Archive | janvier 2014

150 ans d’histoire entre la Russie et le Caucase

Nous venons de découvrir le livre du journaliste Régis Genté. Il nous a paru rendre compte d’un point de vue intéressant sur les interactions entre la Russie et le Caucase :

L’ouvrage, « Poutine et le Caucase », de Régis Genté est l’occasion de montrer une autre facette du Président Poutine, à la légitimité souillée dès les origines de son ascension politique… précisément au Caucase. Afin de faire sentir aux lecteurs ce qui se joue dans l’isthme rebelle, l’auteur évoque de larges pans de son histoire sur deux siècles (conquête coloniale, déportation de peuples entiers sous Staline, conflits récents…) mais aussi son actualité la plus brûlante, sur fond d’un retour de la Russie au premier plan de la scène internationale. Journaliste indépendant, Régis Genté est installé depuis plus de dix ans à Tbilissi, capitale de la Géorgie située au cœur du Caucase. Il couvre l’actualité du Caucase et de l’Asie centrale pour Le Figaro, Radio France Internationale, France 24, Le Monde Diplomatique ou encore Le Bulletin de l’Industrie Pétrolière.

(d’après Presse-Océan  le 24/01/14)

En quatrième de couverture :

 Le 7 février 2014, à Sotchi, s’ouvriront les XXIIe Jeux olympiques d’hiver, cent cinquante ans exactement après la victoire de l’empire tsariste sur le Caucase, mettant un terme à un siècle de combats acharnés. Aujourd’hui, ce Caucase si rebelle est toujours en guerre contre la grande Russie. Pas une semaine ne se passe sans que des représentants de l’État russe n’y soient assassinés. Ces olympiades sont celles de Vladimir Poutine, l’autoritaire président russe. C’est lui qui les a voulues. Le seul fait qu’un événement d’une telle ampleur se tienne là, non  loin d’une Tchétchénie où il a donné carte blanche à son armée pour réduire à néant les velléités indépendantistes, est perçu par lui comme une façon de dire qu’il avait raison. Là réside le sens politique profond de ces JO. Les Jeux de Sotchi sonnent comme une seconde victoire russe sur le Caucase et, pour Poutine, comme une célébration du triomphe de son système. La vision géopolitique qu’il a de cette région s’inscrit dans le droit fil de l’impérialisme russe.

Moscou se souvient du courage de deux défenseurs de la justice

Stanislav Markelov et Anastasia Babourova ont été assassinés sur la voie publique le 19 janvier 2009, à Moscou. Pour commémorer cet anniversaire, une manifestation a eu lieu à Moscou cette année. Depuis cet évènement, cette date est l’occasion de protester contre le fascisme en Russie.

« Stanislav Markelov a été un des rares avocats ayant réussi grâce à leurs efforts à faire juger des militaires pour leurs crimes commis en Tchétchénie. Stanislav Markelov parlait avec la police un langage qu’elle comprenait et on se souviendra toujours de lui pour son rôle dans l’inculpation de Youri Boudanov et Sergueï Lapin (officiers de l’armée russe, auteurs de crimes commis contre des civils tchétchènes) », selon Alexander Cherkasov le président  du Centre des Droits de l’Homme Memorial.

Stanislav Markelov a été abattu le 19 janvier 2009 alors qu’il revenait d’une conférence de presse tenue au « Centre des Médias Indépendants » consacrée à la récente libération du colonel Boudanov. Anastasia Babourova, étudiante à l’Ecole de Journalisme de l’Université d’Etat de Moscou, stagiaire au journal  « Novaya Gazeta » qui accompagnait  Stanislav Markelov fut blessé et mourut plus tard à l’hôpital.

En mai 2011, le tribunal de Moscou condamna Nikita Tikhonov et Evgenia Khasis, membres d’organisations nationalistes, respectivement, à la prison à vie et à 18 ans de colonies pénitentiaire pour le meurtre de Stanislav Markelov et Anastasia Babourova.

