Archive | novembre 2012

Grozny La guerre d’après

La prise de la capitale tchétchène par les Russes, en février 2000, a marqué la fin du conflit avec les séparatistes. Depuis, dans les rues de la ville reconstruite, et jusque dans les maisons, Kadyrov, le despote installé par Poutine, fait régner la terreur.

Par Willy Le Devin Envoyé spécial à Grozny (Russie) – Libération le 09/11/12

Voilà un an et demi que Lipchan ne sourit plus. Entre l’inhumanité de la police du président Ramzan Kadyrov, une vie en fracas et le décès de son seul fils pendant la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), elle n’en a guère l’occasion. Et même si elle le voulait, Lipchan ne peut plus sourire depuis ce matin où les «kadyrovtsy», miliciens du despote nommé par Vladimir Poutine en 2007, sont venus chez elle. Il est 5 heures, ce jour de février 2011, lorsque quatre hommes abattent la frêle porte d’entrée aux planches mitées. C’est après son mari, Malik, qu’ils en ont. Ils l’accusent d’avoir prêté son 4 × 4, une nuit, à des opposants qui voulaient transporter «du matériel de guerre». En fait d’arsenal, Lipchan assure qu’il s’agissait «d’une pelle, d’une fourche et d’un sécateur pour qu’un ancien voisin s’occupe d’un potager».

Mais ça, Malik n’a pas le temps de l’expliquer. Un des policiers lui écrase le visage sur le sol terreux avec sa chaussure de sécurité. Et lui ordonne d’avouer sinon, ils s’occuperont de sa «pute d’arabe». «Mon mari est fort, murmure Lipchan. Pendant la seconde guerre contre les Russes, des soldats l’avaient battu comme un chien. Il avait juré qu’il ne se laisserait plus faire.» Malik s’en tenant à sa résolution, un policier plaque Lipchan au sol. «Il puait l’alcool et me hurlait dessus pour que je finisse par dire que mon mari soutenait les maquisards. Comme lui, je n’ai pas dit un mot. Quelques secondes, je nous ai sentis très proches. On était complices dans notre façon de résister à ces brutes», chuchote-t-elle. Le policier perd patience. Il sort un couteau et entaille Lipchan de chaque côté de la bouche. Jusqu’aux molaires. «Je n’ai même pas crié, ça lui aurait fait trop plaisir. J’ai juste perdu connaissance quelques minutes. Lorsque je suis revenue à moi, mon mari m’aspergeait dans le lavabo, l’eau me piquait la chair et ma tunique me collait à la peau tellement il y avait de sang.»

Plusieurs mois ont passé et Lipchan pleure presque chaque fois qu’elle croise un miroir. Avant, le couple en possédait un, mais elle a préféré le donner. «Un monstre n’aime pas se regarder», dit-elle. Lipchan a redouté que Malik la quitte. Il est resté et elle a beaucoup pleuré. De joie et de tristesse.

«Pouvoir absolu»

Des histoires comme celle de ce couple sont courantes en Tchétchénie où sévit désormais la guerre de l’après. Celle qui tombe sur la nuque. Insidieuse et muette. Qui s’invite dans les maisons. Qui sabote toute idée de reconstruction apaisée d’une société. Oui, la Tchétchénie est toujours en état de siège. Même si sa capitale, Grozny, n’en laisse plus rien paraître. Hier en lambeaux, rasée bloc par bloc par l’artillerie russe, elle étale aujourd’hui d’impudiques gratte-ciel, derniers joujoux sortis de l’imaginaire détraqué du despote Kadyrov. Le soir, lorsque le soleil se range derrière les montagnes pelées, les tours de verre s’illuminent sous des projecteurs aux couleurs de l’arc-en-ciel. Ce quartier d’affaires, baptisé Grozny City, vaisseau mégalo tout de cyrillique vêtu, a un goût d’outrage pour une population civile à genoux.

