Archive | novembre 2016

Kadyrov pousse à la réconciliation avec les Saoudiens

Plusieurs agences de presse arabes ont rapporté que le 21 novembre le président de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov, s’était excusé auprès des Saoudiens de sa condamnation du salafisme. Les agences de presse indiquaient que Kadyrov envisageait une visite en Arabie Saoudite pour des discussions avec les gouvernants. Pour clarifier ses remarques critiques précédentes le gouverneur tchétchène a expliqué qu’il n’était pas contre les « vrais salafistes » mais opposé aux « faux » dans le Caucase du Nord et en Russie, qui représentaient une menace terroriste. Pendant des jours, Kadyrov n’a ni confirmé ni réfuté ses efforts de réconciliation avec les Saoudiens. Et puis soudain le 27 novembre dans une série de posts sur Instagram le gouverneur de Tchétchénie a fait le récit de  sa récente visite en Arabie Saoudite à l’invitation des autorités. Kadyrov a indiqué que lui et son entourage avaient discuté avec les autorités saoudiennes d’investissements en Tchétchénie, d’échanges universitaires et d’autres formes de coopération.

La percée est significative étant donné que les relations entre Kadyrov et les Saoudiens s’étaient envenimées ces derniers mois. La brouille entre les Tchétchènes et les Saoudiens est intervenue après une conférence islamique à Grozny à la fin du mois d’août. Les autorités tchétchènes avec le soutien de Moscou ont réuni des érudits islamiques de Russie et d’ailleurs, en particulier le recteur de l’université égyptienne, Al-Azhar Ahmed Muhammad Ahmed el-Tayeb, pour émettre une fatwa condamnant le salafisme et proclamer que le mouvement islamiste était une forme d’apprentissage de l’extrémisme. L’Arabie Saoudite où le salafisme est l’idéologie officielle était très mécontente de l’initiative de Kadyrov, spécialement depuis que les autorités tchétchènes s’étaient arrangées pour attirer des érudits égyptiens. Un érudit saoudien aurait même autorisé le meurtre de Kadyrov car ce dernier serait devenu mécréant.

De nombreux commentateurs étaient enchantés que la Tchétchénie, sous les auspices de Moscou, ait contrarié les Saoudiens. Cependant, petit à petit le cours des choses s’est inversé pour Kadyrov et ses soutiens russes. Le plus important c’est que la Russie dépend d’une manière critique du gouvernement d’Arabie Saoudite pour essayer de faire monter le prix du pétrole. Les revenus du pétrole et du gaz naturel jouent un rôle vital pour maintenir le système financier russe à flot. En même temps la politique de la Russie en Syrie qui soutient le régime du président Bachar El Assad, entre en conflit avec les intérêts de l’Arabie Saoudite dans la région. Mais actuellement il apparait que Moscou fonde encore de grands espoirs dans la coopération avec les Saoudiens et c’est pourquoi les acteurs régionaux au Caucase du Nord tels que Kadyrov et d’autres ont la permission de maintenir des contacts avec le Moyen-Orient et y sont même encouragés.

A la suite de la brouille entre Kadyrov et les Saoudiens ces derniers ont saisi l’occasion d’inviter le voisin de Kadyrov et son ennemi de longue date le gouverneur ingouche Younous-Bek Yevkurov, pour une visite officielle dans le royaume. Les propos de Yevkurov étant plus modérés que ceux de Kadyrov vis-à-vis du salafisme ils ont plu aux Saoudiens. Début novembre une délégation officielle d’Ingouchie conduite par Yevkurov a rendu visite à l’Arabie Saoudite pour la première fois à un tel niveau. Le roi d’Arabie Saoudite, Salman bin Abdulaziz Al Saud, a reçu en personne le gouverneur d’Ingouchie. Des membres de la délégation ingouche ont pu se rendre aux lieux sacrés du royaume. Par-dessus tout les autorités saoudiennes ont tenté de démontrer qu’elles traitaient Yevkurov avec le même haut niveau de respect que Kadyrov dans le passé. Kadyrov avait été l’ami des Saoudiens et un médiateur entre eux et les Russes pendant des années ; alors que les autorités saoudiennes ignoraient pratiquement les voisins et les cousins de la Tchétchénie, les Ingouches.

