Archive | mai 2012

Racisme anti-caucasien en Russie et réactions de la société civile

Tract du mardi 29 mai,  d’après un article du Nœud Caucasien du 19/05/2012 et une brève de Vera Gaufman paru dans Le courrier de Russie le 24/05/2012.

Le second “Forum du Caucase uni”  

Le thème du « Forum du Caucase Uni » qui s’est ouvert aujourd’hui à Makhachkala (Daghestan) a été formulé de la manière suivante : « Xénophobie dans la société russe : conséquences pour la Russie et le Caucase. »

Selon Anatoly Sidakov, le rédacteur en  chef du journal “Paix au Caucase” qui représentait l’Ossétie du Nord et qui a ouvert le forum, le problème de la xénophobie est d’actualité non seulement pour le Caucase du Nord mais aussi pour l’ensemble de la société russe. Le Forum caucasien apportera sa contribution à la résolution de ce problème a ajouté M. Sidakov.

Elizaveta Barkinkhoeva, une militante des droits de l’homme d’Ingouchie et un membre de l’assemblée publique ingouche, a clairement exposé les problèmes posés par le conflit Osséto-ingouche et a déclaré la nécessité de trouver les moyens de le régler. Selon l’écrivain d’Ossétie du Sud, Boris Gusalov, une évènement particulier devrait être organisé pour discuter des conséquences de ce conflit.

Selon Abdurakhman Yunusov, qui dirige le centre d’analyse des informations “Rakurs”, l’action des média est une des raisons de la diffusion de la xénophobie. En particulier, le zèle avec lequel les mass media répandent les informations négatives associées aux habitants du Nord Caucase.

Enquête raciale à Tcheliabinsk (Oural)

Le 24 mai, le ministère de l’intérieur de Tcheliabinsk a décidé de révoquer Julia Penzina (chef du département des mineurs du commissariat no.5), qui avait précédemment exigé du lycée de physique et de mathématiques no.31, le recensement des élèves d’origine caucasienne russes et non russes dans le but de prévenir d’éventuels actes criminels.

Refusant d’obtempérer, le directeur de l’établissement avait répondu que la seule nationalité des élèves de son établissement était les mathématiques, avant que cet échange de courriers fasse le buzz sur l’internet russe, grâce à la mobilisation de plusieurs bloggeurs.

Selon le service de presse du ministère de l’intérieur de Tcheliabinsk, Julia Penzina est  « relevée de ses fonctions, de même que son supérieur fait l’objet de mesures disciplinaires strictes n’ayant pas été en mesure de procéder à un contrôle approprié » de l’action de sa subordonnée.

Aux dires des collègues de Julia Penzina, qui a refusé de s’exprimer dans les médias russes, adresser ce type de requête aux établissements scolaires fait partie de la routine du service. Ces informations sont la plupart du temps obtenues sans que cela ne pose le moindre problème.

 

Grève des avocats des demandeurs d’asile

Tract du mardi 22 mai,  d’après un article de Carine Fouteau (Médiapart, 15/05/2012)

Depuis lundi 14 mai, les avocats défendant les demandeurs d’asile ont cessé de plaider. Quelques 150 avocats plaidant à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui est la juridiction devant laquelle peut se retourner un demandeur d’asile quand son dossier a été débouté par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), dénoncent leurs conditions de travail ainsi que les embûches dressées sur le parcours des requérants. « Nicolas Sarkozy a essayé de détruire le droit d’asile en en faisant une question de flux à réduire », regrette la présidente.

La France reste considérée comme une terre d’accueil par les étrangers persécutés. Selon le dernier rapport de l’Ofpra, 52 147 premières demandes ont été enregistrées en 2011, ce qui fait de l’Hexagone la première destination en Europe, devant l’Allemagne et la Suède, et la deuxième des pays industrialisés derrière les États-Unis. Mais si les candidatures sont nombreuses, la protection n’est pas souvent accordée. L’Office a admis, en 2011, 11 % des personnes, le taux s’élevant à 25,3 % une fois les appels examinés par la CNDA. Sous l’effet de dispositifs de plus en plus restrictifs, la part des rejets n’a cessé d’augmenter au cours de ces dernières années.

