Opération Tchétchévitsa – il y a 72 ans, le peuple tchétchène était déporté

(D’après Wikipédia, Opération Tchétchévitsa) 23/02/2016

L’opération Tchétchévitsa (en russe : Чечевица, littéralement Lentilles) est le nom de code pour la déportation par les Soviétiques des Tchétchènes et des Ingouches, accusés faussement de collaboration avec l’Allemagne, vers l’Asie centrale du 23 au 28 février 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale. Depuis 2004, le parlement européen reconnaît cette déportation comme un génocide. Ce nettoyage ethnique est sans précédent dans l’URSS par l’ampleur des moyens déployés et des contingents à déporter en un temps record : au moins 120 000 soldats et officiers fut mobilisés, 150 millions de roubles affectés, 194 trains de 65 wagons de marchandises chacun réquisitionnés pour rafler et déporter en une semaine près d’un demi-million de personnes.

Le 23 février 1944, aux premières heures du jour, 150 000 militaires soviétiques (120 000 ou 200 000, selon d’autres sources) encerclèrent toutes les localités de la République de Tchétchénie-Ingouchie. Sous le prétexte fallacieux d’une collaboration avec les troupes allemandes qui, en réalité, n’atteignirent même pas le territoire de la Tchétchénie, et malgré ou grâce au fait qu’une grande partie des adultes mobilisables de la république fut envoyée au front, près d’un demi-million de Tchétchènes-Ingouches furent entassés dans des camions et emmenés vers les gares les plus proches, où ils furent répartis dans les milliers de wagons à bestiaux et transportés, sans eau ni nourriture, vers le Kazakhstan et la Kirghizie. Des centaines, peut-être des milliers de déportés qui ne pouvaient être acheminés dans les délais impartis aux points d’embarquement dans les convois ferroviaires, furent sommairement liquidés : noyés, brûlés vifs – comme dans le village de Khaïbakh, le 27 février 1944 – ou exterminée à la grenade. Jusqu’à 50 % des déportés, voire plus, périssent durant trois à quatre semaines du transfert ou pendant la première année de leur survie en déportation, à cause de privations, de froid ou de maladie.

La République autonome de Tchétchénie-Ingouchie fut dissoute, son territoire partagé entre d’autres républiques, les biens des exilés accaparés par des occupants russes, la toponymie changée, les monuments nationaux rasés, les tombes dans les cimetières détruits, les archives historiques, scientifiques et littéraires brûlées, toute mention de l’existence même d’une nationalité tchétchène supprimée des documents et de la mémoire collective. Par ailleurs, pour saluer l’extinction des Tchétchènes, une statue du général Ermolov, figure emblématique de la conquête russe du Caucase, fut érigée à Grozny en 1949 et une citation d’Ermolov gravée sur son socle : « Il n’y a pas sous le soleil de peuple plus vil et plus fourbe que celui-là ».

Ce n’est qu’en 1957, avec la déstalinisation, que la République de Tchétchénie-Ingouchie fut rétablie, et les « déplacés spéciaux » « réhabilités » et autorisés à rentrer dans leur patrie. De nombreuses tensions, incidents, émeutes anti-tchétchènes émaillèrent cependant le retour des rescapés. Dans les années 1990, fut construit à Grozny le Mémorial qui rend hommage aux victimes de la Tchétchévitsa. Sur son mur frontal, il était écrit : « Nous ne pleurerons pas, nous ne plierons pas, nous n’oublierons pas. »

Celui-ci a été dissimulé et est maintenant impraticable depuis 2014, où cet élément de la mémoire Tchétchène qui pouvait faire figure de division entre la Tchétchénie et la Russie ne convenait pas aux pouvoirs en place. Il a été mis derrière une clôture puis déplacé hors du centre-ville de Grozny. Dans le même souci de dissimulation, une fausse accusation a été lancée contre un historien Tchétchène, Rouslan Koutaev, qui avait réuni des intellectuels pour évoquer la déportation. Il est depuis lors en prison – son cas est défendu par Amnesty International.

La déportation des Tchétchènes n’est pas un fait isolé, elle fait partie de tout un processus de déplacement des peuples par Staline, mais elle fut la plus brutale. A titre de rappel, une dizaine de peuples ont été déportés, dont les Tatars de Crimée, pour l’essentiel pendant la seconde guerre mondiale, sous prétexte de collaboration.

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