Archive | juin 2014

Slovaquie. Un Tchétchène risque d’être extradé vers la Russie

Appel d’Amnesty International du 16 juin

Anzor Tchentiev, un Tchétchène ayant demandé l’asile en Slovaquie, risque d’être extradé sous peu vers la Russie. Si tel est le cas, il risque de subir des actes de torture et un procès inique. Les autorités russes auraient engagé des poursuites pénales à l’encontre d’Anzor Tchentiev pour des infractions liées au terrorisme. Cet homme a demandé l’asile en Slovaquie après être arrivé dans ce pays, il y a plusieurs années. Selon son avocat, il a été incarcéré à la suite d’une demande d’extradition formulée par les autorités russes et a passé près de neuf ans en détention provisoire. Anzor Tchentiev a tenté d’obtenir l’asile et de ne pas être extradé pendant près de neuf ans mais il a soudainement retiré sa demande en janvier 2014 et a indiqué au ministre slovaque de la Justice qu’il souhaitait être renvoyé en Russie. Il a aussi contacté la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) afin qu’elle lève les mesures provisoires qui avaient été prises dans cette affaire. Amnesty International pense qu’Anzor Tchentiev a peut-être formulé ces requêtes sous la contrainte. Depuis lors, les autorités slovaques ont engagé une procédure d’extradition.

Le 3 juin 2014, Anzor Tchentiev a déposé une nouvelle demande d’asile en Slovaquie et, par l’intermédiaire de son avocat, il a sollicité de nouvelles mesures provisoires auprès de la CEDH au motif qu’il avait suspendu la procédure initiale parce qu’il souffrait de problèmes psychologiques découlant de ses neuf années de détention. La CEDH a donné à Anzor Tchentiev et aux autorités slovaques jusqu’au 11 juin 2014 pour lui fournir des informations complémentaires afin qu’elle puisse statuer sur la demande de mesures provisoires.

EN ECRIVANT LE PLUS VITE POSSIBLE AUX AUTORITES SLOVAQUES (pour les adresses taper Anzor Tchentiev Amnesty sur votre moteur de recherche):

–       Priez instamment les autorités slovaques d’empêcher l’extradition d’Anzor Tchentiev vers la Russie car la Slovaquie est tenue, aux termes du droit international, de ne pas expulser, renvoyer ni extrader une personne vers un pays où elle risque de subir de graves violations des droits humains, notamment des actes de torture et d’autres mauvais traitements (principe de non-refoulement)

–       Exhortez-les à assurer le bien-être d’Anzor Tchentiev et à lui fournir toute l’assistance médicale ou psychologique dont il pourrait avoir besoin, et ce dès que possible.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 21 JUILLET 2014

Nous retransmettons l’appel d’Amnesty International qui prouve que le parcours de réfugiés tchétchènes craignant pour leur vie peut être risqué même dans l’Union Européenne.

La condition des femmes en Tchétchènie

Exposé de Svetlana Gannouchkina 2013

Svetlana Gannouchkina est l’un des membres fondateurs de l’ONG Assistance aux citoyens et de Memorial. A ce titre elle participe à la défense de nombreux tchétchènes depuis le début des deux guerres de Tchétchénie. Elle évoque ici le sort des femmes tchétchènes actuellement.

1er cas.

Une étudiante est enlevée. Consentante? (enlèvements “romantiques”) La famille du “fiancé” la restitue car la jeune femme est apparentée à un ancien résistant redouté actuellement en poste dans le clan de Kadyrov. S’ensuit que la jeune femme sera persécutée, battue, puis étranglée avec son foulard. Quant aux deux responsables de l’enlèvement, ils sont tués lors d’une vendetta policière. Pratique traditionnelle? Pas du tout! Kadyrov avait interdit les enlèvements de fiancées. Pratique chariatique? Malgré les ressemblances, les règles n’ont pas été suivies. Non, il s’agit de simple barbarie. Et la loi fédérale est inopérante. Dix semblables “crimes d’honneur” ont eu lieu dans un même village en 2013. Ces actes existaient sous l’URSS, mais au moins on pouvait porter plainte. Là, non.

2ème cas.

Une jeune femme vivant dans un camp en Ingouchie. Nous l’avons prise à Moscou pour ses études de médecine. Brillante, elle devient médecin et part pratiquer en Tchétchénie. Enlevée dans la rue, assommée, elle se retrouve chez un inconnu lié au système Kadyrov. Recluse chez lui et sa mère, elle est exploitée pour des tâches ménagères, humiliée, violée. “Remise à sa place de femme”, selon Kadyrov. Nous avons pu lui rendre visite. Aujourd’hui, elle est sortie d’affaire et peut travailler.

