Archive | octobre 2016

Pour comprendre la stratégie russe en Syrie, il faut se souvenir de la guerre en Tchétchénie

La stratégie du déluge de feu qui s’abat aujourd’hui sur Alep a été écrite par le président russe lors de sa première guerre en tant que commandant en chef.

C’est une ville en ruines, des civils qui fuient, se cachent ou meurent dans les décombres pendant que le monde observe, horrifié. Ce sont des avions russes qui vomissent leurs bombes. Des mortiers et des fusils russes qui dégueulent leurs roquettes et leurs balles. Aujourd’hui, c’est le portrait d’Alep, l’une des cités les plus anciennes au monde. Il n’y a pas si longtemps, c’était celui de Grozny, la capitale de la Tchétchénie.

Quiconque cherche à comprendre la stratégie militaire russe en Syrie serait avisé d’examiner les féroces méthodes employées par Vladimir Poutine durant sa première guerre en tant que commandant en chef, la sanglante seconde guerre de Tchétchénie, qui aura duré de 1999 à 2000 (même si des poches de violence subsistent toujours dans le pays). Ce sont deux guerres très différentes, deux théâtres des opérations où les forces et les moyens employés ne sont pas les mêmes, mais en leur cœur, on retrouve un aspect fondamental de la contre-insurrection poutinienne: la valeur accordée à la brutalité.

«Parfois, l’art consiste à être le plus terrible»

Car après tout, du point de vue russe, ce que la seconde guerre de Tchétchénie a pu démontrer, c’est bien la valeur stratégique de la brutalité, quand on l’applique avec suffisamment de constance et de détermination.

«Toutes les guerres sont terribles; parfois, l’art consiste à être le plus terrible», me disait l’an dernier un officier russe en haussant les épaules. Il parlait de la bataille de Grozny et de ses milliers de morts, ses dizaines de milliers de sans-abri, cette ville décrite par les Nations Unies comme la plus anéantie de la planète. Le propos de l’officier se voulait aussi funestement spirituel: Grozny veut dire «terrible» en russe.

À l’instar d’Alep, le martyre de Grozny ne s’est pas limité à des frappes aériennes et terrestres conventionnelles, la ville aura connu l’outrage des TOS-1 «Buratino», avec leurs salves de 24 roquettes armées de munitions thermobariques, dont la capacité de destruction n’est surpassée que par les armes nucléaires, dans leur aptitude à raser des quartiers entiers et à réduire des bâtiments en gravats.

L’art de la guerre russe peut aussi se faire dans la subtilité et même la retenue. C’est ce qui s’est passé avec la prise de la Crimée en 2014, quasiment sans aucune goutte de sang versée. Néanmoins, quand l’objectif ne se limite pas à une conquête territoriale, mais exige de convaincre des insurgés –dont la ténacité est l’un des atouts–, que la résistance est à la fois dérisoire et mortelle, le scénario est radicalement différent. Évidemment, Poutine n’est pas le seul chef de guerre, Bachar el-Assad, et même l’Iran, jouent un rôle prépondérant, sauf que tous semblent sur la même longueur d’onde: la paix, selon les termes de Damas, dépend d’une victoire écrasante et de la démonstration d’une puissance de feu implacable. Et on fera d’Alep un malheureux exemple.

À l’heure actuelle, Moscou et Damas affrontent la colère et la stupéfaction de la communauté internationale. De futures sanctions sont à l’ordre du jour et, en septembre, le Conseil de Sécurité a convoqué une réunion d’urgence, qui verra Samantha Power, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, déclarer: «Ce que la Russie défend et ce qu’elle fait n’est pas du contre-terrorisme, c’est de la barbarie.» Boris Johnson, Ministre des affaires étrangères britanniques, parlera quant à lui de possibles crimes de guerre.

Tout nier, en bloc

Mais à l’ours, cela ne lui fait ni chaud ni froid. Le Kremlin, plutôt que de battre sa coulpe, déroule son manuel d’usage de gestion des accidents, des abus et des atrocités, un processus fignolé en Tchétchénie.