Ramzan Kadyrov, bien sûr, n’a pas aimé être écarté de sa position de médiateur entre les Saoudiens et les Russes. De plus, Kadyrov peut avoir perdu quelques investissements nécessaires en provenance du Moyen-Orient. Pendant le boom pétrolier le gouverneur de Tchétchénie pouvait obtenir des fonds supplémentaires de Moscou. Cependant, comme un échange public entre Kadyrov, le ministre russe des finances et Vladimir Poutine, l’indiquait, étant donnés les problèmes budgétaires actuels, même la Tchétchénie rencontre des difficultés à obtenir des fonds de Moscou. Kadyrov a critiqué le ministre des finances pour avoir diminué l’aide financière à la Tchétchénie et Poutine a demandé au ministère de chercher des moyens de trouver des fonds supplémentaires pour la république l’année prochaine mais pas pour cette année.

Etant donné les conditions de la crise financière qui s’aggrave Kadyrov cherche probablement des fonds hors de Russie et demande à Moscou de lui permettre de se tourner vers le Moyen Orient pour regarnir ses coffres avec l’argent des pays du Golfe. Depuis que Moscou semble incapable de remplir ses obligations envers Kadyrov et ses hommes il est de plus en plus sous pression pour permettre l’arrivée d’acteurs étrangers.

Etant donné, à la fois l’importance croissante des investissements étrangers et des intérêts de Moscou au Moyen Orient il semble que Kadyrov essaie de remettre sur les rails sa relation avec l’Arabie Saoudite. Au lieu de condamner de manière ouverte les salafistes le gouverneur préfère revenir à une position plus discrète. L’incursion de Kadyrov dans le monde de la grande politique et des riches investisseur arabes a été stoppée net mais il semble avoir, dans une certaine mesure regagné son statut. La réconciliation soudaine entre Kadyrov et les Saoudiens constitue un rare revers pour la politique de Moscou visant à réprimer les formes dites « non-traditionnelles » de l’Islam en Russie. Même si les autorités russe probablement  continueront d’attaquer le salafisme parmi les autres enseignements de l’islam la rhétorique officielle sera moins sévère. En ce qui concerne les Saoudiens on peut s’attendre à ce qu’ils essaient de multiplier leurs canaux de communication avec Moscou plutôt que de dépendre du seul Ramzan Kadyrov.

 (Article de Valery Dzutsati, Jamestown Foundation 29-11-16)

D’après les défenseurs des droits l’histoire de Ramazan Djalaldinov détruit la réputation de Ramzan Kadyrov.

Nous avons des nouvelles de Ramazan Djalaldinov qui s’est fait connaître en mai de cette année alors que sa maison a été incendiée, lui-même ayant fui devant les menaces : il avait osé accuser les autorités de négliger son village du fait de leur corruption. Ce Tchétchène courageux, soutenu par ses voisins, avait passé un accord avec les autorités tchétchènes pour faire acte public de contrition vis-à-vis de Kadyrov en échange de l’immunité pour lui-même et les habitants du village et de compensations financières pour celui-ci. Il a pourtant été poursuivi judiciairement pour diffamation ainsi qu’un voisin et c’est dans ce contexte qu’il a fui de nouveau en demandant l’aide de défenseurs des droits de l’homme connus. La suite est relatée par l’article du Nœud Caucasien du 17 novembre.

Ramazan Djalaldinov, habitant introuvable du village tchétchène de Kenkhi, qui critiquait les autorités tchétchènes demeure dans un endroit sûr. C’est ce que rapporte Svetlana Gannushkina. La violation de l’accord conclu avec Ramazan Djalaldinov jette une ombre sur Ramzan Kadyrov lui-même et sur Khasmagomed Abubakarov, une figure religieuse, qui avait été désigné comme garant de l’accord. C’est l’opinion émise par Valery Borschev. Igor Kalyapin croit que les pressions sur Ramazan Djalaldinov pourraient venir d’officiels dont les intérêts ont été atteints par les critiques.

Le Nœud Caucasien a expliqué que sa famille et ses voisins ont annoncé sa disparition le 7 novembre. Le 10 novembre il a contacté Svetlana Gannushkina, dirigeante du Comité d’assistance Civique et lui a dit qu’il avait quitté la république après les menaces émises par des policiers tchétchènes.

Selon Valery Borschev, membre du groupe d’Helsinski de Moscou, par leurs actions les autorités tchétchènes ont fait régresser la république à l’époque des purges staliniennes.

Igor Kalyapin, le dirigeant du Comité pour la Prévention de la Torture croit qu’en Tchétchènie Ramzan Kadyrov pourrait ne pas être à l’origine des actions contre Ramazan Djalaldinov. Selon lui la situation comprend un élément de corruption.

La violation de l’accord oral entre les autorités tchétchènes et Ramazan Djalaldinov peut affecter négativement la réputation de Ramzan Kadyrov d’après Akhmet Yarlykapov, chercheur à l’Académie des Sciences. Selon lui il est encore difficile de prévoir les conséquences de la confrontation entre Ramazan Djalaldinov et les autorités tchétchènes.

RUSSIE. DEUX UKRAINIENS DÉBOUTÉS EN APPEL

Alors que nous savons que le pouvoir central russe laisse les autorités tchétchènes user de la torture en de multiples occasions, presque comme une méthode d’interrogatoire ordinaire, nous vous rapportons ce cas qui illustre bien à quelles fins peut être utilisée la torture. Au moment où le candidat qu’ont choisi les Américains déclare qu’il admet la torture dans certains cas nous avons besoin d’être clairs sur une position commune des pays se reconnaissant comme états de droit pour appliquer les conventions signées. Rappelons que la Russie fait partie du Conseil de l’Europe et a signé la Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants en mai 1998.

Le 26 octobre, la Cour suprême russe a confirmé la déclaration de culpabilité concernant Stanislav Klykh et Mykola Karpyouk, qui avaient été condamnés respectivement à 20 et 22 ans de réclusion à l’issue d’un procès inique pour des homicides de militaires russes commis en Tchétchénie en 1994-1996.

Stanislav Klykh et Mykola Karpyouk ont été condamnés respectivement à 20 et 22 ans de réclusion le 26 mai, à l’issue d’un procès manifestement inique qui s’est tenu devant la Cour suprême de Tchétchénie. Mykola Karpyouk était accusé d’avoir constitué et dirigé un groupe de combattants qui ont participé au conflit en Tchétchénie (1994-1996) et auraient tué 30 militaires russes. Stanislav Klykh était accusé d’avoir fait partie de ce groupe. L’accusation se fondait sur les « aveux » des deux hommes, obtenus sous la torture, et sur les déclarations d’un témoin, également condamné pour des homicides de militaires russes perpétrés en Tchétchénie. Stanislav Klykh et Mykola Karpyouk disposaient pourtant d’un alibi prouvant qu’ils n’avaient pas pu se trouver en Tchétchénie pendant le conflit mais le tribunal n’en a pas tenu compte.

À l’audience d’appel, les avocats de la défense ont présenté des éléments indiquant que le droit de leurs clients à un procès équitable avait été bafoué, que le juge avait tenté d’influencer indûment le jury et que les prévenus avaient comparu dans une cage, pratique en vigueur en Russie, ce qui crée une impression de culpabilité incompatible avec la présomption d’innocence. Bien que la cour d’appel ait accepté les éléments cruciaux étayant l’alibi des deux hommes, elle a confirmé leur déclaration de culpabilité. Stanislav Klykh et Mykola Karpyouk n’ont pas pu consulter l’avocat de leur choix pendant les mois qui ont suivi leur arrestation et affirment qu’ils ont été contraints à « avouer » sous la torture. Les actes de torture et les autres mauvais traitements que Stanislav Klykh a subis semblent avoir eu une incidence sur sa santé mentale.

 (Amnesty International, Action Urgente du 2 novembre 2016)

Kadyrov, l’allié nécessaire mais encombrant

Un article qui précise la juste place de la Tchétchénie dans l’univers russe.

Réélu à la mi-septembre lors d’un scrutin – une première – avec 98% des voix, l’imprévisible homme fort de Grozny bénéficie encore du soutien inconditionnel de Vladimir Poutine et d’une totale impunité

Le président Ramzan Kadyrov a été réélu le 18 septembre à la tête de la République tchétchène avec plus de 98% des suffrages. Va-t-il desserrer l’étreinte de l’appareil répressif?

«On pourrait assister à une légère amélioration due au fait que Kadyrov est rassuré par l’ampleur de sa victoire, même si on peut évidemment soupçonner des irrégularités», affirme Olga Sadovskaïa, directrice adjointe du Comité russe contre la torture et proche du collectif d’avocats Joint Mobile Group (JMG) dont les locaux de Grozny ont été incendiés en 2014. Il ne faut toutefois pas s’attendre à une démocratisation des institutions. On peut au mieux espérer une situation comparable à celle d’avant 2009, année où la militante des droits de l’homme Natalia Estemirova a été assassinée. Il était alors possible de désapprouver certaines décisions officielles, à condition de ne pas critiquer directement Ramzan Kadyrov ou ses proches, lesquels occupent toutes les fonctions importantes au sein du gouvernement tchétchène.»

Répression

Ce scrutin, le premier organisé par Ramzan Kadyrov depuis sa nomination par le président russe Vladimir Poutine en 2007, a été précédé d’une intense vague de répression. Les arrestations et les enlèvements se sont multipliés. «La police a procédé à des confiscations de téléphones mobiles en pleine rue pour vérifier les propos tenus sur des applications difficiles à contrôler comme WhatsApp», affirme Olga Sadovskaïa, désormais basée à Nijni-Novgorod. La télévision tchétchène montrait régulièrement des citoyens contraints de s’excuser pour des propos considérés comme subversifs. «Kadyrov s’est senti nerveux avant les élections, explique Olga Sadovskaïa. Il n’était pas certain de bénéficier du soutien inconditionnel de Moscou.»

Bien qu’appartenant formellement à la Fédération de Russie, la république de Tchétchénie ne respecte ni la législation, ni la Constitution russe. Son système judiciaire, fortement politisé, est soumis de surcroît aux décrets informels du président Kadyrov. En 2014, un juge de la Cour suprême tchétchène a conclu qu’un jeune homme de 28 ans, Suleiman Edigov, avait été enlevé illégalement et retenu plus d’un mois par la police qui l’aurait torturé pour obtenir des aveux. Ramzan Kadyrov a alors organisé un rassemblement public où il a accusé le juge de corruption. Ce dernier a abandonné l’affaire. Le juge qui l’a remplacé a condamné Suleiman Edigov à 14 ans de prison. L’homme fort de Tchétchénie n’hésite pas non plus à déclarer «erroné» tel ou tel jugement en direct à la télévision.

Voile et polygamie

Depuis l’arrivée au pouvoir de Ramzan Kadyrov, la société tchétchène, traditionnellement clanique et patriarcale, a subi en outre une forte islamisation. Le président a imposé le port du voile dans l’administration, une prescription qui serait jugée inacceptable ailleurs dans la Fédération russe à population musulmane (Républiques du Nord Caucase, Tatarstan). Ramzan Kadyrov ne cesse en outre d’encourager la polygamie, une prescription coranique en désaccord total avec la loi russe.

Le partenariat Poutine-Kadyrov permet à Moscou de garder la main sur le gaz et le pétrole tchétchène, mais le Kremlin redoute l’imprévisibilité du président tchétchène. Si Ramzan Kadyrov encense volontiers son «idole» Vladimir Poutine, il peut aussi le même jour promettre à la télévision tchétchène d’enrichir sa république en pillant la Russie. «Moscou craint qu’en limitant les pouvoirs de Kadyrov ou qu’en lui substituant quelqu’un d’autre, les anciennes velléités indépendantistes tchétchènes ne ressurgissent, rappelle Margarita Schoenenberger, maître d’enseignement de russe à l’université de Lausanne. Une troisième guerre de Tchétchénie serait désastreuse pour le pays, déjà affaibli par le bas prix des hydrocarbures, les sanctions économiques et les opérations militaires engagées en Ukraine et en Syrie.»

