Archive | mai 2017

Russie : Purge anti-gays en Tchétchénie

Utile mise en perspective des évènements en Tchétchénie. Nous pensons utile de vous transmettre ce communiqué de Human Right Watch car il permet de situer l’offensive actuelle contre les homosexuels en Russie comme un des éléments de répression sauvage qui malheureusement sévit sous diverses formes depuis des années. Cette constance dans la répression illégale qui traduit la faible confiance que l’on peut placer dans la justice russe nous amène à souligner fortement le risque que la France fait courir aux réfugiés tchétchènes en les renvoyant en Russie, ce qui est de moins en moins rare.

26 mai 2017

Les victimes de rafles punitives sont toujours en danger

(New York) – La police de Tchétchénie a appréhendé, passé à tabac et humilié des dizaines d’hommes gays ou bisexuels dans un effort visant apparemment à en purger la société tchétchène, a confirmé Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui. Les autorités fédérales russes devraient s’assurer que leur enquête sur ces violations flagrantes des droits humains soit effective et de nature à faire rendre des comptes aux autorités tchétchènes. Les gouvernements étrangers devraient fournir des refuges sûrs aux victimes, qui demeurent exposées à un danger immédiat de violences physiques tant qu’elles restent en Russie.

« Les hommes qui ont été visés par ces purges anti-gays ont subi une épreuve épouvantable en Tchétchénie », a déclaré Graeme Reid, directeur de la division Droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) à Human Rights Watch. « Il incombe au Kremlin de traduire en justice les responsables de ces violences et de protéger toutes les personnes vivant en Russie, quelle que soit leur orientation sexuelle. »

Ce rapport de 42 pages, intitulé « ‘They Have Long Arms and They Can Find Me’: Anti-Gay Purge by Local Authorities in Russia’s Chechen Republic » (« ‘Ils ont le bras long et ils peuvent me retrouver : Purge anti-gays dans la République russe de Tchétchénie »), est basé sur des entretiens directs avec des victimes de la campagne contre les homosexuels lancée au printemps 2017 par les autorités chargées de l’application des lois et les responsables de la sécurité de Tchétchénie.

À partir de la dernière semaine de février et au moins jusqu’à la première semaine d’avril, la police a appréhendé des hommes qu’elle soupçonnait d’être homosexuels, les a détenus dans des lieux tenus secrets pendant des jours, voire des semaines, les a torturés, humiliés et privés de nourriture, les forçant à donner des informations au sujet d’autres hommes susceptibles d’être gays. Elle a restitué la plupart de ces hommes à leurs familles, mais en révélant leur homosexualité et en encourageant indirectement les membres de leurs familles à commettre des « crimes d’honneur. » Ceux d’entre eux qui se sont enfuis de Tchétchénie demeurent en danger où qu’ils se trouvent en Russie, où persistent les menaces à leur encontre.

Les autorités fédérales russes ont tout d’abord rejeté les informations au sujet de ces violences. Mais à la suite de pressions internationales croissantes, plusieurs agences fédérales ont ouvert des enquêtes et le président Vladimir Poutine s’est engagé à évoquer ces informations avec le procureur général et le ministre de l’Intérieur. Les autorités de Tchétchénie se sont déclarées prêtes à coopérer aux enquêtes fédérales, mais elles ont également nié avec véhémence l’existence de l’homosexualité en Tchétchénie et ont à plusieurs reprises fustigé et menacé des journalistes et des défenseurs des droits humains pour avoir soulevé cette question.

L’éminent journal russe Novaya Gazeta a été le premier organe de presse à faire état des purges anti-gays, et le réseau Russian LGBT Network, une organisation indépendante russe qui soutient les personnes LGBT dans ce pays, a fourni aux victimes une assistance d’urgence.

Plusieurs hommes seraient décédés à la suite des épreuves subies. À la fin mai, aucun nouvel enlèvement n’avait été signalé mais certains des hommes appréhendés étaient apparemment toujours en détention.

En Tchétchénie, la police a placé ces hommes dans plusieurs lieux de détention secrets où elle maintient d’autres personnes en Suite aux récentes révélations sur la “purge” visant des hommes homosexuels en Tchétchénie, république russe dirigée par Ramzan Kadyrov, HRW a publié un rapport apportant plus de précisions sur ces abus et appelle à la libération immédiate de tous les hommes encore illégalement détenus.détention illégale, notamment des individus soupçonnés de collaboration avec des insurgés ou d’usage de drogues. La police a violemment battu tous ces détenus et les a torturés à plusieurs reprises à l’électricité. Les gardiens ont également encouragé et parfois forcé les autres détenus à passer à tabac et à humilier les hommes présumés gays.

