Archive | juin 2013

Tentative d’enlèvement à Moscou d’une militante tchétchène des droits de l’homme.

 Le 8 juin, à Moscou, des personnes non identifiées ont essayé d’enlever Madina Magomadova, la présidente de l’ONG « Mères de Tchétchénie », d’après ses déclarations. En conséquence de quoi elle a été hospitalisée avec un traumatisme crânien. Elle a, depuis, quitté  l’hôpital pour des raisons de sécurité.

L’organisation suédoise Paix et Médiation (SPAS) et Défenseurs des Droits Civils ont exprimé leur inquiétude à propos de cette tentative d’enlèvement. Ils considèrent que cet incident témoigne de l’aggravation régulière de la situation des défenseurs des droits humains en Russie. En conséquence de cet évènement à Moscou, Madina Magomedova garde un certain nombre de séquelles en particulier au crâne. Elle est sortie de l’hôpital avec une décharge.

« Une nouvelle tentative d’enlèvement de Madina Magomedova est probable » a déclaré un militant tchétchène des droits de l’homme au correspondant du Nœud Caucasien. D’après ce même militant : « Puisqu’il y a eu une tentative d’enlèvement c’était la volonté de quelqu’un. Personne ne peut assurer qu’il n’y en aura pas d’autre et de manière générale cela peut se produire pour toute personne faisant le même genre de travail que Madina Magomedova en Tchétchénie. »

Madina Magomedova est venue à Lyon à notre invitation en 2007. Nous nous souvenons qu’elle avait parlé de son travail constant : permettre aux parents de connaître le sort de leurs enfants disparus par des enquêtes sur le terrain, en particulier, elle explorait des charniers. Il nous paraît symptomatique que c’est d’un enlèvement qu’elle est menacée aujourd’hui.

Caucase : défendre les droits de l’homme et les victimes de torture : l’exemple de Batyr Alikovich Akhilgov

(Amnesty International)

Batyr Alikovich Akhilgov est vice-président de l’Association du barreau de la République d’Ingouchie, au sud de la Fédération de Russie. Avocat de la défense, il intervient dans de nombreuses affaires pénales et emblématiques dans le district du Caucase du Nord. Depuis la fin la Seconde Guerre en Tchétchénie, l’ensemble de la région est affecté par un état de violence permanent. Des groupes armés dont les dirigeants et les objectifs sont difficilement identifiables y opèrent et commettent de nombreuses exactions. En réponse, des représentants des forces de l’ordre ainsi que des milices armées mènent des opérations de sécurité entraînant des violations des droits humains. Tortures, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires ont couramment lieu en toute impunité. C’est ce que Batyr Akhilgov dénonce lorsqu’il choisit de se spécialiser dans des affaires pénales impliquant des exactions.

Défenseur des droits humains, Batyr Akhilgov fournit, depuis plus de 10 ans, une assistance juridique aux victimes de conflits et de mauvais traitements. Il travaille en étroite collaboration avec des ONG de défense des droits humains comme Memorial, le Centre russe des droits de l’Homme, ou l’association ingouche MASHR. Malgré le harcèlement administratif dont il fait l’objet, l’avocat de 38 ans défend actuellement Rasoul Koudaev et Kazbek Boudtouyev, deux victimes de tortures et de mauvais traitements, accusés de terrorisme suite à l’attaque de Naltchik en 2005. Il défend également des hauts fonctionnaires accusés de fautes graves ou de crimes économiques comme l’ancien ministre de l’Intérieur d’Ingouchie Rouslan Meïriev, accusé de négligence dans l’attentat suicide à la bombe du poste de police de Nazran en août 2009. Batyr Alikovitch Akhilgov a reçu plusieurs décorations, dont la médaille d’honneur 2ème classe de l’Ordre fédéral des avocats de la Fédération de Russie pour ses « actes de protection des droits et libertés citoyennes ».

Amnesty International invite à rencontrer Batyr Akhilgov à Paris, le 26 juin 19h à son Siège National (76 boulevard de la Villette 75019 Paris).

Reportage de France 24 sur la Tchétchénie

Tchétchénie : retour à Grozny

« Grozny, début 2000. Après deux guerres menées par Moscou contre les indépendantistes tchétchènes, la ville est un champ de ruine. Aujourd’hui, la capitale tchétchène brille de tous ses feux : un essor dû au voisin russe et au potentat local Ramzan Kadyrov. Pourtant, les cicatrices du conflit n’ont pas totalement disparu. Derrière des façades refaites à neuf se cache une misère sociale dont personne ne parle. »

Par Ksenia BOLCHAKOVA

Cliquer ici pour la vidéo.

Une histoire ordinaire de disparition suspecte en Tchétchénie

Traduit du site Rights In Russia.

On nous demande souvent quelle est la situation en Tchétchénie. Nous voyons arriver dans l’Union Européenne de nombreuses familles qui fuient leur pays encore aujourd’hui. Voici un rapport d’une ONG d’aide juridique russe, le Comité d’Assistance Civique qui éclaire un aspect de l’ambiance qui règne dans ce pays.

Le 28 mai, le Comité d’Assistance Civique (CAC) a reçu un rapport inquiétant venant de Tchétchénie. Tôt le matin du 22 mai 2013 dans le village de Yandi du district d’Achkhoi-Martan un habitant de Grozny, Beslan Baidulaev était porté disparu. La veille, le 21 mai Beslan avait rejoint sa maison de famille à Yandi pour aider aux tâches agricoles. Le soir il a soupé chez son cousin puis est retourné dormir dans la maison de famille. Au matin du 22 mai des habitants du village ont vu un grand nombre d’agents des forces de l’ordre près de la maison. Baidulaev n’est pas retourné à Grozny ce jour-là, ni plus tard.

