Pas de normalisation en Tchétchénie.

Razman Kayrov, président de la Tchétchénie a annoncé il y a un mois qu’il allait se retirer après la fin de son mandat le 5 avril. Les commentateurs en Russie se posaient des questions : est-ce que Poutine avait décidé que Kadyrov était devenu indésirable ou bien s’agissait-il d’une tactique. Nous avons la réponse de la bouche de Poutine : Kadyrov sort renforcé de ce qui apparaît comme un chantage, le chef l’a réinvesti et preuve est faite qu’il est indispensable. Du coup, tout ce qui a suscité les critiques du monde politique russe (Kadyrov est suspecté d’être responsable des morts d’Anna Politkovskaïa, de Natalia Estemirova et de Boris Nemtsov) comme des services de sécurité (Kadyrov a ordonné de tirer sur tout agent des services de sécurité russe exécutant une mission en territoire Tchétchène sans son autorisation préalable) se trouve dévalué et Kadyrov peut se dire qu’il peut tout se permettre. Le fameux adage de la fin qui justifie les moyens permet à un autocrate d’appliquer des lois particulières sur son territoire, voire d’agir carrément en dehors de la loi, sans sanction du pouvoir fédéral.

Après la guerre Tchétchéno-russe, c’est cette politique de Kadyrov qui a entraîné la continuation de l’exil des Tchétchènes, les a empêchés de rentrer dans leur pays jusqu’à présent ; c’est dans ce contexte que nous pouvons lire ce que nous dit Sacha Kulaeva, responsable de la division d’Europe de l’Est et Asie Centrale à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme.

En effet, le jour des attentats de Bruxelles, les médias ont affirmé, sur source des services de police que trois personnes Biélorusses étaient impliqués dans les attentats, parmi lesquels un Dagestanais, Marat Yunusov. Ce dernier, supposé impliqué dans ces évènements, a annoncé son intention de poursuivre les médias qui avaient diffusé l’information. Selon Mme Kulaeva, de telles informations contribuent à la détérioration de l’attitude des européens vis-à-vis de la diaspora du Nord Caucase, y compris des réfugiés de Tchétchénie, qui sont maintenant associés dans l’opinion du public avec la radicalisation et le terrorisme.

« Quand en Janvier et Novembre 2015, des attentats terroristes ont été commis à Paris, dans la nuit qui a suivi, des dizaines de foyers Tchétchènes ont été perquisitionnés ; ces familles n’avaient rien à voir avec ces actes, c’étaient des réfugiés de longue date dont les enfants avaient grandi en France. Les circonstances de ces perquisitions, autant que je puisse savoir étaient terribles : des agents qui entraient par effraction la nuit, sans mandat de perquisition, effrayant les enfants, confisquant les ordinateurs, qui, après 7 ou 8 mois, ont été en partie rendus. Il y a eu beaucoup de telles perquisitions, et pas seulement pour les familles Tchétchènes ».

« Pourquoi les ont-ils ciblés ? Plus tard, il devint évident que ces familles de la diaspora tchétchène n’avaient rien à voir avec ces évènements. Cependant cette logique est typique de la police, de l’opinion et des médias. » (interview donnée le 26 mars au Nœud Caucasien).

 

On cède plus facilement aux préjugés lorsqu’on se sent menacé gravement ; nous estimons que les pouvoirs publics ont justement le devoir de garder une distance – celle de l’Etat de droit, et que les atteintes injustifiées aux droits des personnes peuvent avoir des conséquences importantes chez des familles qui ont déjà vécu des évènements terribles puisqu’elles sont venus demander asile en France.

 

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