La relation d’interdépendance avec Vladimir Poutine a permis à Ramzan Kadyrov d’étendre son influence au-delà de sa république. «Persona non grata hors de Russie, Ramzan Kadyrov ne peut dépenser son argent à l’étranger comme le font les oligarques. Les moyens dont il dispose sont réinvestis dans des réseaux qui lui assurent le contrôle du Nord Caucase et une forte emprise en Russie.» Ces moyens proviennent à la fois des montants élevés versés par l’Etat fédéral et d’un impôt prélevés illégalement sur les salaires des Tchétchènes. Kadyrov disposerait en outre d’une armée personnelle de 80 000 combattants ne répondant qu’à lui… et à Vladimir Poutine.

Assassinats politiques

L’influence grandissante de Kadyrov en Russie se traduit par une augmentation des assassinats de figures médiatiques et politiques. C’est à Ramzan Kadyrov qu’on attribue l’assassinat du politicien Boris Nemtsov en 2015, ainsi que celui de la journaliste Anna Politkovskaïa neuf ans plus tôt. Un mot souvent cité sur les réseaux sociaux dit d’ailleurs qu’après la seconde guerre russo-tchétchène «ce n’est pas la Tchétchénie qui est entrée en Russie, mais la Russie qui est entrée en Tchétchénie». Malgré tout, l’évocation de la Tchétchénie dans les médias occidentaux se limite souvent aux extravagances de Ramzan Kadyrov. Une situation que regrette Olga Sadovskaïa. «Les décisions prises par le gouvernement russe en Ukraine ou en Syrie font que, pour l’opinion internationale, la Tchétchénie a été reléguée au second plan.»

Dates

  1. Eclatement de l’URSS.

1994-1996. Première guerre de Tchétchénie.

1999-2000. Seconde guerre de Tchétchénie.

  1. Le président de la république, Akhmad Kadyrov, est tué le 9 mai dans un attentat à Grozny pendant le défilé de la victoire de la Seconde Guerre mondiale.
  2. Nomination de Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie par Vladimir Poutine.

 (Article du 17/10/16 de Boris Bertoli dans le Temps)

Spirale de violences au Caucase du Nord après la création de la Garde Nationale Russe

On vient d’enregistrer un pic significatif de violences dans le Caucase du Nord. En l’espace d’une semaine du 3 au 9 octobre 18 personnes au moins ont été tuées et 4 autres ont été blessées dans des actes séditieux dans la région. Quinze supposés rebelles dont 8 Tchétchènes, 6 Ingouches et 1 Daghestanais ont été tués. Deux policiers ont été tués en Kabardino-Balkarie et 1 en Tchétchénie. Les forces gouvernementales ont lancé une vague d’opérations spéciales au Caucase du Nord au début du mois. Le 2 octobre une série d’opérations anti-terroristes ont été lancées dans le district de Tabasaran au Daghestan. Le 7 octobre une série d’opérations anti-terroristes a été lancée dans des quartiers de la ville de Nazran et dans le village de Gazi-Yurt en Ingouchie. Le 9 octobre une autre opération anti-terroriste a été lancée dans le district de Suleiman-Stalsky au Daghestan. En deux opérations distinctes 8 supposés militants ont été kidnappés au Daghestan entre fin septembre et début octobre.

Le 14 octobre les familles des personnes kidnappées ont organisé une protestation publique dans la ville de Khasavyurt au Nord-Ouest du Daghestan. La police a nié détenir ces personnes disparues. En même temps les officiels ont affirmé que les disparus étaient impliqués dans les activités du mouvement clandestin armé. Les familles des kidnappés demandent aux gouvernants de révéler l’endroit où ils se trouvent mais jusqu’à présent elles n’ont eu aucune réponse.

