Archive | septembre 2012

Le Comité de Paris nous communique : Risque de renvoi d’un Tchétchène vers la Russie

Les demandeurs d’asile tchétchènes n’obtiennent pas toujours le statut de réfugié pour autant l’état français jusqu’à présent ne les renvoie pas en Russie car il connaît la situation locale et les risques encourus. Quoi qu’en disent les instances officielles il arrive malheureusement souvent que l’on refuse le statut de réfugié à des demandeurs qui pourtant risquent leur vie  en cas de retour. Nous nous étonnons et nous nous inquiétons donc que le Ministère de l’Intérieur de ce nouveau gouvernement décide de renvoyer en Russie Monsieur T., né en 1974 en République Socialiste Soviétique Autonome de Tchétchéno-Ingouchie.

Monsieur T.  ne peut rentrer dans son pays où il a déjà subi des persécutions et où sa vie pourrait être menacée. Cela, il l’a expliqué dans sa demande d’asile politique.

Quand le premier conflit russo-tchétchène éclate et que les troupes russes attaquent le territoire tchétchène Monsieur T. a vingt ans. Il s’engage dans un groupe de combattants local pour défendre sa terre natal. Pendant l’entre deux guerres, entre l’année 1996 et l’année 1999, Monsieur T.,  travaille dans le bâtiment et participe à la reconstruction de son village. Au début du deuxième conflit, en 1999, patriote, il apporte son soutien à la résistance puis cesse le combat. Il part pour Grozny. Il entre à l’université où il suit les cours de la faculté pédagogique. Il étudie à l’université de 2002 à 2007. Ce qu’il souhaite, c’est s’instruire, apprendre, vivre honnêtement, tranquillement… Mais il est fréquemment arrêté, battu, relâché contre des pots de vin jusqu’à ce les autorités ne le laissent plus vivre en paix. Il est contraint de fuir.

Faute d’avoir su ou pu s’exprimer clairement, Monsieur T. n’a pas convaincu les autorités françaises de la réalité de ses craintes et des risques qu’il encourt dans son pays d’origine : la Fédération de Russie. C’est la raison pour laquelle il a été débouté de sa demande de reconnaissance du statut de réfugié.

Quand il arrive en France au cours du mois d’octobre 2008, Monsieur T. traumatisé par des années de guerre et les violences qu’il a subies, se retrouve, à la rue, puis dans un squat. En procédure Dublin, il est interpellé et placé en rétention. Quand il est libéré, il va mal. Il ne comprend rien à la procédure dont il fait l’objet. Il n’a ni toit, ni argent. Il ne parle pas notre langue et ne peut, bien sûr, rentrer chez lui. Une longue errance commence. Il quitte la région parisienne pour La Rochelle. Il dépose enfin sa demande d’asile en décembre 2009 soit plus d’un an après son arrivée en France. Il est convoqué à l’O.F.P.R.A. au cours de l’été 2010. Son entretien dure trois heures trente. Six mois plus tard, sa demande est rejetée. Il n’a pas été clair. Après un recours rejeté il fait l’objet d’une OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français). Deux fois Monsieur T. a été placé dans un avion en partance pour Moscou, s’étant débattu il a été placé en garde à vue, le procureur a décidé de sa libération mais l’OQTF demeure.

Renvoyer Monsieur T. vers la Fédération de Russie revient à prendre le risque que sa vie ou sa liberté soit menacée, qu’il soit exposé à la torture, à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. Un tel acte est indigne des engagements pris par Monsieur HOLLANDE lors de sa campagne électorale en faveur des Droits l’Homme, et serait contraire aux engagements pris par l’Etat Français qui a ratifié la Convention européenne des Droits de l’Homme et la Convention de l’ONU contre la Torture.

Caucase du Nord 2012 : Où en est-on ?

La guerre entre Tchétchènes et Russes est devenue un conflit intérieur tchétchène qui a essaimé dans une grande partie du Caucase du Nord et en particulier au Daghestan. Kadyrov, dirigeant mégalomane, joue à la fois de l’identité tchétchène et de sa proximité avec Poutine : il instrumentalise la religion musulmane en créant une situation hors du droit russe pour la population tchétchène et en particulier les femmes. En même temps il prétend à une normalité dans son pays (une Grozny de rêve rebâtie, une équipe de foot très subventionnée…)  et attache un grand prix au retour des réfugiés. Dès lors un Tchétchène qui ne se reconnaît ni dans la rébellion islamiste ni dans la politique de Kadyrov ne peut envisager de solution tant que Poutine est au pouvoir et pour des raisons historiques ne peut se rapprocher des mouvements d’opposition libérale avec des tendances nationalistes. Sur les effets de la guerre et des violences actuelles voici un témoignage à travers une action du Secours Catholique.

L’éducation et la culture au secours des enfants  victimes des conflits.

Le programme de développement pour les enfants des Républiques de Tchétchénie, du Daghestan, d’Ossétie du Nord et d’Ingouchie, souffrant des conséquences des conflits dans la région, est cofinancé par l’Union européenne. Il a débuté le 1er octobre 2010 et s’achèvera le 30 septembre 2012.