Des membres des autorités tchétchènes, dont deux responsables de haut niveau, ont visité ces lieux de détention secrets, ont fustigé les détenus soupçonnés d’homosexualité et se sont contentés d’observer lorsque les gardes les maltraitaient.

Au cours de la dernière décennie, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, avec l’appui tacite du Kremlin, a bâti son régime sur une répression brutale, a affirmé Human Rights Watch. Les agences chargées de l’application des lois et de la sécurité, sous le contrôle de facto de Ramzan Kadyrov, ont enlevé des personnes à leur domicile, sur leur lieu de travail et dans les rues, les ont retenues au secret dans des lieux inconnus et leur ont fait subir des disparitions forcées, des actes de torture, des exécutions extrajudiciaires et des punitions collectives. Pendant des années, leurs cibles étaient des insurgés armés présumés et leurs prétendus collaborateurs mais à la longue, la police et les forces de sécurité ont commencé à recourir également à ces méthodes contre des dissidents locaux, des journalistes indépendants, des musulmans salafistes, des utilisateurs de drogues et d’autres personnes, que les dirigeants tchétchènes considèrent comme « indésirables ».

« Nous n’avons jamais vu de responsables tchétchènes appréhender des hommes gays pour qu’ils soient maintenus en détention et torturés », a déclaré Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Mais les responsables locaux de la sécurité ont recours depuis des années, en toute impunité, à ces mêmes tactiques illégales et violentes pour nettoyer la Tchétchénie des prétendus ‘indésirables’. »

Beaucoup de ces hommes ont fui la Tchétchénie après avoir été remis en liberté mais, tant qu’ils demeurent en Russie, ils courent le double risque d’être pourchassés et maltraités par les forces de sécurité tchétchènes et par les membres de leurs propres familles.

La Tchétchénie est une société majoritairement musulmane très conservatrice et l’homosexualité y est généralement considérée comme une honte pour l’honneur de la famille – attitude encouragée par des responsables tchétchènes de haut niveau qui ont publiquement justifié comme crime d’honneur le meurtre d’hommes gays et bisexuels.

« Magomed », l’une des victimes de la purge, a déclaré à Human Rights Watch: « Ils ont le bras long et ils peuvent nous retrouver, moi et les autres, n’importe où en Russie, c’est juste une question de temps. »

Bien que les responsables fédéraux russes se soient engagés à enquêter sur les allégations de purge anti-gays, ils ont invoqué à plusieurs reprises l’absence de plaintes déposées par les victimes pour suggérer que ces allégations n’étaient que des rumeurs. Cependant, Human Rights Watch a souligné que les autorités tchétchènes ont la réputation d’exercer des représailles impitoyables à l’encontre des habitants qui osent protester contre leurs abus.

Ces dernières années, Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels les responsables tchétchènes ont exercé des représailles contre les membres des familles d’individus qui ont fui la région et tenté d’obtenir justice pour les abus dont ils ont souffert.

« Les hommes qui ont survécu à l’épreuve de la purge anti-gays en Tchétchénie sont pris entre deux feux: leur peur très justifiée de représailles officielles, et la crainte de subir des violences de la part de leurs propres familles », a affirmé Graeme Reid. « Les responsables russes devraient répondre au problème posé par l’extrême vulnérabilité des victimes et par leurs réticences légitimes à porter plainte publiquement. »

L’enquête des autorités fédérales russes devrait être exhaustive et de nature à amener les responsables d’abus à rendre des comptes. Les autorités devraient n’épargner aucun effort pour protéger les victimes, les témoins et leurs proches familles, a déclaré Human Rights Watch. L’organisation a également appelé les gouvernements étrangers à maintenir la pression sur Moscou, y compris par des demandes régulières d’informations sur les progrès de l’enquête, et à offrir rapidement des refuges sûrs aux victimes de la purge qui cherchent à se mettre en sécurité dans des pays tiers.

https://www.hrw.org/fr/news/2017/05/26/russie-purge-anti-gays-en-tchetchenie

 

Le journal « Petersburgskaya Gazeta » présente ses excuses à propos d’un article sur la déportation des Ingouches.

Nous nous souvenons qu’en Tchétchénie il est maintenant interdit de commémorer la date de la déportation et Ruslan Kutaev est en prison depuis 2014 pour l’avoir évoquée. Nous voyons dans cet article qu’une tentative de révision de l’histoire peut toucher aussi l’Ingouchie par le biais de la remise en cause du caractère criminel de la déportation des Ingouches par un média de Saint Pétersbourg.

