tout à fait loyale au clan Kadyrov. Créée par le père de Ramzan, Akhmad Kadyrov, l’unité s’est étoffée des anciens rebelles et transformée en un service de sécurité présidentielle en 2003, ayant prêté serment de protéger le président de la république. Les Kadyrovsty ont même été formellement intégrés au Ministère de l’Intérieur Tchétchène (MVD) avant l’assassinat d’Akhmad Kadyrov en 2004.

Au cours de son accès au pouvoir, Ramzan Kadyrov a utilisé ces unités qui sont restés loyales à son clan. Elles ont même pris part au conflit armé contre les forces de l’ancien président Alou Alkhanov. Des reportages en 2005 d’Anna Politkovskaïa donnaient des exemples de mutilations de cadavres par les Kadyrovsty : ils tranchaient les têtes et les suspendaient au pipe-line pour prendre des photos avec leurs portables. Les choses n’ont fait qu’empirer avec l’arrivée à la présidence de Kadyrov en 2007, au moment où il a pris le contrôle du réseau informel des milices ainsi que du MVD.

En 2008, il a fini d’éliminer ses rivaux comme Movladi Baysarov, qui contrôlait des unités rivales comme la force Gorets et a réorganisé les Kadyrovsty sous un seul commandement loyal à son égard. Depuis l’armée privée redoutée a été accusée d’enlèvement, meurtres et viols. Ils ont conforté le régime répressif de Kadyrov et ont été le ciment de son despotisme, répandant peur et violence.

Et bien que l’effectif de l’armée privée reste non confirmé, les estimations varient entre 10 000 et 20 000 hommes.

Bien que le cas d’Amriev ne soit pas l’exemple le plus notable ou le plus médiatisé d’une opération des Kadyrovsty à l’extérieur de la République Tchétchène, c’est cependant un nouveau rappel que Kadyrov, l’homme que Poutine a personnellement désigné pour pacifier la Tchétchénie, est en train d’échapper au contrôle du Kremlin.

Nous avons appris par le Noeud Caucasian du 9 juin qu’après sa fuite Amriev a été extradé en Russie. Nous ne pouvons qu’être très inquiets.