Archive | janvier 2017

Ruslan Kutaev et d’autres prisonniers politiques ainsi que leurs familles sont les héros d’un film projeté à Moscou.

Nous tenons à vous communiquer cet article du Nœud Caucasien du 28/01/17 car nous trouvons qu’il décrit une situation émouvante. D’abord il évoque le sort de personnes dont on ne parle pas souvent. Une fois qu’ils sont en prison on oublie les militants et c’est une occasion de les nommer. D’autre part nous songeons à cette projection engagée, à ces quelques spectateurs enthousiastes comme un motif d’espoir: ce n’est pas le nombre qui compte c’est la conviction.

Le documentaire « Il commence à faire sombre » raconte l’histoire de cinq familles de personnes reconnues comme prisonniers politiques par les défenseurs des droits. Parmi ces héros il y a la famille de Ruslan Kutaev, président de l’Assemblée des Peuples du Caucase, condamné à quatre ans de prison après avoir organisé une conférence sur la déportation du peuple tchétchène en désobéissant aux ordres du leader de la Tchétchénie.

Le correspondant local du Nœud Caucasien indique que le film a été projeté le 27 janvier au centre Sakharov avec l’aide d’un fonds d’aide aux prisonniers et à leurs familles appelé « la Russie emprisonnée ». A peu près 10 spectateurs ont assisté à la projection.

Olga Kravets, la réalisatrice et co-productrice du film est à l’origine du projet multimédia « Grozny. Neuf cités » qui a été lancé en 2009.

Un des scénarios raconte l’histoire des sept enfants de Svetlana Davydova qui attentent le retour de leur mère arrêtée pour trahison. Par la suite les poursuites ont été arrêtées.

Une autre histoire concerne la famille de Gennady Kravtsov condamné pour trahison à six ans de prison pour trahison après une recherche d’emploi où il a envoyé son CV en Suède.

Un autre épisode montre le mari et la fille d’un militant de « l’autre Russie », Taisia Osipova. Le film les montre s’apprêtant à aller lui rendre visite dans la colonie pénitentiaire.

Le film a été chaleureusement accueilli par le public et a applaudi les auteurs.

 

Un post sur Facebook qui a choqué la Russie

Arkady Babchenko, ancien soldat, romancier (auteur de « Couleur de la guerre ») et journaliste est venu deux fois à Lyon et nous l’avons rencontré à cette occasion. Nous sommes donc d’autant plus sensibles au sort qu’il subit et qu’il nous relate aujourd’hui sur son blog :

Certains ont réclamé que je sois déchu de ma citoyenneté d’autres ont fabriqué des jeux sur la toile où l’on peut me battre à mort. En Russie les dissidents comme moi sont harcelés en toute impunité.

Vous voulez savoir ce que c’est que d’être harcelé dans la Russie de Poutine? Je vais vous raconter ma propre expérience. J’ai déjà été harcelé mais cette fois la campagne contre moi est particulièrement dure.

Il y a deux semaines un TU-154 russe transportant vers la Syrie l’Ensemble Alexandrov, mondialement connu, s’est écrasé dans la Mer Noire. Ils allaient chanter pour les pilotes de l’air russes engagés dans la campagne d’Alep. J’ai écrit un post à ce propos sur Facebook. Il était neutre. Je n’appelais à rien et n’insultais personne. Je rappelais simplement à mes lecteurs que l’armée russe bombardait Alep sans porter attention aux civils, sans reconnaître que des dizaines d’enfants mourraient sous les bombes sans réaliser que les photographies de ces enfants morts faisaient le tour du monde et que la Russie est un agresseur.

En 2014 la Russie a annexé la Crimée et occupé une partie de l’Ukraine commençant une guerre qui a amené la mort d’au moins 10 000 personnes. Avant cela la Russie a occupé une partie de la Géorgie là aussi en bombardant des villes. Quant à moi après toutes ces guerres et ces morts je n’ai ressenti qu’une chose lorsque j’ai appris que des membres de l’armée russe étaient morts: de l’indifférence.  Mais pour quelqu’un ce post de Facebook n’est pas apparu assez patriotique. C’est là que tout a commencé.