Mon hypothèse est que les hommes se sentent coupables de ne pas avoir réussi à défendre les femmes pendant la guerre et se vengent sur elles afin de masquer cette humiliation. Cela s’est produit en France, à la libération, quand les gens se défoulaient sur les femmes, tondues pour avoir soi-disant “couché avec les Allemands”. Il s’agit d’une vengeance sur des femmes émancipées par la guerre, des femmes participant avec nous aux manifestations antiguerre à Moscou, sauvant leurs maris détenus, se sacrifiant, affrontant les tanks… Quand les familles fuyaient, l’homme se retrouvait inactif, inutile, cloîtré chez lui, retranché socialement. Sortir dehors (en Russie) était dangereux. Les femmes, elles, travaillaient, s’occupaient de l’approvisionnement. Parfois, elles subissaient la responsabilité collective, quand leurs hommes combattaient dans la résistance armée.

La déportation du peuple Tchétchène : un point d’Histoire à oublier?

 Une commémoration éclatante vient d’avoir lieu en France pour les 70 ans du débarquement allié. Ces cérémonies ont été l’occasion aussi de rectifier les perspectives historiques, rappelant le rôle essentiel de l’Armée Rouge dans la victoire sur le nazisme. Les nouvelles qui suivent permettent de réaliser que commémorer est un enjeu important pour la politique d’un pays au point qu’une puissance puisse chercher à empêcher l’expression de la mémoire d’un peuple martyrisé.

La Russie a interdit la diffusion d’un film sur la déportation de masse des Tchétchènes, ordonnée pendant la Seconde Guerre mondiale par Staline, l’accusant d’être une « falsification historique » et d’être antirusse. Tourné en Tchétchénie, le long-métrage raconte en détails comment les Soviétiques ont déporté au cours de l’hiver 1944 le peuple tchétchène dans sa totalité ainsi que les Ingouches, un peuple proche, quelques mois avant la déportation des Tatars de Crimée. Accusées de manquer de loyauté envers l’URSS et de collusion avec les forces du IIIe Reich allemand, plus d’un demi-million de personnes ont ainsi dû quitter de force le Caucase du nord pour les plaines d’Asie centrale. Intitulé « Ordre d’oublier », le film avait comme but de marquer le 70e anniversaire de la déportation.

En ce moment même un militant tchétchène des droits de l’homme Ruslan Kutaev est détenu par les autorités de Grozny et a été torturé après avoir organisé une conférence commémorant la déportation par Staline du peuple tchétchène en 1944. Le procès qui se tient actuellement démontre clairement que l’accusation alléguée de détention de drogue est un montage : les témoins sont en contradiction avec ce qu’on leur a fait déclarer. L’association  Memorial ainsi qu’Amnesty International tentent d’alerter l’opinion pour sa libération.

La situation en Ukraine comme un rappel des actions de la Russie en Tchétchénie

D’après un article du 28 mai de Valery Dzutsev de la Jamestown Foundation

La position officielle de la Russie sur le conflit en cours dans l’est de l’Ukraine peut être considérée comme particulièrement hypocrite, compte tenu de sa réaction face au désir d’indépendance de la Tchétchénie. Alors que Moscou soutient et encourage le séparatisme ethnique – russe en Ukraine, dans le Caucase du Nord, il a brutalement réprimé les tentatives de sécession des Tchétchènes dans les décennies 1990 et 2000. Lors d’une conférence de presse le 24 mai, le président Vladimir Poutine a réitéré son soutien au droit à l’autodétermination des nations.

Dans le même temps, les liens entre l’Ukraine et la Tchétchénie ont pris une tournure inattendue quand l’expert de la question tchétchène de Memorial (ONG russe des droits de l’homme),  Alexander Cherkasov, a déclaré que le commandant russe, tristement célèbre, dans la région de Donetsk en Ukraine , Igor Strelkov, a sans doute commis des crimes contre des civils en Tchétchénie lors de la deuxième guerre. Igor Strelkov, 44 ans, (alias Igor Girkin) a été impliqué dans les évènements de Donetsk depuis avril 2014. Presque dès le début, les observateurs l’ont identifié comme un officier qui faisait partie du 45e régiment de reconnaissance des forces aéroportées qui a opéré autour du village de Khatuni en Tchétchénie en 2001. Son implication dans les disparitions forcées en Tchétchénie a été reconnue.

Memorial détient des informations sur quatre disparitions forcées près du village de Khatuni impliquant une personne du nom de « Strelkov ». Six personnes ont disparu dans ces incidents. Trois ans plus tard, les deux sœurs de l’une des personnes qui ont disparu sont devenues des terroristes. Une des sœurs a commis un attentat suicide sur un avion de ligne, tuant 42 personnes et l’autre a participé à la prise d’otages de l’école de Beslan en Ossétie du Nord en 2004. En Février, il est allé en Crimée pour ouvrir la voie à l’annexion de la péninsule par la Russie. Les services de sécurité ukrainiens affirment que Strelkov est un agent du service de renseignement militaire russe (GRU). Cependant, d’autres experts russes identifient Strelkov comme un agent du deuxième département du FSB.

Les récents évènements confirment le lien entre la stratégie de Moscou dans l’est de l’Ukraine et l’expérience intensive de violation des droits de l’homme par les forces russes en Tchétchénie. Tandis que Kadyrov se réjouit du soutien toujours plus grand de Vladimir Poutine à l’égard des services rendus, l’Ukraine de l’est a peu de chance de se réjouir de sa transformation rapide en une zone de non-droit telle la Tchétchénie.