Terreur présente et passée à Grozny : retour de Memorial

A l’occasion de la commémoration de l’assassinat de Natalya Estemirova (responsable de l’ONG Memorial à Grozny, assassinée en juillet 2009, les coupables n’ont jamais été retrouvés), Galia Ackerman rend compte de l’étrange réalité de ce que le pouvoir tchétchène fait vivre à ses concitoyens.

Galia Ackerman est spécialiste du monde russe et soviétique. Née en Russie, elle vit en France depuis 1984 où elle a été journaliste à Radio France Internationale, collabore à la revue Politique Internationale et tient un blog sur le site du Huffington Post. Docteure en histoire et traductrice d’Anna Politkovskaïa, elle s’intéresse particulièrement à l’idéologie de la nouvelle Russie post – soviétique et s’attache à la défense des droits humains.

En réalité, il y a aujourd’hui deux régimes dictatoriaux en Russie : celui de Vladimir Poutine et celui de Ramzan Kadyrov. Ayant opté pour la « tchétchénisation » du conflit, Poutine a donné carte blanche à Kadyrov pour combattre toute velléité de résistance. Tel un vassal qui jure sa fidélité au suzerain mais fait tout ce qu’il veut chez lui, Kadyrov ne se soucie pas du respect des lois fédérales, imparfaites qu’elles soient. Chez lui, la charia est en vigueur, la polygamie encouragée, les droits de la femme réduits au néant ou presque. Chez lui, et même en dehors des frontières de la Tchétchénie, à Moscou, voire à l’étranger, n’importe quelle critique du chef et de ses acolytes peut valoir à son auteur une mort atroce. Chez lui, aucun certificat administratif, aucune transaction, aucune inscription d’enfant à l’école, aucune admission à l’hôpital ne peut se faire sans un pot-de-vin considérable à ses fonctionnaires qui se nourrissent sur l’habitant. La structure pyramidale des pots-de-vin, avec Kadyrov au sommet, fonctionne parfaitement : en plus d’une aide fédérale très importante, l’omnipuissant chef du pays jouit des résultats de cette collecte forcée. Il se paie des harems et des hippodromes, il invite à sa table des grandes stars internationales, comme Gérard Depardieu ou Ornella Muti, en leur payant des honoraires mirobolants. Il reconstruit Grozny en faisant de l’émulation avec les Emirats.

Dans cette atmosphère médiévale asphyxiante, des militants des droits humains continuent d’agir, contre vents et marées. L’antenne de Memorial fonctionne de nouveau à Grozny, et des juristes russes se rendent en Tchétchénie, en « groupes mobiles », pour faire des enquêtes sur les crimes du régime Kadyrov. Ces gens inspirés de l’exemple de Natalia Estemirova et Anna Politkovskaia font un travail extraordinaire et nécessaire. Et comme la tyrannie n’est une forme de gouvernance ni durable ni stable, j’anticipe le jour où des places centrales de Grozny porteront les noms de ces femmes d’exception.

 

Tags:, ,

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :