Archive | juin 2016

Kadyrov menace les Tchétchènes réfugiés à l’étranger

La chaîne vidéo du Nœud Caucasien a mis en ligne une vidéo sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=q_BTt27mKEM) permettant de relier la perception de l‘émigration tchétchène aussi bien vu du pouvoir tchétchène que du pays d’accueil. Cela nous a paru un collage intéressant. Nous pensons à tous les Tchétchènes que nous connaissons qui vivent comme tout le monde dans une interconnexion permanente grâce aux réseaux sociaux qui acilite les liens avec les relations lointaines. Nous voyons que Kadyrov ne s’intéresse pas aux réseaux sociaux que pour y publier des photos à sa gloire.

Extrait d’un discours de Kadyrov enregistré par la chaine TV Grozny le 6 avril un an après que la capitale de Tchétchénie a été récompensée du titre de « ville de la gloire militaire ». C’est en cette occasion solennelle que le leader tchétchène a décidé de s’adresser à ses compatriotes à l’étranger avec de franches menaces : « Vous vous faites à vous-mêmes du tort. Un jour, peut-être dans 5 ou 10 ans quand vous serez un peu plus malins et quand vos parents vous dirons que vous devez rentrer à la maison (dans votre patrie) ou quand vous serez expulsés de l’Europe et que vous n’aurez nulle part où aller, alors vous aurez à répondre auprès de moi pour chacune de vos paroles ! Je connais tous les sites, je connais chacun des comptes de ceux qui habitent en Europe, que ce soit sur Instagram, Facebook ou quelque autre média social. J’ai noté chacun de vos propos, nous avons des infos sur chacun de vous et nous savons qui vous êtes. Nous vivons aujourd’hui à l’époque de la technologie et nous savons d’où vous écrivez et vous êtes à notre merci. Donc ne vous faites pas du tort, ne vous faites pas du tort. »

Les menaces proférées par le leader tchétchène contre les utilisateurs des réseaux sociaux ne sont pas de vains mots. Il suffit de citer l’histoire d’Adam Dikaev qui a été publiquement humilié après qu’il a osé publier sur sa page Instagram un post critique à l’égard de Ramzan Kadyrov.

Ekatarina Sokiryanskaya, directeur de projet pour la Russie et le nord Caucase du International Crisis Group : « à présent une personne exprimant une opinion même pas différente de la ligne officielle mais simplement indépendante peut craindre pour sa vie et la vie de ses proches. Un conflit d’affaire, ou un conflit domestique peut entraîner aussi le même risque. Les gens se sentent si vulnérables et sous pression que beaucoup ne trouvent d’autre issue que dans l’émigration. »

Citation d’un journal allemand (Die Welt) : « du 1er janvier au 23 mai 2016 il y a eu 82,3% de Tchétchènes parmi les émigrants politiques provenant de Russie. Parmi 2728 citoyens russes 2244 sont originaires de Tchétchénie. Les chiffres cités viennent du ministère de l’intérieur fédéral allemand. C’est en 2013 qu’il y a eu le plus de demandes d’asiles de personnes originaires de Tchétchénie : sur plus de 15500 citoyens russes demandant l’asile en Allemagne 90% étaient des Tchétchènes. »

Svetlana Gannushkina, responsable du Comité d’Assistance Civile : « les Tchétchènes ont toujours constitués la majorité des réfugiés provenant de Russie. Apparemment cette année le nombre des réfugiés sera supérieur à celui de 2015. La raison de leur départ vous la connaissez bien : la situation en Tchétchénie. »

En Tchétchénie, des avocats poursuivis pour avoir exercé leur métier

En Tchétchénie la défense des cas de manipulation judiciaire devient risquée : les avocats sont poursuivis pour le simple fait d’avoir exercé leur fonction.

D’après un communiqué de Front Line Defenders du 1er juin :

Le 27 mai 2016, un juge de la Cour Suprême de la République de Tchétchénie a rendu un jugement qui pourrait conduire à la radiation du barreau des avocates Marina Dubrovina et Dokka Itslaev qui étaient accusées d’avoir commis des actes qui mettent en cause l’honneur et la dignité de l’avocat.

Marina Dubrovina et Dokka Itslaev sont des avocates qui travaillent en coopération étroite avec le centre des droits de l’homme Memorial dans la région de Krasnodar et en Tchétchénie. Memorial est une organisation des droits de l’homme qui apporte une assistance juridique aux victimes des violations flagrantes des droits de l’homme et qui se consacre à l’éducation, à la recherche et aux publications dans le domaine des droits de l’homme. Actuellement, Marina Dubrovina et Dokka Itslaev défendent le cas des Ukrainiens Nikolai Karpyuk et Stanislav Klykh, supposés membres de « l’Assemblée Nationale Ukrainienne-Auto défense du peuple ukrainien » (UNA-UNSO), une organisation identifiée comme nationaliste par la Russie. Les accusés ont été jugés coupables d’avoir pris part à la bataille de Grozny en 1994 au cours de laquelle on les accuse d’avoir tué au moins trente soldats russes. Ils ont été condamnés respectivement à 22 et 20 ans de prison. Les deux hommes nient leur participation au conflit tchétchène et affirment avoir été torturés pendant l’enquête.

Le 27 mai 2016, Vahit Ismayilov, un juge de la Cour Suprême de la République de Tchétchénie, a rendu un jugement proposant de priver les défenseurs des droits de l’homme de leur statut d’avocat, ce qui pourrait les priver de leur habilité à pratiquer le droit pénal en Russie. La décision du juge était basée sur le fait que les avocates avaient représenté les intérêts de Nikolai Karpyuk et de Stanislav Klykh au cours du procès. Ce jugement sera envoyé au barreau de Krasnodar et à celui de la Tchétchénie pour qu’ils décident eux-mêmes de l’ouverture éventuelle de poursuites disciplinaires à l’encontre de Marina Dubrovina et Dokka Itslaev. Si les avocates sont reconnues coupables d’avoir commis des actes « qui remettent en cause l’honneur et la dignité de l’avocat » les barreaux peuvent conclure à un avertissement ou un retrait de leur statut d’avocat.

L’organisation Front Line Defenders condamne ce harcèlement judiciaire à l’encontre de Marina Dubrovina et Dokka Itslaev, qu’elle croit seulement motivé par leur travail légitime et pacifique en tant que conseil de la défense et visant exclusivement à exercer une pression sur les avocates défenseurs des droits de l’homme.

Front Line Defenders exhorte les autorités russes à :

1 Révoquer le jugement contre Marina Dubrovina et Dokka Itslaev et cesser immédiatement tout harcèlement judiciaire des avocates à partir de maintenant puisque Front Line Defenders croit qu’il n’est motivé que par leur travail légitime et pacifique dans la défense des droits humains en Russie.

2 garantir en toutes circonstances que tous les défenseurs des droits humains en Russie puissent poursuivre leur activité au service des droits de l’homme sans crainte de représailles et libres de toutes restrictions.