Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.

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