Archive | juin 2012

Attaque du droit d’asile en Belgique

D’après un article de Gazet Van Antwerpen du 9 juin

Nous vous présentons cet article car il nous a amené à nous poser des questions sur le caractère fondamental du droit d’asile et des coups de butoir donnés à ce statut dans un pays de l’Union Européenne.

Arendonk (2370) Saïd K. Sultanovitch, le principal fauteur de troubles qui était à la base des incidents survenus sur le parking du centre d’accueil des demandeurs d’asile d’Arendonk (Belgique), a été arrêté par la police. « Il ne pourra plus prétendre à l’asile », a déclaré la Secrétaire d’Etat à l’Asile et l’ImmigrationMaggie De Block (Libéraux et démocrates flamands)

Maggie De Block a ajouté que la Tchétchénie avait accepté le retour de Saïd K. Sultanovitch. « Demain, nous recevrons les documents pour le renvoi. »

Le dimanche 13 mai une bagarre a éclaté sur le parking du centre d’asile à Arendonk. C’était un règlement de compte entre les Afghans et les Tchétchènes. Il y avait environ une centaine d’étrangers impliqués et un employé du centre a été blessé.

Maggie De Block a déclaré que parmi eux 27 demandeurs d’asile impliqués dans les incidents ont été transférés vers d’autres centres de détention à titre disciplinaire. Il y avait 9 mineurs non accompagnés, 9 hommes célibataires et deux familles. L’ordre a été donné pour que leurs demandes d’asile soient gérées en priorité. Saïd K. Sultanovitch a été arrêté et doit être renvoyé en Tchétchénie. Deux autres personnes, non demandeurs d’asile, impliquées dans la bagarre, ont été prises en charge par la police locale.

Le député Francken du N-VA a apprécié l’action du gouvernement à Arendonk, mais il a jugé que la sanction disciplinaire n’était pas assez sévère et que les 27 demandeurs d’asile qui ont été transférés auraient dû voir leurs demandes d’asile interrompues. Peter Logghe du Vlaams Belang est d’accord sur cette déclaration.

Nous n’avons pas pu trouver beaucoup d’informations sur cet évènement ce que nous avons trouvé inquiétant étant donné la gravité de cette violation du droit d’asile.

En effet quoiqu’ait pu faire Saïd K. Sultanovitch cela relève du droit pénal et ne doit en aucun cas l’empêcher de demander le droit d’asile. Les motifs pour lesquels il le demande ne peuvent être examinés que dans le cadre de ce droit. En bref s’il risquait sa vie en Tchétchénie, ce qu’il a pu faire en Belgique ne peut  être un argument de renvoi sans examen. A ce sujet nous remarquons que trois partis politiques belges acceptent une telle violation.

Les accords européens présupposent une égalité de traitement des demandeurs d’asile au sein d’un espace. La France comme d’autres pays est appelée quotidiennement au nom du règlement Dublin 2 à transférer des demandeurs vers un autre pays de l’espace Shengen. Nous demandons que dorénavant aucun demandeur d’asile ne puisse être transféré en Belgique étant donné cette rupture avec une sauvegarde fondamentale.

Les célébrations du Jour de la Russie à Grozny, sous le signe de la contrainte

D’après un article de Muslim Ibragimov, le Noeud Caucasien le13 juin 2012

Selon les autorités de la capitale tchétchène, environ 100 000 personnes ont pris part aux évènements célébrant le Jour de la Russie qui se sont tenus le 12 juin à Grozny. Cependant, de nombreux habitants se sont plaints d’une participation forcée aux festivités.

La place devant l’hôtel de ville de Grozny était le centre des festivités avec une scène et une immense bannière avec les photos du président russe Vladimir Poutine et du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov. Tôt le matin du 12 juin toutes les autoroutes menant au centre ville étaient bloquées par les forces spéciales de police et des militaires.

Des colonnes de manifestants qui se sont rassemblés sur la Place Minute et la Place de l’Amitié des Peuples ont défilé le long des avenues Poutine et Kadyrov et devant l’hôtel de ville. Une des colonnes était personnellement menée par le président tchétchène Ramzan Kadyrov qui portait dans ses bras un portrait de Vladimir Poutine. Les manifestants portaient des bannières et des portraits de Vladimir Poutine, Akhmad et Ramzan Kadyrov, des drapeaux de la Russie, de la Tchétchénie et du parti Russie Unie. En passant dans les rues principales de la capitale les manifestants scandaient : «  Russie ! Tchétchénie ! Poutine ! et Ramzan ! »

Cependant, de nombreux participants aux festivités ont affirmé avoir été forcés à participer à l’évènement.

