Risques en cas de retour pour des Tchétchènes déboutés du droit d’asile dans l’UE

Nous avons reçu une note sur la situation en Tchétchénie rédigée par Anne Le Huérou, Aude Merlin et Ekaterina Sokirianskaia. Une partie nous semble importante à communiquer. On se demande souvent pourquoi les Tchétchènes restent dans nos pays alors que la guerre est terminée. Ces exemples terribles sont une partie de la réponse. Ils interrogent frontalement les évolutions de nos politiques d’asile: l’asile est de plus en plus difficile à obtenir pour les Tchétchènes et on hésite de moins en moins, le cas échéant, à les renvoyer en Russie.

Risques en cas de retour pour des Tchétchènes déboutés du droit d’asile dans l’UE :

En Tchétchénie, comme le montrent les rapports d’ONG cités dans cette note, les disparitions forcées et arrestations illégales sont érigées en système. Plusieurs Tchétchènes, contraints de rentrer en Tchétchénie après avoir demandé l’asile sans succès en Europe, ont été soumis à des tortures et exécutions extrajudiciaires.

Les refus d’asile dans les pays de l’UE viennent malheureusement conforter la politique de R. Kadyrov consistant a persuader les Tchétchènes partis en Europe de revenir en Tchétchénie, en particulier ceux qui auraient participé au mouvement séparatiste ou manifesté des sympathies envers ce dernier. Le pouvoir tchétchène n’hésite pas a exercer de fortes pressions sur des membres de la famille restés en Tchétchénie pour faire rentrer d’anciens combattants indépendantistes partis chercher la sécurité en exil.

Cette politique est encouragée par les autorités fédérales et régionales. Pour les Tchétchènes qui sont en Russie, il est difficile de louer un logement, d’obtenir une inscription à la commune, de trouver un travail. Les rapports annuels publiés par Svetlana Gannouchkina, présidente de l’ONG  » Entraide Civique « , font état des difficultés auxquelles sont confrontes les Tchétchènes vivant en Russie à l’extérieur de la Tchétchénie.

Voici quelques cas illustrant les dangers actuellement encourus par les Tchétchènes contraints de rentrer en Tchétchénie après un séjour en Europe, soldé par un refus d’asile.

Le plus récent à notre connaissance est celui du Tchétchène Anzor Saraliev, âgé de 40 ans, qui a été enlevé le 12 septembre 2016 en Tchétchénie. Il vivait depuis 20 ans en Allemagne, revenait a Grozny une ou deux fois par an pour rendre visite a sa mère. Son dernier séjour en Tchétchénie a coïncidé avec la fête musulmane de Kourban-Bairam. Le premier jour des festivités, il est allé avec sa mère rendre visite à de la famille. Apres cette visite, Anzor est sorti de la maison des proches chez qui ils étaient ; sa mère lui a emboité le pas, est sortie dans la cour et a entendu son fils crier en tchétchène qu’on l’enlevait. Elle a vu dans la cour des hommes armés, qui précipitaient Anzor violemment dans une voiture Lada-Priora métallisée. Quand elle leur a demandé ce qu’ils voulaient à son fils, ils ont déclaré qu’ils étaient de la brigade de contrôle des narcotiques et qu’après l’interrogatoire ils libéreraient Anzor. Sa mère s’est adressée à ce service qui lui a répondu qu’aucune opération n’avait été menée ce jour-là puisque c’était un jour férié.

Elle s’est ensuite adressée aux organes d’enquête mais aucune procédure judiciaire pour enlèvement n’a été engagée.

Le 3 avril 2016 à Grozny, Khuseyn Betelgiriev, chanteur bien connu et enseignant de français à l’université de Grozny, a été arrêté ; il avait vécu en France où il avait demandé l’asile, puis avait dû rentrer en Tchétchénie. Il avait des positions politiques proches de celles des séparatistes tchétchènes. Les forces de l’ordre tchétchènes l’ont détenu dans un endroit illégal jusqu’au 11 avril et, après un certain battage médiatique et l’intervention de diplomates français, Betelgiriev a été relâché : il avait été terriblement torturé et avait de nombreuses fractures et hémorragies. D’âpres plusieurs témoignages, les forces de l’ordre lui auraient interdit de quitter la Tchétchénie, même pour se soigner. A l’origine des tortures subies : l’enseignant-chanteur avait refusé de donner une interview à la télévision où il lui était demandé de faire son repentir, à savoir regretter publiquement d’avoir soutenu le projet indépendantiste tchétchène, et chanter les louanges de Ramzan Kadyrov.

Le 26 février 2015 à Guekhi (district d’Ourous-Martan) en Tchétchénie, Kanou Afanasev a été arrête par les forces de l’ordre tchétchènes. Il avait fui vers la Suède, où il avait demande l’asile, mais les services de migration suédois lui avaient refusé. Trois mois avant son arrestation, il avait été renvoyé en Russie et était rentré en Tchétchénie. Après son arrestation, les forces de l’ordre lui ont dit qu’elles allaient emmener M. Kanou Afanasev a l’OVD (commissariat de police, affaires intérieures) du district de Chali. Ses proches l’ont cherché partout, allant de commissariat en commissariat. Partout, on leur a répondu qu’il n’était pas là. Le soi-même, les forces de l’ordre et autres agents du régime sont venus chez Kanou Afanasev a Gvardeyskoe et ont ramené son corps, qui portait des blessures visibles sur les mains, traces de menottes et petits points témoignant de brûlures à l’électricité. Les forces de l’ordre ont interdit à la famille de porter plainte et d’enterrer leur mort selon les traditions musulmanes. Kanou Afanasev est très probablement mort des suites des tortures à l’électricité. Les autres habitants du village nous ont informés qu’après l’enterrement, le père, la femme et 2 enfants mineurs ont quitté le village.

L’affaire Oumar Belimkhanov est un autre exemple : en mai 2009, son frère, Adam Belimkhanov, un ancien combattant indépendantiste avait été assassiné et sa mort avait été mise en scène de manière spectaculaire par les autorités et les medias de Tchétchénie. Son père, arrêté et torturé en détention, est également décèdé en 2009. Malgré ces faits, Oumar Belimkhanov fut débouté de sa demande d’asile en Norvège, et renvoyé en Russie en novembre 2011. A son arrivée en Tchétchénie, il fut arrêté et détenu plusieurs semaines. Dans une lettre adressée a Memorial en mai 2012, il indiquait avoir été torturé, notamment avec des électrochocs, et continuer à souffrir, plusieurs mois après, de séquelles physiques. Il écrivait qu’au cours des interrogatoires, il lui avait été reproché d’être parti. Remis en liberté à la fin décembre 2011, il avait peur pour sa famille s’il fuyait à nouveau. Il a été retrouvé mort en janvier 2013. Son décès a été officiellement attribué a un accident de voiture, mais les circonstances exactes n’ont jamais été élucidées.

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