Le 23 mai, on a ordonné aux proches de Baidulaev de venir au poste de police du district d’Achkhoi-Martan. Là on leur a dit que le 22 mai les forces de l’ordre avaient essayé d’arrêter Beslan mais qu’il avait pu s’échapper. Il leur a été ordonné de révéler où se trouvait Beslan Baidulaev, sous peine de voir brûler leur maison. Le 25 mai, les membres de la famille de Beslan ont été de nouveau convoqués au poste de police et d’après leurs dires, les mêmes exigences et menaces ont été réitérées. La famille de Beslan Baidulaev à déclaré au CAC qu’en 2009 Beslan Baidulaev avait été condamné pour aide et soutien à des groupes armés illégaux. En 2010, après avoir purgé sa peine, il est retourné à Grozny et a entamé une vie paisible. Il s’est marié et le couple a eu deux enfants. Chaque semaine il devait pointer au poste de police. Sa famille est certaine que Beslan Baidulaev n’a eu aucun contact avec la clandestinité, pas plus qu’il n’a pu s’enfuir alors qu’il était le seul soutien pour son vieux père malade et qu’il était totalement dévoué à prendre soin de lui. De plus, selon ses proches, la maison de Beslan Baidulaev au village de Yandi est dans un lieu découvert. Beslan Baidulaev n’avait pas d’arme, les voisins n’ont pas entendu de coup de feu et plusieurs douzaines de policiers étaient présents lors de l’arrestation. Dans de pareilles circonstances il est peu probable que Beslan Baidulaev ait pu s’échapper.Les proches de Beslan Baidulaev craignent qu’il n’ait été enlevé et pu être soumis à la torture pour le forcer à donner un faux témoignage ou avoir été détenu illégalement en un lieu inconnu le temps que sa barbe pousse pour pouvoir le tuer et qu’il soit identifié comme un membre d’un groupe armé illégal. La police a déclaré qu’il s’est échappé afin d’empêcher sa famille de le rechercher.

Selon le CAC beaucoup de cas identiques montrent que les inquiétudes de la famille de Beslan Baidulaev ne sont pas sans fondements.

Situation des droits humains en Russie

 (Dernier rapport d’Amnesty International)

Nous nous rappelons comment les ONG de droits de l’homme ont été obligées de quitter la Tchétchénie à la suite de l’assassinat de Natalia Estemirova, responsable de Memorial à Grozny. Ce que nous explique Amnesty International est une répétition à l’échelle de toute la Russie.

Sergueï Nikitine, directeur du bureau de Moscou, a évoqué « la détérioration de la situation en Russie l’année dernière ». Selon ce défenseur des droits humains, « on a adopté plusieurs lois qui restreignent les libertés d’expression, d’association et de réunion ». Ainsi, il a dénoncé la condamnation du groupe punk de Pussy Riot ou les discriminations subies par les personnes LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) dans le pays.

La nouvelle loi sur les ONG, qui oblige ces organismes à s’inscrire comme « agents étrangers » s’ils reçoivent de l’argent de l’étranger, a été l’un des thèmes phares. Nazarski a rappelé qu’Amnesty International (AI) avait signé un manifeste de solidarité avec les autres organisations et « continuerait à œuvrer pour le développement de la société civile russe ».Nikitine a expliqué comment fin février des agents du fisc ont perquisitionné le siège d’AI à Moscou. De nombreux documents ont été saisis après la fouille surprise de cinq heures, où étaient présentes les caméras chaîne de télévision NTV. Selon lui, « c’est une campagne nationale visant à resserrer l’étau autour des ONG ».

Egalement présente à la conférence de presse, Natalia Taoubina, directrice de l’ONG Verdict Public, consacrée à l’aide juridique aux citoyens en matière de communication avec les autorités, a été directe : « Nous ne travaillons pas pour renverser le gouvernement, mais pour défendre les droits humains. Ces principes sont universels et il est déplacé de dire que c’est seulement une affaire interne ».

Elle a expliqué les difficultés et les incertitudes auxquelles de nombreuses organisations étaient confrontées aujourd’hui : « Se déclarer « agent étranger », c’est comme dire que vous êtes un espion, alors que nous travaillons à l’intérieur et pour la société russe. Cette mesure nous marginalise, et c’est surtout un mensonge ». D’autre part, elle a expliqué à quel point il était compliqué d’obtenir un financement privé en Russie : « Il sera pratiquement impossible d’obtenir des subventions parce que nous sommes indépendants. Même si, en théorie, il peut y avoir un financement privé, il y a des signaux, comme l’affaire Khodorkovski, qui ne sont pas encourageants ».

Dans le même temps, l’avocate a rappelé qu’elle attendait la réponse de la Cour européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg à la plainte déposée par onze ONG russes en février dernier. Elle a toutefois expliqué que la Russie « ignore les jugements, ce qui fait que le tribunal perd de son autorité ».

D’autre part, selon AI, « la réforme judiciaire en Russie a été reconnue, même par de hauts représentants. Tout au long de l’année, aucune mesure efficace n’a été prise pour garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire et il y a de nombreux rapports faisant état de procès inéquitables ».