Les accusations, même étayées de preuves, sont démenties. En Tchétchénie, par exemple, le ministre des Affaires étrangères russe, Igor Ivanov, avait déclaré à Madeleine Albright, à l’époque secrétaire d’État, que les rebelles étaient en train d’ouvrir un «second front» dans les médias et que les images d’immeubles et d’hôpitaux détruits étaient destinées à «jeter une ombre sur les actions des autorités fédérales, afin de compliquer les relations de la Russie avec ses partenaires internationaux».

À l’ONU, ces dernières semaines, l’ambassadeur de Russie, Vitali Tchourkine, a seriné cette rhétorique: qu’importe les preuves d’attaques aériennes et terrestres, elles sont que «tentative de lancer une campagne médiatique visant à discréditer par l’usage de vidéos truquées et anciennes les mesures du gouvernement pour repousser les terroristes».

Ce qui ne peut être démenti est minimisé, banalisé parce que tout le monde fait la même chose, ou détourné par des contre-arguments absurdes. En Tchétchénie, où le régime rebelle était prétendument noyauté par les islamistes, la guerre y fut présentée comme l’élément d’une lutte internationale contre les Talibans et al-Qaida, avec un ministre de la Défense russe faisant de l’Afghanistan et de la Tchétchénie les «deux branches d’un même arbre». Toute éventuelle remise en question des méthodes russes relevait d’une entourloupe pour protéger les terroristes.

L’Occident et la realpolitik

De la même manière, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a déclaré que les accusations américaines concernant Alep servaient à faire diversion après la récente attaque contre des troupes syriennes près de Deir Ezzor. Et, pour faire bonne mesure, que «la Maison-Blanche défend [l’État islamique]». Ne jamais rien admettre, toujours contre-attaquer.

Aux yeux de Moscou, si ce genre de tactique fonctionne, c’est parce que l’Occident est à la fois trop cynique et facilement déconcentré.

Lors de mes divers entretiens avec des Russes, au sein ou aux environs des cercles politiques, j’ai toujours été ébahi par leur certitude que la politique étrangère occidentale n’est que realpolitik. Face aux arguments relevant des valeurs fondamentales et des droits de l’Homme, on pouffe, on dit qu’il ne s’agit là que de rhétorique auto-justificatrice, de rationalisation apprêtée, voire d’hypocrisie pure et simple. L’ironie, c’est que plus la politique russe s’enfonce dans une trajectoire idéologique, plus les dignitaires russes sont enclins à penser que l’Occident n’est qu’une terre de nihilisme.

On estime donc que si les choses se gâtent, l’Occident gobera la brutalité russe si elle permet de réaliser un objectif désirable, comme la destruction de l’État islamique. Qu’au pire, il fera les gros yeux, mais avec un sourire entendu.

Après tout, en Tchétchénie, même si la brutalité de l’offensive russe et de la terrible contre-insurrection qui s’est ensuivie a généré son lot d’indignation, les gouvernements occidentaux n’ont rien fait pour concrétiser leurs paroles. Dans certains secteurs, l’argument de Moscou selon lequel tout cela n’était que le théâtre locale d’une «guerre mondiale contre le terrorisme» a été accepté. Dans d’autres, on n’avait tout simplement aucune envie de défier Vladimir Poutine, président nouvellement élu, dans l’espoir qu’il devienne un partenaire plus fiable et plus viable que son alcoolique et malade de prédécesseur, Boris Eltsine.

Laisser passer l’orage

Dans tous les cas, Moscou assimilera la leçon –que les engagements occidentaux en faveur des droits humains peuvent être ignorés en toute sécurité.

En outre, on pense que l’Occident a du mal à conserver ses indignations sur la durée. Au plus fort de la guerre, la Tchétchénie aura été la croisade de beaucoup, pour être rapidement oubliée. L’invasion de la Géorgie en 2008 fut suivie, moins d’un an plus tard, de la malheureuse offre américaine d’un «redémarrage» des relations.

Certes, les hypothèses faciles de Moscou sur la mémoire de poisson rouge de l’Occident ont été contredites (pour le moment) par les sanctions imposées après la Crimée. Néanmoins, il y a toujours cette idée voulant que, quelques soient les atrocités, la Russie n’a qu’à temporiser, attendre que l’orage de l’indignation passe. Que les gros titres du jour deviendront la petite histoire de demain.