Dans le discours d’abord, les ministres successifs n’ont cessé de semer le doute sur les intentions des demandeurs d’asile, opposant les “vrais” réfugiés, qui auraient toutes les raisons de déposer leur requête, aux “faux” venus pour travailler.

Dans la pratique, les avocats fustigent le délai d’un mois laissé aux déboutés de l’Ofpra pour formuler un recours. « Ces recours, rédigés en français, doivent être motivés en droit et en fait pour être recevables, rappelle Pascale Taelman. Si elle les juge sommaires, la Cour a la possibilité de répondre par voie d’ordonnance sans entendre l’intéressé. Elle utilise de plus en plus fréquemment ce moyen rapide, qui ne permet pas de débat contradictoire afin d’accélérer le rythme des refus. »

Ces procédures « prioritaires et expéditives », estiment les avocats, doivent être proscrites, y compris celles qui se sont multipliées à la suite de l’extension de la liste des pays d’origine dits sûrs, c’est-à-dire considérés comme ne présentant pas de danger particulier pour leurs ressortissants.

Les grévistes considèrent par ailleurs qu’ils ne peuvent assurer leur mission en raison de leur désignation tardive dans le cadre de l’aide juridictionnelle ou de l’absence d’interprète. Ils souhaitent que l’Ofpra et la CNDA ne dépendent plus du ministère de l’intérieur et soient rattachés au ministère de la justice.

Au moment d’un changement important de gouvernance, nous tenons à soutenir une grève qui dépasse les intérêts corporatistes d’une profession. Notre fréquentation des réfugiés tchétchènes nous a montré de multiples situations d’injustice dans l’examen des demandes d’asile de personnes ayant vécu un parcours de souffrance en Tchétchénie et aussi dans leur difficile cheminement à travers l’Europe et ses réglementations restrictives.

Blog du Comite Tchetchenie de Lyon

A la suite des guerres de Tchétchénie et face au manque de réaction des pays occidentaux devant la répression sanglante de l’État russe, le Comité Tchétchénie de Lyon a vu le jour en 2004. A partir de l’intérêt soutenu au Comité tant pour le sort des habitants de la région (Tchétchénie et autres républiques du Caucase du Nord) que pour les événements qui ont suivi et les conséquences politiques et sociales en Russie nous avons accueilli avec un grand intérêt la libération de la parole des citoyens russes à l’occasion des élections législatives puis présidentielles de 2011-2012. Il nous a paru intéressant de créer ce blog pour informer en France des événements de Russie et particulièrement du Caucase. Nous comptons publier en français et en russe afin que les russophones, qu’ils soient réfugiés ou non, lisent, vu de France, ce que nous percevons de ce conflit.

Par l’arrivée continue sur l’agglomération lyonnaise de réfugiés fuyant les républiques du Caucase du Nord et la Russie, attentifs à leur parole, nous percevons l’importance des violences politiques subies et ses répercussions traumatiques sur les individus contraints à l’exil. Il nous semble alors essentiel de défendre cette parole face à l’évolution d’une politique de l’asile de plus en plus restrictive de la part du gouvernement français et de l’Union Européenne. Nous sommes convaincus que parler de torture, de violence et de répressions politiques qui ont lieu en Russie signifie aussi s’adresser aux représentants de l’État français qui selon la Convention de Genève se doivent de poser la question politique de la protection de ces individus en demande d’asile, mais qui, dans les actes, et les méandres des systèmes administratifs et juridiques portent bien souvent un discrédit lourd sur leur parole et sur la réalité des violences vécues.