Fondateur du Comité contre la torture, une ONG luttant contre les violences policières en Russie, Igor Kaliapine participait, fin octobre à Paris, à un grand colloque sur la question des droits de l’homme en Tchétchénie. Avec son équipe de juristes professionnels, il a fait condamner 90 policiers en Russie depuis 2000. Toutefois, en Tchétchénie, la marge de manœuvre est bien plus étroite : «On espérait pourtant pouvoir y faire le même travail mais, jusqu’ici, on n’a obtenu la condamnation d’aucun policier. Nous menons une quinzaine d’enquêtes [sur des disparitions, ndlr] depuis 2009, aucune ne pourra aboutir. En Tchétchénie, la seule institution de droit qui marche, c’est la police de Kadyrov qui n’obéit qu’à lui. Le reste ne fonctionne pas. Ni les tribunaux ni la procurature [le ministère public], rien. Le pouvoir de Kadyrov est absolu. Il demeurera stable tant qu’il recevra l’argent des mains d’Allah, c’est-à-dire de Poutine», confiait-il à notre confrère de Rue89, Jean-Pierre Thibaudat.

Supermarché du kidnapping

Au royaume de Kadyrov, on raconte que la coutume veut que l’on fasse payer aux familles les corps de leurs proches décédés en prison. On dit aussi que le tyran étouffe des pans entiers de la société en les asséchant financièrement. «Il a mis en place un système de contrôle pyramidal extrêmement sophistiqué, explique Aude Merlin, membre du département de sciences politiques de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et auteur d’Ordres et désordres au Caucase (1). Une des clés de son pouvoir se trouve dans la constitution du « fonds Kadyrov ». Cette réserve d’argent quasi illimitée, créée par son père, lui permet à la fois de tout noyauter et de se racheter une virginité aux yeux de la communauté internationale, via de grandes opérations de communication.» Selon une source diplomatique bien informée mais désirant garder l’anonymat, ce fonds «extrêmement opaque» serait en partie alimenté par «un savant mécanisme de racket des Tchétchènes vivant à l’étranger. Une grosse communauté est par exemple présente à Londres et des transferts de sommes importantes en livres sterling et en dollars sont constatés assez régulièrement».

Aujourd’hui, ce chaos fait prospérer une flopée de petits groupes criminels dans la province. Ils se disent que leurs méfaits seront de toute façon imputés à Kadyrov tant celui-ci suscite un rejet épidermique auprès des civils. Résultat : dans l’espoir d’une rançon, des Tchétchènes enlèvent des Tchétchènes. Des Ingouches, une autre minorité caucasienne, enlèvent des Ingouches. Et la Tchétchénie devient un vaste supermarché du kidnapping. «On assiste à une complexification des règles établies à l’échelon local, atteste Amnesty International. La situation dans certains villages pris en tenailles entre les zones rebelles [contrôlées par des maquisards supposés proches d’Al-Qaeda, ndlr] et celles quadrillées par le régime est très inquiétante. Les familles sont en permanence sous pression et l’économie est exsangue.»

«L’inhumanité ordinaire»

Au nord de Grozny, dans un «khrouchtchevi» décrépi (barre de cinq étages construite sous Khrouchtchev) auquel conduit une route au goudron facétieux, Mavka reçoit autour d’un thé au chou-fleur. L’odeur est aussi âcre que son intérieur est vétuste. Les fils électriques dévalent les murs. Sur le rebord de la fenêtre, un chat maigrelet toise le visiteur d’un regard sournois. Mavka n’a jamais eu de problèmes particuliers avec ce qu’il appelle encore la militsia (la police de l’époque soviétique). Mais, il reconnaît que «tout est mis en œuvre par Kadyrov pour que la population ne se sente pas en paix. Par des incivilités quotidiennes, la police fait en sorte que l’on éprouve sans arrêt son souffle chaud derrière nous. La nuit, de façon tout à fait inutile, ils patrouillent parfois dans les cages d’escaliers. Ils foutent des coups de pied dans les portes et crient : « Vous dormez bien les minables ! » Ça dure une demi-heure, puis ils repartent. C’est de l’inhumanité ordinaire.»

