Archive | novembre 2014

Tchétchénie : une expérience de guerre qui se propage

(Extrait d’un article de Christophe Ayad, Le Monde du 30.10.2014)

A l’heure actuelle après les guerres de Tchétchénie on parle de soldats tchétchènes dans plusieurs conflits extérieurs à leur pays : Syrie, Irak et Ukraine. L’auteur de l’article du Monde, Christophe Ayad livre une analyse qui éclaire les raisons de cette dispersion des combattants. L’isolement des Tchétchènes pendant les guerres qui n’ont trouvé comme alliés en argent et en armes que les islamistes saoudiens, a importé chez certains combattants le wahhabisme dans cette société traditionnellement tolérante. Ceux-ci ont en partie rejoint l’EI en Syrie dans la poursuite d’un combat contre V. Poutine, soutien de Bachar Al-Assad. Ils ont rejoint des réfugiés installés en Occident et des descendants d’une diaspora historiquement installée au Moyen-Orient. Ramzan Kadyrov, installé par Moscou à la tête de la Tchétchénie avec tous pouvoirs en échange de l’allégeance à la Russie a envoyé dans l’est de l’Ukraine, à la demande de Moscou plusieurs centaines, voire des milliers de combattants tchétchènes soutenir les séparatistes pro-soviétiques. Plusieurs témoins locaux attestent que des dizaines de combattants ont été enterrés en Tchétchénie. Parallèlement, on a appris la présence d’une nouvelle unité paramilitaire tchétchène en Ukraine, mais cette fois-ci alliée à Kiev partie combattre la « tyrannie russe en Ukraine ».

Christophe Ayad conclut :

La Tchétchénie est peut-être pacifiée, mais sa guerre ne cesse de se perpétuer à l’extérieur de ses frontières. C’est une loi quasi-mécanique de la guerre : les nations martyres deviennent des foyers de mercenaires ou de terroristes. C’est la dernière leçon de ce conflit qui aura été le banc d’essai des thématiques et méthodes développées par Vladimir Poutine et reprises trait pour trait par son épigone syrien, Bachar Al-Assad : la prophétie auto-réalisatrice (mes ennemis sont des « terroristes » et, si ce n’est pas le cas au début, ils finissent par le devenir), le bombardement systématique de villes entières (Grozny, Homs, Alep) pour venir à bout de la guérilla, la création de milices locales (les Kadyrovtsi en Tchétchénie ; les Comités populaires en Syrie), la punition collective des populations supposées soutenir les rebelles (disparitions, enlèvements par milliers) : tout cela était déjà là, lors de la deuxième guerre de Tchétchénie, dont les horreurs ont duré jusqu’en 2006, bien après l’arrêt officiel des opérations militaires.

Terrain expérimental du « réveil » russe, la Tchétchénie musulmane a été punie au-delà de toute proportion pour ses aspirations à l’indépendance : 100 000 à 300 000 personnes y ont été tuées, soit plus de 10 % de la population sur un territoire grand comme la Franche-Comté. Les combattants qui ont survécu à cet enfer sont devenus soit des enragés, soit des mercenaires sans foi ni loi. L’Europe et les États-Unis, qui avaient fermé les yeux sur cette tragédie au nom de la lutte contre le terrorisme post-11-Septembre et du gaz à bon marché promis par M. Poutine, feraient bien de s’en souvenir. Que sera la Syrie dans dix, vingt ans ? Une Tchétchénie puissance dix.

La Tchétchénie : l’ordinaire d’un pays totalitaire

Il est parfois difficile de se représenter la situation de la Tchétchénie actuelle. Il n’y a plus de guerre, les actes de la rébellion sont de plus en plus sporadiques et cependant ce que nous donne l’information des témoignages, ce que nous révèlent aussi les départs d’habitants vers l’exil, c’est l’ordinaire d’une situation de non-droit. Nous avons rencontré un demandeur d’asile qui s’est vu contester la réalité du risque qu’il y avait à retourner en Tchétchénie et qui est donc menacé, en cas de refus confirmé des autorités françaises, d’être renvoyé en Russie. C’est dans ce contexte et parmi d’autres qu’il a demandé un témoignage à sa sœur restée au pays :

« Aussi, je voudrais dire que le retour au pays de mon frère et de sa famille n’est pas possible car leur vie serait en danger. Parce qu’aujourd’hui le pouvoir est détenu par des gens influents pour qui rien n’est impossible. Aussi je voudrais rajouter des informations sur la situation actuelle en Tchétchénie.

Aujourd’hui, en Tchétchénie se produit la destruction de la jeunesse et du simple peuple. Les jeunes gens disparaissent, on enlève des jeunes filles en plein jour et on les retrouve ensuite mortes. Chaque jour dans différents villages on enterre de jeunes gens qui ont été envoyés contre leur gré en Ukraine.

Le peuple tremble de peur. Derrière tout cela se trouve notre président et sa bande de bandits pour lesquels il n’y a ni tribunaux ni justice. Ils créent des lois qui leur sont confortables. Ils créent le chaos d’un mot, et tous se taisent car chaque homme tient à sa propre vie, et qui aurait le courage de se dresser contre eux ? »

Soirée débat à Grenoble

Le Comité Tchétchénie Grenoble poursuit sa  mission de sensibilisation et d’information sur la question des Droits de l’Homme en Russie et Nord Caucase.
LE MERCREDI 19 NOVEMBRE à  20 h
 
Une conférence de Aude Merlin   « QUELLE RUSSIE » ?  convulsions intérieures et extérieures.
 Aude Merlin est Maître de conférence en Sciences Politiques à l’Université Libre de Bruxelles, Spécialiste de la Russie et du Caucase, membre du Cevipol.
Et projection du film « Un été avec Anton » de Jasna Krajinovic (2012)
 
Anton vit avec sa grand’mère à la périphérie de Moscou. Comme beaucoup de jeunes russes, un été dans un camp d’entraînement militaire va l’arracher à son insouciance d’enfant.
À La Maison des Associations, 6, rue Berthe de Boissieux (entrée face Caserne de Bonne)
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