Les histoires se croisent, une guerre fait écho à d’autres. L’histoire des guerres en Tchétchénie fait tout d’abord penser à celle des mouvements indépendantistes, mais elle nous rappelle aujourd’hui certaines pages de l’histoire de France. L’histoire des guerres de Tchétchénie et ladite politique de « normalisation » de cette république dépassent le cadre restreint du conflit armé, de même que la guerre d’Algérie questionne les politiques menées par le gouvernement de France à cette époque et sa conception de la citoyenneté. La mémoire des guerres de Tchétchénie et la « tchétchénisation » de l’espace public sont inséparables du contexte de la très contestable politique migratoire de Russie, d’un voile jeté sur la politique nationale et sur la place de ce qui est appelé « minorités nationales » dans la population de cette fédération. Chaque aspect de l’histoire de ces guerres pose, comme à travers de multiples miroirs, une myriade de questions auxquelles est confrontée la société de Russie. L’histoire a besoin du dialogue, d’une distance, d’un décalage et nous espérons que le point de vue « d’un ailleurs » servira à mettre en perspective les événements dans le Caucase et plus généralement en Russie.

L’idée de ce blog, son ouverture vers la Russie, est née d’une évolution du Comité. Il ne s’agit guère de donner des réponses mais de poser des questions, d’ouvrir des espaces de parole et ce sont vos réponses, vos contributions, lecteurs russophones et francophones, qui feront la richesse de cette édition.

 

Блог комитета Чечни города Лион

Комитет Чечни был создан в Лионе в 2004 году после двух чеченских войн, в ответ на отсуствие реакции западных стран на кровопролитные репрессии, которые проводило российское государство. Сопровождая беженцев из Чечни и других республик Северного Кавказа, члены комитета поддерживали интерес к социальным и политическим последствиям этих войн и поэтому встретили с особенным энтузиазмом рост протестных настроений в России в декабре 2011 года. Мы считаем важным создание блога, посвященного событиям в России и особенно на Кавказе, и будем публиковать на французском и на русском, чтобы русскоговорящие видели, как мы понимаем эти конфликты с точки зрения Франции.

Мы являемся свидетелями непрекращающегося потока беженцев из Северного Кавказа и России в Лион и близлежащие города. То, что они рассказывают, свидетельствует о постоянном присутствии политического насилия в их родной стрнае и о травмах, которые оно оставляет. Свидетельство об их опыте должно быть противовесом сжимающейся, как шагреневая кожа, миграционной политике Франции и Европейского Союза. Открыто говорить о пытках, о насилии, о политическом давлении на граждан России означает ставить представителей французского государства перед их обязательствами, закрепленными Женевской конвенцией, а именно обязательством защищать тех, кто покидает свою страну, пытаясь избежать давления. В настоящий момент официальные представители Франции, ставя на пути беженцев многочисленные административные и юридические препоны, подвергают сомнению свидетельства о пережитом и сам факт насилия.

Истории переплетаются, одна война заставляет вспомнить о другой. Изначально история чеченских войн напоминала борьбу за независимость, затем заставила задуматься об отдельных страницах в истории Франции. История чеченских войн и так называемой « нормализации » ситуации в Чечне выходит далеко за пределы этого конфликта, так же как и Алжирская война во Франции ставит под вопрос более широкий круг политических действий французского государства того периода и заставляет задуматься об основах концепции гражданства. Память о чеченских войнах и « чеченизация » общественного пространства в России не отделимы от контекста очень спорной миграционной политики России, недосказанности в отношении национальной политики и места так называемых « национальных меньшинств » в составе населения федерации. Каждый аспект истории этих войн, как во множестве зеркал, отражается в круге проблем, перед которыми стоит российское общество. Мы убеждены, что история требует диалога, дистанции, некоторого смещения точки зрения, и поэтому взгляд « извне » может быть другим ракурсом для прочтения событий на Кавказе и в России в целом.

Идея создания блога и его ориентация на русский язык исходят из изменений в Комитете. А целью нашей является не давать готовые ответы, но ставить вопросы, открыть пространство для коллективного размышления, и именно ваши ответы и ваше участие, русско- и франкоговорящие читатели, составят интеллектуальное и политическое богатство этого издания.