« Notre ministère emploie environ 1500 personnes. Tout le monde devait venir à cette manifestation, puisque les patrons nous avaient avertis que les employés qui ne viendraient pas auraient des ennuis, voire même pourraient être licenciés. Il est clair que d’autres ministères étaient dans la même situation », a déclaré un membre du personnel du Ministère de la Terre et de la Propriété, qui a préféré rester anonyme.

Les employés des diverses entreprises et organisations et les étudiants de Grozny ont également témoigné de leur participation forcée à la manifestation.

 

Comment peut-on imaginer que les habitants d’une ville rasée par Poutine puissent, douze ans après, célébrer sa gloire ?

Parcours de réfugiés « Dublin » – émission de radio Canut.

Ce documentaire est une création du comité Tchétchénie de Lyon. Il retrace la trajectoire et les difficultés des réfugiés tchétchènes en Europe et à Lyon.

Écouter l’émission

Russie: Protéger les défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie

D’après un communiqué de Human Rights Watch.

Le leader tchétchène a menacé le Groupe Mobile dans une émission de télévision (Moscou le 7 juin 2012).

La Russie devrait garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme après les menaces publiques du dirigeant de la Tchétchénie nommé par le Kremlin, a déclaré Human Rights Watch.  Les autorités russes devraient arrêter le harcèlement du Collectif de défenseurs des droits de l’homme en Tchétchénie (Groupe Mobile), dont les trois représentants ont été l’objet de critiques acerbes et de menaces de la part du dirigeant tchétchène le 1er juin. Le Groupe Mobile a été constitué dans le cadre de la Commission Publique sur la Tchétchénie, une coalition de 12 organisations des droits de l’homme créée en 2009 à la suite d’une vague d’assassinats de militants dans la région. Le groupe enquête sur les allégations de violations graves des droits de l’homme par les agents de la force publique sous le contrôle effectif du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Le 1er juin, Kadyrov et d’autres officiels tchétchènes ont critiqué le travail du groupe à un meeting qui a été ensuite retransmis à la télévision.
« Le Groupe Mobile a repris le flambeau de Natalia Estemirova, le plus éminent défenseur des droits de l’homme en Tchétchènie, qui a été enlevée et tuée en juillet 2009 », a déclaré Tanya Lokshina, la plus importante enquêtrice pour la Russie de HRW. « Le Groupe a enquêté courageusement sur les cas les plus sensibles concernant les droits de l’homme en Tchétchénie cherchant que justice soit rendue pour les cas de torture, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires. »

Sous la direction du Comité de Nizhny Novgorod contre la torture, le Groupe Mobile a établi une présence permanente en Tchétchénie en novembre 2009. Des avocats et d’autres militants des droits de l’homme venant de différentes régions de Russie travaillent là par roulement malgré les risques pour chacun. D’après HWR le niveau de sécurité du Groupe est devenu de plus en plus précaire. Le Groupe Mobile s’est vu décerner le prix Front Line 2011 destiné aux défenseurs des droits de l’homme en situation de risque et le prix des Droits de l’Homme 2011 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le 1er juin, les représentants en Tchétchénie du Groupe Mobile se sont joints à un rassemblement au centre de Grozny, la capitale Tchétchène, contre les disparitions forcées organisé par des militants locaux et des proches des disparus. Magomed Daudov, le nouveau chef de l’administration de Kadyrov et du gouvernement tchétchène ainsi que le maire de Grozny, Muslim Khuchiev sont apparus au rassemblement inopinément. Ils se sont approchés des militants du Groupe Mobile et leur ont demandé la raison de leur présence dans la république. Les militants ont répondu et Daudov et Khuchiev ont insisté pour qu’ils aillent à la mairie pour une « conversation plus poussée. »

La “conversation” s’est révélée, en fait, être une réunion avec Kadyrov, Ruslan Adranov, ministre de l’intérieur et d’autres officiels locaux. Le chef de la Commission d’Enquête sur la Tchétchénie, Viktor Ledenev et le procureur de la république, Vladimir Savchin ont également participé à la conversation. Plusieurs mères de disparus, qui avaient assisté au rassemblement y furent amenées également. Une équipe de télévision a filmé le tout.

Kadyrov, a ouvert la réunion par un long discours de menaces à l’égard du Groupe Mobile. Il a prétendu que les militants « haïssaient le peuple tchétchène, étaient venus en Tchétchénie pour gagner de l’argent, aidaient les diables (les insurgés) et leurs complices et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour provoquer des conflits et déstabiliser la situation dans la république. » Kadyrov dit aussi qu’à son avis les organisations des droits de l’homme ne s’intéressaient pas au bien-être des populations tchétchènes et prétendit qu’il était leur seul source d’aide et de justice.

