La condition des femmes en Tchétchènie

Exposé de Svetlana Gannouchkina 2013

Svetlana Gannouchkina est l’un des membres fondateurs de l’ONG Assistance aux citoyens et de Memorial. A ce titre elle participe à la défense de nombreux tchétchènes depuis le début des deux guerres de Tchétchénie. Elle évoque ici le sort des femmes tchétchènes actuellement.

1er cas.

Une étudiante est enlevée. Consentante? (enlèvements “romantiques”) La famille du “fiancé” la restitue car la jeune femme est apparentée à un ancien résistant redouté actuellement en poste dans le clan de Kadyrov. S’ensuit que la jeune femme sera persécutée, battue, puis étranglée avec son foulard. Quant aux deux responsables de l’enlèvement, ils sont tués lors d’une vendetta policière. Pratique traditionnelle? Pas du tout! Kadyrov avait interdit les enlèvements de fiancées. Pratique chariatique? Malgré les ressemblances, les règles n’ont pas été suivies. Non, il s’agit de simple barbarie. Et la loi fédérale est inopérante. Dix semblables “crimes d’honneur” ont eu lieu dans un même village en 2013. Ces actes existaient sous l’URSS, mais au moins on pouvait porter plainte. Là, non.

2ème cas.

Une jeune femme vivant dans un camp en Ingouchie. Nous l’avons prise à Moscou pour ses études de médecine. Brillante, elle devient médecin et part pratiquer en Tchétchénie. Enlevée dans la rue, assommée, elle se retrouve chez un inconnu lié au système Kadyrov. Recluse chez lui et sa mère, elle est exploitée pour des tâches ménagères, humiliée, violée. “Remise à sa place de femme”, selon Kadyrov. Nous avons pu lui rendre visite. Aujourd’hui, elle est sortie d’affaire et peut travailler.

Mon hypothèse est que les hommes se sentent coupables de ne pas avoir réussi à défendre les femmes pendant la guerre et se vengent sur elles afin de masquer cette humiliation. Cela s’est produit en France, à la libération, quand les gens se défoulaient sur les femmes, tondues pour avoir soi-disant “couché avec les Allemands”. Il s’agit d’une vengeance sur des femmes émancipées par la guerre, des femmes participant avec nous aux manifestations antiguerre à Moscou, sauvant leurs maris détenus, se sacrifiant, affrontant les tanks… Quand les familles fuyaient, l’homme se retrouvait inactif, inutile, cloîtré chez lui, retranché socialement. Sortir dehors (en Russie) était dangereux. Les femmes, elles, travaillaient, s’occupaient de l’approvisionnement. Parfois, elles subissaient la responsabilité collective, quand leurs hommes combattaient dans la résistance armée.

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