Après la protestation du Ministère des nationalités d’Ingouchie, le comité éditorial de Petersburgskaya Gazeta s’est excusé d’avoir publié une interview de Serguey Plotnikov, directeur de la Holding Media « News Pool » intitulé « les Ingouches devraient remercier Staline pour la déportation et lui ériger des monuments » dans laquelle la déportation des Ingouches et des Tchétchènes était qualifiée de « douce punition ».

Le Noeud Caucasien rappelle que le 5 mai, Ulan Evloev, Ministre aux questions de nationalité a exhorté le bureau du procureur général de Russie à réagir à l’interview publiée le 3 mai.

« L’équipe éditoriale du Petersburgskaya Gazeta et la direction du LLC « News Pool » transmettent leurs plus plates excuses au peuple Ingouche et au gouvernement d’Ingouchie pour ce qui est dit de la déportation par Staline et qui a porté atteinte à l’honneur des vétérans ingouches de la seconde guerre mondiale. »

D’après le bureau éditorial : « le journal Petersburgskaya Gazeta pointe les inexactitudes de cet article. « En particulier il oublie de mentionner le fait qu’il y avait des soldats, parmi les personnes réprimées, sur le front qui ont héroïquement combattu dans l’Armée Rouge contre les envahisseurs hitlériens, « .

Selon l’un des co-propriétaires du journal, Plotnikov a reçu un blâme et son interview a été retirée du site web.

Article du Noeud Caucasien du 17 mai 2017

 

RUSSIE : UN JOURNAL MENACÉ POUR AVOIR PUBLIÉ DES INFORMATIONS SUR DES ENLÈVEMENTS

Tout au cours de ces dernières années Novaya Gazeta a joué un rôle essentiel pour rendre compte de ce qui se passait en Tchétchénie. Rappelons qu’Anna Politkovskaïa était reporter dans ce journal et que son assassinat est sans doute lié à ce qu’elle a pu y révéler. Dans un contexte journalistique qui a vu l’ensemble des médias de gré ou de force évoluer vers une sorte de conformisme à l’exception de Novaya Gazeta et d’EkhoMoskvy, que ces deux médias soient à présent menacés montre que malheureusement on vise juste : après eux plus personne.

Amnesty International a lancé le 21 avril une action urgente à propos de ces menaces :

Les membres du personnel du journal russe Novaya Gazeta et des journalistes les soutenant ont été menacés à la suite de la publication par ce journal d’informations concernant l’enlèvement d’hommes gays et les tortures qui leur ont été infligées en Tchétchénie.

Le 1er avril, Novaya Gazeta a indiqué que plus d’une centaine d’hommes perçus comme étant gays avaient été récemment enlevés dans le cadre d’une campagne coordonnée. Les hauts responsables tchétchènes ont réagi en niant ces informations ou avec des menaces à peine voilées. Le 3 avril, 15 000 personnes incluant des aînés tchétchènes, des leaders d’opinion et des théologiens musulmans ont participé à un rassemblement dans la mosquée du centre de Grozny, la capitale tchétchène. Lors de ce rassemblement, Adam Shakhidov, un conseiller du dirigeant du pays, a publiquement accusé le journal d’avoir menti et a déclaré au sujet des membres de son personnel : « [Ce sont] des ennemis de notre foi et de notre patrie. » Une résolution a été adoptée lors du rassemblement, disant, entre autres choses : « Puisque les fondations séculaires de la société tchétchène ont été insultées, de même que la dignité des hommes tchétchènes et notre foi, nous promettons que les véritables instigateurs [de ceci] subiront des mesures de rétorsion, quels qu’ils soient, où qu’ils se trouvent et peu importe le temps que cela prendra”. Un enregistrement du discours d’Adam Shakhidov et du rassemblement a été largement diffusé à la télévision publique nationale et sur les réseaux sociaux. À la suite de ces menaces visant Novaya Gazeta, la radio indépendante Ekho Moskvy, qui a exprimé son soutien au personnel menacé, a elle aussi été menacée par le mufti de Tchétchénie, Salakh Mejiyev.

Les appels à des représailles lancés par le passé en Tchétchénie par des personnes influentes ont de nombreuses fois été suivis par des attaques visant les personnes mises en cause, et même par des homicides. Ceux qui ont lancé les menaces sont restés impunis, et les homicides et autres violences n’ont jamais fait l’objet d’enquêtes exhaustives et efficaces. Figurent au nombre des victimes de telles attaques la journaliste de Novaya Gazeta Anna Politkovskaya, connue pour ses reportages sur la Tchétchénie, qui a été assassinée en 2006, ainsi que la défenseure des droits humains Natalia Estemirova, qui avait souvent travaillé pour Novaya Gazeta et qui a été assassinée en 2009.