Mavka a ouvert, il y a deux ans, une petite enseigne de restauration rapide. Il prépare les très prisées chepelgash, des galettes fourrées au fromage local, ou le khingalush, un chausson au potiron. En quelques minutes, leurs effluves adoucissent l’ambiance. Les hommes attablés dégagent un mélange de transpiration et de patchouli. Du dehors proviennent les inflexions de l’appel à la prière, donnant à la scène la quiétude d’un tableau caucasien. Mais la souffrance n’est jamais loin.

Azat, grande tige au faciès buriné, doute «de pouvoir vivre un jour totalement libéré». Il l’espère surtout pour ses enfants, car lui «n’a plus beaucoup de temps avant la fin». Il dit être malade. On ne saura jamais de quoi. Entre deux crêpes, Mavka abonde : «Pour les autorités, cette vie semble pouvoir durer éternellement. C’est normal, eux ont un intérêt à ce que ça se passe comme ça. Ils s’enrichissent, assoient leur domination. Mais nous, on meurt de malheur et de peur. Un peuple, ce n’est pas fait pour faire la guerre.»

(1) Aux éditions de l’université de Bruxelles, avec Silvia Serrano.

La France renvoie un militant des droits de l’homme Tchétchène vers la Russie

Paris – le 9 novembre 2012 – Monsieur Aslan D., originaire de Tchétchénie et ancien militant d’une ONG de défense des droits de l’homme, a été renvoyé le 7 novembre par les autorités françaises sous escorte à Moscou.

D’après les dires de Monsieur D. il était impossible de résister à la détermination des membres des forces de l’Ordre chargés de l’accompagner jusqu’à Moscou.

Sur place, des proches dépêchés en catastrophe ont du insister et faire intervenir une connaissance d’une connaissance – un policier gradé- pour pouvoir le « récupérer ». Aslan D. est actuellement en lieu sûr, en attendant que les risques qu’il encourt puissent être déterminés. Des ONG russes de défense des droits de l’Homme ont été prévenues.

Monsieur D. a travaillé pour une association de défense des Droits de l’Homme, ce qui dans le contexte de la Tchétchénie constitue un risque que de nombreuses personnes ont payé de leur vie. C’est cet engagement qui a valu à Monsieur D. d’être arrêté et brutalisé, puis de partir pour chercher refuge en Europe

L’expulsion d’un militant des droits de l’homme Tchétchène vers la Fédération de Russie constitue un signe politique fort, nous amenant à nous interroger avec beaucoup d’inquiétudes sur l’importance que le gouvernement français accorde à la situation des Droits de l’Homme en Russie.

Il y a un mois, le Comité Tchétchénie s’était déjà mobilisé pour empêcher le renvoi d’un tchétchène débouté du droit d’asile vers la Fédération de Russie. Si ce renvoi a pu être évité, la situation administrative de cette personne reste au point mort.

Le renvoi de Monsieur D. ne semble donc plus appartenir à l’exception, comme c’était le cas sous l’ancien gouvernement. Est-ce là un effet de l’application des accords de réadmission entre l’Union Européenne et la Russie? La Fédération de Russie doit-elle désormais être considérée comme un «pays sûr» pour les demandeurs d’asile tchétchènes ?

Les chercheurs spécialistes de la région[1] continuent pourtant de qualifier le territoire tchétchène de zone de « non droit », où la violence, les disparitions, la torture, font partie du quotidien. Des rapports complets et détaillés continuent d’être publiés par les organismes de défense des droits de l’homme, faisant état de la pratique généralisée de la torture dans les lieux de détention.

En Russie, le Président Vladimir Poutine durcit les lois de la fédération relatives aux ONG[2], aux manifestations, à la liberté d’expression sur Internet[3], à « la haute trahison »[4]. Le pays fait actuellement l’objet d’un examen par le Comité contre la Torture de l’ONU à Genève[5]. Enfin, un communiqué du Quai d’Orsay rappelait récemment[6] le soutien apporté par la France aux défenseurs des droits de l’Homme en Russie… tout en soulignant les dangers qu’ils encourent.