Malgré les ressemblances troublantes entre les tactiques, Poutine ne semble pas croire à une redite de la Tchétchénie en Syrie. Le pays est bien plus grand, les rebelles bien plus puissants, mais aussi bien plus divisés, la communauté internationale est bien plus engagée. Reste qu’il a visiblement retenu une leçon de ce triomphe sanglant à domicile: une guerre brutale se gagne par des moyens brutaux. Pauvre Syrie.

Mark Galeotti : chercheur en relations internationales spécialiste de la Russie (Article de Slate du 13/10/2016, traduit par Peggy Sastre)

Journalistes tchétchènes, journalistes internationaux – Kadyrov nous a tous réduit au silence.

Un journaliste anonyme explique que ne pas mettre le président en colère est le but principal des média locaux.

J’ai changé d’avis en ce qui concerne l’aide aux journalistes étrangers travaillant en Tchétchénie lorsque j’ai été témoin de l’enlèvement de reporters dans le centre de la capitale Grozny.

C’était au début de 2016, un groupe de journalistes avec des appareils photo visiblement non du cru, entraient dans un café au moment où je le quittais. Soudain plusieurs hommes en civil ont commencé à s’en prendre à eux.

Une femme criait qu’elle était une journaliste moscovite. Elle hurlait son nom mais pas une seule personne et moi non plus, n’ont osé approcher ces hommes, leurs armes étaient visibles sous leurs vêtements noirs.

Les journalistes ont été arrêtés, jetés dans une voiture banalisée qui les a emmenés.

Je me suis rendu compte que le simple fait d’aider des étrangers à raconter ce qui se passe en Tchétchénie a des conséquences graves. Les journalistes feront leur travail et partiront. Mais s’ils écrivent un article critiquant le jeune président Ramzan Kadyrov ou son gouvernement la première chose que la police fera sera de s’en prendre aux locaux qui les auront aidés.

En conséquence l’objet du journalisme a complètement changé. Je suis devenu journaliste il y a trois ans à une époque où on enseignait aux étudiants de l’Université l’Etat Tchétchène qu’ils devaient devenir les « soldats du front idéologique ».

Nous sommes entrés dans un monde où la poignée de médias autorisés produisent un contenu pratiquement identique, débitant à la chaine des « nouvelles » sur l’ouverture d’une école ou d’une laiterie, ou le président participant à un match de football, ou encore une délégation de VIP en provenance de Moscou ou d’un pays arabe visitant la capitale.

Les nouveaux rédacteurs en chef ne prendront même pas en considération un article critiquant à peine une organisation gouvernementale. Le simple fait de suggérer des problèmes quotidiens rencontrés par les Tchétchènes pourraient attirer les soupçons des « vrais patriotes ». La police pourrait commencer à surveiller vos appels téléphoniques et vos échanges sur Facebook et on pourrait ajouter votre nom sur une liste noire. Ceux qui expriment une opinion différente de celle des autorités s’exposent à l’humiliation publique.

Sur Instagram, dans des articles pour des journaux d’état, y compris Grozny-Inform et au cours d’une interview sur la chaine d’état Grozny TV, Kadyrov et son équipe ont fait des déclarations menaçantes à propos des journalistes critiques, déclarant qu’ils étaient des « traitres » et des « ennemis du peuple », aidant l’occident à « répandre le chaos en Russie ».

En conséquence, les médias locaux travaillent suivant le principe : « ne pas mettre kadyrov en colère ».

Dans ce climat de peur et de suspicion que des journalistes soient détenus et battus ne surprend plus les habitants. Au début de cette année, un bus transportant un groupe de reporters et de militants a été attaqué et incendié. Les responsables sont toujours recherchés.

Deux mois plus tard un journaliste du Nœud Caucasien est tombé dans une embuscade alors qu’il se rendait de son village en Tchétchénie. Zhalaudi Geriev, 23 ans, a été extrait du bus et emmené dans la forêt. Les assaillants lui ont mis un sac en plastique sur la tête et l’ont torturé. Ils l’ont obligé à confesser qu’il transportait de la drogue et il a été condamné à plus de trois ans de prison.