(d’après le nœud Caucasien du 24/12/2013)

Décision sans précédent de la Cour Européenne des Droits de l’Homme

La décision rendue par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) le 9 janvier dernier concernant 20 plaintes portées par les familles de 36 habitants de Tchétchénie qui ont disparu entre 2000 et 2006, qui fait porter la responsabilité des enlèvements aux soldats russes, est sans précédent d’après Alexandre Cherkasov, le président du Centre des Droits de l’Homme Memorial.

Notons qu’aujourd’hui la CEDH à Strasbourg a accordé des dédommagements d’un montant de 23 à 300 mille euros aux plaignants dans des affaires de disparitions de 36 habitants de Tchétchénie dans les années 200-2006. La cour a conclu que les responsables des enlèvements sont des soldats russes. La somme totale des dédommagements se monte à 2,3 millions d’euros.

D’après Cherkasov : « La décision d’aujourd’hui est sans précédent mais en même temps tout à fait normale. C’est sans précédent parce que cela concerne à la fois 20 enlèvements impliquant 36 victimes. Leurs proches recevront plus de 2 millions d’euros, somme sans précédent pour des cas de disparitions. »

Il ajoute que la CEDH a déjà rendu plus de 150 décisions concernant des plaintes portées par les familles de Tchétchènes enlevés, tandis que les tribunaux russes n’ont rendu que trois sentences dans des cas similaires.

Cherkasov  conclut : “Le fait que des dizaines d’habitants de Tchétchénie pour que justice soit rendue aient fait appel non aux tribunaux russes mais à la CEDH et que justice leur ait été rendue à cet endroit, est une triste réalité. »

L’histoire des plaintes à la CEDH pour des disparitions de Tchétchènes est longue. La CEDH a accepté le premier dépôt de plainte seulement en 2003. Ensuite la Russie a été condamnée à de multiples occasions mais n’a jamais poursuivi les auteurs des crimes de guerre. Aujourd’hui l’importance de cette condamnation rend bien compte de l’horreur du crime : la cour a présumé que les disparus étaient décédés faute de reconnaissance, laissant tout ce temps, les familles dans l’angoisse.

Russie à la Une

En cette période de nouvel an la Russie est très présente de manière variée dans les média : les prisonniers emblématiques du pouvoir russe ont été amnistiés et libérés, en particulier Mikhail Khodorkovski et deux membres des Pussy Riots sans doute pour s’épargner les reproches de l’occident avant Sotchi.

A Volgograd deux attentats contre des civils ont été commis par des kamikazes que l’on suppose terroristes islamistes du Caucase (informations non confirmées).

–          D’une part Mikhail Khodorkovski semble avoir passé un accord avec les autorités qui l’amène à renoncer à toute ambition politique et d’autre part à déclarer : En cas de séparation du Nord Caucase, c’est la guerre. Un bain de sang avec des millions de victimes. S’il faut y aller, j’irai combattre. Le Caucase du Nord, c’est notre terre. Nous l’avons gagnée par les armes. Il n’y a pas une seule terre dans le monde qui n’a pas été conquise ainsi“

–          D’autre part Nadejda Tolokonnikova, une des Pussy Riots a déclaré après sa libération : « La Russie est construite sur le modèle d’une colonie pénitentiaire. C’est la raison pour laquelle il est important de changer les colonies pour changer la Russie. Je voudrais que l’Europe arrête de se vendre à la Russie pour du gaz et du pétrole ».

Si certains peu nombreux sont libérés d’autres ne sont pas concernés. D’après Oleg Orlov, responsable de l’ONG russe Memorial : « l’amnistie en raison du 20è anniversaire de la Constitution russe ne concernera pas les détenus du Nord Caucase. Ils sont 2000 au plus (0,25% des 7 ou 800 000 prisonniers en Russie. La plupart des détenus du Caucase sont accusés de collaboration avec les rebelles alors qu’ils n’ont rien fait concrètement et que leurs procès sont fabriqués. Le pouvoir, en exhibant son “humanité ”accroît sa force.»

En cette période préolympique où la sécurité est mise en avant l’horreur de l’attentat empêche de considérer l’importance de ce que note Oleg Orlov pour une population désignée toute entière comme composée de terroristes ce qui renforce un préjugé et oublie l’effet que peuvent avoir pour cette population l’injustice et la stigmatisation.