Le premier qui s’est lâché fut Vitaly Milonov, un député de la Douma, célèbre pour son homophobie et son obscurantisme. Il a été à l’origine des lois qui ont limité les droits des minorités sexuelles et a participé en personne aux attaques contre les représentants de la communauté LGBT de Russie. Milonov a réclamé aux pouvoirs publics que je sois privé de ma citoyenneté russe ainsi que Bozhena Rynska, une autre journaliste qui a écrit un post insuffisamment patriotique sur Facebook, que nous soyons expulsés du pays tous les deux et que l’on confisque nos biens. Puis le sénateur Frants Klintsevich a renchéri, appelant à ce qu’on nous traite comme la loi le permet tout en nous assurant que les choses n’en resteraient pas là. Et la campagne a fait boule de neige.

Tous les élément de la machine de propagande sont entrés en action. La Première Chaine, la plus puissante chaine d’état de la Russie a appelé ses spectateurs à créer une pétition pour soutenir le retrait de notre citoyenneté et notre expulsion. 130 000 personnes l’ont signé en 24 heures. Puis la chaine caniveau LifeNews a choisi de commettre un acte délictueux et, avec l’aide d’huissiers de justice, a fabriqué une fausse amende administrative, semble-t-il pour non payement d’un ticket de bus. (Je suis un vétéran et bénéficie de ce fait de la gratuité des transports publics). Les amendes sont une pratique habituelle en Russie et sont émises pour empêcher quelqu’un de quitter le pays à cause de ses dettes.

Le bureau du Procureur Général s’occupe maintenant du post de Bozhena Rynska. L’expérience prouve que le résultat de cette inspection se terminera en affaire criminelle avec, à la clé, jusqu’à cinq ans de prison. Il faut remarquer que le Bureau du Procureur n’enquête pas sur le crash de l’avion le jour de Noël mais sur le post de Facebook. Pendant ce temps des voyous pro-gouvernementaux stationnent devant la maison de Bozhena et de temps en temps ils essaient d’entrer par effraction dans l’appartement.

Couvrir d’encre ou d’excréments est une autre pratique habituelle en Russie. Yuliya Latynina, une journaliste, a été récemment couverte d’excréments à cause de son travail. Et mes amis activistes comme Mark Galperin, ont été aspergés d’encre plusieurs fois pour avoir défilé dans la rue avec des pancartes contre la guerre. Les patriotes l’ont attaqué parce qu’il protestait contre la guerre. Qu’est-ce sinon un roman d’ Erich Maria Remarque?

Le harcèlement est un instrument très efficace. Il vous épuise. Après quelques jours il peut mener à l’épuisement nerveux.

On a diffusé mon adresse sur internet en même temps qu’une invitation à « visiter ». Je reçois des menaces ainsi que ma famille par milliers dans ma boite mail, sur Facebook et par téléphone. Les attaques et les passages à tabac contre les dissidents en Russie existent depuis longtemps, à présent il doit y avoir des centaines d’incidents de ce type. D’habitude ils utilisent des battes de baseball, des pieds de biche ou des bouteilles. Le dernier incident de cette sorte a eu lieu il y a peu de temps. En septembre mon ami Gregory Pasko, journaliste, a été attaqué par des inconnus à Barnaul. Cela vient s’ajouter aux quatre ans que Pasko, ancien officier de la marine de guerre, a purgé sous de fausses accusations d’espionnage à la fin des années 90.

La chaine pro-gouvernementale ultra nationaliste Tsargrad a récemment confectionné une liste du « Top100 » des russophobes : je suis le numéro 10 et pourtant j’ai combattu deux fois pour ce pays.

L’article lui-même était écrit avec un style tel qu’il mérite d’être cité:

« Combien de temps devrons nous supporter ceux qui se réjouissent sur les médias sociaux de la tragédie qui est  arrivée en Russie? Ils se réjouissent délibérément ouvertement et en insultant. Aujourd’hui, comme chaque jour, vous voulez amener ces dépravés à répondre de leurs grossièretés et à les leur faire payer. Et d’abord leur retirer la citoyenneté à ces Russes qui jubilent ouvertement [de cette tragédie]. Aujourd’hui la guerre n’est pas seulement en Syrie là où notre avion militaire  transportait des civils. La guerre aujourd’hui est en Russie, une guerre de l’information, certes, mais c’est encore une guerre. Et nous devons nous défendre selon les lois du temps de guerre. Ne devrait-il pas y avoir une loi sur « l’interdiction de se réjouir d’évènements qui sont tragiques pour la Russie? »

Voila l’auteur suggère que la Russie crée une loi contre la jubilation. En outre plusieurs législateurs ont approuvé cette initiative! J’imagine que cette loi passera et qu’ensuite on puisse emprisonner pour des raisons légales des gens qui ne sont pas suffisamment affligés.