Le cas de Geriev a peu été évoqué à Grozny. La condamnation était un avertissement à tous ceux qui doutent ou  qui sont critiques et c’est efficace : aujourd’hui je ne connais pas un seul journaliste ici qui accepterait de travailler sur un sujet qui ne soit pas positif à propos de la vie en Tchétchénie après-guerre.

On donne aux journalistes un motif supplémentaire pour se soumettre : au cours de la fête annuelle de la Télévision, Kadyrov distribue de l’argent, des appartements, des voitures et d’autres cadeaux à des douzaines de journalistes. Pour des personnes dont les salaires se situent entre 10 000 et 25 000 roubles (140 à 350 euros), c’est un geste significatif et les journalistes essaient de se faire remarquer et d’impressionner les dirigeants en écrivant les meilleurs articles sur la politique gouvernementale.

C’est un système simple. Les journalistes qui n’ont aucun espoir de quitter la république et craignent d’être étiquetés « suppôts de l’Amérique »,  savent ce qu’ils ont à faire : écrire exactement ce que veut Kadyrov.

 Article du Guardian du 10/10/2016 par un journaliste qui ne peut pas signer de son nom.

Dix ans après, la Russie n’a pas oublié la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, son journal, Novaïa Gazeta, détaille les étapes d’un procès impossible.

Il y a aujourd’hui dix ans, Anna Politkovskaïa, une des plus grandes journalistes d’investigation de Russie, était retrouvée tuée par balles dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Son assassinat et l’incapacité—ou la réticence—de l’Etat à poursuivre les responsables incarnent depuis lors les dangers du travail de journaliste en Russie. La condamnation pour meurtre de cinq individus en 2014 n’a pas permis à ce jour de savoir qui a ordonné la mise à mort de Politkovskaïa.

Anna Politkovskaïa a laissé le souvenir de ses enquêtes intrépides sur les violations des droits humains, les plus célèbres étant celles sur la deuxième guerre de Tchétchénie, dans le Nord-Caucase. Vendredi, Novaïa Gazeta, le journal de Politkovskaïa, a invité à un rassemblement à l’entrée de ses bureaux, où une plaque commémore sa vie et son oeuvre. Radio Liberty/Radio Free Europe a rendu compte de la scène ce matin.[…]

Anna Politkovskaïa, tuée le 7 octobre 2006, dans l’entrée de son immeuble, dans l’ascenseur. Cinq balles, un meurtre sur contrat, pour 150.000 dollars. Par qui ? Le commanditaire reste inconnu. Août 2007 : les organisateurs et tueurs à gages suspectés du meurtre de Politkovskaïa sont appréhendés, 11 hommes en tout. Le commanditaire manque toujours. Le 29 août 2007, le Procureur Général Iouri Tchaïka annonce la clôture de l’enquête sur le meurtre de Politkovskaïa. Le commanditaire court toujours.

21 septembre 2009 : un ancien chef de district en Tchétchénie, Chamil Bouraev est accusé. Il ne se présente pas devant la justice. Le commanditaire court toujours. 25 novembre 2009 : ouverture du premier procès pour meurtre. Le commanditaire court toujours. 19 février 2009 : le jury acquitte tous les suspects. Le commanditaire court toujours. 26 juin 2009 : la Cour Suprême casse le verdict. L’affaire est renvoyée à un nouveau procès.

31 mai 2011 : Roustam Maxmoudov est arrêté. Le commanditaire court toujours. 22 août 2011 : un témoin dans l’affaire, le Lieutenant-Colonel de la police Pavlioutchenkov est arrêté en tant qu’organisateur de l’assassinat. Il avoue, mais sans dire qui a donné l’ordre. Selon les termes de sa négociation de peine, Pavlioutchenkov devait le dire, mais il ne le fait pas. Les enfants d’Anna demandent que sa négociation de peine soit annulée et qu’il soit jugé sans clémence, demande refusée par le tribunal. Le commanditaire court toujours.