Les demandeurs d’asile tchétchènes continuent, nombreux, à fuir la Tchétchénie et les autres régions de Russie. Certains fuient les pays européens comme la Pologne où ils ne sont pas en sécurité. En Europe, leur demande d’asile ressemble à un véritable parcours du combattant – la demande d’Aslan D. aura duré 4 ans – avec à la clef un examen de moins en moins bienveillant. Ce temps d’attente est d’autant plus usant lorsqu’il se vit dans une précarité extrême.

Aujourd’hui, l’évocation du conflit russo-tchétchène dérange. Cette guerre a été d’une violence, d’une cruauté, d’une barbarie rares, mais n’est plus aujourd’hui appréhendée par les gouvernants français et européens qu’à travers le prisme trompeur d’une « opération antiterroriste« .

Dans ce contexte, l’expulsion d’Aslan D. est un échec et une honte.

Nous appelons les autorités françaises à réviser immédiatement cette politique et réexaminer de manière impartiale les dossiers de demandes d’asile des tchétchènes déboutés.

CONTACT PRESSE :

Pascale CHAUDOT, Présidente

Comité Tchétchénie

pascale.chaudot@orange.fr

06.33.36.02.74

Association Comité Tchétchénie

21, ter rue Voltaire

75011 Paris

06.14.02.74.52


[1] Anne LE HUEROU  (Chercheur associée au CERCEC, Sociologue spécialiste de la Fédération de Russie et de la Tchétchénie), Aude MERLIN (Maître de conférence en Science politique – spécialiste du Caucase du Nord), Amandine REGAMEY, (Maître de conférences à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne) pour ne citer qu’elles…
[2] Texte adopté par la Douma le 13 juillet 2012
[3] Texte adopté par la Douma le 1er novembre 2012
[4] Texte adopté par la Douma le 31 octobre 2012
[5] « Russian NGO Shadow Report on the Observance of the Convention against Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment by the Russian Federation for the period from 2006 to 2012 » Rapport examiné du 8 au 12 novembre 2012 (Disponible en anglais et en russe sur le site de Memorial
[6] 22 octobre 2012

Expulsion d’un Tchétchène vers la Russie en dépit des décisions de la Cour Européenne des Droits de l’Homme

Depuis quelques mois nous constatons des tentatives multiples d’expulsion de ressortissants Tchétchènes venus en France pour demander l’asile. Leur détermination à s’y opposer ainsi que des décisions de justice ont empêché jusqu’à présents ces renvois. Aujourd’hui nous apprenons qu’Aslan D. malgré une importante mobilisation pour empêcher ce départ a été expulsé vers la Russie mercredi 7/11. Aslan D.  a déjà été conduit à un avion il y a un mois, s’est débattu de telle sorte qu’il n’est pas parti à ce moment-là mais a été condamné à un mois de prison pour son refus d’embarquer.

Comme nous l’apprend le Comité Tchétchénie de Paris Aslan D., né à Groznyï, était toujours dans une procédure de recours. Par ailleurs, sa famille témoigne de l’engagement au cours de l’année 2007, en Tchétchénie, de Monsieur D. qui habitait alors Tchernoretchy, dans une organisation non gouvernementale en faveur de la Défense des Droits de l’Homme « Le Comité pour les Droits de l’Homme ». Cet engagement a conduit Monsieur D. à prendre part à des rassemblements, à prendre la défense, entre autres, d’un jeune voisin face aux autorités et donc à s’exposer, à se mettre en danger.

Militer en faveur des Droits de l’Homme est un choix généreux et très courageux dans un pays comme la Fédération de Russie. Renvoyer dans son pays, une personne qui a été contrainte de le fuir pour avoir fait ce choix n’est pas à l’honneur de la France.

Il n’y a pas eu de décision sur le recours formé par Aslan D. pour se faire reconnaître comme réfugié. Or la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) est très claire au sujet de demandeurs dans cette situation :

La CEDH sanctionne l’absence de recours suspensif dans la procédure « prioritaire » qui autorise le renvoi de demandeurs d’asile dans leurs pays avant la fin de l’examen de leurs craintes d’y être persécutés et la juge incompatible avec les obligations issues de la Convention européenne des droits de l’homme. En 2011, un quart des demandes d’asile en France a été examiné selon cette procédure accélérée.