Au total, l’article n’est pas très différent des journaux des années trente quand les journalistes appelaient les « ennemis du peuple » à être « abattus comme des chiens enragés ». A ce propos il y a aussi cet article (publié le 25 décembre 2016) qui réclame le retour de la peine de mort. Il semble que nos collègues de l’époque stalinienne ne sont pas si loin.

Le journal a aussi conduit une enquête auprès des lecteurs : « Que pensez-vous des Russes qui se réjouissent d’une catastrophe? ». La première réponse fut « Ces personnes inhumaines, des gens comme eux devraient se voir retirer leur citoyenneté ». 40% de ceux qui ont voté pensent que nous, les gens qui pensent différemment, sont « inhumains ». Le deuxième journal de Russie, par son tirage, également progouvernemental, écrit dans un style semblable : « morveux », « crétins », « cinq années dans une prison de femme ». La représentante officielle du ministre des affaires étrangères russe Maria Zakharova use des mêmes termes.

Pour couronner le tout, Dmitry Peskov, le porte-parole du président russe, pense que nos actes sont « d’horribles marques de folie ». Je ne plaisante pas. Les porte-parole du ministère des affaires étrangères et du président me traitent, ainsi que ceux qui me ressemblent , de « saleté », « d’ordure » et de « dingue ».

J’ai seulement donné les exemples les plus frappants de ce comportement. Tous les chaines de TV d’état sont impliquées, il y en a des douzaines. Ce flot incroyable de déshumanisation est impossible à arrêter. La propagande et la guerre contre les ennemis est une priorité nationale dans la Russie de Poutine et utilisent des monceaux d’argent.

Le harcèlement est un instrument très efficace, il vous épuise et après plusieurs jours il peut conduire à l’épuisement nerveux. Ils savent comment faire au KGB. Ils étaient à bonne école dans le passé.

Ne devez-vous pas vous attendre à être arrêter? Dieu me garde de le découvrir. Attendre d’être arrêté, ou fouillé, ou quand ils cachent sur vous des drogues ou vous accusent de pédophilie (par exemple Yury Dmitriev en Karélie, ou Vladimir Bukovsky au Royaume Uni), être battu à l’entrée de votre logement, dans la rue, abattu d’une balle dans le dos.

C’est dur. Vraiment c’est dur. Mais c’est terrifiant aussi parce que ça arrive dans notre pays.

Lorsque j’étudiais l’histoire à l’école, je ne pouvais jamais comprendre comment l’Allemagne un grand pays avait pu perdre la tête. Comment un grand pays pouvait persécuter le Juifs, organiser les pogromes, chasser les gens hors de leurs maisons, les tuer de toutes les manières possibles et finalement aller jusqu’à les brûler vivants dans les camps de la mort.

Je ne pouvais pas comprendre comment l’Union Soviétique, un grands pays, pouvait être devenue folle. Comment un pays pouvait écrire des millions de dénonciations, détruire des peuples en fonction des classes sociales, déclarer ennemis des peuples entiers et les déporter. J’étais sûr que cette époque ne reviendrait jamais. Jamais plus.

A présent je peux observer ce processus d’un pays perdant la tête pour de vrai : je suis la cible. Il n’y a pas de camps de concentration mais tout le reste est déjà en place dans la Russie de Poutine.

Arkady Babchenko 12 janvier 2017

Au Belarus, dans le train de l’exil, des tchétchènes bloqués

C’est un train comme un autre qui quitte la ville bélarusse de Brest pour Terespol, en Pologne. Mais certains des passagers ont le visage tendu: tchétchènes, ils sont sur la route de l’exil, partis de Russie et essayent une fois encore d’entrer en Pologne.

Ces Tchétchènes, musulmans, remplissent à eux seuls deux des wagons du train. Leur voyage a commencé il y a plusieurs milliers de kilomètres, en Tchétchénie, petite république russe du Caucase où leur vie a été rendue impossible par les autorités locales, avec le silence complice du Kremlin. Dans leur pays, ils sont soupçonnés d’islamisme, de rébellion anti-régime, d’implication dans des luttes de clans.