Le Caucase du Nord, au sud de la Russie, est particulièrement troublé depuis des décennies et souffre encore beaucoup des conséquences des guerres de Tchétchénie, même si la situation est « normalisée » selon les autorités. Si la Tchétchénie a retenu l’attention de la communauté internationale et des médias, il ne faut pas oublier ses voisines, les Républiques du Daghestan, d’Ossétie du Nord et d’Ingouchie, qui ont aussi subi les conséquences de ces conflits. Les droits de l’homme y sont peu respectés, dont les droits de l’enfant, et une attention particulière doit être portée au droit à l’éducation.

Beaucoup de jeunes, qui n’ont pas bénéficié d’une scolarité normale pendant le conflit à cause de la disparition des infrastructures et de la désorganisation de la région, sont partiellement voire complètement analphabètes : ils ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. Ce problème a une acuité particulière dans les zones montagneuses et isolées, un des principaux théâtres des opérations militaires. Comme l’éducation, y compris l’éducation au dialogue et à la tolérance, est un élément clé de la construction de la paix et de la prévention des conflits, il apparaît indispensable de promouvoir les droits des enfants vivant en situation post-conflit et souffrant encore de leurs conséquences, et en particulier leur droit à l’éducation.

La nouvelle génération est née dans un contexte violent, pendant la guerre ou pendant la situation instable qui y a fait suite. Les meurtres et autres actes violents constituaient alors la norme et sont encore courants de nos jours. L’insuffisante prise en charge psychologique des jeunes, mais aussi des adultes qui les entourent, a conduit au développement de traumatismes liés aux conflits et à des troubles comportementaux qui entravent leur intégration sociale.

Pourtant, la Russie a ratifié en 1990 la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant de 1989 et l’ex Président russe Dmitri Medvedev a signé un décret portant obligation pour toutes les régions de Russie de nommer un Défenseur des droits de l’enfant.

L’éducation est donc le premier pas indispensable de l’insertion économique et sociale. Il s’agit également d’un facteur important de stabilité. Le Secours Catholique et ses partenaires souhaitent accroître les chances de la nouvelle génération du Caucase du Nord de s’intégrer socialement et économiquement grâce à l’amélioration de leur éducation, à la prise en compte des traumatismes liés à la guerre et à la promotion des droits de l’enfant. Ce projet ambitieux a été rendu possible grâce à un financement de deux ans de l’Union européenne, octroyé dans le cadre du Programme de partenariatet derenforcement desinstitutions (IBPP) : Soutien à la société civile et aux initiatives locales.

Ce projet est porté par le Secours Catholique et 5 associations partenaires, situées en France et en Russie. Comité d’assistance civique (Moscou), La Fondation FOCUS-MEDIA, L’association Sintem (Grozny), L’association Sozidanie (Gudermes, Tchétchénie), l’Association Primo Lévi.

Les régions musulmanes de Russie sont le théâtre d’un regain de tensions

Article de Marie Jégo dans le Monde du 30.08.12

Un chef religieux et six autres personnes ont été tués, mardi 28 août au Daghestan, république musulmane des bords de la mer Caspienne (sud de la Russie). Alors que le leader religieux recevait des fidèles chez lui dans le village de Chirkeï (région de Bouïnaksk), une femme, porteuse d’une ceinture d’explosifs, a déclenché sa charge après s’être introduite auprès du groupe. Sept personnes sont mortes : cinq fidèles, le chef spirituel et la femme kamikaze.

Saïd Afandi Atsaev, 75 ans, était un des piliers de la confrérie soufie des Naqshbandi. Très respecté, le « cheikh » défendait la pratique d’un islam modéré. Il avait toujours appelé à coopérer avec les autorités russes face à la montée de l’islam radical (salafisme, wahhabisme) dans la région. Au Daghestan, le pouvoir des cheikhs est immense, et leurs conseils sont recherchés, non seulement en matière de religion mais aussi sur des questions familiales, d’éducation et de santé.

Peuplée en majorité de musulmans, la région du nord du Caucase est laminée par une guerre entre les forces russes et une insurrection cherchant à instaurer un Etat islamique dans la région. Malgré l’envoi de soldats en nombre toujours plus grand, malgré la répression impitoyable exercée contre les civils, Moscou ne parvient toujours pas à juguler la rébellion.

Le 19 août, jour de la fin du ramadan, sept policiers ont péri dans un attentat suicide en Ingouchie, une région voisine du Daghestan. L’attentat a été attribué par les autorités locales au chef rebelle Dokou Oumarov, insaisissable barbu disposant d’un réservoir de jeunes kamikazes. L’homme avait revendiqué l’attentat de l’aéroport Moscou-Domodedovo en janvier 2011 (36 morts), se faisant filmer avant le drame en compagnie du jeune kamikaze.

Mardi 28 août, toujours au Daghestan, un jeune appelé russe a ouvert le feu sur sept de ses collègues militaires avant d’être lui-même tué. A première vue, les deux incidents ne sont pas reliés. Le coup de sang du jeune appelé pourrait s’expliquer par les conditions épouvantables faites aux conscrits dans les casernes. Le FSB local n’exclut pas que le jeune homme ait pu être recruté par les islamistes radicaux. […]