Le gouvernement russe n’a de cesse de répéter que la violence insurrectionnelle décline au Caucase du Nord. Cependant, l’importance des opérations spéciales et des enlèvements durant les dernières semaines sème le doute quant aux déclarations des autorités. Des analystes relient le pic de violence au Caucase du Nord le mois dernier au recrutement au sein de la Garde Nationale Russe d’une force para-militaire de 400 000 hommes dont le président Vladimir Poutine a annoncé la création au début de cette année. En particulier deux figures bien connues ont été nommées les premiers adjoints du chef de la Garde Nationale Viktor Zolotov : Sergei Melikov, qui était récemment l’envoyé de Moscou au Caucase du Nord et Sergei Chenchik il y a peu haut responsable au ministère de l’intérieur. On dit que les deux hommes sont en compétition pour le pouvoir et Chenchik apparemment est plus enclin à utiliser la force brute contre les insurgés que Melikov. Ce dernier serait plutôt favorable à la politique du bâton et de la carotte, tandis que le premier est connu des journalistes de la région comme « le parrain des opérations spéciales du Caucase du Nord ». Le fait que ces nouveaux adjoints engagés dans la Garde Nationale ont tout deux un passé d’intérêt pour le Caucase du Nord montre que Moscou reste résolu à s’occuper de la région et à attribuer des ressources militaires considérables pour s’attaquer au problème. Dans leur compétition pour être bien vus de leur hiérarchie, Melikov et Chenchik pourraient tenter de mettre en lumière leur efficacité en visant et tuant des militants.

D’autres experts cependant disent que le pic actuel de violence est en relation avec la poussée de l’état islamique dans la région. Selon l’expert daghestanais du Caucase du Nord basé à Moscou Akhmed Yarlykapov, l’état islamique est moins dépendant de personnalités charismatiques dans son mouvement insurrectionnel que l’émirat du Caucase dans le passé. Du coup il est plus difficile pour les forces gouvernementales de viser quelques figures-clé et d’infliger de grands dommages à l’organisation. Egalement, comme l’émirat du Caucase, l’état islamique n’a pas actuellement de concurrents dans la région et jouit du monopole parmi les radicaux.

D’autre part, différents analystes mettent l’accent sur une combinaison de facteurs qui peuvent être la cause de cet accès inattendu de violences dans la région. Par exemple Denis Sokolov, expert régional, dit que l’augmentation de la violence devrait être considérée comme « une nouvelle norme » au Caucase du Nord pour plusieurs raisons : d’abord, maintenant que Moscou a trouvé un niveau d’équilibre dans son pari risqué de l’est de l’Ukraine, le Caucase du Nord devient de nouveau une cible pour les forces gouvernementales. Ensuite, argumente-t-il, il y a moins de rebelles quittant le  Caucase du Nord pour le Moyen-Orient à cause des obstacles mis à leur voyage et parce que l’état islamique fait moins appel aux musulmans russes. Et l’expert russe du Caucase du Nord, au franc parler, Orkhan Jamal, affirme même que les services de sécurité russes augmentent sciemment leurs activités en visant des musulmans ordinaires, en les provoquant et les radicalisant pour justifier leur budget important.

La vague de violence la plus récente au Caucase du Nord démontre que la victoire auto-proclamée sur l’insurrection dans la région est loin de la réalité. Les services de sécurité russes semblent continuer leurs actions illégales d’enlèvement de suspects signifiant que les autorités doivent encore compter sur la peur pour gouverner la région. Bien que les forces gouvernementales maintiennent à présent un financement suffisant pour lancer de nombreuses opérations spéciales dans la région on ne sait pas ce qui arrivera quand ces fonds seront limités. La situation économique au Caucase du Nord et dans le pays tout entier se détériore ; et associée à la campagne agressive du gouvernement contre de supposés islamistes tout ceci peut aboutir à une marée montante d’insurrections plutôt qu’à l’imminence de sa fin.

Article du 18 octobre 2016 de Valery Dzutsati dans Jamestown Foundation