Maga, âgé de 20 ans, montre à l’AFP des photos de son dos, marqué d’entailles profondes. Des cicatrices recouvrent aussi ses avant-bras, souvenirs d’un passage à tabac par des inconnus qui ont débarqué chez lui sans prévenir.

«On ne sait pas qui ils sont. Ils te mettent un sac sur ta tête, ils t’emmènent, ils te frappent et te torturent, et on ne sait jamais pour quelle raison», raconte-t-il.

Ce jeune homme, comme les autres Tchétchènes interrogés par l’AFP à Brest, préfère donner un nom fictif plutôt que le sien, de crainte d’être retrouvé par les autorités tchétchènes.

Depuis 2007, Ramzan Kadyrov dirige d’une main de fer la Tchétchénie, marquée par deux guerres meurtrières avec l’armée russe dans les années 1990 et au début des années 2000 qui ont déjà poussé sur les routes de l’exil des milliers de Tchétchènes.

Protégé du Kremlin, Ramzan Kadyrov est régulièrement accusé de diriger la république comme son fief personnel, à l’aide d’une armée à ses ordres, les «Kadyrovtsy».

Les exactions ne cessent d’augmenter, a dénoncé en août l’ONG Human Rights Watch, estimant que «la répression semble destinée à rappeler aux Tchétchènes que le contrôle de Kadyrov est total».

– 44e tentative –

Depuis plusieurs mois, les douaniers polonais interdisent l’entrée sur leur territoire à la majorité des Tchétchènes, qui ont pourtant tous en leur possession plusieurs preuves des abus commis sur eux par les autorités tchétchènes.

Interrogées par l’AFP, les autorités polonaises ont décliné tout commentaire à ce sujet.

«J’ai déjà demandé l’asile politique, mais ils ne regardent même pas mes documents», explique à l’AFP Alan, 20 ans.

C’est la 44e fois qu’il essaie d’entrer en Pologne, mais cette fois encore, les douaniers n’ont laissé passer que deux familles et un jeune homme.

Alors Alan, comme tous les autres, prend à nouveau le train, cette fois en sens inverse. Au cours de ce trajet de 20 minutes, direction Brest, les hommes fument en silence. Leurs mains tremblent.

Beaucoup ont tant de fois tenté d’aller en Pologne que leurs passeports sont quasiment entièrement remplis des tampons des douaniers bélarusses.

Ils espèrent obtenir l’asile en Pologne, pays membre de l’Union européenne, plutôt que de rester au Bélarus, un pays allié de la Russie dirigé depuis plus de 20 ans par l’autoritaire Alexandre Loukachenko et qui ne donne pas de statut de réfugié aux citoyens russes.

– «Ils fuient pour sauver leur vie» –

Parmi ceux qui fuient, certains disent avoir été frappés en Tchétchénie pour avoir refusé de rejoindre les Kadyrovtsy. D’autres ont été torturés pour avoir critiqué Kadyrov ou ont vu leurs familles prises pour cibles dans des luttes de clans sanguinaires.

«Certains disent +je n’ai pas été torturé+, on m’a seulement battu avec des tuyaux, on m’a simplement plongé la tête dans de l’eau glaciale», remarque Viatcheslav Panassiouk, militant de l’ONG bélarusse Human Constanta, qui travaille à Brest depuis cinq mois. «Ils pensent que la torture, c’est l’électrocution, les aiguilles sous les ongles», résume-t-il.

Selon lui, un millier de Tchétchènes vivent coincés à la frontière du Bélarus et de la Pologne, tapant en vain à la porte de l’UE.

D’après les médias polonais, près de 61.000 Russes ont essuyé un refus d’entrer en Pologne à partir du Bélarus entre janvier et septembre 2016. En 2015, à la même période, ils n’étaient que 10.000.

Malgré la probabilité d’échec, les Tchétchènes n’ont pas le choix, «ils fuient pour sauver leur vie», assure Viatcheslav.

Quand certains abandonnent et décident de retourner en Tchétchénie, Viatcheslav leur demande de lui envoyer un message, pour être sûr qu’ils vont bien. Mais jusqu’à présent, il n’a reçu aucune réponse.

