Archive | février 2013

Pour la deuxième fois en moins de trois mois, la France renvoie un Tchétchène vers la Russie

(Nouvelles de Tchétchénie février 2013)

Monsieur Beslan D., originaire de Tchétchénie, a été renvoyé le 4 février par les autorités françaises sous escorte à Moscou. Nous sommes sans nouvelles de lui. Sa femme se trouve toujours en France. Le Comité Tchétchénie exprime sa profonde inquiétude suite au renvoi de M. Beslan D. Ce renvoi ne constitue pas une exception, comme c’était le cas sous l’ancien gouvernement. Est-ce là un effet de l’application des accords de réadmission entre l’Union européenne et la Russie ? La Fédération de Russie doit-elle désormais être considérée comme un « pays sûr » pour les demandeurs d’asile tchétchènes ?

Les chercheurs spécialistes de la région continuent pourtant de qualifier le territoire tchétchène de zone de « non droit », où la violence, la torture, font partie du quotidien. Des rapports complets et détaillés continuent d’être publiés par les organismes de défense des droits de l’homme, faisant état de la pratique généralisée de la torture dans les lieux de détention.

En Russie, le président Vladimir Poutine durcit les lois de la Fédération relatives aux manifestations, à la liberté d’expression sur Internet, à la « haute trahison ». Le pays fait actuellement l’objet d’un examen par le Comité contre la Torture de l’ONU à Genève. Enfin, un communiqué du Quai d’Orsay rappelait récemment le soutien apporté par la France aux défenseurs des droits de l’Homme en Russie… tout en soulignant les dangers qu’ils encourent.

Les demandeurs d’asile tchétchènes continuent, nombreux, à fuir la Tchétchénie et les autres régions de Russie. Certains fuient les pays européens comme la Pologne où ils ne sont pas en sécurité. En Europe, leur demande d’asile ressemble à un véritable parcours du combattant – la demande de Beslan D. aura duré presque 4 ans – avec à la clé un examen de moins en moins bienveillant. Ce temps d’attente est d’autant plus usant lorsqu’il se vit dans une précarité extrême.

Aujourd’hui, l’évocation du conflit russo-tchétchène dérange. Cette guerre a été d’une violence, d’une cruauté et d’une barbarie rares, mais n’est plus aujourd’hui appréhendée par les gouvernants français et européens qu’à travers le prisme trompeur d’une « opération antiterroriste ».

Dans ce contexte, l’expulsion de Beslan D., qui fait suite à celle d’Aslan D. en novembre dernier, est un nouvel échec et une honte.

Nous appelons les autorités françaises à réviser immédiatement cette politique et à réexaminer de manière impartiale les dossiers de demandes d’asile des Tchétchènes déboutés.

Russie – refus de visa pour une chercheuse française : un domaine de recherche trop sensible ?

Le travail d’un centre de recherche en sciences sociales et humaines financé par la France à Moscou est paralysé par le refus des autorités russes d’accorder le visa demandé par sa nouvelle directrice, a-t-on appris vendredi.
Des dizaines de scientifiques russes représentant des universités de tout le pays ont adressé une lettre au ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lui demandant d’intervenir pour permettre l’attribution de son visa à la nouvelle directrice du centre, Amandine Regamey, a révélé vendredi la radio Écho de Moscou.
Ce centre est un maillon central dans la collaboration entre la France et la Russie dans le domaine des sciences humaines et sociales, ont plaidé les signataires, parmi lesquels le démographe Anatoli Vichnevski et le président de l’ONG Memorial Arseni Roguinski, selon le texte dont l’AFP a eu copie.
Le Centre franco-russe a notamment pour vocation de favoriser les travaux de chercheurs français en Russie, et de chercheurs russes en France.
Amandine Regamey est Chercheur associé au CERCEC (Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen), Maître de conférences à l’Université de Paris I. Spécialiste de la Russie, elle a vécu plusieurs années dans l’ancienne Union Soviétique, en Russie, Biélorussie et Ukraine. Elle est coauteur de plusieurs ouvrages sur la Tchétchénie. Elle a notamment travaillé sur la guerre de Tchétchénie et les violences en Russie, un sujet particulièrement sensible et qui ne doit pas laisser indifférent les autorités russes.

« Nous sommes très inquiets de voir les autorités russes s’immiscer dans la politique scientifique d’un centre français », ont souligné les signataires de la lettre. « Nous pensons qu’il est indispensable d’en défendre vigoureusement l’indépendance », ont-ils ajouté, précisant qu’Amandine Regamey avait été nommée en septembre par la France sur proposition de la communauté scientifique française.

Jointe par l’AFP, Mme Regamey a indiqué qu’aucune explication ne lui avait été donnée officiellement pour le refus de son visa.

(d’après AFP 01 février 2013)