14 décembre 2012 : Dmitri Pavlioutchenkov est condamné à 11 années en colonie pénitentiaire pour le meurtre d’Anna Politkovskaïa. Le commanditaire court toujours.

3 juin 2013 : début d’un deuxième procès. Le commanditaire court toujours.

20 mai 2014 : le jury déclare tous les accusés coupables de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Le commanditaire court toujours. L’organisateur, les complices et le tueur sont condamnés à des peines de prison. Le commanditaire court toujours. L’affaire du commanditaire est disjointe dans une procédure séparée, mais aucune instruction n’est ouverte. Garabian, le juge d’instruction, se retire. Le nouveau juge d’instruction, Stepanov, ne fait rien. Le commanditaire court toujours. L’enquête est pratiquement suspendue. Le commanditaire court toujours. Les enfants de Politkovskaïa s’adressent à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, au motif de l’inaction des juges d’instruction. Le comité de recevabilité déclare que l’affaire Politkovskaïa est résolue. Le commanditaire court toujours.

Près de dix ans ont passé depuis le jour de l’assassinat de Politkovskaïa. L’affaire n’est pas résolue. Le commanditaire court toujours. [Le fils de Politkovskaïa] : je demande que le commanditaire du meurtre de ma mère soit retrouvé.

08 Oct 2016 (Global Voices)

Dix ans sans Anna : continuer son combat pour les libertés

Nous relayons l’appel à un hommage à Anna Politkovskaïa qui sera suivi d’une table ronde organisé par Amnesty International France (AIF), FIDH (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme), LDH (Ligue des Droits de l’Homme), RSF (Reporters sans frontières) et l’association Russie-Libertés. Cet hommage aura lieu le Vendredi 7 octobre 2016, de 16h00 – 21h30 à la Mairie du 4ème arrondissement de Paris, 2 Place Baudoyer, 75004 Paris.

Dix ans sans Anna : continuer son combat pour les libertés

Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa était abattue devant l’entrée de l’ascenseur de son immeuble. L’émotion suscitée par son assassinat a fait d’elle un emblème de la liberté d’expression bafouée en Russie, et plus largement dans le monde. Cette journaliste russe de Novaïa Gazeta incarnait le courage et l’indépendance, un îlot de résistance et de liberté dans les médias russes de l’époque. Mais c’était aussi une éminente défenseure des droits humains, mettant consciemment en jeu son confort et sa sécurité pour dénoncer les violations et porter la voix des victimes, dans le Caucase comme dans le reste de la Russie.

Depuis dix ans, force est de constater que le climat de travail des défenseurs des droits humains et de la presse indépendante s’est profondément détérioré dans ce pays. D’autres noms sont venus allonger la liste des personnalités assassinées. Mais depuis le retour à la présidence de Vladimir Poutine en 2012, les mécaniques et les cibles des pressions des autorités se sont largement diversifiées et élargies : les voix libres ou contestataires sont désormais prises en tenaille entre une législation criminalisant ou censurant toute forme de critique, et une propagande visant à les faire passer pour des ennemis internes.

La Russie, loin d’être un phénomène isolé, est un modèle qui s’exporte et trouve de nombreux échos : dans plusieurs pays d’Europe et dans son voisinage immédiat, les mécaniques de cette spirale répressive sont reproduits, amplifiés, adaptés, à différentes échelles. En cela, la Russie d’aujourd’hui constitue un laboratoire assumé et revendiqué dont s’inspirent de nombreux gouvernements.

L’histoire se répète, cette semaine a commencé le procès des présumés assassins de Boris Nemtsov. Cet opposant déclaré a été tué à deux pas du Kremlin. On a arrêté très vite des ressortissants tchétchènes qui apparaissent comme des exécutants possibles mais comme dans le cas de l’assassinat d’Anna Politkovskaïai il est impossible de remonter jusqu’au donneur d’ordres. Là encore il se dit que Kadyrov aurait commandité ce meurtre, la fille de Nemtsov a réclamé qu’il soit entendu par la justice mais même si le procureur reconnaît les manques de l’instruction il apparaît impossible d’interroger ce dernier récemment élu avec 98% des voix.