– Vivre à la gare –

A 24 ans, Zoulikhan a déjà tenté 36 fois de passer la frontière avec ses trois enfants. Mariée de force à 15 ans à un mari violent et drogué, elle aussi a fui.

«Quand (mon mari) a été mis en prison, les soldats ont commencé à venir la nuit», raconte-t-elle. «Ils prenaient ma fille et disaient qu’ils allaient lui arracher la langue».

En baskets dans la neige, la jeune femme grelotte. En guise de chaussettes, elle a entouré ses pieds de lambeaux de tissu.

«Ils m’ont frappé une fois», confie-t-elle, ajoutant que les Kadyrovtsy ont menacé de la dénoncer comme une islamiste radicale auprès des autorités.

A la gare de Brest, les enfants tchétchènes jouent silencieusement tandis que leurs parents discutent de leurs tentatives ratées de passer la frontière. Cette nuit, beaucoup dormiront ici, faute d’argent pour se payer un lit chaud.

«Chacun de ces enfants a une très triste histoire à raconter», regrette Marina Hulia, une professeure polonaise qui voyage souvent à Brest pour leur apprendre quelques mots de sa langue.

Pour Zoulikhan, vivre en Pologne est un impératif. «Depuis que je suis petite, je veux être docteur, mais mon enfance m’a été volée», raconte-t-elle. «On dit qu’en Pologne, on ne peut pas frapper ni maltraiter les gens. Je ne veux pas que mes enfants vivent dans la peur que je sois un jour tuée».

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Nous ajoutons cette précision pour expliquer les raisons de ce blocage des réfugiés tchétchènes à la frontière polonaise donné par le journal suisse « Les observateurs.ch » du 1er septembre 2016 :   « La Pologne refuse l’entrée à des Tchétchènes « pour protéger l’Europe du terrorisme »:

Le Ministre de l’Intérieur polonais Mariusz Błaszczak a dit à la télévision que, tant que le parti conservateur Droit et Justice était au pouvoir « nous n’exposerons pas la Pologne à la menace du terrorisme. »

Il a expliqué qu’il a refusé l’entrée aux Tchétchènes parce que la frontière est scellée pour protéger la nation et l’Europe contre le terrorisme. « Le but est de garantir la sécurité de l’Europe. »

Puisque la Pologne est au sein de l’UE lorsqu’elle empêche des réfugiés tchétchènes d’entrer c’est nous tous, Européens, qui empêchons l’entrée dans l’Union. Est-ce que les Européens ont décidé de ne plus appliquer la Convention de  Genève? 60 000 personnes sont dans cette situation et presque personne n’en parle !

Par AFP — 17 janvier 2017 à 08:45

Menaces contre le rédacteur en chef du Noeud Caucasien, Grigory Shvedov.

 

Nous vous avons fait part déjà de la condamnation inique de Zhalaudi Geriev, journaliste du Noeud Caucasien. Les menaces que nous relatons aujourd’hui sont émises vis à vis du rédacteur en chef d’une revue qui fait un remarquable travail qui est une des rares sources d’informations détaillées que nous ayons sur l’actualité de la Tchétchénie comme du reste du Caucase. Ces menaces, outre leur caractère injurieux, ne sont pas à prendre à la légère, on se souvient que l’assassinat de Natalya Estemirova, en juillet 2009, avait été précédé de menaces directes de la part du dirigeant Ramzan Kadyrov. Pour autant la justice russe n’a toujours pas trouvé trace des assassins. Le but de ces tentatives de mise au pas des journalistes c’est bien sûr que plus rien ne soit su du fonctionnement d’un pays qui bafoue ses propres lois.

Le 4 janvier 2017, le Porte-parole du Parlement de Tchétchénie, Magomed Daudov, a publié un post sur Instagram, incitant à recourir à la violence contre «Shved», une référence claire à Grigory Shvedov, rédacteur en chef du Caucasian Knot, un site d’information russe indépendant qui traite des violations des droits de l’homme et des manquements à l’Etat de droit survenant dans le Caucase et le Sud de la Russie.

Le post, intitulé «Comment dénouer le nœud caucasien», est accompagné de la photo d’un chien qui bave et fait appelle à «un vétérinaire pour arracher les dents de sagesse [à Shved] et raccourcir sa langue». Shvedov est qualifié de lâche et est, à plusieurs reprises, comparé à un chien.

