Lettre à Poutine

Après des attaques menaçantes en Tchétchénie, 3 importantes organisations des défenses des droits de l’homme, Front Line Defenders, Amnesty International, Human Rights Watch écrivent à Poutine :

Monsieur le Président,

Au cours des derniers jours un groupe russe de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie et son personnel ont été la cible de ce qui apparaît être un incendie criminel, d’arrestation et de détention arbitraires, de menaces de mort et de harcèlement répété. Amnesty International, Front Line Defenders, and Human Rights Watch s’alarment des attaques sérieuses contre la sécurité des membres du groupe et vous exhorte à vous assurer qu’il y ait une enquête immédiate à propos de l’incendie volontaire et que des mesures effectives soient prises pour protéger les défenseurs des droits de l’homme.

L’antenne en Tchétchénie du Groupe Mobile des Droits de l’Homme, ONG russe, est la cible de ces attaques de plus en plus graves. Avec à sa tête Igor Kalyapin, membre du Conseil Présidentiel pour la Société Civile et les Droits de l’Homme, le groupe enquête sur les violations de droits de l’homme en Tchétchénie et fait pression sur les autorités locales et fédérales pour que les responsables de ces violations rendent des comptes. Le 9/12 I. Kalyapin a demandé aux autorités d’enquête criminelle russes d’évaluer si les déclarations de Ramzan Kadyrov, prononcées le 5/12, promettant d’expulser les membres de la famille des insurgés de Tchétchénie et de détruire leurs maisons, constituaient un délit. Ramzan Kadyrov a fait cette déclaration et d’autres du même genre à la télévision et dans les media sociaux.

Ces déclarations ont été prononcées après une insurrection meurtrière à Grozny le 4/12 et durant laquelle 14 policiers et au moins un civil ainsi que 11 attaquants ont été tués. Au cours des jours qui ont suivi nos organisations ont été informées de différents cas dans lesquels des maisons de familles de présumés insurgés ont été brûlées apparemment par des agents de l’autorité tchétchène.

Dans une émission de télévision du 10/12 Ramzan Kadyrov a accusé “un certain Kalyapin” d’aider le terrorisme en Tchétchénie y compris en procurant de l’argent aux insurgés et a dit qu’il ne tolèrerait pas “ces Kalyapin” en Tchétchénie. De telles accusations d’un officiel de haut rang ne peuvent se comprendre que comme des menaces sérieuses et claires et peu après Kalyapin et son équipe ont été pris pour cible.

Lors d’une conférence de presse commune sur la punition collective en Tchétchénie tenue le 11 décembre à Moscou deux hommes ont bombardé d’œufs Kalyapin et un troisième l’a accusé de défendre les terroristes. Le 13/12 une manifestation contre le terrorisme s’est déroulée à Grozny. Elle était appelée par le gouvernement et a réuni 50000 personnes. Quelques banderoles mentionnaient des slogans tels que « Kalyapin go home ! » et « arrêtons les agitateurs qui mentent ! ». Plus tard dans la journée des inconnus dont l’un au moins était armé ont tenté de pénétrer de force dans l’appartement du Groupe Mobile. Dans la soirée leur bureau a été détruit par un feu criminel. […]

Igor Kalyapin, qui ne réside pas en Tchétchénie a reçu des appels téléphoniques et des SMS de menaces y compris de mort de la part d’inconnus. Les dirigeants russes ont promis de manière répétée de favoriser un climat de travail normal pour les défendeurs des droits de l’homme conformément aux engagements internationaux. Les menaces contre le Groupe Mobile en Tchétchénie sont extrêmement sérieuses et cherchent clairement à faire taire les militants qui travaillent dans la région depuis 5 ans pour que les victimes d’abus des droits de l’homme obtiennent justice légalement. Nous vous prions de garantir que le Groupe Mobile puisse continuer son travail dans la région sans interférences injustifiables de la part des autorités locales et qu’il y ait une enquête indépendante et effective contre toute action illégale et que leurs auteurs rendent des comptes.

Nous insistons aussi pour que vous envoyiez un signal clair aux dirigeants tchétchènes pour que les pratiques de punition collectives soient reconnues illégales et injustifiées quelles que soient les circonstances et prennent fin immédiatement.

Hugh Williamson Responsable pour l’Europe et l’Asie Centrale de Human Rights Watch

Anna Neistat Directeur Général pour la Recherche d’Amnesty International

Mary Lawlor Dirigeante de Front Line Defenders

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