Le chef de l’administration de Kadyrov Daudov accusa alors le Groupe Mobile de payer des habitants pour donner de faux témoignages de torture et a décrit comment il avait détenu trois autres membres du groupe en février 2010 quand il était chef de la police dans le district de Shali et les a gardés une nuit. Il a remarqué que le Groupe Mobile a instruit une plainte à propos de cet incident à la Cour Européenne des Droits de l’Homme prétendant que leur détention était illégale et le décrivant comme « un criminel ». Quoi qu’il en soit, dit-il, ces mesures étaient justifiées puisque les militants « soudoyaient les gens » pour qu’ils fassent de faux témoignages.
Les militants n’eurent pas l’occasion de réfuter les accusations. Au lieu de cela la parole fut donnée au chef de la Commission d’Enquête et au procureur qui prétendirent que le Groupe Mobile contrarie le travail de la police et des enquêteurs et qualifia le travail du Groupe de contre-productif et inutile. Plus tard dans la journée la télévision tchétchène a consacré une longue émission à la réunion à l’heure des informations du prime time.
D’après Lokshina : « les victimes et les témoins des violations des droits de l’homme en Tchétchénie sont réduites au silence par la peur de représailles. Mais les quelques habitants qui osent demander justice viennent au Groupe Mobile pour une aide juridique et un soutien. Montrer à la télévision Ramzan Kadyrov critiquant le Groupe Mobile est un avertissement clair aux habitants pour qu’ils restent à l’écart. Les militants du Groupe Mobile ont été clairement déclarés persona non grata dans la république.»
HWR a exprimé de sérieuses préoccupations pour les menaces proférées le 1er juin et en appelle aux autorités russes pour garantir que le Groupe Mobile puisse continuer à travailler en Tchétchénie sans entrave, conformément aux engagements réitérés des dirigeants russes d’instituer un climat normal de travail pour les défenseurs des droits humains dans la région.
La Russie est tenue par les obligations légales de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques de protéger les personnes telles celles qui participent au Groupe Mobile ou l’aident, des risques et des menaces en leur endroit de la part de tiers, en particulier d’agents de l’état.

Les risques connus à l’encontre des militants en Tchétchénie, renforcés par les menaces publiques flagrantes de Kadyrov, qui est soupçonné d’être lui-même derrière un grand nombre de cas de torture et d’assassinats oblige d’autant plus les autorités russes à d’agir en urgence. Les autorités russes doivent assurer la sécurité du Groupe Mobile et garantir que leurs militants et ceux qui travaillent avec eux puissent exercer leurs droits fondamentaux en toute sécurité.

Le rapport d’Amnesty International sur la Russie est présenté à Moscou

Tract du mardi 5 juin, d’après le Nœud Caucasien 23/05/2012. 

Le 23 mai 2012 des représentants d’Amnesty International sont venus présenter leur rapport 2011 en particulier en ce qui concerne la Russie. A cette occasion le Nœud Caucasien rapporte des réflexions qui nous paraissent intéressantes :

La situation au Nord Caucase est instable et inégale. 

Selon le rapport d’Amnesty International, la population civile subit les attaques de groupes armés et des opérations de sécurité qui sont souvent accompagnées de violations flagrantes des droits de l’homme. Les représentants d’Amnesty International en Russie ont reçu des rapports sur des intimidations de témoins et de journalistes et de meurtres de défenseurs des droits de l’homme et d’avocats. Le rapport met l’accent sur le fait que des opérations conduites par des agents chargés du maintien de l’ordre ont conduit à accroître le nombre de plaintes concernant des disparitions forcées, des exécutions extra-judiciaires et la torture.

Russie, droits de l’homme et politique internationale

John Dalhuisen, directeur du programme Amnesty International pour l’Europe et l’Asie Centrale a déclaré : en ce qui concerne la Russie, ce pays devrait revoir ses positions sur la scène internationale. « La Russie refuse invariablement de protéger les droits de l’homme dans d’autres pays et ne cache pas ses intérêts stratégiques en parlant des droits de l’homme. La Russie manque une occasion d’exercer son influence sur la situation dans le monde. »

Influence du Caucase sur le reste de la Russie

Friederike Behr , l’expert d’Amnesty International a donné de plus amples informations sur la Russie. Répondant à la question du correspondant du Nœud Caucasien sur la situation au Nord Caucase, il a insisté sur le fait que, comparé à d’autres régions de Russie la situation du Nord Caucase est très critique. « Instabilité et violence quotidienne conduisent à de nombreuses violations des droits humains. Plus souvent qu’ailleurs les républiques du Nord Caucase ne se conforment pas aux lois les plus élémentaires. Friederike Behr pense que « la manière dont va se développer la situation dans la région va influencer la situation dans d’autres régions de la Fédération de Russie. »