Dans une interview accordée au quotidien russe Kommersant, M. Shvedov a déclaré qu’il considérait la menace comme une «réaction à notre travail en général» plutôt qu’ une réponse à un article ou à une enquête spécifique. Les avocats du Caucasian Knot prévoient maintenant de déposer une plainte officielle auprès du Comité d’enquête pour obstruction au journalisme (article 144 du Code pénal).

Conseil de l’Europe 10 janvier 2017

Pour préciser le contexte :

Le 9 janvier 2017 Gregory Shvedov a déposé plainte contre les actes de Magomed Daudov devant le Comité d’enquête de la Fédération de Russie selon l’article 144 sur l’entrave au travail légitime des journalistes car il considère les déclarations publiques de Magomed Daudov comme une atteinte directe non seulement contre lui mais contre l’ensemble des journalistes de la région du Caucase.

Rendre compte de ce qui se passe en Tchétchénie actuellement est devenu de plus en plus dangereux pour les journalistes et les défenseurs des doits de l’homme. En septembre 2016 un défenseur des droits et journaliste indépendant M. Zhalaudi Geriev, qui travaille aussi pour le Noeud Caucasien, a été inculpé et condamné à trois ans de prison sous de fausses accusations de possession de drogue. En novembre 2016 le défenseur des droits Ramzan Dzhalaldinov a reçu des menaces de mort et sa famille a été l’objet de représailles de la part de fonctionnaires haut placés à la suite de sa révélation de faits de corruption en Tchétchénie. Mme Elena Milashina, une défenseure des droits et une journaliste, a aussi reçu de nombreuses menaces pour avoir couvert l’histoire de Ramzan Dzhalaldinov.

Frontline Defenders (9 janvier 2017)

Journaliste emprisonné pour des infractions douteuses liées à la drogue

Rappelons l’alerte du Conseil de l’Europe du 9 septembre 2016 :

Journaliste emprisonné pour des infractions douteuses liées à la drogue

Le 5 septembre 2016, un tribunal tchétchène a condamné Zhalaudi Geriev, un journaliste travaillant pour Caucasian Knot, un portail d’information russe indépendant, à trois ans d’emprisonnement pour la possession d’une grande quantité de drogue.

Les charges portées contre lui ont été condamnées par les organismes défendant la liberté des médias et les droits de l’homme et sont largement considérées comme forgées de toutes pièces. Caucasian Knot est bien connu pour ses reportages sur les violations des droits de l’homme dans le Caucase et en Russie méridionale, y compris pour ses enquêtes sur la corruption et autres abus des autorités tchétchènes.

Le 16 avril 2016, Geriev a été arrêté par la police et maintenu en détention provisoire jusqu’à sa condamnation. Au cours de son procès, il a déclaré au tribunal qu’il avait été enlevé par trois hommes armés, soumis à la torture et à la maltraitance et que des médicaments ont été mis dans son sac avant de le placer en garde à vue. Il a déclaré qu’il a ensuite été contraint de signer des aveux admettant que les médicaments trouvés dans son sac à dos lui appartenaient.

Geriev a rétracté ses aveux au cours du procès au motif qu’elles ont été faites sous la contrainte. L’avocat qui assurait sa défense a émis des inquiétudes au sujet de graves vices de procédure lors de l’enquête et du procès, en faisant valoir qu’aucune preuve crédible n’a été présentée. Geriev fera appel de sa condamnation.

Le Noeud Caucasien nous signale le 28 décembre que la Cour Suprême de Tchétchénie a confirmé le verdict à l’encontre de Zhalaudi Geriev.

D’après RSF, à la Cour Suprême de Tchétchénie comme à la Cour de première instance aucune preuve n’a été présentée pour soutenir la version du procureur sauf les aveux de Geriev obtenus sous la contrainte et qu’il a abandonnés par la suite. RSF ajoute que l’affaire elle-même contient de nombreuses contradictions alors que le procès s’est accompagné de violations de procédures. La Cour « a ignoré les témoignages de la défense qui confirmaient que trois hommes armés avaient kidnappé Geriev et des plaintes de mauvais traitements ont été rejetées par la Cour ».

La condamnation de Geriev « est une punition pour ses activités de journaliste » a déclaré Johann Beer, la directrice du bureau de RSF pour l’Europe de l’Est et l’Asie Centrale.