« Cette décision vient rappeler que les Etats ne doivent en aucun cas renvoyer une personne dans son pays tant qu’il n’est pas démontré, de façon complète et définitive, qu’elle n’y encourt aucun risque », ont déclaré l’ACAT France, Amnesty International France et Human Rights Watch.

Cette absence de recours suspensif devant la Cour nationale du droit d’asile pour les demandes d’asile en procédure accélérée a placé des milliers de personnes en danger. Depuis plusieurs années, les instances de surveillance du respect des textes internationaux au sein des Nations unies et du Conseil de l’Europe n’ont cessé de recommander à la France de remédier à cette situation.

« La résistance obstinée des autorités françaises est l’illustration d’une politique d’asile davantage guidée par une logique de suspicion à l’égard des demandeurs qu’une véritable volonté de les protéger », ont affirmé les trois organisations. « Il est désormais temps pour la France de s’engager fermement pour faire du principe de non-refoulement une réalité en toutes circonstances ».

Grève de la faim collective dans les centres de rétention polonais (extraits)

Grupa Wsparcia Protestujących Uchodźców (Groupe d’appui aux réfugiés manifestants)

Le Règlement Dublin 2 qui régit la prise en charge de la demande d’asile autorise un pays de l’Union Européenne à transférer un  demandeur d’asile vers le premier pays où il a été enregistré. La France utilise ce règlement sans modération et par exemple de nombreux réfugiés Tchétchènes sont renvoyés vers la Pologne contre leur gré. Nous soutenons que notre pays à l’égard de personnes qui demandent une protection vitale devrait considérer la situation telle qu’elle apparaît par exemple, en Pologne, dans ce texte. Ce texte permet aussi de comprendre, en partie, pourquoi tant de Tchétchènes ne restent pas en Pologne.

Grève de la faim de masse dans les centres pour étrangers

Soixante-treize personnes placées dans les centres surveillés pour étrangers de Bialystok, Biala Podlaska, Przemysl et Lesznowola ont décidé de mener une grève de la faim. Ce n’est pas la première fois que des demandeurs d’asile placés en détention manifestent, mais pour la première fois des informations concernant leur grève sont accessibles au public. Jusqu’à présent, les grévistes étaient placés à l’isolement et punis de diverses manières, sans que la population en soit informée. Les détenus exigent entre autres : le droit à l’information dans une langue qu’ils comprennent, le droit de communiquer avec le monde extérieur, le droit aux soins médicaux, à l’éducation des enfants et des mineurs détenus, le respect des droits des enfants, l’amélioration des conditions sociales à l’intérieur des centres, la fin des mauvais traitements et des violences, l’arrêt de la criminalisation des demandeurs d’asile.

Les demandeurs et demandeuses d’asile ont décidé de frapper ensemble, dans plusieurs lieux de détention polonais, en espérant que leur voix ne sera pas ignorée et occultée par les médias.

En août 2008, 21 Géorgiens détenus à Biala Podlaska avaient protesté contre la durée excessive des procédures. En 2010, 37 réfugiés du centre surveillé de Przemysl ont mené une grève de la faim pour exiger l’amélioration des installations et l’accès aux soins médicaux. En décembre 2009, un groupe d’environ 200 Tchétchènes et de Géorgiens a pris le train pour Strasbourg, siège du Conseil européen et du Parlement européen pour protester contre les politiques de l’Union européenne envers les demandeurs d’asile. Les banderoles suspendues aux fenêtres du train indiquaient qu’ils avaient fui les persécutions, demandaient de l’aide et indiquaient « Nous sommes des êtres humains ». Ils avaient cependant été arrêtés à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne. De plus, dans les centres polonais des grèves individuelles sont constamment occultées, mises sous silence et brutalement réprimées par les gardes.

Vendredi 12/10, la députée au Parlement du mouvement Palikot, Mme Wanda Nowicka, a fait part de sa préoccupation concernant la situation dans les centres dans une lettre adressée au commandant en chef des gardes-frontière, le général Dominik Tracz, où elle a écrit entre autres : « Nous allons élaborer une proposition visant à créer une équipe parlementaire pour enquêter sur ces allégations ».