Archive | février 2015

23 février 1944 : déportation des Tchétchènes

La date du 23 février reste marquée douloureusement dans la mémoire de chaque tchétchène. En effet ce jour-là en 1944, sur l’ordre de Staline l’ensemble des Ingouches et des Tchétchènes fut déporté en Asie Centrale dans des conditions épouvantables : un tiers des déportés sont morts pendant le voyage, l’armée a tué sur place ceux qu’elle jugeait intransportables. Les populations n’ont pu revenir sur leurs territoires qu’en 1957 avec la difficulté de retrouver des populations installées dans leurs maisons.

Le pouvoir dictatorial actuel en Tchétchénie a jugé dangereux l’évocation de cette mémoire. Pour ce faire il a rendu invisible le monument qui avait été construit pour commémorer cette déportation. Il a déplacé le jour de la célébration de la mémoire. De plus l’année dernière alors qu’il avait tenu une conférence sur la déportation, l’intellectuel Rouslan Koutaev a été arrêté, poursuivi sous de fausses allégations, jugé et condamné : il est actuellement en prison, soutenu par Amnesty International.

Dans ce contexte, il nous a paru d’autant plus important de soutenir un film qui vient d’être réalisé sur un épisode de cette déportation, tourné en Tchétchénie : « Ordre d’oublier » de Khussein Erkenov et Rouslan Kokanaïev. Ce film a été interdit de distribution en Russie.

La projection aura lieu vendredi 27 février à 20h au local de la Ligue des Droits de l’Homme, 34 cours de Verdun 69002 Lyon, métro Perrache.

(Nous remercions l‘association de Pantin Habitat-Cité qui a confectionné les sous-titres)

Aucune contestation possible pour le régime de Kadyrov

Le 15 juillet 2009, Natalia Estemirova, représentante de Memorial à Grozny, était assassinée. On n’a jamais retrouvé ses meurtriers. Son rôle était capital car elle n’hésitait pas avec ses collaborateurs, à défendre ouvertement les Tchétchènes victimes de l’arbitraire des autorités. Ce crime a eu de graves conséquences puisque Memorial ne pouvait plus travailler en Tchétchénie en préservant la sécurité de ses membres. Cependant devant le besoin criant d’un recours fiable face  aux persécutions policières et judiciaires, une association, le Comité contre la Torture, s’est constitué en « Joint Mobile Group » pour intervenir dans la défense des citoyens en butte à des autorités qui ne respectent pas l’état de droit : pour limiter les risques des juristes ceux-ci changeaient régulièrement tous les deux mois. Un bureau de Memorial, d’autre part fonctionnait dans la seconde ville tchétchène (Goudermès).

C’est dans ce contexte que les récents évènements ci-dessous prennent tout leur relief :

–          le 15 janvier, le ministère de la justice russe a enregistré le Comité contre la torture comme “agent de l’étranger”. Comme un vieux souvenir de l’époque stalinienne le gouvernement russe a décidé depuis quelque temps de disqualifier beaucoup d’associations de droits de l’homme en les accusant d’être des agents de l’étranger, ce que ces dernières refusent en général car se serait se désigner comme des sortes d’espions aux yeux de l’opinion publique. Pour le président du Comité contre la torture, Igor Kaliapine, si son appel à réformer cette désignation n’est pas entendu il est clair que l’association sera fermée.

–          D’autre part, Memorial a défendu le Comité contre la Torture, accusé de vouloir faire reconnaître les droits des familles qui ont vu leurs maisons brulées par les autorités au prétexte que certains de leurs membres s’étaient livrés à une attaque à Grozny. S’en est suivie une attaque contre les bureaux de Memorial à Goudermès : cinq individus masqués ont bombardé d’œufs les deux collaboratrices présentes en criant “Vous défendez Kaliapine !”.

“L’agression contre notre bureau est la poursuite de la tactique de pression contre les opposants”, “Il n’y aura pas d’enquête.”, a déclaré Oleg Orlov, président de Memorial. Selon Amnesty international, “le harcèlement contre les défenseurs des droits de l’homme augmente dans toute la Russie”. “En dépit des déclarations de Vladimir Poutine, la Tchétchénie sort de plus en plus du champ légal en Russie.”